NORMALE
pour 100.
poor 100.
pour 100.
Total des j)ertes. . 27 . 65 Cocons obtenus 72.34
Ces expériences ne relatent pas, évidemment, toutes les chances de pertes ou de maladies qui pèsent sur nos vers à soie, et qui, presque toutes', dérivent , soit d'un manque de soins , soit de fautes commises contre Thygiène. Les maladies auxquelles sont exposés les vers sont au nombre de sept au moins, savoir : P les vers passés ou flétris; 2"* la clairette on luzette ; S"" la jaunisse ou grasserie ; 4^ les vers courts ; S* la muscardine ; 6* la pébrine ; T" la flacherie. Nous allons les étudier brièvement et successivement.
g i^i*. — Les vers passiîs ou flétris.
On appelle vers passés , flétris ou harpions , ceax qui, arriérés, faibles, effilés, chétifs, sans appétit, et comme frappés de marasme, sont incapables d'atteindre la feuille fraicbe en même temps que les autres, sont foulés par eux, et réduits à vivre en* quelque sorte sur la litière. A chaque mue, ils sont enterrés ou dérangés, parce qu'ils arrivent ou trop tôt ou trop tard, s'isolent, se cramponnent aux claies, et s'il en est qui traînent jusqu'à la montée, une mort certaine les y attend avant qu'ils aient pu filer leur cocon. Les dédoublements répétés fournissent un excellent moyen de reconnaître et d'isoler les retardataires, que l'on peut dès lors tiourrir à part et sauver de tout accident en leur donnant la température , la qualité de feuille , le nombre de repas qui leur sont successivement le plus favorables. En un mot, dans une éducj^tion bien conduite, il ne doit point se trouver de harpions.
S 2. — La clairette ou luzsttr.
Les vers clairs ou luzettes se reconnaissent à leur aspect transparent, surtout vers la tête, qui acquiert un développement anormal ; en même temps , leur filière laisse suinter une liqueur lucide et visqueuse, l'animal erre languissamment sur les tables, cesse
de s'accroître , se raccourcît au contraire , et peu après la quatrième mue se transforme en chrysalide , sans avoir filé de cocon. On assigne comme cause à cette maladie Tencombrement de la magnanerie , Finsuffisance de la nourriture, le défaut d'aération, toutes conditions d*hygiène qu'il est facile de réunir, auxquelles il est aisé de remédier.
§ B. — La jaunisse rt la grassrrie.
a Les meilleurs observateurs, dit Robinet, s'accordent pour reconnaître que les vers dits jaunes, et les gras ou porcs, sont affectés d'une même maladie. Elle paraît due à l'insuffisance de la transpiration. Elle consiste dans une bouffissure ou gonflement de tout le corps du ver, accompagnée d'une teinte jaune foncé dans les vers à soie jaune. C'est une espèce d'infiltration dans tous les organes de l'animal, du liquide nutritif qui lui tient lieu de sang. Cette infiltration , commence autour des stigmates , se propage de là aux articulations des anneaux qui^e relèvent en bourrelets et gagne bientôt toutes les parties du corps. Les pattes paraissent alors raccourcies à cause du gonflement des parties environnantes ; et le ver n'exerce qu'avec peine tous ses mouvements, v C'est toujours et exclusivement vers la fin du cinquième âge que la maladie apparaît , surtout lorsqu'on distribue de la feuille jeune ou trop tendre et trop aqueuse. En général, les
grosses races y sont pins exposées que les petites , qui sont toujours plus rustiques, telles que le sina; les blanches y sont sujettes, quoiqu'un peu moins peut-être, que celles à soie jaune.
S 4. — Les vers courts.
Les vers courts sonï ceux qui, à la fin du cinquième âge, et parvenus à maturité, n^ayant pas assez tôt trouvé d'endroit propice an tissage de leur cocon , errent çà et là , répandant leur soie partout sur leur passage, se vident, se raccourcissent, jau* nissent, et meurent d'ordinaire; quelques-uns se transforment en chrysalide sans avoir filé, Cet accident (car c'en est un plutôt qu'une maladie) provient évidemment d'un manque de prévoyance de l'éducateur qui n'a ramé que trop tard ou qui a mal rame.
§ 5. — La muscardine.
La muscardine, que Robinet confondait à tort avec la flacherie, vaut aux vers qui en sont atteints les noms de muscardins, dragées , de leur ressemblance avec une pastille saupoudrée de sucre, très en usage dans le midi de la France. La maladie ellemême a reçu le nom de rouge, à cause de la couleur des vers qui commencent à en être frappés.
Voici qoels en sont la marche et les s^j^tÊdb^i ':? ^! Le ver qui va être atteint demeure engôtrf^Fr' immobile» la partie antérieure du corps dressée comme s'il allait muer; il refuse toute nourriture. Peu d'heures après, une tache, d'jun rouge violacé on couleur lie de vin , apparaît eh un point quelconque et envahit progressivement toute la surface du corps, mais sans jamais présenter de pétéchies ou marbrures noires. La somnolence continue jusqu'à la mort, qui arrive de vingt à vingt-quatre heu- • res au plus après l'invasion de la maladie. Au moment même de la mort , le corps de l'animal est mou , flasque, et conserve sa couleur rouge ; le lendemain, il se dessèche, diminue de volume, se contourne, n'entre pas en putréfaction, devient roide et cassant, tout en prenant des formes et un aspect bizarres; le troisième jour après la mort, apparaît à l'étranglement des anneaux , et aux stigmates une efflorescence blanche, farineuse, qui deux ou trois jours plus tard recouvre tout le corps. C'est le ver muscardin. Quelquefois, pourtant, le mal prend une marche plus lente ; s'il est à la fin du cinquième âge , le ver monte et commence à filer un cocon ; d'autres fois il Tachève même, et s'y tranforme en chrysalide, mais il ne tarde pas à mourir; si l'on ouvre alors le cocon , facile à reconnaître au son sec qu'il rend quand on l'agite, on trouve la chrysalide recouverte d'efflorescences blanches, c'est la dragée. Enfin, mais plus exceptionnellement encore, lamuscardine n'apparaît que chez le papillon. C'est d'ordinaire pendant le cinquième âge ou après la qua-
trième mue, et jusqu'à la montée, que la maladie se déclare.
Presque tous les sériciculteurs sont d'accord pour reconnaître que la muscardine est éminemment contagieuse; Robinet, en 1848, estimait à un sixième au moins du produit annuel les pertes causées par cette maladie.
Elle est due à l'invasion d'un cryptogame , suc* cessivement découvert, défini, dénommé par Dutrochet Bassi et Audouin, (1835-1837), le [Botrytis- Bassiana. On sait aujourd'hui : P que, pendant la maladie, le cryptogame se développe dans l'intérieur du ver et y détruit rapidement tout le tissu graisseux; 2'' que l'on peut communiquer la maladie par inoculation en introduisant à l'aide d'une aiguille fine, sous la peau d'un ver, d'une chrysa^ lide ou d'un papillon, une parcelle de la moisissure; 3"^ que la muscardine peut se développer spontanément chez les vers placés dans une atmosphère trop humide; 4*" qu'elle se propage à des distances relativement éloignées , par les spores ou granules reproducteurs du champignon parvenu à fructification sur les cadavres ; S"" enfin que la muscardine n'est point spéciale au ver à soie» mais commune à tous les insectes en général.
Les moyens préventifs paraissent consister dans une bonne hygiène des magnaneries : température et hygrométrie convenables, aération suffisante; espacement des vers, délitements ^équents, dédoublements répétés, expulsion imn^édiate desmalades, désinfection du local et du matériel par des fumiga*
tions de soufre avant Tépoque où doit commencer Téducation. De moyens curatifs^ on n*en connaît point, malgré qu'il en ait été proposé un grand nombre (sulfate de cuivre , chaux , Teau contenue dans la feuille jeune et fraîche ou sur la feuille mouillée, lotions alcalines, etc.). Après avoir choisi de la graine provenant d'éducations où la muscardine n*a point paru, si la maladie fait invasion dans la magnanerie, le plus sûr est de déliter chaque jour, de transporter au loin et d'enfouir profonde^ ment toutes les litières; enfin d'éliminer tous les vers qui traînent avant ou après chaque mue et de les détruire immédiatement par le feu.
8 6. — La pi^BRiNS.
La Pébrine (du mot languedocien Pebré, poivre) ou gattine, étisie, atrophie, maladie des petits, Pétéchie, tache ou meurtrissure, Negrone, maladie des corpuscules, etc., est une maladie fort ancienne qui règne épidémiquement en France depuis 1845, date à laquelle elle apparut dans le département de Vaucluse; puis elle se manifesta en 1849 dans les Cévennes, envahit l'Italie septentrionale, de 1854 à 1858, l'Italie centrale, de 1858 à 1860,îrEspagne en 1858. Antérieurement, autant qu'on peut juger de l'identité de la Pébrine avec les épidémies succinctement décrites par les anciens auteurs, elle s'était montrée en 1688 en Provence, en 1710 dans le Dauphiné, en 1726 en Italie, en 1749 en France.
a Elle offre , pour caractères constants , des taches ou pétéchies d'une couleur roussâtre, de dimensions variables ^ commençant à se manifester le plus souvent le long des stigmates. Microscopiques au début , ces points roussàtres vont s* élargissant et se multipliant, en même temps que leur coloration se fonce et devient plus visible et déprimée. C'est là le premier degré de la maladie, pendant lequel l'animal continue de manger, maisavecplus de mollesse. Cette première période dure environ deux jours. Dans une deuxième période, les taches s'étendent en largeur, sont déformées , variables , passent au brun, et envahissent d'abord un ou deux anneaux du ver, puis la totalité de l'animal, qui se raccourcit et s'amincit. Il cesse de manger et meurt du quatrième au cinquième jour. Dès le deuxième jour, les déjections sont changées ; au lieu de crottins secs et moulés que donnait Fanimal, il ne rend plus qu'une matière sous forme à peu près liquide, collante et d'une couleur roussàtre. Un liquide noirâtre sort de sa bouche et peut être considéré comme le produit d'un vomissement. Les parties du corps non atteintes par les pétéchies ont une couleur gris terne, analogue à celle d'une toile non blanchie. Un deuxième caractère constant est l'inégalité des vers ; un certain nombre des individus d'une éducation deviennent faibles , n'accomplissent pas leurs mues et restent petits. Les jeunes vers ne sont pas atteints dès le début des éducations. En général, les trois premières phases de leur existence ne sont signalées par aucun accident ; mais vers la quatrième
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mue y la maladie éclate et devient assez grande pour emporter les quatre cinquièmes des chambrées. Ceui des vers à soie qui , ayant seulement des germes de Tinfection, accomplissent toutes les phases de leur existence, ne donnent que des cocons faibles en poids, et .des papillons à gros abdomen, à ailes courtes et maculées, à pattes rabougries et contournées. » (D' Turrel, Maladie des vers à soie. — Bulletin de la Société zoologique d' acclimatation j avril 1867.)
La tache caractéristique de la Pébrine existe surtout dans les téguments; ce n*est point simplement un dépôt de matière colorante , mais une altération spéciale des tissus fort analogue à la gangrène. Par ailleurs, un savant entomologiste français, homme en même temps fort compétent en sériciculture, M. Guérin-Menneville , avait découvert le premier en 1849, pendant ses recherches sur la Muscardine, Texistence dans le sang de certains vers malades, de corpuscules animés, vibrants, qu'il proposait d'appeler hématozoîdes. M. Filippi en 1850, Leidig en 1853, M. Comalia en 1856, confirmèrent Fexistence des corpuscules , non-seulement chez le ver à soie , mais chez d'autres chenilles et même sur les cocons; ils leur assignèrent différents rôles, différentes origines et différents noms. MM. Lebert et Frey, en 1856 et 1858, insistaient, après Filippi, sur la signification pathologique de ces corpuscules que M. Osimo découvrait en 1857 dans les œufs du ver. Enfin, M. Vittadini, en 1859, proposait comme moyen de sélection T examen microscopique des
chrysalides et clés œufs, recherches qui furent né* gligées ou qui avortèrent.
C'est à ce moment (1865), c'est à ce point surtout, que M. Pasteur reprit cette étude. Pour lui, les corpuscules sont des organites brillants, ovales ou pyriformes, très-nettement délimités, dont les dimensions suivant le grand axe ne dépassent guère deux à trois millièmes de millimètres; ces globules, ces corpuscules, production qui n^est d* origine ni
■Sy^ "^ es. -^ ^ ^ ' '
Fig. 28.
Corpuscules caractéristiques de la pëbrine à divers ëtats, Corpuscules jeunes, ea de développement et de formes diverses, d'après voie de divisions
M. Pasteur. spontanées.
animale ni végétale (fig. 28), qui ne sont animés d^autre mouvement que de celui dit Brownien , qui sont doués de la faculté de se reproduire quand ils sont jeunes par génération, endogène , sont le signe et la cause de la Pébrine. Cette maladie est éminemment contagieuse et héréditaire.
C'est donc, comme le disait en 1860, M. Henri Mares, la maladie de la graine. Le seul remède, t;' était de refaire de bonne graine et de ne reproduire que celle sur l'intégrité de laquelle on avait
nue exacte certitude. Il faut donc examiner à la fois les reproducteurs et le produit :
Six jours environ après la montée, on prend un certain nombre de cocons en rapport avec Timportance de l'éducation , on les place dans une chambre où la température s'élève de 3P 25 à 37« 50 cent., et où rhygromètre marque au moins SO""; Téclosion a lieu quatre à cinq jours avant celle des cocons (fig. 29) restés dans la magnanerie. On prend ces papillons successivement, on coupe leurs ailes que
Fig. 29. Partie antérieure da corps d'un ver mort de la pëbrine,
d'après M. Pasteur.
Ton rejette, et Ton broie tout le corps dans un petit mortier avec deux ou trois gouttes d'eau, puis on examine au microscope, et avec un grossissement d'au moins 400 diamètres, une goutte de la bouillie. Si l'on était pressé, on pourrait faire cet examen sur les chrysalides et sans attendre l'éclosion. Si, sur vingt cocons pris au hasard , on trouve deux ou trois chrysalides ; si sur cent papillons éclos , on en trouve plus de dix corpusculeux , il faut livrer le lot tout entier à la filature et se bien garder de l'admettre à la reproduction.
Supposons le lot sain , on le soumet au grainage
cellulaire que nous décrirons dans un chapitre suivant. On pourrait également examiner les œufs au microscope , si la graine était de provenance étran« gère ; mais il faut bien- savoir que : P Des papillons corpusculeux peuvent donner de la graine sans corpuscules , mais dont les vers seront corpnsculeux ; 2® la proportion des corpuscules dans les œufs varie beaucoup , en apparence , avec Tâge auquel on les examine : 33 pour 100, par exemple, après la ponte; 70 pour 100 avant Tincubation, 80 pour 100 dans les vers qui en éclosent; 3"^ en dernier lieu, Texamen des œufs est beaucoup plus délicat que celui des chrysalides et surtout des papillons, la proportion des corpuscules étant beaucoup plus faible et le champ beaucoup moins net.
D'après M. Pasteur, la maladie , dans le ler, procède de l'intérieur à Textérieur; Taltération des tissus se produit d'abord sur le tube digestif dont les fonctions sont troublées , et ne se manifeste qu'ensuite sur la peau externe par les taches ou pétéchies. M. Mène ayant fait l'analyse chimique de vers de différentes races, à l'époque delà maladie, a constaté les résultats suivants :