‹ Précis élémentaire des maladies réputées chirurgicales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 10 sur 49 · DES ABCÈS FROIDS · texte numérisé non relu

DES ABCÈS FROIDS

On voit se développer, particulièrement dans les

Définition. 1 • . ni*

ganglions lymphatiques et dans le tissu cellulaire , des tumeurs plus ou moins volumineuses , circon-

de l'inflammation. 65 scrîtes , indolentes , plus ou moins dures , qui res- Chap. vil tent dans cet état pendant un temps indéterminé , et fc™lis Akoes qui, se ramollissant ensuite, se convertissent plus ou moins complètement en une collection de matière puriforme : c'est là ce qu'on entend par abcès froids.

Les deux ordres d'organes que nous venons de désigner ne sont pas les seuls dans lesquels on les observe; on les voit aussi se développer, quoique plus rarement , dans les muscles , dans les organes qui entourent les os le plus immédiatement , dans les tégumens , dans le parenchyme des viscères , etc.

Les jeunes sujets, ceux d'un tempérament lym- En quoi n»

' ' ' 1 J diffèrent des

phatique , et surtout ceux où l'on observe des aLcès flegsignes évidens de scrophules , y sont le plus exposés.

La marche ordinaire de cette maladie pourrait porter à croire que sa cause prochaine est une inflammation chronique ; mais il existe des abcès qui dépendent en effet de cette cause , et qui nous paraissent ne devoir pas être confondus avec ceux dont nous traitons ici. On observe par exemple dans le sein , à la suite du flegmon , si familier dans cet organe chez les nouvelles accouchées , des engorgemens qui occupent quelquefois la totalité de la mamelle, qui restent long-temps dans cet état en causant des inquiétudes pour l'avenir, et qui se terminent par résolution ou par de nouveaux flegmons , à l'occasion desquels on voit reparaître tous les symptômes inflammatoires qu'il y avait eu pré-

moueax.

Chap.vii. cédemment. On n'observe rien de pareil dans les Des Abcès abcès froids : les signes extérieurs de l'absence de

froids. , • . . . ,

toute inflammation forment leur principal caractère. Ainsi l'on pourrait appeler chroniques les abcès dont nous venons de parler , et réserver le nom $ abcès froids pour ceux dont nous traitons ici. Causes. Il faut considérer comme cause éloignée , celle de la tumeur qui précède l'abcès froid et l'altération organique qui la constitue : l'observation nous a convaincu que c'est presque constamment les scrophules. Ces tumeurs peuvent rester long-temps » stationnaires ; et durant cette espèce de période d'incubation , il se fait sourdement dans son intérieur et dans un ou plusieurs points , une altération semblable en tout ir celle du tubercule que l'on observe dans le foie , le poumon , etc. ; comme dans ce dernier cas , le centre de l'engorgement perd toute trace de l'organisation primitive , et présente une masse homogèue , blancbe ou jaunâtre , ayant la consistance du fromage \ et se convertissant peu à peu en une masse floconneuse, caséb-séreuse. C'est l'accroissement et les progrès successifs de cette altération organique et de la dégénération qui en est la conséquence ; qui constituent l'abcès froid. On voit maintenant combien ce dernier est éloigné de l'état d'inflammation même chronique , et sur quoi était fondée la distinction que nous avons proposée entre l'abcès chronique et l'abcès froid.

Il faut remarquer cependant que lorsque la collection de matière pultacée qui caractérise l'abcès

de l'inflammation. 65 froid , est devenue très-considérable , l'altération chjlp. vit» qui produit ce résultat, ayant atteint ses limites, Des Abcè* la collectiou formée agissant à la manière des corps f'°ldS' étrangers , détermine une inflammation chronique dans les parties environnantes qui n'avaient point éprouvé la lésion organique spécifique ; d'où s'en suit une sécrétion puriforme plus ou moins défectueuse , qui se mêle imparfaitement à la matière pultacée déjà produite. Ainsi, à l'ouverture de certaines de ces tumeurs on voit s'écouler une matière en partie caséo-séreuse ou pultacée , en partie puriforme ou purulente • et les proportions de ces deux sortes de matières sont faciles à distiugûer pendant l'écoulement , tant le mélange est imparfait. Une tumeur survient spontanément , tantôt Dré- wi

, > "n , 1 Diagnostic.

cedee et accompagnée cl une douleur légère et plus ou moins prolongée, tantôt sans aucune sensation remarquable ; elle s'accroît successivement , tantôt d'une manière continue , tantôt par une sorte de marche intermittente , de manière que la tumeur , parvenue à un certain volume , semble devenir stationnais , pour s'accroître de nouveau plus tard. Jusque-là , elle a été uniformément dure et consistante ; mais à une époque plus ou moins avancée , on y remarque un ramollissement central , qui fait des progrès successifs vers la circonférence. Dans le principe , ce ramollissement est comme pâteux , et garde presque l'impression du doigt ; mais plus ' lard , ]a portion de la tumeur ramollie devient rcnitente , et laisse distinguer plus nettement la

• r.mr. vu, fluctuation. Alors la peau ne tarde pas à s'altérer; ])CS Abcès cHe devient d'abord ronge , puis violette , et l'on sent qu'elle s'amincit tous les jours. A cette époque seulement , il y a quelques douleurs , et si la maladie est livrée à elle-même , il ne tarde pas à se former une ou plusieurs ouvertures spontanées dans la portion de peau amincie. La matière contenue s'écoule , la tumeur s'affaisse en partie , elle est réduite à une base dure , indolente , et à une portion plus ou moins considérable de peau mince , flottante , violacée , répondant au sommet de la tumeur ,,et percée d'une ou plusieurs ulcérations. Ces dernières ne. tardent pas à se réunir et à s'agrandir, soit par les progrès de l'ulcération , soit par la formation de quelques escares. Le fond étant ainsi mis à découvert, on le voit formé d'une couche irrégulière de matière ' blanche ou jaune , demiconsistante , restes de l'altération organique primitive , qui se ruinent successivement , qui se séparent sous forme de lambeaux ou de flocons , pour laisser à nu des hourgeons charnus volumineux , mollasses , pâles et saignant au moindre contact. Alors la plus grande partie de la tumeur a disparu ; il ne reste plus qu'un léger engorgement^ la base ; les parties reviennent sur elles-mêmes , la cavité intérieure diminue ; mais la peau dégradée reste libre et flottante , il ne se fait pas de recollement , et la plaie reste fistuleuse.

Complice L'abcès froid est simple , s'il a son siège dans des t%n> parties abondamment pourvues de tissu cellulaire.

Il peut être compliqué de la nécrose des os, des Oiap. vu. tendons, des aponévroses, de l'allération des liea- Des Abcès

froids

mens et. des articulations , s'il s'est formé dans le voisinage ou dans l'intimité de ces parties. Pour le dire en passant, nous sommes fort trompés , si l'on ne doit rapporter à ce genre de maladie la lésion organique spontanée des artères, qui constitue l'anévrisme proprement dit.

D'après tout ce que nous avons dit , il est évident que l'abcès froid ne peut être considéré que comme un symptôme de la diathèse scrophuleuse , et que son pronostic en général, doit être déduit de cette afTection capitale. Les complications dont l'abcès froid est susceptible , aggravent plus ou moins l'affection locale, selon l'importance des organes compromis.

L'expérience démontre qu'il est impossible de Traitement faire rétrograder cette altération organique ; il est BBa*'àï'. évident, d'ailleurs, que les méthodes de traitement propres à la diathèse scrophuleuse , contiennent les seuls moyens généraux que l'on puisse opposer avec fruit aux progrès de cette affection singulière. Néanmoins la maladie locale admet des soins particuliers , propres à prévenir ou modérer les effets du mode destructif qui la constitue ; mais ces soins ne sont admissibles et ne peuvent être efficaces qu'autant que l'abcès froid est exempt des complications que nous avons énumérées.

^ Avant que la tumeur ne se soit ramollie et que la ; Traitement lésion organique n'ait fait des progrès irréparables ,

local.

c.ukv. vu. il est au pouvoir de l'art de les prévenir ; c'est ainsi Des Abcès qu'il est souvent arrivé que , tandis qu'un traite? fl'°ids' ment général corrige le vice de la constitution et augmente la somme des forces vitales , des topiques résolutifs , des douches simples ou médicamenteuses , des frictions , des vésicatoires volans employés sur la tumeur , ou Lien des cautères ou des sétons employés dans le voisinage , ont réussi tantôt à résoudre en très-grande partie la tumeur qui n'était point volumineuse, ou bien à rendre stationnâmes celles quï avaient fait de plus grands progrès.

Si la fonte a déjà commencé , on ne peut plus s'occuper que de prévenir les dégradations qui peuvent en eire la conséquence : on surveillera les progrès du ramollissement, et dès que la peau commencera à rougir, on se hâtera de pratiquer une ouverture étroite , répondant au pointleplus avancé. , L'évacuation étant accomplie , on favorisera la destruction de tout ce qui avait été frappé de désorganisation , et l'on provoquera le développement d'uneinflammation légitime dans les parties qui ont conservé leur constitution primitive. Des injections avec une lessive alcaline , la dissolution de potasse caustique , le nitrate de mercure étendu d'eau , les acides minéraux affaiblis , l'introduction fréquente du nitrate d'argent fondu , etc. , sont amant de moyens capables.de produire les . effets désires , pourvu qu'on ait le soin d'en soutenir l'usage jusqu'au développement manifeste d'une inflammation convenable. Si Ion obtient ce résultat, il surviendra

une tension légère , uniforme, élastique , dans le Chap. vrr. pourtour delà tumeur ouverte; on obtiendra un Des Abcis

fl'Oulï.

e'coulement purulent à la place de la maiière mal élabore'e qui s'est échappée lors de l'ouverture ; la cavité se réduira de plus en plus , les parois se recolleront, et la guérison ne sera plus douteuse.

Mais sî déjà les progrès de la maladie ont été tels que la peau en soit altérée dans une certaine étendue , on ne peut pas se dispenser d'en faire le sacrifice : on la retranchera donc en entier dans tout ce qui est dépouillé de son tissu cellulaire ; après quoi on cherchera à produire par les moyens indiqués , l'inflammation convenable dans le fond que l'on a mis à découvert. On sent que dans ce cas , il doit rester une cicatrice , puisque l'on est obligé de pratiquer une perte de substance.

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