‹ Précis élémentaire de physique expérimentaleChapitre 136 sur 181 · DE L’ÉLECTRICITÉ · texte numérisé non relu

DE L’ÉLECTRICITÉ

laque , d’une demi-ligne de diamètre et de 18 ou 20 lignes de longueur , suffisait presque toujours pour isoler parfaitement une balle de sureau de cinq ou six lignes de diamètre. Car , en soutenant la boule par plusieurs de ces cylindres, au lieu d’un seul, l’électricité ne s’affaiblissait pas plus rapidement , quoique la facilité de la déperdition fût ' multipliée avec le nombre des points de contact. Il s’assura de même que , lorsque l’air était sec , un fil de soie très-fin , passé dans la cire d’Espagne bouillante , et ne formant ensuite qu’un petit cylindre tout au plus d’un quart de ligne de diamètre , remplissait le même objet , pourvu que l’on donnât à ce fil une longueur de cinq à six pouces. Un fil de verre tiré à la lampe d’émailleur , de cinq ou six pouces de longueur , n’isole la balle que dans les jours très-secs , et lorsqu’elle est chargée d’une très-faible électricité • il en est de même d’un cheveu ou d’un fil de soie , à moins qu’ils ne soient enduits de cire d’Espagne , ou , ce qui vaut encore mieux , de gomme -laque pure.

Guidé par ces observations préliminaires , Coulomb souda la boule fixe de sa balance à l’extrémité d’un fil de gommelaque pure , de 20 lignes de longueur, et il termina la suspension par un fil de soie très-fin , enduit de cire d’Espagne , en sorte qu’il pouvait considérer cette boule comme parfaiment isolée. La boule mobile l’était également , puisque l’aiguille qui la porte est aussi un cylindre très-fin de gommelaque. Coulomb choisit d’abord ces deux boules d’égal dia-

mètre, et il employa une balance assez sensible pour que la torsion d’une circonférence entière répondît sur l’extrémité de l’aiguille à une force de de grain. Le zéro de torsion du fil étant amené au centre de la boule fixe ,. et les deux boules en contact, on les touche toutes deux avec la tête d’épingle électrisée décrite dans nos premières expériences * la répulsion chasse l’aiguille mobile , qui , après quelques oscillations , se fixe à une certaine distance de son point de départ , par exemple à 4.0°*

Alors on tord le fil de suspension , de manière à la ramener à une distance moindre , par exemple à 20°. Pour cela ,

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il faut tourner l’index du micromètre de 14.00. Ainsi la force de torsion , égale à la répulsion des deux balles , est i/^ -p 20 ou 1600.

On observe , avec une montre à secondes , l’instant précis où la balle mobile s’est arrêtée justement à cette distance 3 il est 6 heures 5o'.

Comme l’électricité se perd par le contact de l’air, la force répulsive des balles diminue graduellement 3 et , après quelques minutes , elles sont plus près l’une de l’autre que 20°. Pour les ramener à cette distance , on détord le fil d’une quantité connue , par exemple , de 3o°. Sa force de torsion étant diminuée de cette quantité , la balle mobile est chassée plus loin que 20°. On attend que la perte de l’électricité l’y ramène , et on observe ce second instant. Cela arrive à 6 h. 53', par conséquent trois minutes après la première observation 3 alors la force de torsion égale à la répulsion des deux boules , est

i4o° — 3o°4-2o° ou i3o°.

La diminution de la force répulsive , entre les deux expériences , est donc égale à 1600 — 1 3o° ou 3o° , c’est-à-dire à la quantité dont on a détordu le fil pour ramener les boules à la même distance. Cet effet s’est produit en 3' 3 et comme , dans de petits intervalles , on trouve qu’il est proportionnel au temps , il s’ensuit que la perte est de io° par minute. D’ailleurs la force répulsive moyenne entre les deux essais

est ~ ou 145°. En lui comparant la diminution ob-

servée , on voit que la force électrique des deux balles diminuait ce jour-là de -j—L par minute , par le seul contact de l’air.

Coulomb trouva constamment , par des expériences de ce genre -t que pour un même jour et un même état de l’air , l’aflaiblissement de l’électricité , dans un temps très-court , est proportionnel à son intensité , en sorte que le rapport de ces deux élémens est invariable. Mais il change avec l’indication de l’hygromètre, et par conséquent avec la quantité de vapeurs aqueuses suspendues dans l’air.

m l’élêctricitiL

Î1 serait très-intéressant de faire sur ce sujet un plus .grand nombre d’expériences , pour découvrir le rapport qui doit exister entre la quantité des vapeurs aqueuses et la déperdition plus ou moins rapide de l’électricité. On saurait encore par-là si ces vapeurs seules produisent tout le phénomène , ou si la pression et la température des molécules mêmes de l’air ne contribuent pas aussi à le modifier. Si l’on était parvenu à mesurer ces influences diverses , on trouverait peut-être dans la balance électrique le plus exact et le plus sensible des hygromètres. Du moins , d’après la seule indication des instrumens météorologiques , on pourrait assigner quelle devrait être la proportion d’affaiblissement de l’électricité. Faute de ces connaissances, on est obligé de déterminer directement cette proportion par l’expérience pour chaque jour où on a besoin de la connaître, c’est-à-dire toutes les fois que l’on a des recherches exactes à faire sur l’intensité des forces électriques.

Il est fort heureux pour les observations , que la loi de ce décroissement soit aussi simple j car puisque , dans un même état de l’air , il est proportionnel à l’intensité absolue de la force répulsive , il suffit de le déterminer à chaque fois , par une seule expérience , pour pouvoir le faire ensuite servir à corriger toutes les autres. Il y a plus , la loi que nous venons de trouver permet de calculer l’intensité des forces électriques pour une époque quelconque , quand on Fa une fois observée et que l’on connaît la loi du décroissement pour ce jour-là. J’ai expliqué le détail de ce calcul dans le Traité général. Ici je ne puis que l’indiquer. En discutant les résultats qu’il donne , on est conduit à voir que la même loi de décroissement doit s’étendre au cas où les deux corps réagissent l’un sur l’autre, sont inégaux en volumes et sont chargés d’inégales quantités d’électricité. C’est en effet ce que l’expérience confirme. Quel que soit le volume de la boule fixe par rapport à la boule mobile, quelle que soit la quantité initiale d’électricité qu’on leur donne, qu’elles aient été électrisées simultanément ou l’une après l’autre, dans des proportions quelconques, le décrois-

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