‹ Précis élémentaire de physique expérimentaleChapitre 171 sur 181 · DO · texte numérisé non relu

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un petit vase de verre rempli de mercure , ou plongent aussi deux gros fils de fer scelles aux plaques extrêmes de l’appareil électromoteur.

Avec cet appareil , MM. Gay-Lussac et Tlienard ont observé que la quantité de gaz dégagée dans un temps donné par une même pile , soit à rondelles , soit à auges , variait considérablement selon la nature des substances dissoutes dans beau dont Fentonnoir était rempli. Les dissolutions salines concentrées , les mélanges d’eau et d’acide ont donné les dégagemens les plus abondans ? les plus rapides. Ce phénomène a diminué à mesure que les proportions de sel ou d’acide sont devenues moindres • et enfin , lorsque l’entonnoir n’a plus contenu que de l’eau bouillie et parfaitement pure , il ne s’est presque plus dégagé de gaz. Ainsi l’eau pure , qui transmet une électricité forte , telle que celle que nous excitons par nos machines ordinaires , devient presque isolante pour les faibles forces répulsives que fournit l’appareil électromoteur. On peut donc appliquer ici la loi générale que nous avons trouvée relativement aux substances imparfaitement conductrices • c’est-à-dire que, pour une distance donnée des fils , l’isolement ne doit être parfait que jusqu’à un certain degré de force répulsive , déterminé par le nombre des plaques de l’appareil ÿ et de même que , pour chaque support , le degré de force répulsive , où l’isolement parfait commence , est réciproque aux racines carrées des longueurs des supports , de même, pour chaque appareil électromoteur , il doit y avoir une certaine distance des fils à laquelle la communication sera toutà-fait interrompue. On devra y retrouver de même l’influence qu’exerce sur l’isolement le contact plus ou moins étendu du support avec le corps isolé. Aussi MM. Gay— Lussac et Thénard ont-ils remarqué qu’en raccourcissant les fils au-delà d’un certain terme , les quantités de gaz dégagées dans un même liquide ont considérablement diminué • mais elles ont augmenté de nouveau en substituant dans l’entonnoir un liquide plus conducteur. Ce défaut de conductibilité de l’eau peut être tout de suite rendu sen-

de l’appareil electromotëür. 55:ï

sibîe par une expérience fort simple : ayant isolé une pile et placé des fils conducteurs à ses deux pôles , plongez ces fils dans un vase de verre rempli en partie d’eau commune ; aussitôt les gaz se dégageront en abondance. Si vous retirez de l’eau un de ces fils, et que le prenant d’une main , vous plongiez l’autre main dans l’eau du vase , vous éprouverez la commotion comme à l’ordinaire. Mais au lieu de cela , établissez la communication par une colonne d’eau de \ ou 5 millimètres de diamètre , et de 3 ou 4 centimètres de longueur ) ce que vous pouvez faire en aspirant l’eau du vase avec un tube de ces dimensions que vous tiendrez à la bouche. Alors , quoique vos organes les plus sensibles se trouvent dans l’arc de communication , vous éprouverez à peine une légère saveur , mais non pas le plus léger frémissement. J’ai disposé ainsi une pile de 68 couples , dont les pôles communiquaient par des tubes non capillaires remplis d’eau distillée , et d’environ i mètre de longueur. L’appareil est resté monté pendant 24 heures , sans qu’il se soit dégagé un atome de gaz ) et en essayant de communiquer d’un pôle de la pile à l’autre par le moyen des colonnes d’eau contenues dans les tubes , on n’éprouvait non plus aucune des sensations que l’appareil électromoteur produit ordinairement. En un mot , tout se passait comme si un corps isolant eût été interposé entre les deux pôles ; mais tous les effets reparaissaient dès que l’on communiquait immédiatement par la surface libre de l’eau (1). C’est pourquoi il aurait été à désirer que, dans les expériences de MM. Gay-Lussac et Thénard, on eût essayé d’étendre les fils sur la surface de l’eau même* car je pense que, dans ce cas, la communication des deux pôles de la pile s’établirait.

MM. Gay-Lussac et Thénard ont cherché s’ils pourraient découvrir quelque rapport entre les quantités de gaz dégagés par une pile , et les quantités de sel mises dans l’eau de l’entonnoir * mais ils n’ont trouvé de relation simple que pour le sulfate de soude. Les quantités de gaz dégagées dans un temps

(1) Journal de Physique , an 9 (1800).

55a EFFETS CHIMIQUES

donné sont à très-peu de chose près proportionnelles aux racines cubiques des quantités de ce sel , contenues dans l’eau dont la décomposition s’opère. La dissolution de nitre a présenté un effet contraire j saturée de sel, elle a produit moins de gaz que non saturée. Il parait qu’il faut ici considérer deux choses , la décomposition que l’eau éprouve , et celle que le sel éprouve aussi dans ses élémens j le phénomène étant composé, il est clair que le résultat doit l’être aussi.

On a beaucoup cherché comment s’opérait la décomposition de l’eau dans les circonstances que nous venons de décrire ^ car on ne peut douter que l’eau ne soit décomposée , puisque les proportions des gaz qui se dégagent sont toujours dans le rapport de ses principes constituons. Il ne s’est élevé à cet égard qu’une opinion qui ait soutenu les regards de l’expérience. C’est que les molécules de l’eau situées entre les deux fils , étant influencées par les électricités opposées qui en émanent , se disposent et s’arrangent les unes à la suite des autres , comme une file de condensateurs dans chacun desquels il y a un pôle vitré et un pôle résineux \ de manière que chaque pôle résineux touche à un pôle vitré , et qu’aux extrémités de la chaîne , le fil métallique qui est vitré communique au pôle résineux d’une particule , et réciproquement. Supposons que , dans cette polarisation, l’oxigène de l’eau possède l’électricité résineuse , et l’hydrogène l’électricité vitrée • alors,, si la force attractive de la pile est assez forte pour que la première molécule d’eau se décompose , cela suffira pour toute la chaîne. L’oxigène de cette molécule devenant libre , se dégagera sous forme de gaz , ou se combinera avec le fil vitré et i’oxidera. Alors l’hydrogène de la même particule deviendra libre aussi • mais comme il possède l’électricité vitrée , il sera attiré et retenu par l’oxigène de lamoléculesuivante qui possède l’électricité résineuse . U déterminera à son tour la décomposition de cette particule , se combinera avec son oxigène, et formera une nouvelle molécule d'eau. Cette combinaison rendra libre l’hydrogène de la seconde particule qui agira de même sur la particule

de l’appareil électromotetjr.

suivante, jusqu’à ce qu’enfm la décomposition se transmette à ia particule d’eau qui est immédiatement en contact avec le fil résineux. Ici l’action électrique des molécules les unes sur les autres ne se prolonge pas davantage • l’hydrogène de la dernière particule ne trouvera plus d’oxigène électrisé avec lequel il puisse se combiner ; par conséquent il se dégagera sur ce fil, ou se combinera avec lui.

Ce que nous venons de dire pour l’eau peut s’appliquer à toute autre substance que l’appareil électromoteur décompose. Alors la possibilité de la décomposition dépendra en général de trois élémens : i°. de la disposition plus ou moins forte qu’auront les principes de cette substance à prendre dans chaque particule des états électriques opposés ) a°. de l’énergie plus ou moins grande de cette opposition • 3°. enfin du rapport de cette énergie avec l’affinité chimique que les principes de la substance ont entre eux. Par exemple , si l’on opère sur un corps dont les principes se mettent facilement dans un état électrique très-opposé , il pourra se faire que la pile décompose ce corps , quoique l’affinité chimique qui réunit ses principes soit très-puissante. Si , au contraire , l’affinité est très-faible , mais qu’en même temps les principes constituans de la substance aient très-peu de tendance à se mettre dans des états électriques opposés , il sera fort possible que la décomposition ne s’opère pas. Enfin , de même que dans le frottement des corps les uns contre les antres, il y en a qui prennent tantôt l’électricité vitrée , tantôt l’électricité résineuse, selon la nature du frottoir auquel on les applique, de même il pourra arriver qu’un même principe chimique prenne tantôt l’état vitré , tantôt l’état résineux , selon les combinaisons où il entrera -, et quoique , en général, chaque principe doive porter dans toutes les combinaisons les mêmes dispositions naturelles , néanmoins le résultat définitif dépendra encore des dispositions analogues ou différentes des principes avec lesquels il sera uni. Dans toutes les expériences que l’on a faites jusqu’à présent avec l’appareil électromoteur , l’oxigène a paru conserver cette disposition à l’état résineux que nous lui avons reconnue dans l’eau , et que

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