A6 THEORIE DE L’APPAREIL ELECTRO MOTEUR
électromotrice propre par eux-mêmes ou par les combinaisons qu’ils forment avec les autres parties de l’appareil. Toutes ces variétés se sont présentées dans les nombreuses expériences tentées par les physiciens dans les premiers temps de la découverte.
Dans les considérations précédentes , nous avons toujours supposé que l’appareil électromoteur communiquait par sa base au sol duquel il pouvait tirer toutes les quantités d’élec» tricité libre nécessaires à l’équilibre de ses parties. Mais si l’on concevait que toutes les pièces qui le composent fussent placées originairement sur un isoloir , et que la colonne même, et l’observateur qui la forment, fussent isolés pendant qu’on la monte , alors les quantités d’électricité libre nécessaires à l’équilibre ne pouvant se tirer du sol , la pile se les prendrait à elle-même par la décomposition des électricités naturelles de ses plaques. Le pôle zinc aurait donc un excès d’électricité vitrée libre , compensé par un égal excès d’électricité résineuse au pôle cuivre; et à partir de là, les quantités d’électricité libre iraient en décroissant jusqu’aumilieu de la colonne qui serait dans l’état neutre. Il est visible, en effet, que de cette manière , les conditions d’équidifférence d’une pièce à l’autre seraient satisfaites , et conserveraient le rang que nous leur avons assigné dans l’appareil non isolé. Ces considérations sont confirmées par l’expérience, au moins dans leurs résultats généraux ; car tputes les piles , même après avoir été montées en communication avec le sol, se mettent d’ellesmêmes dans l’état que nous venons de décrire lorsqu’on les place pendant quelque temps sur un isoloir ; parce que l’air qui les touche leur enlevant graduellement leur électricité libre, elles ne peuvent que se recharger aux dépens d’ellesmêmes, et les résultats de cette décomposition sont les seuls qui subsistent quand les quantités d’électricité qu’elles avaient pris au sol ont été épuisées avec le temps. Dans cet état , les signes électroscopiques aux deux pôles de la pile sont très-laibles, et les condensateurs, même les plus forts, ne s’y chargent jias sensiblement. Ce phénomène est d’autant plus digne de remarque, qu’il ne s’accorde pas avec la théo-
AVEC UNE CONDUCTIBILITE PARFAITE. 5qy
rîe de l’équilibre par équidifférence. Cette théorie indique bien que la charge du condensateur dans la pile isolée doit être moindre que dans la pile non isolée; mais la proportion qu’elle indique est bien éloignée de l’extrême faiblesse que l’expérience démontre.
En réfléchissant à cette discordance, j’ai été conduit à penser que l’action électrique de l’appareil électromoteur pourrait bien ne pas être due simplement aux quantités d’électricité libres qui paraissent sur ses élémens , comme Yolta le supposait ; mais qu’il pourrait y exister en même temps une très-grande quantité d’électricité dissimulée ; et comme cette considération changerait beaucoup la manière dont. Faction de la pile devrait être envisagée , je vais l’exposer ici.
Reprenons d’abord les expériences fondamentales de Yolta sur le développement de l’électricité par le simple contact de deux métaux isolés ; que nous montrent-elles ? Qu’il se manifeste alors sur chacun d’eux une certaine quantité d’électricité libre et de nature opposée. Mais s’en suit -il pour cela que ces quantités soient les seules qui se développent réellement ? Non sans doute ; et la décomposition des électricités naturelles 'des deux plaques , pendant le contact , pourrait être énorme sans produire d’autres indices extérieurs que ceux que nous avons observés. C’est ainsi que les deux faces d’un carreau de verre armé de métal peuvent être chargées de quantités d’électricité fort considérables , quoique les portions de ces électricités qui jouissent de leur force répulsive sur l’une et l’autre face soient néanmoins très-petites.
Dans cette manière de voir , deux disques de zinc et de cuivre mis en contact ressembleraient exactement à un pareil carreau , après qu’on l’a isolé , et lorsque l’action absorbante de Fair a égalisé les forces répulsives de ses deu x faces. Seulement la lame isolante de verre serait remplacée par les forces électromotrices, qui retiendraient les deux électricités de part et d’autre de la surface du contact. Alors l’électroscope et la balance ne rendraient sensibles que lès portions d’électricité qui seraient libres des deux
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côtés de cette surface ÿ et les quantités totales d’électricités dissimulées ne se manifesteraient qu’à l’instant ou l’on établirait une communication directe entre les disques , de même que dans la bouteille de Leyde ou le carreau électrisé.
L’appareil électromoteur deviendrait ainsi tout-à-fait analogue aux piles électriques que nous avons considérées dans le chapitre X. La disposition de l’électricité y serait exactement pareille , et la même théorie , les mêmes formules s’y appliqueraient. On peut , en effet , remarquer que les résultats auxquels nous sommes parvenus en considérant ces piles , offrent une représentation exacte des phénomènes électriques que produit l’appareil électromoteur , soit quand un de ses pôles communique au sol , soit dans l’état d’isolement. Cette manière de l’envisager aiderait à concevoir comment il peut exciter de si fortes commotions , et surtout des phénomènes chimiques que nous ne pouvons produire qu’en accumulant des quantités considérables d’électricité , soit par des batteries , soit au moyen de pointes d’une finesse extrême. C’est qu’en effet il y aurait aussi une très-grande quantité d’électricité développée dans Faction chimique de l’appareil électromoteur. Enfin , on concevrait aussi pourquoi les piles , même les plus énergiques , lorsqu’elles sont isolées par leur base , ne communiquent presque pas d’électricité sensible au condensateur , tandis qu’elles donnent des charges considérables , et jusqu’à des étincelles, si l’on fait communiquer instantanément un de leurs pôles avec le sol. Car les charges indiquées par le calcul , pour ces deux circonstances , auraient en effet entre elles une disproportion extrême , ce qui n’avait pas lieu dans la première manière de voir.