DU FURONCLE ET DE L'ANTHRAX
Nous réunissons ici ces deux maladies, et nous y joindrons même le bubon pestilentiel , parce qu'elles ont. une circonstance commune : la mor-
(i) Il appartient à cet habile professeur de faire connaître au public les principes d'après lesquels il emploie les deux moyens dont nous venons de faire mention -, il nous suffit de dire ici que nous avons vu les vésicatoires multipliés sur le foyer même de l'affection, prévenir la mortification , Ja suppuration et la fièvre nerveuse ; et que nous les avons employés nous-mêmes, avec un succès pareil.
DE l'inflammation. 55
tifîeation d'une partie du tissu cellulaire et même' cm*.vr.
de la peau., eu même temps que l'inflammation en DnJ»r^
fait la base principale. ttrax-
ARTICLE PREMIER
Du Furoncle.
Le furoncle survient à tout âge ; tous les sexes , tous les tempéramens y sont également exposés ; il se développe sur toutes les parties du corps, et on le voit se multiplier quelquefois à l'infini. Son siège est le tissu cellulaire sous-cutané et la partie profonde de l'épaisseur de la peau.
On ne connaît point la nature de ses causes : on Causes, le voit survenir quelquefois dans là convalescence de maladies aiguës plus ou moins graves ; à la suite de l'exposition de la surface extérieure du corps à une température froide et humide ; à la suite des privations , des chagrins , de fatigues prolongées , et même de simples émotions ; enfin on le voit survenir et se multiplier à l'infini au milieu de la plus belle santé , et sans aucune circonstance antécédente ou concomitante remarquable. On sent que si les premières occasions dans lesquelles le furoncle se développe soilt propres à donner l'idée d'une dépuration , du départ d'une matière délétère qui s'épuiserait en se déposant successivement sur divers points du , tissu cellulaire , la dernière ne Saurait soutenir une semblable hypothèse.
VL Quoi qu'il en soit, la maladie se déclare soudaine-
Du Furoncle • 11 i i \ i »i
et» de l'An- meut ; eJle est purement locale a son début : une douleur légère en est le premier symptôme ; bien-
Diagnostic. on distingue dans le point douloureux une trèspetite tumeur, une sorte de nœud dans le tissu cellulaire, faisant corps avec la peau; la douleur s'accroît, et l'engorgement augmente; ce dernier se compose d'une sorte de noyau dur , assez profond , formant une saillie remarquable , et d'une tuméfaction rénitenle, élastique, qui règne autour de la base de la tumeur ; survient alors la rougeur de la peau ; elle commence par le point central et le plus saillant de la tumeur, d'où elle s'étend vers la circonférence en perdant de son intensité. C'est à cette époque que survient la fièvre , lorsqu'elle a lieu; quelquefois on n'observe qu'un seul paroxysme composé d'une alternative de froid et de chaud ; d'autres fois la fièvre dure plusieurs jours sous la forme de continue rémittente. Les douleurs deviennent très-aiguës , surtout si le furoncle est fort étendu , et s'il affecte des parties très-sensibles. Enfin le sommet de la tumeur se ramollit, la peau qui la recouvre s'amincit , devient violette et s'ulcère ; une très-petite quantité de pus s'écoule et la tumeur n'en est nullement affaissée ; on retrouve toute sa dureté primitive. Cependant la fièvre disparaît , la douleur diminue et s'évanouit , la suppuration augmente peu à peu, l'ulcération s'étend et découvre un fond blanchâtre qui constitue la partie solide de la tumeur. Quelques jours plus lard , en
l'inflammation. 57 comprimant autour de celle dernière , on expulse Chap VL tout à coup une masse blanche, jaunâtre, consis- e^dT'ila! tante, que l'on reconnaît facilement pour du tissu t,irax' cellulaire épaissi , engorgé et mortifié , et dont l'issue laisse un espace vide proportionné à .son volume.
Celte masse expulsée porie le nom de bourbillon. Terminai- Après son expulsion, la cavilé ulcérée qu'elle vient S°n' d'abandonner s'efface en grande parlie par l'affaissement et l'adhérence mutuelle des parois; reste l'ouverture qui ne tarde point à se cicatriser-.
Le furoncle est une maladie tout à fait exempte Pronostic de danger , mais elle est douloureuse ; elle peut se prolonger plus ou moins , sans .que Fart puisse s'y opposer.
L'analyse la plus exacte des circonstances qui ont Traitement, précédé ou qui accompagnent la maladie , ne saurait fournir une indication positive et utile. Il nous paraît bien démontré qu'on n'a jamais réussi dans les tentatives qu'on a faites pour en abréger la durée. Quant aux indications locales , elles se bornent aux applications relâchantes et sédatives jusqu'après l'expulsion du bourbillon : l'incision du sommet de la tumeur, quelque mou qu'il paraisse , est toujours inutile et déplacée; ce moyen est incapable d'accélérer la séparation de l'escare celluleuse, et comme celle-ci comprend une parlie de l'épaisseur de la peau , le reste ne tarde pas à s'ulcérer, du moment que le bourbillon se détache. L'incision n'a d'autre effet que de renouveler l'irritation et de troubler le travail de la séparation de l'escare.
Chai1. VI. ARTICLE II.
Du Furoncle et de l'Anthrax. £)e V Anthrax.
Enqnoia On appelle anthrax ou charbon, une maladie See.dufU" locale qui a les plus grands rapports avec le furoncle , et qui n'en paraît différer que par l'intensité et par ses relations plus communes avec des affections générales graves. Comme le furoncle, l'anthrax consiste dans une inflammation flegmoneuse qui se termine constamment et . promptement par la mortification du tissu cellulaire ; mais elle est aussi constamment accompagnée de la gangrène de la peau qui recouvre le sommet de la tumeur; de plus elle accompagne souvent les espèces les plus graves de tjphus , où elle joue le rôle de symptôme. Cette dernière circonstance justifie la distinction de l'anthrax en bénin et en malin , que nous appellerons l'un idiopathique, et l'autre symptomatique. Diagnostic. Comme le furoncle, l'anthrax idiopathique survient spontanément, sans cause manifeste , et tantôt au milieu de la santé la plus parfaite , tantôt à la suite de l'action prolongée de causes débilitantes. Tous les âges , tous les sexes , toutes les régions du corps y paraissent également exposés ; mais c'est toujours le tissu cellulaire sous -cutané et la peau qui en sont affectés.
On observe des anthrax tellement étendus qu'on serait porté à croire que plusieurs affections de la même espèce se sont groupées et comme entas-
de l'inflammation. 5g sees sur le même point ; circonstance que quelques Chap. vi. auteurs ont décrite comme une espèce particulière Du Furoncle
A A et de lAu-
de cette maladie. *lira2-
Dès le de'Jbut , l'anthrax est accompagné de fièvre aiguë plus ou moins violente , marchant sous la forme de rémittente quotidienne , et accompagnée de symptômes nerveux quelquefois alarmans ; quelquefois aussi la fièvre précède de plusieurs jours lé développement de l'affection locale , et il n'est pas rare alors qu'elle soit accompagnée d'assoupissement léthargique ou de délire.
L'affection locale s'annonce par une douleur vive, brûlante , s'accroissant rapidement , et suivie presque aussitôt de l'apparition d'une tumeur circonscrite , étendue , conique , très-dure , et. sur laquelle la peau prend une couleur vinacée , et bientôt noire. A cette époque , déjà lestégumens sont mortifiés , et avec eux tout le tissu cellulaire qui constitue la tumeur ; bientôt ces escares se détachent , la suppuration s'établit de toutes parts, l'ulcère se dégorge , la fièvre cesse , une cicatrice se manifeste et termine la maladie.
Il est difficile de ne pas reconnaître dans le tâ- Causes, bleau que nous venons de présenter, un délétère qui se dépose soudainement et qui frappe de mort tout ce qu'il aborde. On ignore de quelle nature est cette cause, et par conséquent l'art ne peut en prévenir ni en arrêter les effets. Il est probable que du moment que la tumeur est formée , la mort du tissu cellulaire et de la peau est irrévocablement déci-
Chap. vi. dée : le caractère de la douleur et celui de la rou-
Du Furoncle owir
de la peau donnent beaucoup de force à celte et de l'An- & r ■.:
thiax. conjecture; cependant il n'est pas a notre connoissance que jamais la gangrène ait été assez étendue dans l'anthrax idiopathique , pour donner lieu à des accldens mortels.
Traitement. On voit pourtant que le caractère de cette inflammation est trop suspect pour que l'on puisse l'attaquer par les moyens que l'on sait propres à décomposer une fluxion : si , comme il est probable, il est dans la nature de la cause de faire périr les parties sur lesquelles elle exerce son action , il est probable aussi que le sort de ces mêmes parties est décidé dès que la fluxion est consommée. D'un autre côté , fût-il en notre pouvoir de sauver une partie de ce qui doit être mortifié , serait-il prudent d'empêcher la déposition complète d'un principe matériel aussi funeste ?
L'observation apprend qu'il est très-rare que dans l'anthrax, on puisse saisir des indications positives pour l'application de la méthode appelée antiphlogistique. Il peut se présenter de bonnes raisons ponr l'application de l'une des méthodes évacuantes ; mais le danger de les voir agir comme perturbatrices , doit en faire ajourner l'emploi jusqu'après la consommation de l'affection locale. L'usage du feu- ou des caustiques ne paraît propre qu'à donner plus de valeur à la réaction vitale dans les parties qui confinent la gangrène , après que leç progrès de celle-ci ont été bornés ; mais ces
de l'inflammation. 61 moyens sont incapables d'arrêter la mortifica- Chap.vi.
tion fi)- Du FnroncIe
\ y et de 1 An-
LeS véritables indications thérapeutiques se ré- thrax. duisent donc à soutenir les forces pendant que la mortification s'accomplit, à favoriser le travail de la séparation des escares, et à combattre les complications accidentelles qui peuvent se manifester, après le jugement de la maladie principale.
Les nourritures animales sous forme liquide , le vin, le quinquina en décoction , les amers, et même les stimulans difîusibles, sont les moyens qui conviennent le mieux pour remplir l'indication capitale. On peut trouver lieu à l'administration des émé tiques, des purgatifs, etc. pendant le travail de la séparation des escares. Hors ces indications étrangères à la maladie principale , on ne peut avoir à s'occuper que d'entretenir les forces et de réparer les effets d'une suppuration abondante.
L'anthrax symptomatique ressemble entout , pour Anthrax
, , i i n rp ' 1 î » symplouiali-
la forme et pour la marche de 1 ailection locale , a qUe. l'anthrax idiopalhique ; il n'en diffère que par son association avec une maladie générale, à laquelle il
(i) M. le professeur Dupuytren croit cependant avoir observé que la prompte division des parties qui sont le siège de l'anthrax , en arrête subitement les progrès. Il pense que l'on peut attribuer le succès de cette méthode à un étrangler ment des parties enflammées, que l'incision cruciale ferait disparaître. Quoi qu'il en soit de cette explication , c'est à l'observation ultérieure à constater la solidité delà remarque dont il s'agit, et l'utilité des incisions en pareil ca».
et. de t lirai.
Chauvi, ajoute sa propre gravité. C'est ordinairement aux Dn Furoncle espèces les plus graves de typhus , et notamment a
-• J~ l'An- •
la peste , que l'anthrax sympiomatique se trouve joint. Il survient à toutes les époques de la maladie principale, qu'il aggrave constamment. C'est particulièrement dans cette espèce, que l'on a constaté par l'expérience l'inutilité et les dangers des méthodes perturbatrices. On a vu les traitemens généraux, aussi bien que les scarifications, la cautérisation soit par les caustiques , soit par le feu , et même l'excision , accélérer les progrès de l'affection locale, et l'aggraver singulièrement.
On peut en dire autant du bubon pestilentiel , qui ne diffère du flegmon exquis que par sa tendance à la gangrène , et par le rôle de symptôme qu'il joue envers la peste : toutes les fois qu'on lui oppose des moyens propres à contrarier sa marche, on l'aggrave. L'observation a pareillement constaté que le bubon pestilentiel peut bien coïncider avec la crise ou le jugement de la maladie principale , mais qu'il ne contient pas la raison de la terminaison heureuse de cette dernière.
Bubon pes tilentiel.