ET SOIERIES
La production et l'ouvraison de la soie donnent lieu à un commerce assez multiple de la France avec les autres contrées du globe , tant pour les graines que pour les cocons , les soies grèges , filées , moulinées , et les tissus. Ce sont ces diverses branches de Tindustrie séricicole dont nous allons chercher à indiquer les progrès et les ralentissements, afin surtout de démontrer de quels progrès elle redeviendra capable le jour prochain où le fléau qui Taccable aura enfin complètement disparu.
§ i«'. — Graine.
Jusqu'à Tapparition de la Pébrine , la plupart des éleveurs s'attachaient à produire eux-mêmes leur graine. Quelques-uns pourtant avaient pris la coutume de renouveler de temps en temps leur race , et s'adressaient dans ce but à Fltalie ( Piémont , Lom* bardie). Cette importation pourtant, qui, de 1846 à 1850 inclus , ne montait par année moyenne qu'à 582kilogr., s'éleva en 1851 à 8,160 kilogr. et en
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1852 à 9,560 kilogr. Dès Tapparition de la Pébrine en France, elle atteint, en 1853, 19,680 kilogr., puis, en 1854, 34,450 kilogr. Mais le fléau atteint ritalie à son tour, et dès lors il nous faut chercher dans les différentes contrées de Fancien et du nouveau monde des graines exemptes provisoirement de maladie. On s'adressa successivement à TEspagne , au Portugal, à la Grèce, à F Asie Mineure , aux Principautés danubiennes , à la Russie , à la Perse , à la Chine , au Japon et au Chili. Les prix s'élevaient avec la demande , la mauvaise foi profitait des besoins forcés ; d'ailleurs , la maladie envahissait successivement tous les centres de production.
L'importation de graines de différentes prove*nances s'éleva en 1858 à 50,000 kilogr., et Tannée suivante à 60,000 kilogr. M. de Quatrefages estime que, de 1854 inclus à 1866 inclus , nous avons importé par année moyenne une valeur de 1 6 , 000, 000 fr . en graines , soit pour ces treize années une somme de 208 millions. Il estime les 40,000 kilogr. importés par année moyenne durant cette période à 400 fr. le kilogr., le minimum ayant été d'environ 150 fr. et le maximum de 1,000 fr. A ces dépenses, à ces pertes, il faut joindre celles subies depuis cette époque , c'est-à-dire les sept ans écoulés depuis les calculs qui précèdent^ et les augmenter d'au moins 50 pour 100, ce qui porte le chiffre à 300 millions au minimum.
§ 2. — Les cocons.
La production de la France en cocons avait marché rapidement depuis le commencement du siècle » puisque , ainsi que nous Favons vu ( I'" partie , cbap. 1"), elle s'était élevée de 3,500,000 kilogr. en 1800, à 26,000,000 kilogr. en 1853, d'une valeur de 10 millions de francs & celle de 117. Puis vint répidémie ; le produit tomba, de 1856 à 1865 inclus, à une moyenne de 6,910,000 kilogr., d*une valeur de 117, à une autre de 45,260,050 fr. en moyenne. On abandonna sur beaucoup de points la culture du mûrier, une partie des plantations fut même arrachée.
Mais les industriels ne souffraient pas moins que les éleveurs ; les soies indigènes ne pouvaient plus suffire à la fabrication, il fallait utiliser les usines, le mobilier, les capitaux, la main-d'ceuvre; on dut s'adresser à l'étranger. On importa des cocons , des soies grèges, filées, moulinées, des bourres oo douppions. La hausse considérable qui s'était manifestée au début du mal et avait paru devoir se maintenir sinon s'accroître , sur laquelle comptaient les éleveurs pour se dédommager de leurs pertes, ne continua pas. Le prix du kilogramme de cocons qui, de 4 à 5 fr., avait monté d'abord à 11 et 12 fr., redescendit à 8 et 9 fr. Les soies dites d'ordre ou de premières filatures, qui s'étaient élevées de 105 à 110 fr. à 145 et 150 fr., sont redescendues à 115
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et 120 fr., par suite des importations de nos industriels.
Mais s*il est aisé de transporter des soies grèges ou moulinées disposées en écheveaux, il n*en est pas de même des cocons , beaucoup plus délicats. Et, comme dans beaucoup de pays producteurs de rOrient , les procédés de filature sont encore trèsdéfectueux, on entreiroyait un grand avantage à transporter le cocon lui-même pour le faire filer dans les ateliers européens, a Mais comment opérer ce transport? Le cocon est une marchandise bien délicate, et qui exige bien des ménagements ; tout lui est funeste, la compression, la pluie, l'air extérieur. C'est comme un fruit mur qui ne peut être consommé que sur place. Puis, le ver qu'il renferme ne peut se dissoudre sans altérer son enveloppe et en dégrader le prix. Tels étaient les obstacles; ils ont été vaincus. Les cocons sont devenus transportables sans dépréciation , et voici comment^ : on les étend sur le sol en couches légères et on les soumet à l'action du soleil. Au moyen de ce traitement, non-seulement les chrysalides périssent asphyxiées comme dans nos fours et nos étouffoirs ; mais à la longue elles passent à l'état complet de dessiccation ; ce n'est plus une matière animale, mais une poussière inerte. Plus de décomposition à craindre ; par conséquent , plus de mouillure pour la soie. Alors, au moyen d'nn appareil mécanique, les cocons sont aplatis , pressés comme des figues sèches , et disposés par couches dans des caisses ou dans des ballots. Ils arrivent ainsi à Londres ou à Marseille , d'où ils
sont dirigés sur les filatures pour y être soumis à un traitement particulier, d (M. Louis Reybaud.)
L'importation de cocons qui jusqu'alors ne s*était faite que sous leur forme normale, parce qu'ils provenaient de pays voisins, Italie, Espagne, etc., s'opéra désormais d'après le procédé que nous venons d'indiquer. Le chiffre de ce commerce, qui ne s'élevait que de 10 à 20,000 kilogr. par an, de 1820 à 1852 , prit un grand développement à partir de 1854; il a été de 1,114,638 kilogr. en 1858; de 1,039,300 kilogr. en 1865; de 1,109,950 kilogr. en 1866. C'est-à-dire qu'il a passé de 60,000 fr. par année maxima à 4,500,000 fr. environ.
§ 3. — Les soibs grégbs, etc.
Antérieurement à la maladie, notre production moyenne de 20,000,000 kilogr. de cocons nous fournissait , d'après la statistique officielle de 1852» 1,046,000 kilogr. de soie grège. De 1856 à 1865 inclus, le produit en cocons étant descendu à 6,910,000 kilogr., celui de la soie grége ne dépassa pas 500,000 kilogr. 11 en résultait un déficit annuel pour nos fabriques de 500,000 kilogr. sur la production indigène. « Lyon s'aperçut un jour qu'il allait manquer de matière, ou, ce qui revient au même, la surpayer; il avisa. Ce fut alors qu'on essaya les soies d'Asie, dont les prix offraient sur les nôtres une .marge très-encourageante. On les