‹ Précis élémentaire de physique expérimentaleChapitre 135 sur 181 · DÉPERDITION LENTE DE L’ÉLECTRICITÉ · texte numérisé non relu

DÉPERDITION LENTE DE L’ÉLECTRICITÉ

mais sensiblement. On peut s’en assurer en formant des cylindres de ces diverses substances , et les tenant quelque temps en contact par une de leurs extrémités seulement ? avec le premier conducteur d’une machine électrique. Car après les avoir retirés , si l’on présente cette extrémité à l’aiguille de l’électroscope , on voit qu’elle s’est imprégnée de l’électricité du conducteur ; et même , en coupant le bout du petit cylindre , on trouve que l’électricité s’est aussi propagée sur le reste de sa surface dans une certaine longueur , avec une intensité décroissante.

Tous les supports dont on se sert pour isoler les corps électrisés , doivent donc produire sur eux une absorption analogue ; et, s’ils sont assez courts pour pouvoir être ainsi électrisés dans toute leur longueur, ils produiront un écoulement lent , mais continuel , de l’électricité ‘ de sorte qu’en vertu de cette seule cause , la réaction électrique du corps isolé devra progressivement s’affaiblir.

Secondement, les corps électrisés sont toujours enveloppés et touchés , dans tous les points de leur surface , par l’air atmosphérique , lequel transmet aussi l’électricité avec une facilité plus ou moins grande , selon la quantité de vapeur aqueuse qui s’y trouve , et peut-être selon les modifications que la chaleur ou d’autres circonstances apportent dans les propriétés mêmes de ses élémens chimiques j de sorte que l’on doit généralement le regarder comme composé d’une infinité d’atomes plus ou moins conducteurs. D’après cela , chaque molécule d’air qui touche un corps élecrisé , doit prendre une partie de son électricité. Mais dès qu’elle s’en est imprégnée dans la proportion qui convient à sa grosseur et à sa faculté conductrice , elle est repoussée aussitôt , et remplacée par une autre qui s’électrise comme elle , et est chassée à son tour • de sorte que, parle seul effet de ces contacts successifs , continuellement renouvelés , l’électricité des corps doit encore s’affaiblir , suivant une progression dépenpendante de la faculté conductrice de l’air.

Enfin les vapeurs aqueuses suspendues dans l’air contrit bient encore à cette déperdition d’une autre manière j car

DÉPERDITION IENTE

elles s’attachent à la surface des supports en plus ou moins grande quantité, selon qu’elles sont abondantes ou rares, et selon que la matière du support a plus ou moins d’affinité pour l’eau. Celles de ces particules qui sont les plus voisines du corps électrisé , en reçoivent immédiatement l’électricité ; et , si la force avec laquelle il les repousse ensuite est moindre que l’adhérence qui les attache au support , elles doivent transmettre en partie cette électricité aux molécules qui les avoisinent , et celles-ci de même aux suivantes , de sorte que toutes ces particules , éminemment conductrices , forment comme une chaîne sur laquelle , à la vérité, l’intensité de l’électricité doit aller en décroissant depuis le corps conducteur , mais qui pourtant , lorsque le support n’a pas une longueur suffisante , peut enfin la conduire jusque dans le sol. Si les particules qui forment cette chaîne sont plus rapprochées les unes des autres qu’elles ne le sont dans l’air lui-même , ce qui doit souvent arriver , l’électricité se perdra plus rapidement le long du support que par le contact de l’air ; et c’est ce qui a lieu fréquemment , comme on le verra bientôt.

Quelque difficulté qu’il paraisse y avoir à éluder cette dernière cause , on sent qu’il est indispensable de le faire pour connaître le décroissement d’électricité produit par le seul contact de l’air , et pouvoir ensuite en tenir compte dans les observations composées oii il se mêle à la perte produite par les supports. Le seul moyen d’y parvenir , c’est de choisir, pour supports ^ les substances les plus isolantes , et d’atténuer assez leurs dimensions pour que leur surface contienne proportionnellement moins de molécules d’eau et d’autres particules conductrices , qu’il ne peut s’en trouver dans l’air environnant • car alors le support isolera au moins aussi bien que l’air, et le peu d’étendue de son contact avec le corps électrisé permettra de négliger toutâ-fait la différence.

Par divers essais faits dans cette vue , Coulomb trouva que , lorsque l’intensité de l’électricité n’était pas trèsfort e ? un petit cylindre de cire d’Espagne ou de gomme-

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