‹ Précis élémentaire de sériculture pratique. Mûriers et vers à soie; production, industrie, commerce de la soieChapitre 21 sur 38 · DÉGÉNÉBESCENGE ET RÉGÉNÉBATÎON DE NOS RAGES DE · texte numérisé non relu

DÉGÉNÉBESCENGE ET RÉGÉNÉBATÎON DE NOS RAGES DE

VERS A SOIE DOlfESTIQUES.

La cause première la plus fréquente des maladies sporadîquées de Thomme et des animaux est à coup sur l'inobservation des lois de Thygiëne, Texagéralion d'une fonction quelconque et la rupture qui en résulte dans l'équilibre général. On ne fait pas en vain violence à la nature , et les nombreux faits qui se sont présentés dans la zootechnie moderne suffisent à démontrer que l'exploitation intensive du bétail conduit fatalement à une diminution dans l'énergie , la vitalité , la fécondité de l'individu d'abord , puis de la famille , de la race , et enfin de l'espèce. Uti^ non àbuti. .OVy tout individu » toute famille, toute race, toute espèce dont la vitalité diminue, voit par cela seul les maladies et le parasitisme fondre sur lui , tandis qu'il a perdu plus ou moins complètement ses moyens de résistance.

Citerons-nous en preuves : la maladie des pommes de terre, des betteraves, des mûriers, des orangers, de la vigne, et de tant d'autres végétaux que l'amour du lucre nous a fait placer dans des conditions défavorables à leur santé , ou dont il nous a engagés à surexciter la production? Sous un autre climat, à

File de la Réunion , la maladie de la canne à sucre ne confirme-t-elle pas Tuniversalité de cette loi naturelle? Mais ces maladies, se développant sporadiquement , peuvent devenir ensuite endémiques ou épidénaiques , selon qu*elles rencontrent des conditions locales ou générales favorables à leur dévelop» pement; puis, les unes sont contagieuses parcon« tact direct ou par Tintermédiaire de Tair (miasmes, spores, poussières), et se propagent d^autant plus énergiquement qu'elles rencontrent des organismes plus disposés à les recevoir, moins en état de leur résister.

Tel n*est-il point le cas du Bombyx Morij de notre ver à soie du mûrier, originaire très-proba*blement de la Cbine centrale et même méridionale, où le thermomètre descend ti*équemment , en hiver à — 1 2" à — 1 5* cent. , et où pendant trois mois il reste au-dessous de 0*" cent.; du ver à soie pour lequel on reconnaît qu'un froid de 20"* en hiver est très-favo. rable au ^ développement embryonnaire de ToBuf, tandis que les hivers trop doux produisent une mauvaise éclosion; du ver à soie qui se nourrit dans Tétat normal des feuilles du mûrier sauvage, qui éclôt naturellement et sous les seules influenees atmosphériques; dont Texistence normale, sous forme de ver et dans Tétat primitif, est de quarante à cinquante jours; du ver à soie en6n que nous avons trop civilisé et exploité trop intensivement ?

En e£Fet , ne nous bornons-nous pas à conserver les graines , depuis un temps immémorial , également àTabri des extrêmes de température, du chaud

et du froid? Ne nous sommes-nous pas attachés à avancer ou retarder son éclosion que nous déterminions , le moment opportun venu , par des moyens artificiels, en six à huit jours, sous Finfluence d*une température élevée? Ne Tavons-nous pas nourri de feuilles de mûriers greffés et fréquemment taillés , fournissant une feuille plus abondante, mais plus aqueuse que celle du sauvageon? N*en sommes-nous pas arrivés à achever son élevage jusqu*à la montée en vingt-quatre et vingt-six jours ? Ne Tavons-nous pas entassé souvent dans des magnaneries surchauffées , mal , ou pas aérées ni ventilées? N*avons-nous pas abusé du mûrier comme du ver qu'il nourrissait , et le mûrier n'a-t-il pas été atteint, lui aussi, d'une maladie cryptogamique (la Fumagine, Fusisporium Cingulatum et le Rhyzoctona Mori)^ qui réagissait encore sur Torganisme de son hôte ?

Ne venons-nous pas de voir M. Pasteur conseiller contre la flacherie de donner de préférence la feuille du sauvageon à celle, du mûrier greffé, celle des mûriers rarement taillés à la feuille des mûriers taillés chaque année ou tous les deux ans; de ne pas élever la température au moment des mues; d'espacer les vers à tous les âges; d'aérer, de veiller à ce que les vents secs ne suppriment point la transpiration ? N'avons-nous pas vu (chap. II) que, pendant dix ans au moins, les Ursulines de Montigny-sur-Vingeanne ont élevé , dans le centre de la France (Côte-d'Or), en plein air et avec un entier succès , une race locale qu'elles ont amé-

liorée et dont on a pu admirer les magnifiques cocons à l'exposition universelle de 1867. Ne penset-on pas enfin qu'il serait temps de substituer pour le ver à soie Téducation naturelle^ normale^ à Téducation artificielle, forcée, tout autant du moins que le permet l'économie d'une industrie bien comprise?

En dehors des moyens excellents et très-pratiques indiqués par M. Pasteur, n'y aurait-il pas lieu d'étudier si les races à cocons jaunes ne seraient pas supérieures en énergie à celles à cocons blancs qui paraissent dériver de l'albinisme; si, comme l'ont cru remarquer le capitaine Hutton, le docteur Sacc et M. Vallée, les vers dits tigrés ou zébrés qui se présentent en nombre variable dans presque toutes nos races et semblent indiquer un retour vers le type primitif, ne se montreraient pas véritablement plus robustes et plus résistants aux maladies ? Enfin, en dehors des éducations industrielles , petites ou grandes, ne serait-il pas possible de faire des éducations toutes spéciales de grainage, dans lesquelles on rapprocherait les insectes de l'état de nature autant que le permet notre climat ?

Il est remarquable que la plupart des auteurs anciens, Olivier de Serres (1600), Isnard (1665), BoissierdeSauvages(1763),Pomier(1763),Dubet(1770), se montrent les ennemis de la trop grande civilisation du ver et les partisans d'une éducation aussi rapprochée que possible de nature. Puis vint l'abbé Roziet (1801) qui, conseillant de choisir la feuille des mûriers plantés en coteaux sur terrains maigres et secs,

conseille de soumettre les vers à une température élevée , se bornant à proscrire les transitions brusques. Dandolo (1816) est le fondateur de Téducation industrielle en sériciculture ; il conseilla les grandes magnaneries , réglementa l'élevage en vue de la précocité et eut un grajid nombre d*adeptes en France. Parmi les plus notables, citons M. Camille Beauvais, directeur de la magnanerie expérimentale des bergeries de Sénart; M. Frédéric de BouUenois , secrétaire de la société séricicole fondée en 1837; M. Robinet, directeur de la magnanerie modèle départementale de la Vienne et professeur du cours sur Tindustrie de la soie au Conservatoire des arts et métiers de Paris ; MM. Guérin-Menneville et Eugène Robert, directeurs de la magnanerie expérimentale de Sainte-Tulle (Basses-Alpes), etc., etc.

L'enthousiasme ne connut plus de bornes dès que Fillustre Darcet eut proposé son système de magnanerie salubre, dans lequel on pouvait combiner l'élévation de la température et son uniformité avec Taération. On planta des mûriers, on construisit des magnaneries, et tout alla bien jusqu'en 1850 environ. Un demi-siècle de sériciculture forcée était plus que suffisant pour amener le désastre qui vint alors accabler le midi de la France, l'Italie, l'Espagne , l'Autriche, et probablement même depuis lors, la Chine et le Japon. On en était arrivé alors à obtenir l'incubation à 30*^ c, à faire l'éducation sous la même température et à la terminer en dix-neuf ou vingt jours. On sait comment l'épidémie actuelle se déclara, combien rapide fut son développement.

quelles pertes elle causa à notre agriculture et à notre industrie.

Il fallait s^attendre à une réaction contre les idées dominantes , et elle ne se fit pas attendre : on tenta des éducations à Taîr libre en Italie (le maréchal Vaillant, le comte J. de Taverna), en Suisse (M. Gross à Zurich, M. Chavannes à Lausanne), en Autriche (M. Tominz à Trieste), en France (MH. de France à Nimes, Frérot dans les Ardennes, H. Ménard à Valréas dans le Vaucluse , à Montpellier par M. Ch. Martins, à Anduze dans le Gard par MH. Rollin et André), et nombre d*expérimentateurs à Paris. Les cocons ainsi obtenus étaient petits à coup sûr, mais aucun des vers ne parut atteint de maladie. Ces éducations en petit , faites sur des haies ou des sauvageons nains, à Taide de filets préservateurs contre les ravages des oiseaux , pourraient être employées pour réparer la vitalité de l'espèce.

Quant aux éducations industrielles, les petites sont recommandées par tous les praticiens et les savants comme préférables aux grandes ; les grainages sont conseillés en petit dans les contrées montagneuses et neuves à la sériciculture ; on est égale«ment d'accord pour proscrire les éducations hâtives et multiples ; on ne condamne pas absolument remploi de la chaleur, indispensable surtout à Tépoque des mues, mais on recommande de la maintenir entre 16 et 20*» c, suivant l'âge.

Si ; de ce qui se passe chaque jour sous nos yeux dans notre gros bétail, nous pouvons conclure à l'endroit du ver à soie, nous pensons que la consan-

iU LÉ VER A SOIE.

gaînité, qui a été depuis si longtemps la règle dans la reproduction de nos vers et qui eût été innocente avec un système d*élevage rationnel, a du contribuer pour une assez large part à Taffaiblissement de l'espèce dans nos éducations forcées. Dès qu*il sera possible donc, nous conseillerons aux éleveurs de renouveler leur graine fréquemment , au moyen d'échanges ou d'achats.

§ 2. — Production de la graine.

Nous avons conduit l'éducation des vers jusqu'au coconnage (chap. vu, §§ 10 et 11) ; nous avons indiqué aussi (chap. m, § 2) le moyen de distinguer d'une façon à peu près certaine le sexe des papillons renfermés dans le cocon. C'est donc au moment du déramage que nous choisirons nos reproducteurs, d'après la régularité de leur forme , la couleur et la nuance , rejetant également les trop gros et les trop petits. Nous supposons, bien entendu, que les cocons ont préalablement subi par prélèvement l'examen microscopique des chysalides, et qu'il a été favorable au lot au double point de vue de la pébrine et de la flacherie.

Dans une bonne éducation , on sait que 1 kilogr. de cocons produit en moyenne 50 grammes d'œufs ; on choisit donc en nombres égaux des cocoûs mâles et femelles pour former autant de fois 1 kilogr. que

Ton désire de fois 50 grammes de graine. Dans les Cévennes , les cocons choisis étaient sans distinctions de sexe , mis en chapelets ou filanes , c'est-à-dire qu*à Taide d'une aiguille enfilée de fil fort , et que l'on enfonçait latéralement et sur deux points rapprochés du cocon y on en formait des chapelets que l'on suspendait ensuite perpendiculairement le long d'un mur recouvert d'un linge de toile ; après l'éclosion, l'accouplement avait lieu naturellement; tous les matins , vers neuf heures , on enlevait les couples pour les déposer sur des toiles; huit à neuf heures plus tard , on retirait les mâles en interrompant l'accouplement , pour en jeter une partie et conserver les autres dans des cornets de papier afin de les. donner à d'autres femelles en cas de besoin.

Généralement on procédait d'une façon un peu plus rationnelle , et que voici : Les cocons choisis sont collés par sexes séparés et avec un peu de colle de farine sur des feuilles de papier gris collé ; ces cocons disposés à la main sont rangés en lignes distantes de 10 à 15 millimètres, se touchant laté* ralement, mais les deux extrémités restant libres. Les feuilles de cocons sont disposées à plat sur les tablettes de la chambre d'incubation ou sur celles de la magnanerie, où on élève et maintient la température à 20 ou 25'' cent., et où on ne laisse pénétrer qu'un demi-jour. A cette température, l'éclosion des papillons commencera de quinze à vingt jours après la montée. Nous avons vu (chap. m, § 4) comment, à quelles heures, et en quelles proportions sexuelles elle se faisait. A mesure de l'éclosion on

saisit le papillon par ]es ailes et on le dépose sur une toile verticalement tendue sur la muraille ou sur deux tablettes, mais en ayant soin encore de séparer les sexes. Une heure plus tard, quand les nouveau- nés sont secs et ont expulsé leur liqueur rousse, on choisit ceux qui paraissent vigoureux et sont de bonne couleur, et on dépose Tun près de Tautre , sur une toile tendue verticalement ou mieux obliquement, un mâle et une femelle.

L'accouplement a lieu presque aussitôt et dure normalement de dix à douze heures. Mais on a coutume de Finterrompre vers quatre heures du soir, c'est'à-dire après une durée d'environ six heures ; pour cela, maintenant la femelle en place de la main gauche , dont trois doigts la tiennent doucement par Tabdomen , on saisit de la main droite le mâle par les ailes, on tire légèrement et on F enlève pour le conserver en vue d'un nouvel accouplement , s'il en est besoin le lendemain. Cette pratique anti naturelle nous paraît vicieuse de tout point; laisser à l'accouplement sa durée normale nous semble une condition indispensable à la bonne et complète fécondation des œufs.

M. Pasteur a proposé deux systèmes de grainage , l'un dit grainage au microscope, l'autre'dit grainage cellulaire.

Le grainage au microscope s'opère en choisissant au hasard , dans chaque lot , aussitôt le coconnage fini , un nombre proportionnel de cocons que l'on place dans la chambre d'incubation chau£fée de 3P25 à ST^'SO cent. , et où ils éclosent quatre ou cinq

jours au moins plus tôt que ceux laissés dans la magnanerie. On examine au microscope et successivement les sixième , huitième et dixième jours les chrysalides renfermées dans ces cocons , une vingtaine en tout; si , sur ce nombre , on en trouve seulement deux ou trois qui soient corpusculeuses, tout le lot doit être rejeté pour le grainage. Sinon, on procède comme d'ordinaire.

Le grainage cellulaire, beaucoup plus simple, consiste à procéder à Téclosion des cocons et à l'accouplement comme de coutume; de quatre à six heures du soir .on porte séparément chaque couple sur chacun un petit linge de toile, enfilé verticalement dans une corde horizontalement tendue; on rompt violemment , ici encore , raccouplement qui n'a duré que sept à huit heures, et on jette le mâle sans s'inquiéter s'il est corpusculeux ou non. Après que la femelle a pondu , on l'enferme dans un coin de son linge , à l'aide d'one épingle qu'on lui fait passer à travers les ailes afin qu'elle ne puisse voyager. On réunit ensuite les extrémités de chaque ficelle, en s'arrangeant de façon qu'il y ait de l'air entre les linges, et, à temps perdu, pendant l'automne ou l'hiver, on examine au microscope chacune des femelles , en rejetant, au fur et à mesure , les pontes de toutes celles qui offrent des corpuscules.

Plusieurs observateurs ont reconnu que les mâles avaient très-peu ou même pas du tout d'influence sur l'infection des œufs. Néanmoins il faut craindre un affaiblissement communiqué à la graine par des

mftles malades , indépendamment de la présence effective des corpuscules. Aussi M. Pasteur a-t-il re* commandé de préférer à cette pratique la suivante , beaucoup plus rigoureuse : les couples seront placés dès le matin dans des casiers formés d'une multitude de petites cellules rectangulaires en bois ou en carton. Le casier une fois rempli, on abaisse le couvercle formé d*un treillis métallique , qui peî*met la circulation de l'air, tout en empêchant le déplacement des papillons d'une cellule à l'autre. Le soir, on met séparément chacun des couples sur les différentes petites toiles. Aussitôt après on désaccouple en disposant au fur et à mesure chacun des mâles dans un des coins de la toile, et en le retenant par une épingle, comme nous l'avons expliqué tout à l'heure. Après la ponte , la femelle sera placée de la même manière à l'autre coin. On peut encore disposer le bas des toiles en forme de sac , en repliant la toile sur elle-même et collant ses bords avec un peu de colle liquide. Au moment du désaccouplement, le mâle est enfermé dans le sac fermé par une épingle. Après la ponte , la femelle y est enfermée à son tour. On les examine ensuite à loisir au microscope, rejetant ou admettant les œufs, suivant Tétat dans lequel on a trouvé leurs auteurs.

Enfin , le même savant indique une métho^le d'éducation cellulaire à grande surface comme moyen de régénération d'une race, à l'aide d*nne graine, quelque mauvaise qu'elle soit : à l'époque de Téclosion , au moment même où les vers viennent de sortir de leurs œufs , et où ils n'ont encore

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pa se <;oiitagionner les uns les autres , levez-les un à un à Faide de très-petits fragments de feuilles de marier, que vous présenterez. séparément à chacun d'eux , en vous servant d*une petite pince pour tenir la feuille et soulever le ver. Placez-les alors dans un casier ou dans des boites de carton de 0'",06 àO'^^OV de hauteur et de0*,08 à 0",10 de côté, chaque ver ayant sa cellule. Comme ils paraissent avoir un grand besoin de société , il sera indispensable de couvrir chaque case d*un morceau de canevas afin d'empêcher qu'ils ne se réunissent. Le fond de tout le casier devra être également fait de canevas , pour faciliter l'aération dans les cellules. Par ce procédé, on ne guérit pas , à coup sur, les vers atteints de pébrine et de flacherie , mais on les empêche de communiquer la maladie contagieuse à ceux qui sont sains ; on élimine les uns dès qu'on s'aperçoit qu'ils sont atteints , on conserve les autres pour les admettre à la reproduction après examen microscopique des papillons d'abord et des œufs ensuite.

§ 3. — Soins et conservation de la graine.

Nous avons vu (chap. m , § 1*') qu'après la ponte et jusqu'au moment où commence le travail d'organisation de l'embryon , les œufs perdaient , par évaporation , une partie relativement notable de leur poids. Ce n'est donc qu'en octobre à peu près qu'il

fout peser la graine obtenue » afin de se rendre

compte de la quantité d'œafs qa*elle contient. Nous nous rappelons que la ponte s*est effectuée sur du papier ou de la toile ; on découpe un carré de papier ou de toile exactement semblables et de mômes dimensions que ceux qui sont chargés de graine et qui servira à établir la tare. La différence de poids entre le papier ou la toile de graine et le papier ou la toile vides donnera très*approximativement le poids des ceufs.

On compte la graine par once ; Tonce la plus employée est l'once usuelle , qui pèse 31 gr. 25 millig. Dans le Midi pourtant on compte à Tonce de 25 gr. La première contient donc, en moyenne » 42,187 œufs , et la seconde à peu près 33,750 œufs. Un kilogramme de cocons mâles et femelles choisis fournit, en moyenne, 55 grammes de graines, soit une once et ^trois quarts usuelle ou deux onces et un cinquième du Midi.

Depuis la ponte en juin, en juillet, jusqu'au pesage en octobre , les toiles ou papiers sont conservés, soit dans la magnanerie, soit dans une cage d'escalier, un vestibule, une pièce exposée au nord, dans un local enfin où le soleil ne pénètre pas directement et où la température ne s*élève jamais, pendant cet espace de temps, au-dessus de 15^ cent. Des cordes ou des fils de fer tendus à peu de distance du plafond reçoivent les toiles ou papiers plies en deux , le côté garni d'œufs en dedans , et qu'on y place à cheval. On doit les visiter fréquemment, afin de les débar^ rasser des teignes et de surveiller les dégâts des rats et souris. On n'a point à se préoccuper des froids de

rhiver, qui non-seulement empêchent le développement prématuré du ver, mais encore sont utiles à ce développement, et donnent des embryons plus robustes. Si même on possédait une glacière, et que Thiver fût doux, il serait bon d'exposer, durant un mois environ, les vers & ce froid artificiel.

Quelques éducateurs détachent , peu après la ponte , les œufs de la toile à laquelle ils adhèrent assez fortement. Pour cela , on choisit un temps sec et serein, on trempe les linges dans de Teau à la température de 13 à 15*^ cent.; puis le linge étant Jenu tendu par deux personnes. Tune racle la toile avec un long couteau , et en détache facilement les œufs qui tombent dans Teau de trempage ; cette eau est presque aussitôt versée sur un fin tamis qui retient les œufs ; on les étend sur un linge , en couche peu épaisse et à Tabri du soleil ; on les remue fréquemment avec une plume pour les faire sécher et les empêcher de s'agglomérer. Lorsque cette graine est bien sèche, on la place dans de petits sacs de toile ou dans des boites en carton , percées de nombreux et petits trous ; sacs et boites doivent être de faibles dimensions , et ne doivent jamais être complètement remplis. On les traite comme les œufs restés sur toile. Cette pratique nous semble tout au moins inutile, l'espace occupé par les toiles étant insignifiant.

Le moment venu de mettre la graine à l'incubation , nous avons vu quelles étaient les précautions à prendre. (Voir chap. vu, § i. )

Lorsqu'on achète la graine au lieu de la produire,

nous ne saurions trop recommander de la soumettre avant tout à Texamen microscopique , et, si cet examen est satisfaisant, à une éducation précoce faite en petit, à Taide de la chaleur artificielle, en janvier ou février, nourrissant les quelques vers qui en pro* viennent avec de la feuille de mûriers nains conservés en serre.

Depuis le début de l'épidémie qui a frappé nos magnaneries , nous avons dû chercher à nous procurer des graines saines et agrandir le cercle de nos recherches à mesure que la maladie envahissait les divers centres de production. On s'adressa à Tltalie d'abord, qui, en 1855, nous en fournit jusqu'après de 28,000 kilogr.; puis en Espagne, en Turquie, en Asie Mineure, s' avançant de plus en plus vers l'extrême Orieut. Enfin, aujourd'hui le Japon est presque le seul pays dans lequel nous puissions trouver l'apjpoint de nos grainages indigènes. En 1868-69, le Japon exporta pour l'Europe 2,195,651 cartons de graines, dont 631,443 pour la France. Ces cartons, excellents d'abord, et qui se vendaient de 25 à 30 fr., ont successivement décru en qualité avec la demande et ne se payent plus aujourd'hui couramment que de 15 à 20 fr. Ces cartons supportent de 40 à 50,000 œufs environ, et correspondent conséquemment à environ un poids d'une once usuelle (31 gr. 25) de graine. Heureusement , et grâce au secours de la science, l'industrie du grainage commence à s'organiser en France, et nous pouvons désormais entrevoir le jour, encore éloigné pourtant, où nous ne serons plus contribuables de l'étranger pour les

30,000 kilogr. de graines qui nous sont nécessaires chaque année. En ce moment, on parait beaucoup attendre des graines que Ton commence à produire en certaine quantité dans TAmérique méridionale où la maladie ne s'est point encore déclarée.

On peut facilement avancer ou retarder le grainage d'une race annuelle : le retarder, en plaçant les cocons vivants dans une cave où la température constante soit de + 10 à + 12^ cent., ce qui diminue d'autant le séjour que la graine devra faire en glacière jusqu'à son éclosion. L'avancer, en soumettant les œufs , après la ponte , à une hibernation artificielle d'environ quarante jours dans une glacière; la graine éclôt alors en automne, au lieu du printemps suivant. (M. Duclaux.)

M. Maillot a fait récemment connaître un moyen très-curieux d'obtenir le même résultat; ce moyen, connu dès 1856 dans la province de Bergame, décrit par M. V. B. (Barca ?) en 1870, permet d'obtenir au mois d'août des vers avec la graine pondue sur carton en juin ou juillet. Vers la fin de juillet ou le commencement d'août, on frotte vivement la graine, pendant huit ou dix minutes, avec une brosse longue , en crin végétal et non animal , une de ces vergettes qui servent à battre les cocons dans les filatures, jusqu'à ce que les œufs qui restent collés soient bien brillants; une partie de ces œufs sont écrasés, une autre reste inaltérée et n'éclora qu^au printemps ; la moitié environ éclora bientôt. On laisse reposer le carton ainsi traité pendant quatre ou cinq jours, à 12 ou 15*" R., puis on le remet à la tempe-

ratnre ambiante. Quinze jours après, les éclosions commencent et se succèdent plus ou moins nombreuses, à des intervalles irrèguliers. C'est ce qu'on nommeFéducation automnale à la brosse. (M. Maillot. Rapports à M, le ministre de VagricutUire^ .1&73.)

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