‹ Précis élémentaire de physique expérimentaleChapitre 156 sur 181 · LA BOUTEILLE DE LEYDE · texte numérisé non relu

LA BOUTEILLE DE LEYDE

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que le vase est plus grand, la machine plus forte , et qu'on la fait agir plus long-temps.

Cette expérience, bien antérieure au condensateur, h l’électrophore , et à toute théorie de l’électricité, est due au hasard , mais à un hasard observé. Elle fut faite d’abord à Leyde , par Cunéus et Muschenbroeck. Le résultat fut pour eux un sujet de surprise, et même d’épouvante. Tous les physiciens la répétèrent • et , bientôt , familiarisés avec le phénomène qui les avait effrayés d’abord , ils cherchèrent les conditions d’appareil les plus propres à les reproduire. Ils reconnurent d’abord la nécessité d’une substance conductrice telle que l’eau , le mercure , ou des plaques métalliques appliquées sur les parois intérieures du vase ; ils virent aussi quhl fallait une enveloppe extérieure également conductrice, et que la main n’en faisait l’office que d’une manière imparfaite. Enfin ils trouvèrent qu’il était essentiel d’ôter à l’électricité toute communication directe de l’intérieur du vase à l’extérieur , excepté à l’instant de l’explosion.

Pour remplir ces conditions , il ne se trouve rien de plus commode que d’employer une bouteille ou un flacon de verre ordinaire , à l’extérieur duquel on colle une mince enveloppe de métal , et dont l’intérieur est rempli de pareilles feuilles aussi collées ou simplement disséminées. Une tige métallique terminée au dehors parune boule passe dans lebouchon de la bouteille , et sert à porter l’électricité dans l’intérieur. On vernit extérieurement le bouchon et une partie du col. Cet appareil , représenté jîg. 33 , reçut généralement le nom de bouteille de Leyde , du nom de la ville ou ses propriétés avaient été observées pour la première fois.

La théorie de cet appareil est si exactement conforme à celle du condensateur , que les mêmes expressions sV appliquent presque littéralement.

L’électricité que l’on introduit dans l’intérieur de la bouteille, et que nous supposerons être de l’électricité vitrée , décompose par influence les électricités naturelles de la face extérieure, chasse la vitrée , fixe la résineuse, qui, par son attraction réciproque, la fixe aussi en partie à son tour;

5o 6 des ELECTRICITES DISSIMULEES.

la bouteille forme ainsi un véritable condensateur. Lorsqu’on fait communiquer ses deux faces , les deux électricités qui y sont accumulées se précipitent l’une sur l’autre avec une grande vitesse , et , traversant rapidement les organes , y produisent une vive commotion • ou , ce qui revient au meme , le corps qui établit ainsi la communication éprouve une décomposition brusque de ses électricités naturelles , dont chacune se porte sur la face de la bouteille oii réside l’électricité opposée.

Cette explication peut être vérifiée dans tous ses détails par des expériences pareilles à celles que nous ayons employées pour le condensateur. En général , la bouteille de Leyde n’est qu’un condensateur dont la lame isolante est courbe , et qui a pour armure , à l’extérieur, la feuille métallique dont on recouvre la surface de la bouteille • à l’intérieur , les corps conducteurs dont la bouteille est remplie.

Lorsqu’une bouteille de Leyde électrisée est suspendue dans l’air , l’action absorbante de ce fluide ne peut agir que sur la portion d’électricité qui se trouve libre sur l’une et l’autre face de la lame, et ainsi l’attraction réciproque des deux électricités dissimulées sert à les protéger l’une et l’autre. C’est aussi ce que l’observation confirme de la manière la plus évidente , par le temps considérable que des bouteilles de Leyde d’un verre mince mettent à se décharger complètement , lorsqu’on les isole , et que la communication directe de leurs deux surfaces est empêchée par une couche de gomme-laque de bonne qualité.

Néanmoins , si , après un certain temps , on touche les deux surfaces avec le plan d’épreuve , on trouve qu’il s’y est développé des quantités d’électricités libres , de nature contraire , et sensiblement égales • ce dont le calcul rend compte très-exactement. Si donc , à cette époque , on répandait sur les deux faces de la lame ou de la bouteille quelque poudre formée de substance non conductrice , elle y adhérerait par l’attraction des électricités libres • et si de plus ces électricités n’étaient pas assez fortes pour chasser les particules de la poudre ? elles se trouveraient aipsi préservées du con-

IA BOUTEILLE DE LE Y DE. Soy

tact 'de l’air ; de sorte que leur déperdition elaut nulle , l’appareil pourrait rester chargé indéfiniment. C’est ce qu’on observe, en effet , avec les lames de verre minces , lorsqu’à— près avoir chargé leurs deux faces , on y répand le mélange de soufre et de minium dont nous avons parlé plus haut. Si l’on suspend ces lames par un cordon le long d’une muraille sèche, elles conservent leur éîectricitépendantdesmois entiers» En général, quand on s’occupe de phénomènes électriques , il ne faut jamais perdre de vue l’influence que le contact de l’air peut avoir sur eux. Sans cela , par exemple , on croirait, d’après l’expérience, qu’une bouteille de Leyde , ou tout appareil de ce genre , peut se charger en recevant seulement l’électricité de la machine sur une de ses faces , sans communiquer par l’autre avec le sol. Car, dans le fait , une bouteille ainsi isolée se charge peu à peu , surtout si on l’électrise long-temps. Mais c’est que l’électricité de sa seconde surface , que l’influence à distance repousse et rend libre , se trouve alors exposée à l’action absorbante de l’air qui la diminue peu à peu ; ce qui permet l’accumulation d’une certaine quantité d’électricité sur la surface qui communique directement aux conducteurs. Pour pousser cette déperdition à l’extrême, il n’y a qu’à armer la surface extérieure de quelques pointes; alors la bouteille , quoique isolée dans l’air , se charge presqu’ aussi fortement que si la face armée de pointes communiquait avec le sol.

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