‹ Précis élémentaire de sériculture pratique. Mûriers et vers à soie; production, industrie, commerce de la soieChapitre 7 sur 38 · CHAPITRE |V. ' I · texte numérisé non relu

CHAPITRE |V. ' I

Les mûriers, d'abord placés par L. de Jassiea dans la famille botanique des urticies, en furent distraits, en 1836y par Endlicher, poar former la famille nouvelle des marées ou moraeées, dont ils sont le type et qui se compose de trois genres : Mûrier (Morus), Broussonnetier (Broussanetia) et Maclure (Maclura).

Les mûriers sont des arbres exotiques, originaires des pays chauds, à fleurs monoïques (c'est-à-dire portant des fleurs mâles et femelles sur le même tronc), à fruits en sorose ou en akène, à suc lactescent, et principalement cultivés pour leur feuille, aliment presque exclusif de nos races de vers à soie domestiques.

§ 1". — Historique.

Il est extrêmement présumable que les mûriers noir et blanc sont tous deux indigènes de la Chine; mais le mûrier noir parait avoir été seul d'abord importé en Perse, puis de ce pays en Grèce, et de Grèce en Italie. Ce qui parait certain, du moins.

c'est d*abord, qu'avec le ver à soie, les moines apportèrent à Constantinople le mûrier noir seulement; que c'était le seul connu à Rome au commencement Ae notre ère. Il est fort probable que le mûrier blanc ne fut importé de Chine à Constantinople que vers la moitié du sixième siècle après Jésus-Christ (vers 552) et ensuite en Grèce.

Les Maures arabes ou Sarrasins importèrent le mûrier noir en Espagne et en France où, pendant trente-neuf ans , ils occupèrent la Septimanie ; et en effet y le mûrier noir fut seul cultivé en Languedoc jusqu'à la fin du quinzième siècle. Au douzième siècle , Roger II, premier roi de Sicile , rapporta de la Grèce le mûrier blanc pour en doter son nouveau royaume (1130) ; au commencement du quatorzième siècle, le pape Clément V, venant s'établira Avignon, y apporla et y fit planter le mûrier blanc (1309) qui y avait déjà peut-être été importé dès 1229 par les soins de Grégoire IX. Vers 1485, le bon roi, René d'Anjou, en dota son royaume de Provence où l'introduisit de nouveau, en 1494, le seigneur d'AUan, à son retour de l'expédition en Italie à la suite du roi de France, Charles VUL Ce ne fut pourtant qu'au commencement du dix-septième siècle, parles soins de Henri IV, de Sully et du pépiniériste Traucat, que le mûrier blanc se répandit dans tout le sud et le centre de la France.

L'Angleterre (1596), l'Allemagne (1794), Elisabeth et François II essayèrent avec peu de succès de s'approprier le mûrier, de même que la Belgique. Cependant on le cultive aujourd'hui sur une cer-

LE IfURIKR. 81

taine étendue en Saxe et dans le sud de la Russie, surtout en Grimée.

Le. marier noir passa , dès une hante antiquité , de Chine en Perse ; au sixième siècle » de Chine en Turquie et en Grèce; au dix*neuvième siècle» d'Asie en Algérie, en Espagne et en France. C'est lui qu'on caltive encore aujourd'hui presque exclusivement en Sicile , dans les Calabres et aux Canaries. Dans le reste de l'Italie, en Espagne, en France, on ne cultive à peu près que le mûrier blanc, lequel passa de Chine en Turquie au sixième siècle ; de Turquie en Grèce , au septième siècle ; de Grèce en Italie, an douzième siècle ; et d'Italie en France , aux quatorzième et quinzième siècles. En 1829, M. Perrotet nous rapporta des Philippines le mûrier multicaule, et H. Macé, en 1839, le mûrier longistyle de l'Inde.

Les anciens ne se contentaient pas de manger le fruit du mûrier noir et d'employer son bois en menuiserie ou charronnage, ils administraient encore son écorce comme purgative et vermifuge ; Dioscoride (64 ans après Jésus-Christ) la conseillait même contre le tœnia. Au seizième siècle , on savait déjà en France qu'il est possible d'extraire de l'écorce et du bois du mûrier une matière textile propre à la fabrication des étoffes. Olivier de Serres , à qui on attribue cette découverte , fit confectionner , avec la soie du mûrier, un vêtement complet qu'il offrit à Henri IV. Dans ces dernières années, l'idée d'extraire une matière textile du mûrier a été reprise par MM. Duponchel, Junior Cambon et Cabanis,

Disson, Lerouge et Claussen. D*après Pun de ces inventeurs» on pourrait retirer du même arbre la matière première du papier, des fibres textiles, de Talcool , une matière colorante et une résine. Maintenant que Ton fabrique du papier avec de la paille et du bois , que Ton tisse des feuilles d'arbres résineux, que Ton extrait Talcool de tant de végétaux, il ne resterait qu'à inventer les moyens pratiques et économiques d'obtenir ces divers produits du mûrier.

§ 2. — Variétés db mûriers.

Le mûrier noir est originaire de la Chine, d'après quelques auteurs ; d'autres prétendent > mais à tort, qu'il croit spontanément en Sicile. C'est le Morus Nigra, un arbre qui ne dépasse pas dix mètres de hauteur, dont le tronc porte une écorce noirâtre, dont les feuilles un peu épaisses, fermes, rudes en dessus, sont pnbescentes en des* sous , dont les fruits sont d'un pourpre noirâtre à la maturité. Le mûrier multicaule (Morus Multi* caulis)^ mûrier Philibert, mûrier des Philippines, mûrier de Perrotet, indigène de la Chine, et répandu dans les Philippines, y fut trouvé par M. Perrotet, qui l'importa en France en 1821 et à Bourbon en 1839. On pense qu'il aurait été transporté des iles chinoises du Fo-Kien aux Philippines, en 1593, par le jésuite Sedegno. 11 a été considéré comme une variété du mûrier noir ; ses fruits sont de la môme couleur, mais plus petits, plus espacés, à saveur à

la fois sucrée et acidulé; ses feuilles sont trèsgrandes , très-tendres , mais très-aqueuses ; sa végétation est plus précoce au printemps, mais Texpose davantage aux gelées. Les facilités qu*il présente pour la cueillette des feuilles , la rapidité avec la^* quelle il se peut multiplier, le firent d'abord adopter avec enthousiasme, mais la pratique de Télevage força à revenir au mûrier blanc. Le multicaule a fourni deux sous-variétés peu importantes, Tune à feuilles planes, l'autre, bullées.

Le mûrier rouge {Morus Rubra)^ indigène des États-Unis et du Canada , est un grand et bel arbre d'ornement, à feuilles dures, rugueuses en dessus, cotonneuses en dessous ; à fruits rouges d'abord , puis noirs , impropre à la sériciculture. Il a été importé en Europe dès 1629.

Le mûrier longistyle ( Morus Stylosa ) ou intermédiaire (Morus intermedia)y originaire de l'Inde ou de l'Arabie, à fruits pourpres , ne peut supporter notre climat.

Le mûrier blanc (Morus Alba) atteint à peu près la même taille que le noir, mais son écorce est moins épaisse et de couleur plus claire ; ses rameaux sont plus nombreux et plus droits , ses feuilles plus minces , plus molles , plus glabres; ses fruits blancs ci: d'un blanc rosé, d'une saveur un peu sucrée, mais fade. Le mûrier blanc sauvage a fourni par le semis de graines un grand nombre de variétés qu'on multiplie par boutures ou par greffes. Les plus estimées sont : le mûrier hybride (Morus Hybrida), obtenu par M. Audibert, de Tarascon; à feirilles larges.

mais résistantes, tendres, sans être aqueuses, de végétation assez tardive au printemps. Le mûrier Moretti {Morus Mûretti)^ trouvé, vers 1822 ; par M. Moretti, professeur d'agriculture, aux environs de Pavie, à larges feuilles, précoce, productif, et assez rustique. Le mûrier rose (Morus Rosea), à pétiole rosé, à feuilles larges et d'un beau vert, très-bonne variété dans le Midi , mais dont les feuilles deviennent trop épaisses dans le Nord ; on Tappelle encore mûrier à feuilles roses. Le mûrier Lhou, à rameaux très-vigoureux et teintés de rose ; \ feuilles cordiformes, larges, assez épaisses ; à fruits ovoïdes, assez gros, d'un rouge noirâtre, importé de Chine en France en 1436 , et très-estimé en Chine. Le mûrier de Constantinople , apporté de Bourbon à Toulon, en 1820, à feuilles un peu épaisses et dures, hemuriernain, obtenu de semis par H. Audibert , ti'ès-rapproché du précédent , mais n'atteignant qu'une taille beaucoup plus faible. Enfin, nous nous contenterons de citer les variétés A^ Italie, Tartare, Colombasse verte, Colombassette, Pyra-midale. Fibreuse, etc., etc.

Dans le choix des variétés du mûrier, il faut s'attacher aux conditions suivantes : le produit en feuilles ; le produit en soie pour une quantité donnée de feuilles consommées; la facilité et la rapidité avec laquelle peuvent être cueillies les feuilles ; l'aptitude qu'elles présentent à se conserver fraîches plus ou moins longtemps.

M. Loiseleur4)e8longchamps a trouvé que le même

nombre de feuilles , pesées immédiatement après la cueillette , fournissaient en poids , savoir :

Le sauvageon. . 3^660

Le mûrier greffé d'italien ou romain 8 000

Le mûrier greffé rosé ou à feuilles roses 8 900

Le mûrier greffé grosse reine. 10 500

Le mûrier Moretti 11 450

Le mûrier multicaule 19 300

M. de Gasparin s'est assuré de son côté que la feuille des principales variétés contenait les proportions suivantes d'eau de végétation qui s'évaporait pendant la dessiccation :

VARIÉTÉS. delà delà ™"

ffoiUe fnlehe. f«aille lèelie. P®^ ^^

Sauvageon ; . 81^750 21^950 34

Hybride 22 260 7 345 33 t

Rosé 24 500 8 150 33 .

Moretti 15 270 5 200 33 8

Lhou 10 000 3 000 33 .

La feuille du rosé est celle qui conserve le plus longtemps sa fraîcheur, ensuite l'hybride , puis le sauvageon et enfin le Moretti.

M. Robinet a trouvé que, pour produire un kilogramme de cocons, il lui fallait les proportions suivantes de feuilles :

Sauvageon 18^550

Multicaule 16 270

Rosé 17 460

Moretti 15 390

Hybride 14 390

Ces différences proviennent de l'épaisseur de la

feuille, de la quantité d*eau de végétation et de la proportion des nervures qui la constituent. Quant au poids des cocons obtenus et à la quantité de soie qu*ils fournissaient , voici les résultats de Texpérience précédente :

Page 1