DÉDOUBLEMENT
A maintes reprises nous avons eu déjà occasion de dire qu*il était indispensable à la réussite des vers de ne les réunir que par égalité de développement ; tous, en effet, n'arrivent point en même temps, bien que nés ensemble, au sommeil, à la mue, à la frèze; les uns sont en avance, les autres sont en retard, bien que le plus grand nombre suive une pro* gression régulière et moyenne. Il y a donc urgence à séparer les uns des autres , et à en former trois catégories distinctes. On y parviendra au moyen des dédoublements , opérés avant et après la mue.
Avant la mue, alors qu^une partie des vers s*y. prépare déjà par le sommeil et Tabstinence, on étend le filet à délitement, on le recouvre de feuilles, et tous les vers retardataires que le sommeil n'a point encore atteints y monteront. Après la mue, dès que la moitié environ des vers qui dormaient durant le premierj dédoublement sera réveillée , on procédera de la même façon. Le premier dédoublement nous aura donné les retardataires, le second les avancés, et il nous restera les moyens, qui pourraient subir encore un dédoublement si on le désirait.
Les dédoublements doivent s'opérer à la 1"', à la 2* et à la 3^" mue; à la quatrième, cette opération serait longue, difficile, imparfaite, et en somme peu utile. Chaque série obtenue de dédoublement doit
142 LE VIÇR A SOIE.
être placée sur des tables distinctes, a6n qu'on puisse les traiter convenablement suivant la période à laquelle elles sont parvenues , mue et diète , frèze et abondance. Les vers non dédoublés composeraient des tables dont une partie serait en sommeil ou en mue et réclamerait la diète , dont une autre réveillée ou même en frèze exigerait des repas abondants et nombreux ; au cinquième âge , les uns demanderaient à monter déjà, que les autres termineraient seulement leur quatrième mue, et le ramage serait à peu près impossible.
Dans une magnanerie un peu importante, on aura soin d'abord d'en séparer les races, c'est-à-dire les établir sur des travées ou du moins des traverses distinctes et voisines. Dans chaque race, on séparera .les vers par catégories de naissance: ceux nés le 1*% le 2% le 3% le 4* jour; puis d'autres catégories, dans chaque race , des vers de même âge mais de différentes forces obtenus successivement par dédoublement aux trois première^ mues. Les catégories de retardataires peuvent être placées dans une chambre plus chaude et recevoir des repas plus fréquents, afin de hâter leur développement et de les rapprocher des autres.
Mais chacune de ces diverses catégories doit être suivie attentivement par l'éducateur qui faciliterait beaucoup sa surveillance, en plaçant au-dessus de chaque tablette une petite étiquette indiquant la race , la date de la naissance et celle de chacune des mues successives; cette étiquette suivra en double chacune des catégories extraites du lot.
§ 4. — Incubation.
Le premier acte de Téducation des vers consiste à provoquer leur éclosion à Tépoque favorable , c'està-dire à avancer ou à retarder celle de leur éclosion naturelle, afin de les faire naître au moment où les mûriers leur promettront une nourriture convenable et assurée. Afin de retarder leur éclosion, on les place dans un local quelconque où la température soit suffisamment basse : une cave , un puits , une glacière, etc., selon le temps pendant lequel on veut les conserver et les moyens dont on dispose.
A Pair libre et sous le climat de Paris, les œufs éclosent spontanément quand ils ont reçu, à partir du printemps (1 5 février au 3 1 mai), de 1 , 100 à 1 , 200* c. répartis sur un espace de 106 à 120 jours. On peut donc, sans danger, les laisser à Tair libre jusque vers le 15 février dans le Midi et le l*^mars dans le Centre, et les descendre seulement alors dans une cave, d*où on les retire au moment opportun pour les soumettre à Tincubation. Un puits profond peut remplacer une cave, cela va de soi. Enfin, une glacière peut remplir le même but et devient indispensable, lorsque, voulant faire des éducations multiples, on doit retarder Téclosion jusqu'en juillet et août.
Dans tous ces cas , deux précautions sont importantes à prendre : d'abord placer les cartons de graine dans de grands bocaux (d'une contenance de
4 litres au moins) sans les serrer les uns contre les autres, fermer les bocaux avec des bouchons de liège et les mastiquer convenablement; tous les quinze jours, rapporter les cocons dans une pièce fraîche, les ouvrir, sortir les cartons en toile, les étendre, les laisser sécher à Taîr, puis, au bout d'une heure environ, les replacer dans le bocal soigneusement essuyé, reboucher, remastiquer, et reporter à la cave , au puits ou à la glacière. En second lieu , éviter de faire subir aux œufs des transitions brusques de température en les descendant dans le iocal conservateur comme en les remontant : dans le premier cas , par exemple , on place les bocaux entre les deux portes de la glacière , puis le second jour, dans le corridor qui y donne accès, et le quatrième dans la glacière même; s'il s'agit d'une cave, on n'y descend les œufs que graduellement, de marche en marche , et à l'inverse en les remontant ; on les y descend quand la température du local où ont été jusque-là placés les œufs est devenue la même que celle de la cave; on les en remonte en temps opportun.
Quant à l'hiver, il ne faut point se préoccuper ide l'influence d'un froid même rigoureux que les œufs supportent bien, et qui parait même être nécessaire pour empêcher leur développement prématuré.
Six à dix jours avant l'époque où l'on prévoit que les mûriers pourront fournir de la feuille bonne et en quantité suffisante, on procède à la mise en incubation, c'est-à-dire qu^on remonte les œufs de la cave , on les retire du bocal et on les dispose en
étendant les toiles ou cartons sur les tablettes d*une chambre spéciale , dite à incubation; sur chaque toile ou carton on fixera avec des épingles un morceau de tulle bobin à larges mailles et débarrassé de son apprêt par le lavage, tulle de mêmes dimensions que le carton ou la toile et qui servira à la levée des vers. Les œufs sont déposés sur les. tablettes du bas, puis successivement remontés d'étage en étage , Pair chaud tendant à s'élever.
Au moment où commence Tincubatioii , Thygromètre doit être amené à TS"" c. , soit par des arrosements sur le sol, soit en suspendant des linges mouillés dans la chambre ; le thermomètre y marque la température extérieure que nous supposerons être de IS*" c; le lendemain, on allumera le poêle de façon à élever la température d'un degré, soit 19°; le troisième jour, on Télèvera de deux degrés , soit 21**; le quatrième, de deux encore, soit 23% et de même encore le cinquième, soit 25°, température que Ton conservera soigneusement jusqu'à l'éclosion et aussi uniforme que possible. L'hygromètre a dû de même être conduit graduellement à 80°, point auquel il est indispensable de le maintenir dès lors, par des arrosements, par des vases en terre et pleins d'eau qu'on place sur le poêle , etc. En même temps et ainsi que nous l'avons dit , on monte les cartons d'une tablette chaque jour; et au bout de six à huit si les œufs ont été conservés à la cave , de dix à douze s'ils ont été mis en glacière, l'éclosion commence.
Dans une petite éducation , on jette les vers éclos le premier jour et qui seraient trop peu nombreux.
Mais le soir de ce premier jour, on dépose sur le tulle qui garnit les toiles ou cartons quelques jeunes pousses de mûrier, qu'on enlève le lendemain matin sur les neuf ou dix heures^ avec les jeunes vers qui y sont montés, et ainsi de suite les 3* et 4* jours; ceux qui éclosent le 5* sont rejetés comme ceux du 1'% étant considérés comme trop peu nombreux et atteints de quelques vices de constitution. La proportion des vers éclos :
Le i*^ jour est d'environ 1/20^ ou 5 pour 100.
Le 2*» jour est d'environ 1/3 ou 33 —
Le 3« jour est d'environ 1/2 ou 50 — ^100.00
Le 4« jour est d'environ 1/20^ ou 5 —
Le Séjour est d'environ 1/14® ou 7 —
Il est bien entendu que Télevage des diverses catégories se fera par âge ou époque de naissance, sans préjudice des dédoublements qui viendront encore les subdiviser.
S 5* — Premier âge.
Le premier ftge commence au moment de Téclosion; nous avons dit déjà que, pour économiser le chauffage de la magnanerie entière , on laissait les jeunes vers dans la chambre d'incubation où la température est de 25"* c. et où Thygromètre marque 80"*, dont Tair se renouvelle enfin suffisamment par Touverture fréquente de la porte d'entrée. Ils n'ont alors qu'environ 2 à 3 millimètres de long ; il en
faat 1,700 pour peser l gramme; à la fin de ce premier âge, les vers provenant d'une once de graine (25 grammes) n'occupent que 2", 50 carrés de surface de tablettes. La durée de ce premier âge est de cinq jours en moyenne ; le 4* se passe dans le sommeil et le 5' est employé à la mue ; mais, pendant les trois premiers , les vers jouissent d'un grand appétit : aussi faut-il leur fournir un repas toutes les deux heures, soit au minimum, douze par vingtquatre heures , jour et nuit. La feuille cueillie fraîche et coupée au moment du repas pour le jour, cueillie le soir et fraîchement coupée pour la nuit, leur est distribuée à la main ou au tamis. Ils consomment alors de 2 à 4 kilogrammes de feuille fraîche par vingtquatre heures. Le matin du quatrième jour, avant le sommeil , on opérera un délitement et un dédoublement , et le cinquième jour, au matin , un second dédoublement.
Quand l'éducation marche rapidement et que le premier âge ne dure que quatre jours , on peut à la rigueur se dispenser du délitement. Les tablettes de la chambre d'incubation étant mobiles , les repas peuvent se donner, les délitements et dédoublements peuvent se faire au grand jour , près d'une fenêtre.
S 6. — Deuxième âge.
Le second âge commence avec le réveil qui suit la première mue ; les vers ont alors 5 à 6 millimètres de long et , à la fin de cet âge , ceux provenant
d'une once de graine (S5 grammes) occupent environ 5 mètres carrés de superficie sur les tablettes. Le second âge dure quatre jours ; on délite le matin du troisième jour; le même soir, ils entrent en sommeil , et le quatrième jour la seconde mue s'o* père. Avant et après la mue, on pratique deux dédoublements identiques à ceux du premier âge. On continue les douze repas par vingt-quatre heures.
§ 7. — Troisiâmb agb*
Le troisième âge commence avec le réveil qui suit la seconde mue; les vers ont maintenant de 12 à 15 millimètres de longueur ; à la fin de cet âge , ils occuperont environ 12 inètres carrés de tablettes par 25 grammes de graine mise à Téclosion. Ce troisième âge dure six jours ; la frèze a lieu le 3* et le 4% le sommeil le 5* et la mue le 6*. On continue adonner douze repas par vingt-quatre heures, mais on coupe la feuille uu peu moins fine. On doit toujours faire un délitement le ^^ jour, si le temps est bon; deux s'il est humide et la feuille mouillée , les 2* et 4* jours; deux dédoublements nouveaux. avant et après la mue peuvent être utiles.
Mais les vers ont occupé toutes les tablettes de la chambre d'éclosion ; il faut les transporter dans la magnanerie, dont la température a dû préalablement être par le chaufiage portée à la même température de 23 à 24'' c. et où Thygromètre doit marquer de 78 à 80^ Sur les tablettes de la magnanerie , on dispose
les vers, à partir du bas des travées, sur les 1'*, 3% 5*, 7%. 9* et 11* tablettes et en laissant un vide entre deux , les vers , d'ailleurs , étant très-espaces sur la litière et n'occupant qu'environ la moitié, de la largeur de chaque tablette. La consommation totale de fenille^urant cet âge est d'environ 50 kilos.
g 8. — QUATRIÂMK AGE.
Le quatrième âge commence avec le réveil qui suit la troisième mue; les vers ont alors atteint 25 à 30 millimètres de longueur. Ils occuperont 20 mètres carrés de tablettes par once au commencement et 25 mètres à la fin. Dès le début, on réduit à huit par vingt-quatre heures le nombre des repas , et on donne désormais la feuille entière , à moins qu'elle soit on très-large ou très-dure. La consommation s'élèvera à environ 150 kilos de feuille par once de graine pendant cet âge. Il dure six jours comme le précédent; la frèze se présente les 3* et 4* jours, le sommeil le 5* et la mue le 6'. Il faudra donner îndispensablement un premier délitement le 3"" jour, et un second le S"* au matin ; s'il y a lieu , on dédoublera le 4* jour. La moitié des tablettes se trouve alors occupée.
S 9. — GiNQDièMB AGB.
Le cinquième âge commence avec le réveil qui suit la quatrième mue; les vers ont alors acquis 40 à
50 millimètres de longueur. Hs occupent 30 mètres carrés de tablettes par once au début et près de 50 mètres à la fin. On continue les huit repas de feuille entière par vingt-quatre heures ^ cet âge durant de huit à neuf jours, la consommation totale en feuille brute s'élèvera de 750 à 900 kilos. La grande frèze se produira les 6* et 7* jours, le sommeil le 8*, et la montée le 9*. La consommation de feuilles est considérable pendant cet âge , nécessite d'importants approvisionnements et exige une soigneuse conservation ; c'est surtout pendant la grande frèze que l'appétit des vers se montre iusatiable, pour diminuer notablement dès le huitième jour et se réduire presque à rien le neuvième.
L'espace, l'air pur, la chaleur sont plus indispensables que jamais. On opère trois délitements, les 3*, 6' et 8"* jours. Dans les années humides ou quand on donne la feuille mouillée, il faut déliter tous les deux jours ou même tous lés jours. Si l'éducation a été bien conduite et bien réussie, les vers ont à peu près tous atteint la même taille et le même poids , et monteront tous en deux jours. A ce moment, ils ont atteint, suivant la race, 8 à 10 centimètres de longueur, 3 à 5 grammes de poids ; ils occupent complètement les 50 mètres carrés de tablettes par once de graine; ils seront devenus jaunes, transparents, mous , puis ils se vident d'excréments mous et d'un liquide blanc ; ils quittent leur litière , courent et montent sur les poteaux, les tablettes, etc.; ils cherchent un endroit proprce pour filer leurs cocons : c'est la montée.
§ 10k — Ramage.
Mais il a fallu à Favance préparer les ustensiles indispmisables au eoconnage, c'est-à-dire les ea-* baneSy rames ou balais dans lesquels ils monteront pour filer; puis les disposer sur les claies ou tables: c'est ce qu'on nomme le ramage.
Dans les jours qui précèdent la fin de Téducationi on a dû faire recueillir les branches ou rameaux de diverses plantes, selon le climat et la saison. Ce sont le colza (Brassica napus oleifera)^ la bruyère (Erica scoparia, Ciliaris, Tetralix, Cinerea, etc.), le bouleau {Betula alba)^ le vélar (Erysimum chei^ rantoides)^ la chicorée [Cichorium mtybus)^ Taster (Aster acris, Amellus, Tripolium, Pyrenœus, Alptnus)^ l'armoise [Artemisia spicata^ VulgariSj CampestriSy Gallica), le cirse (Cirsium monspessûlanunty lanceolatum, palustre) ^ l'herbe à balai (Anserinum scoparium), la cameline (Myagrum sa^ tivutn), le pastel {Isatis tinctoria)^ le séné sauvage {Coronilla emerus), le cytise à feuilles sessiles (Cytisus sessili'folius), le chèvrefeuille (Lonicera xyhsteum), l'alaterne [Rhamnus alaternus), la lavande femelle (Lavandula spica)^ le ciste ladanier (Cistus ladaniferus); à défaut de ces végétaux rameux , on emploie des branchages d'aune , d'orme de chêne, de mûrier ; dans quelques pays, on se sert da genêt [Genista seoparia, Hispanica), l'airelle [VaeciniummyrtiUus), l'escoupette (Chùndrillajun"
cea)f etc., etc. A défaut de végétaux, on emploie même des copeaux de bois.
Les bruyère, genêt, cirse, les branchages d'arbres ou d'arbustes peuvent servir pendant trois ou quatre ans de suite; les colza, velar, chicorée, aster, armoise, escoupette, ne durent qu'un ou au plus deux ans.
Le ramage, de quelque façon qu'on l'opère, doit remplir les conditions suivantes : P pouvoir être exécuté très-rapidement, de manière à ne pas iaire attendre les vers; 2"* être disposé de telle sorte que
Fig. 27. Ramage ou enramage des tablettes.
tous les vers le trouvent facilement et puissent y monter sans difficulté; S"" être abondant, c'est-à-dire offrir un grand choix de supports: A** ne pas nuire à la circulation de l'air; 5^ ne pas empêcher la distribution des derniers repas aux vers qui mangent encore ; 6** ne pas encombrer le filet , afin qu'on puisse enlever la dernière litière dès que la grande majorité des vers est montée; 7^ enfin s'exécuter à peu de frais.
Le plus ordinairement on forme, avec les branchages dont nous avons parlé, une sorte de haie de
clôture enceignant chaque table, ces rameaux étant posés à la main sur la tablette inférieure et leur sommet se recourbant sous la tablette supérieure; on place de môme quelques rameaux au centre. Il est préférable de confectionner avec ces rameaux de petits balais de O'^ySO à O^^ôOde longueur, liés à la ficelle, et ayant au lien environ 0", 15 decirconfé* rence , et que Ton dispose le long de la bordure de chaque côté des tablettes en les inclinant vers le centre et contre la tablette supérieure, de façon à former une voûte de branchages dont les tètes se joignent et se soutiennent. Enfin, au milieu de la tablette et dans le sens de sa longueur, on forme une petite haie composée de rameaux, dont la base est fixée parmi la tête de ceux formant la voûte et dont l'extrémité descend sur la litière , afin que les vers trouvent de fréquents et faciles moyens d'ascension.
Quelques éducateurs ont employé d'abord, conseillé ensuite, Femploi de la coconnière brevetée de Davril ; elle se compose de tasseaux parallèles , laissant entre eux Tintervalle d'un cocon , disposés sur les bords et au-dessus des planchettes à vers, en forme d'échelons; c'étaient, en un mot, des cadres grillagés en rotin. On réduisait ainsi le nombre des cocons doubles, on obtenait un déramage facile; mais les premiers vers qui montaient couvraient de soie la plus grande partie des petites cases, dont l'entrée se trouvait ensuite presque interdite aux retardataires.
Plus récemment (en 1867), M. le chevalier Del-
prino proposa ses châteaux cellulaires isolateurs,
154 LE VBR A SOIK.
perfectionnement des coconnières Davril. Cet appareil se compose de deux parties : la cabane on caisse et Tarmatare. La cabane est formée de montants verticaux qui soutiennent de légers planchers mobiles, longs de 1 mètre, larges de 0",50. Sur chacun de ces planchers on place les vers, et un système de coulissés permet de retirer horizontalement chaque tablette séparée pour distribuer le repas. L'armature, qui constitue l'invention capitale, consiste en claies verticales disposées latéralement aux tablettes et formées de deux séries perpendiculaires de petites planchettes qui forment des casiers de 0'',05 en tons sens ; c'est dans ces cases cubiques que le ver vient s'installer pour coconner. D'autres claies sont dispo* sées obliquement au-dessus du château et aux extrémités des tablettes , afin que tous les vers trouvent à se loger. On évite ainsi les doupions et les cocons tachés; mais les cadres isolateurs trop rapprochés s'opposent à la circulation de l'air. Le prix de ces appareils pour les vers provenant d'une once (de 31 grammes) de graine est de 125 francs, brevet compris.
Tout système de ramage qui nécessite le déplacement des vers sur d'autres tablettes, ou leur transport dans un autre appartement , doit être rejeté à cause des dangereuses et longues manipulations et triages indispensables.
Le ver qui , à sa montée, ne trouve pas immédiatement un endroit convenable pour tisser son cocon, voit les glandes de la soie se résorber assez rapidement, et au bout de peu de temps il se transforme
en chrysalide, sans aYoir filé de cocon. Les vers qai montent les premiers sont presque toujours à la fois les plus énergiques et les plus sains.
S il. — DiRAHftISB ET RECOLTE.
Lamentée, dans une bonne éducation, dure de deux à trois jours ; ce n'est que huit à dix jours après qu'elle est terminée qu'on doit commencer le déramage ou la récolte des cocons.
Les ouvrières recueillent les balais ou rames sur les tablettes , et les transportent , en les secouant le moins possible , dans une pièce un peu spacieuse, au milieu de laquelle elles les déposent. Chacune d'elles s'assied autour du tas de rames , ayant à sa portée trois corbeilles dont le poids a été taré : dans la première , qui est en môme temps la plus grande, on dépose les cocons réguliers de forme et non tachés ; dans une seconde , les cocons doubles ou dou» pions; dans la troisième, les chiques ou cocons tachés.
L'opération fort simple du déramage consiste à prendre chaque balai ou chaque rameau successivement , et à en détacher à la main les cocons entourés d'une partie de leur bourre. Les corbeilles pleines ou le déramage terminé, on pèse les cocons en déduisant la tare du contenant, ce qui donne le rendement total de l'éducation, facile à diviser par le nombre de gammes de graine on d'onces mises
en incubation. On peut prendre ensuite dans plusieurs corbeilles le nombre de cocons nécessaires pour équilibrer un kilogramme, et la moyenne de ces pesées, divisée, par le nombre moyen des cocons , donnera le poids moyen de chacun d'eux.
Le déramage opéré, on flambe les balais ou rames s'ils doivent servir encore Tannée suivante. Quelques heures auparavant, on les a humectés d'eau avec un arrosoir à main ; puis , lorsqu'ils sont presque secs, on les présente à la flamme d'un feu clair de paille ou de copeaux , afin de les débarrasser des fils de bourre qui y sont restés adhérents ; après quoi on les rentre en magasin , en lieu sec , où jusqu'à l'année prochaine ils perdront l'odeur de fumée.
i 12. — D^BOURRAGE DES COCONS.
Avant de conserver , d'étouSer ou de vendre les cocons , il faut commencer par les débarrasser de la bourre qui les enveloppe et les fait adhérer souvent les uns aux autres. Le débourrage se fait à la main, par des ouvrières exercées ; tenant le cocon de la main gauche et sans trop le serrer, elles saisissent, de la main droite , la bourre sur l'un des côtés et non vers le bout, dans toute la longueur du cocon; tirant en haut alors , et par un mouvement analogue à celui par lequel on ouvre une tabatière , elles débar assentd'un seul coup le cocop de son enveloppe,
tandis que la main gauche le fait pivoter sur son grand axe.
On peut faire en même temps subir un second triage aux cocons en mettant à part les doubles, pointus, percés, satinés ou tachés, qui auraient échappé la première fois à Tœil ou à la main.
J 13. — Étoufpagb dss cocons.
Le ver, renfermé dans sa coque soyeuse, s'y est transformé en une chrysalide qui en doit sortir à Tétat d'insecte parfait , sous la forme de papillon , quinze à vingt jours plus tard , en perçant le cocon, qui devient ainsi impropre à la filature i et conséquemment à tout usage industriel. C'est cet accident qu'il convient de prévenir.
Quand lès cocons sont déramés et débourrés , quand on a choisi l'es plus beaux et les meilleurs destinés au grainage, il faut s'occuper de l'étouf* fage ou fournoiement qui a pour but de tuer la chry* salide sans endommager le cocon.
Autrefois, on ne pratiquait que le fournoiement» qui consistait à placer les cocons déposés en de petites corbeilles , recouvertes de papier, dans un four, duquel on vient de retirer le pain après sa cuisson. On s'assure d'abord que la température n'y est pas trop élevée, en y jetant de petits morceaux de papier qui ne doivent pas roussir. On enfourne alors les corbeilles , qu'on y laisse séjourner durant un laps
de temps de quinsse à trente minutes ; en général , on défourne dix minutes après que les chrysalides s^ agitant dans le cocon , sous Tinfluence de la chaleur, ont cessé de produire aucun bruit. Ce moyen , bien imparfait , expose toujours , on le comprend , soit à brûler tout ou partie des cocons , soit à laisser vivantes un nombre plus ou moins considérable de chrysalides.
L'étoufiage à la vapeur, bien préférable, ne présente aucun de ces dangers , puisque Teau vaporisée sans compression ne peut dépasser 100<> cent. On prend donc un tonneau en bois blanc, dont le fond est percé de trous, et qui mesure environ 1 mètre de haut et 0",60 de diamètre moyen. On y dépose les corbeilles renfermant les cocons; puis, après avoir couvert le tonneau d*un couvercle percé de trous en nombre et de diamètre semblables à ceux de son fond , on le place sur une chaudière de même diamètre, contenant de Teau bouillante, et sous laquelle on continue à entretenir le feu. Après quinze à vingt minutes, l'opération est terminée; on descend le tonneau , on en retire les corbeilles et on étend les cocons snr les tablettes de la magnanerie pour les sécher.
Par le foumoiement ou Fétoufiage, les cocons ont perdu , en moyenne , 65 pour 100 de leur poids ; c'est-à-dire que 100 kilogr. de cocons frais ne pèsent plus alors, et quand ils ont séché, que 35 kilogr. Cette perte est due à la dessiccation qu'a subie la chysalide.
§ 14. — GONSBRVATION DES COCONS.
Bien qa'il soit le plus souvent préférable de vendre les cocons frais après le débourrage , il est certaines circonstances pourtant où on les doit conserver pendant pins ou moins longtemps en magasin, après avoir pratiqué Tétouffage.
Les cocons étouffés seront alors étendus en couches aussi minces qu'il est possible sur les tablettes alors sans emploi de la magnanerie ; on les y remuera fréquemment pour les amener aune dessiccation complète et régulière. Dès qu*ils sont secs,. il est indispensable de les recouvrir de toiles, si Ton ne veut quMls soient souillés par la poussière. Pen* dant tout ce temps , il faut faire bonne garde contre les rats et les souris, qui , très?friands de chysalides, savent très-bien percer les cocons pour y trouver leur régal.