DES CORPS
ligneuses de îa caisse , qui sont en état de le partager , et c’est pour cela sans doute qu’on îa sent frémir. On conçoit alors combien le choix d’un bois à libres mobiles et facilement excitables doit avoir d’influence sur la bonté des instrumens 3 mais on ne peut s’assurer de ces qualités que par l’expérience. Il faut en général employer des bois sonores , secs, élastiques, à fibres bien égales, et essayer, par des
épreuves pareilles à celles que nous venons de décrire, s’ils sont également sonores dans toutes leurs parties. Encore , après tout cela, il fa-ut* que les cordes dont on fait usage y soient convenablement appropriées * telle corde résonne mal sur un violon , qui résonnera bien sur un autre. 11 paraît aussi que le temps contribue à perfectionner les tables sonores, et que leurs fibres deviennent plus promptes à s’émouvoir quand elles l’ont été souvent. Ces différences sont tellement sensibles pour des oreilles exercées , qu’un habile joueur de violon peut , les yeux fermés , distinguer ceux de ces instrumens qui viennent d’un lutier célèbre , comme Âmali ou Guarnerius , uniquement d’après îa qualité du son qu’ils rendent * et vainement essaierait-on de les imiter , si l’on 11’a pas à sa disposition des matériaux aussi parfaits. Un Amali peut être démonté vingt fois sans rien perdre de son mérite ; si , après l’avoir mis dans cet état , 011 en copie toutes les pièces avec la fidélité la plus scrupuleuse , on pourra obtenir un instrument d’une forme exactement pareille y mais si on les remonte l’un et l’autre , et qu’on les éprouve , le premier sera toujours un excellent violon, et le nouveau pourra être fort médiocre , ou même fort mauvais.
On a une grande preuve de l’effet de ces vibrations communiquées , même à travers les substances les plus rigides , dans le bruit prodigieux de l’instrument chinois connu sous le nom de tamtam , et qui est aujourd’hui employé dans nos orchestres. C’est une sorte de grande cymbale , qui se suspend librement à une corde par un de ses bords. Elle est faite avec un alliage de 0,20 d’étain , et 0,78 de cuivre, qui , d’après une découverte très-curieuse de M. Darcet , lorsqu’il est trempé , est ductile et malléable , de manière
3q2 SUR LA RÉSONNANCE
à pouvoir être travaille aisément , mais qui devient dur f élastique et cassant , lorsqu’on le laisse refroidir lentement dans l’air. On travaille d’abord le métal dans le premier de çes deux états ; puis , quand l’instrument a la forme requise , on lui donne la dureté et l’élasticité. Four le faire vibrer, on le frappe sur les bords, non pas avec un corps dur , ce qui le briserait comme du verre , mais avec un gros tampon de peau attaché au bout d’un bâton. Le son n’est pas d’abord très-intense y il paraît que les anneaux , sur lesquels on frappe , entrent les premiers en vibration bientôt le mouvement se communique à tout le reste de la masse , et il en résulte un bruit épouvantable.
L’air lui— même , malgré son peu de masse , devient capable de communiquer ainsi ses propres vibrations , lorsqu’il est en contact avec des corps susceptibles de les admettre et de les exécuter avec lui. Nous avons rapporté à ce genre de communications le frémissement des cordes tendues , près desquelles on fait vibrer une autre corde dont elles puissent suivre les oscillations , soit en vibrant tout entières , soit en se divisant d’elles-mêmes en parties aîiquotes. L’orgue produit aussi des effets pareils , mais bien plus intenses , sur les corps élastiques qui offrent de larges surfaces aux ondulations de l’air. Si l’on place un de ces ins— trumens clans une chambre , il arrive presque toujours que quelques-uns de ses tuyaux sont en harmonie avec une ou plusieurs vitres des fenêtres , ou même , par fois , avec la fenêtre entière. Alors la fenêtre frémit et résonne dès qu’on fait parler ces tuyaux-là y et le son propagé qui en résulte est souvent beaucoup plus intense que le son principal.
On peut tirer parti de ces propriétés pour augmenter l’effet des orchestres dans les salles de spectacle , et cette précaution , au rapport de J. -J» B.ousseau , n’est pas négligée dans les théâtres d’Italie. Le lieu où les musiciens sont placés est en quelque façon lui-même un grand instrument. Le plancher est en communication , par le plus petit nombre de points possible, avec la masse solide de l’édifice, qu’il serait trop difficile de faire vibrer j il la touche seulement
des cop ps.
par des bâtis légers , qui le tiennent suspendu en Fair. Audessous de ce plancher , il y a une voûte creuse , de même étendue horizontale , qui reste constamment vide. L’air que cette cavité renferme est mis en vibration par les instruirions de l’orchestre , et , comme un grand porte-voix , renvoie leurs sons en les rendant plus forts et plus nombreux. Comme il y a très-peu de distance entre chaque point d’où le son se réfléchit dans la cavité , et celui dont il émane, il arrive que les ondes réfléchies et les ondes directes parviennent aux auditeurs à des instans si peu différens , qu’ils n’y aperçoivent point d’intervalle sensible ^ mais, selon que la cavité résonnante est plus ou moins profonde , et d’une forme plus ou moins bien appropriée à la configuration de la salle , celle-ci en devient plus ou moins sonore. Au reste, de tous les défauts qui peuvent assourdir une salle de spectacle , ou en général un édifice destiné à des assemblées publiques, le pire , et assurément un des moins rares, c’est l’existence de grandes cavités pratiquées mal à propos dans ses parois , et où les ondes sonores vont s’engouffrer sans pouvoir se distribuer au reste des auditeurs , si ce n’est par des échos tardifs et incommodes , qui ne font qu’affaiblir encore davantage les sons directs.
Il paraît que les anciens avaient , pour renforcer et répandre les sons , des procédés qu’ils tenaient de l’expérience et de la nécessité où ils étaient d’avoir recours à de semblables artifices pour faire entendre leurs acteurs dans des théâtres immenses et entièrement découverts. 11 y avait , dit-on , de grands vases d’airain , placés dans diverses parties de l’enceinte , et dont la résonnance fortifiait le son au point de le rendre partout sensible et distinct. Yitruve atteste ce fait, et explique la manière dont les vases étaient placés. Mais il est impossible de concevoir comment il en pouvait résulter un pareil effet En général , nos connaissances sont très-peu avancées pour tout ce qui concerne l’intensité des sons j et il est fort à désirer que cette partie , encore toute neuve de la physique , soit étudiée et développée par quelque habile expérimentateur.