‹ Précis élémentaire des maladies réputées chirurgicales [electronic resource] (volume 2)Chapitre 19 sur 49 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

DES SOLUTIONS DE CONTINUITE PAR RUPTUfiE.

Définition.

ex

La distension des parties portée au-delà de leur tensibilité naturelle , fait le caractère essentiel

DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ. l8l

des solutions dé continuité par rupture. Nous les c"Ap- 111

, -, . Des solution*

considérerons successivement dans les parties molles de continuité

, -, • | « par rupture.

et dans les parties dures.

ARTICLE PREMIER

Des Solutions de continuité des parties molles , par rupture.

C'est par un effort violent et soutenu qui tend à les allonger outre mesure , que les parties molles peuvent être rompues ou déchirées. Cette sorte de solution de continuité présente deux circonstances remarquables : i°. Les organes rompus paraissent avoir perdu uue partie de leur sensibilité et de leur irritabilité naturelles , dans la distension qui a précédé leur rupture : ils tombent dans une sorte de stupeur qui ne permet qu'un développement incomplet à l'inflammation subséquente , et qui favo-> rise singulièrement ïe succès de la réunion immé?dialc. 2°. Il n'y a presque pas d'hémorragie, même lorsque des vaisseaux considérables ont été rompus. Ce phénomène serait le plus propre de tous à faire supposer dans' les vaisseaux sanguins d'un grand âiajftèlre , une propriété contractile propre à diminuer leur cavité, si cette observation était soutenue par le résultat de quelques recherches d'analomie pathologique, qui nous manquent absolument à cet égard.

Lorsque l'on employait des machines pour ré- Danslapwni

1» i | . ,,. et le lissu ce.-

Qtnre les luxations , et que , négligeant les lumières luiai™.

Chap. m. de l'analomie , on subsliluait ainsi la force aux pre- Dessoiutions ceptes méthodiques que cette science pouvait seule

de continuité „ , jj'u*

par rupture, dicter, on observait fréquemment des déchirures pans les par- de la peau. Celte sorte de solution de continuité tiesmolles. ^ observée très-rarement aujourd'hui. Les déchirures du tissu cellulaire sous-cutané sont beaucoup plus fréquentes , et le plus souvent on les observe compliquées d'une plaie contuse des tégumens : l'une et l'autre sont alors le résultat de l'action d'un cOrps orbe qui a divisé la peau en l'écrasant contre un os voisin , mais qui , ayant agi obliquement , a déchiré ensuite le tissu cellulaire. Ordinairement ces plaies sont à lambeaux ; et l'indication que présente la rupture du tissu cellulaire et la division des téguniens n'est pas la même. La solution de continuité du premier admet sa réunion immédiate ; mais les bords de ces plaies ne doivent pas être affrontés : comme nous le dirons ailleurs , l'écrasement que la peau a souffert , et la désorganisation qui en est la conséquence , rendant la suppuration inévitable , si l'on rapprochait les bords des plaies dont il s'agit , on aurait des épanchemens qui feraieut manquer la réunion du tissu cellulaire dans toute l'étendue du lambeau. On doit donc replacer le lambeau , le contenir par une compression douce , égale et uniforme , et laisser suppurer les bords. La collision oblique des corps orbes peut dépla-

Dépôts silii- 1 *

gains. cer considérablement la peau sans l'entamer, dans les régions du corps où elle est abondante , et déchirer cependant le tissu cellulaire. Il se formfe à

DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ. l35

l'instant même un épancheraient plus ou moins Chap. m. grand , selon la nature et le volume des vaisseaux Je"*°^3 rompus; et si une artère un peu considérable se Par ruPturetrouve ouverte, la tumeur molle que forme l'épan- Dansiespar-

1 m 1 \ des molles.

chemeut peut présenter des pulsations. Une partie du sang exlravasé infiltre le tissu cellulaire autour de la cavité pratiquée aux dépens de ce même organe, ce qui rend dur le contour de la tumeur, dont le centre est mou et fluctuant. Ces apparences en ont souvent imposé pour des fractures avec enfoncement , quand un semblable accident est arrivé aux tégumens de la tête : on a pris pour les efforts expansifs du cerveau les baltemens de la tumeur, et la circonférence dure de celte dernière pour le contour d'une ouverture du crâne , dont une pièce plus ou moins considérable aurait été enfoncée.

Malgré les battemens que ces tumeurs présentent quelquefois , et qui pourraient faire conclure qu'un vaisseau volumineux est ouvert , il arrive le plus souvent que la cavité qui résulte de la déchirure du tissu cellulaire étant remplie , les baltemens disparaissent , la tumeur cesse d'augmeuler , devient dure , et se résout peu à peu. Quelquefois la résolution ne s'accomplit pas, ou du moins qu'en partie : dans ce cas , les parois c'elluleuses s'enflamment , fournissent des exsudations qui se mêlent au sang épanché et le dissolvent ; la peau s'amincit et s'ulcère ; la tumeur se vide , et guérit à la manière des abcès.

Puisque la résolution de tout le sang épanché a„ai2S

sanguins.

3 S t SECTION HT.

Chai-, m. peut avoir lieu , il est inutile d'ouvrir la tumeur Des soi «lions sanguine du moment qu'elle paraît. D'ailleurs , un

de continuité 1 * »

pat raptuve. danger est attaché à ces ouvertures prématurées : le D«>,s hs par. caillot , dont la tumeur va se trouver remplie arrê-

ties molles. ' ;

ters 1 etluslon du sang ; c est empêcher sa formation, ou le détacher à contre-temps , que d'ouvrir la tumeur pendant qu'elle est encore molie , et surtout pulsative , ou quand elle commence seulement à durcir; si l'on voit survenir une hémorragie après l'ouverture , elle peut être fort embarrassante par son abondance , et surtout par l'altération et par l'infiltration des parties ; il faut alors absolument découvrir le vaisseau pour le lier, et par conséquent fendre la totalité, de la tumeur ; quand on a mis l'artère à découvert , il faut la lier , et il est rare qu'on en vienne à bout sans faire usage de l'aiguille.

Si l'on attend, au contraire , que l'ouverture soit devenue indispensable par l'inflammation de la tumeur , le caillot est resté suffisamment en place pour oblitérer le vaisseau; l'inflammation ajoute à son efficacité , et l'on peut se contenter de faire une simple ponction sur le poiut le plus mince de la peau.

Dans les Les tendons , les muscles , les aponévroses

rensoles , les ., \ p v> j* .

tendons etles peuvent être rompus a 1 occasion cl une distension aponévroses. vi0ientc lcs tendons soht plus susceptibles de rupture que les muscles , ce qui vient de la résistance vitale de ces derniers. C'est pendant la contraction du muscle dont il dépend , qu'un tendon peut être

DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ. l8fî

rompu; il parait, au contraire, que c'est*pendant Chap. iîi. l'action de leurs antagonistes, ou d'une force étran- D«8/°totions

o ' de continuité

gère opposée, que les muscles se laissent déchirer, par rupture, et que leur contraction est capable de rendre ce Dans les par.

. . ties molles.

genre de lésion impossible , à moins d'une distension énorme. Un muscle" qui se laisse rompre, peut ne céder que dans le point même de l'insertion de ses fibres charnues sur son tendon , lequel se trouve alors nettement et complètement séparé du muscle : preuve évidente de la résistance que la contraction des fibres musculaires a opposée à îa solution de continuité. La rupture d'un muscle est toujours irrégulière : ce qui vient sans doute de ce que le point où les fibres musculaires ont le moins résisté , n'est pas le même pour toutes. Dans les tendons , au contraire , la rupture est nette , régulière , et a l'air d'une section : c'est du moins ainsi que les choses ont été trouvées , quand on. a pu vériGer le fait sur les tendons les plus volumineux.

Les aponévroses peuvent être rompues par l'effet du gonflement qui accompagne la contraction des muscles, ou par l'effort que ces derniers organes opèrent sur les membranes auxquelles ils s'insèrent. Quand une aponévrose , placée immédiatement sous la peau , a été rompue , le muscle sous-jacent s'engage en partie dans la rupture , et s'oppose à la réunion en formant une sorte de hernie musculaire.

On attribue communément à la rupture de quelque tendon , ou de quelque bande aponévrolique , certaines douleurs des régions dorsale ou lombaire,

186 section nr.

Cicxp. ni. qui surviennent à l'occasion de quelque effort exé- Dessoiutions cuté par le tronc : mais on n'a jamais vérifié par

de continuité ■ , .

par rupture, l'anatoïnie les lésions dont il s agit , et lorsque ces Dans les par- douleurs se prolongent elles finissent par présenter

ties molles. , , . , , ,

les caractères evidens du rhumatisme.

Les tendons dans lesquels on a observé le plus souvent la rupture , sont le tendon d'Achille , celui des muscles extenseurs de la jambe , le ligament inférieur de la rotule , le tendon du triceps brachial et celui du plantaire grêle.

> Si la rupture des muscles ou des tendons n'esi point accompagnée de- solution de continuité à la peau , et si la première de ces deux affections n« se trouve pas exposée au contact de l'air, la réunion est obtenue facilement à la faveur du rapprochement mutuel des parties. 11 est probable que l'on aurait le même résultat dans le cas contraire j mais l'expérience ne paraît pas avoir prononcé. Dans les cas où la déchirure de ces mêmes organes est la conséquence d'une mutilation , la suppuration est inévitable; mais l'inflammation qui la précède n'a rien offert de remarquable.

Traitement L'indication principale des ruptures des muscles des ruptures i tendons avec ou sans solution de continuité

des tendons ct uca «•v-"v-*" ... ,

et des mus- à h peau ; est ]a ^ême que celle des incisions des mêmes parties : on doit s'efforcer d'obtenir une réunion immédiate par les moyens connus. Quand la peau n'est pas entamée , on doit s'occuper aussi de l'épanchement sanguin qui accompague le plus souvent celte sorte de lésion , et faire sur la partie

affectée une compression suffisante pour chasser Caap.hl dans le tissu cellulaire voisin le saug exiravasé , et Jj^jgJjS se procurer ainsi la faculté de mettre les parties pwrupiwe. rompues dans un contact immédiat. Si la rupture Dam les par-

1 > m des moues.

est la suite d'une mutilation , on doit faire en sorte de réduire autant que possible l'étendue de la nouvelle surface, en profitant de la peau qui aura pu être épargnée : ainsi on égalisera les muscles et les tendons qui auraient été rompus inégalement , et l'on ramènera la peau sur la surface du moignon : quand elle ne suffirait pas pour recouvrir le tout , quelques lambeaux peuvent au moins revêtir une partie de la plaie , el c'est un avantage qu'il ne faut

pas négliger.

Quaud on a obtenu la réunion immédiate d'un , muscle ou d'un tendon considérable destiné à supporter de grands efforts, il ne faut pas perdre de vue 'que cette réunion a toujours lieu par le moyen d'une organisation intermédiaire , qu'il faut beaucoup de temps à celle substance pour acquérir toute l'a perfection et surtout la densité dont elle est susceptible, et par conséquent, que l'on doit ne permettre que fort tard l'exercice des fonctions de l'organe.

Il est inutile de songer à la réunion des aponévroses rompues : le plus souvent on ne s'aperçoit de la solution de continuité que quaud l'engorgement a disparu , par conséquent trop lard ; les muscles s'interposent dans la divisiou, et en tiennent les bords éloigués. On doit se contenter de combattre

Iu8 SECTION lit.

Chap. m. l'irritation el la douleur , qui subsistent quelquefois

Des solutions fort long-teUipS.

de continuité 1 ^

par rupture. On a cru , et 1 ou croit peut-être encore , que des pans les par- mouvemens brusques d'extension des membres

tics molles. 1

Dans les pouvaient distendre et rompre les artères , et que vaisseaux lejje ^tait la cause d'un grand nombre d'anévrismes,

sanguins. °

surtout des artères des membres abdominaux : de là l'opinion que les maîtres d'escrime , les portefaix , les laquais qui montent derrière les voitures , etc. j étaient fort exposés aux anévrismes. L'observation et l'anatomie pathologique ont prouvé que ces accidens n'ont lieu que lorsque les artères sont altérées dans leur organisation par l'effet local d'une maladie générale , dont la nature est encore inconnue , et que ces ruptures n'ont jamais lieu sur des artères saines.

Il paraît démontré que les artères ne.peuvent être rompues que par l'effet d'un tiraillement énorme , et suffisant pour produire une mutilation. Quand tout un membre a été arraché , tantôt l'artère principale a élé rompue à une plus ou moins grande profondeur dans l'épaisseur des parties qui out résisté à la dilacération ; tantôt , au contraire , elle s'est rompue dans l'épaisseur de la portion du membre arraché. Dans le premier cas, elle est cachée clans la profondeur du moignon; dans le second , elle est plus ou moins saillaute. Dans l'un ét dans l'autre, ordinairement il n'y a point d'hémorragie.

Quand l'artère s'est trouvée excéder le niveau du

DES SOLUTIONS 1JE CONTINUITÉ. l8()

moignon , on a pratiqué la ligature ; ôn Fa négligée Chap. ur, impunément dans les cas contraires î quoique l'ex- J^gJJ£ ipérience ait prouvé que l'hémorragie est on ne peut iDas plus rare en pareil cas, il y aurait de l'impru- Damleipar*

I r r r . tits molles.

dence à ne pas lier le vaisseau quand il est à nu. Il m'est pas nécessaire de chercher à le découvrir pour Ile lier quand il est caché dans l'épaisseur des patities, s'il n'y a poiut d'hémorragie-, mais la chose : serait indispensable si le sang venait à paraître.

Les nerfs sont exposés à être rompus à l'occa- ^ans les

r i nerfs.

sion des luxations et des fractures. Cet accident 1 est souvent arrivé à l'occasion de la luxation de l'humérus en bas , à la suite de laquelle on a vu la paralysie du muscle deltoïde , par l'effet de la rupture du nerf que ce muscle reçoit. Des accidens de ce genre produisent le même effet que la section des nerfs : la paralysie incurable des organes auxquels se distribue le nerf rompu. Ces cas ne présentent, par conséquent, aucune indication pratique; mais il importe beaucoup à la sûreté du praticien de faire un pronostic conforme à l'état des choses.

Nous devrions placer ici ce qui est relatif à la rupture des ligamens , et par conséquent l'histoire de l'entorse ; mais cette affection pouvant être considérée comme une sorte de déplacement passager, comme un diminutif de la luxation , nous en parlerons à l'occasion de cette dernière maladie.

Chai-. III.

jjjO SECTION III*

ARTICLE IL

Des solutions de continuité

par rupture. Des ^0luiions de continuité des parties dures ,

par rupture.

Dam hs par Les solutions de continuité des parties dures,

ties dures. , . . , j 1 » >.

produites selon le mécanisme de la rupture , sont connues sous le nom de fractures. Les os et les cartilages de prolongement y sont sujets (i). Malgré ce que l'on a pensé à cet égard , nous ne croyons pas susceptible de démonstration que daus certains os, la fracture puisse être produite par un effort d'allongement exercé sur eux , selon leur principal diamètre. L'exemple de la rotule que l'on a cité, et que l'on'' croit pouvoir être fracturée par un effort parallèle à son axe , exercé par les muscles extenseurs delà jambe, n'est pas décisif; car la fracture de cet os , qui a lieu effectivement quelquefois , et peut-être même le plus souvent par l'effet de l'ac-

(i) C'est à dessein que nous ne parlerons pas ici de la séparation violente des épiphyses des os longs chez les jeunes sujets : rien ne démontre que cet accident ait été observé , et qu'il puisse être assimilé aux fractures , ainsi qu'on l'a pensé ; tout prouve , au contraire , que l'on a pris des fractures pour la séparation des épiphyses , et que l'on n'a point connu une affection propre du cartilage d'ossification analogue à la maladie des articulations connue sous le nom de tumeur blanche, et qui peut avoir pour résultat la séparation d'une épiphyse ; mais cette affection est spontanée , chronique, et n'a rien de commun avec les solutions de continuité soudaines.

tîon musculaire , n'arrive qu'autant que la jambe se Chap. m. trouve plus ou moins fléchie ; or , dans cette atli- Jee^~ tude , l'os repose par un seul point de sa hauteur , par rupture, sur un point très-peu étendu de la partie antérieure, Dans kspar-

r t ..lies dures.

ou de l'inférieure des condyles du fémur, il se trouve tiraillé dans deux sens opposés , par le ligament inférieur et par les muscles extenseurs de la jambe, dont les lignes prolongées produiraient un auiile au devant de sa face antérieure , dont le degré d'ouverture serait en raison inverse du degré de flexion de la jambe. IL est évident que ces deux forces tendent à fléchir cet os vers sa face postérieure, et que sa fracture en est le résultat. La même démonstration est applicable à tous les cas de fracture produite par l'action des muscles , et l'on peut avancer comme proposition générale , que toute fracture proprement dite , est le produit d'un effort tendant à changer la forme d'un os , en lui imprimant une inflexion quelconque. Les parties d'un os fléchi violemment, qui répondent à la con- • cavité de la courbe produite par l'effort , occuperaient un moindre espace , si l'organisation osseuse le permettait ; celles qui répondent à la convexité de cette même courbe sont distendues , et c'est par une véritable rupture que la solution de continuité a lieu : la fracture de la totalité de l'épaisseur d'un os est produite sans doute en un instant indivisible ; l'esprit conçoit cependant un ordre de succession , qui a procédé de la convexité vers la concavité de la courbe produite par l'effort fracturant.

Cha.p. m. Un même os peut être fracturé dans un seul ou Dessoiutions dans plusieurs points de son étendue : celte der-

de coutiuuité . , , , , , . ,

par rupture, mère circonstance dans Jes os longs, est desiguee Dans les par- par les noms de fracture double, triple, elc. ; elle

lies dures. . . . , -,

suppose ordinairement 1 action prolongée de 1 euort

Différences 1» 1 1 i • >

des fractures, fracturant, sur 1 un des fragmens de la première rupture , ce qui peut aggraver le cas. Les deux os qui composent un membre peuvent être fracturés ensemble : on a désigné cette circonstance par les mots de fracture composée , dénomination entièrement inutile.

Dans les os larges et dans les os courts , les fractures peuvent affecter toute espèce de directions ; mais dans les os longs, elles coupent l'axe de l'organe sous une direction plus ou moins perpendiculaire , ou bien elles sont disposées de manière à sé-~ parer quelqu'une de ses éminences. En raison de la disposition de Ta section , les fragmens se correspondent par des surfaces perpendiculaires, obliques ou ir régulières. L'autopsie a fait reconnaître encore des fractures longitudinales dans les os longs 5 mais les faits de cette nature sont encore très-peu nombreux , et ne peuvent, apprendre à reconnaître cette espèce de fracture par des phénomènes propres.

Déplacent Les mouvemens auxquels le membre est exposé , desfragmens. raction de ses muscles , le poids du corps , le mouvement ou l'action de la cause fracturante ellemême , ne manquent pas le plus souvent de produire des déplacemens dans les fragmens : tantôt

les pièces de la fracture n'ont pas cessé de se corres-* Chap. ni. pondre par une partie des surfaces respectives de la Dessolutions

... . . , , de continuité

solution de continuité ; c est ce que Ton appelle dé- par rupture. placement selon l'épaisseur. Tantôt les fragmens ne tkTdurcf.^ sont plus en contact par leurs nouvelles surfaces réciproques, et chevauchent plus ou moins l'un sur l'autre : c'est ce qu'on appelle déplacement selon la longueur. Tantôt le membre où se trouve la fracture a fait un mouvement de rotation qui s'est passé daus la fracture elle-même , et dans lequel J'un des fragmens a été entraîné : c'est ce qu'on appelle déplacement selon la circonférence. Il se passe quelquefois une inflexion dans le lieu de la fracture , en sorte que les fragmens forment un angle obtus plus ou moins ouvert : c'est ce qu'on appelle déplacement selon la rectitude du membre. Enfin , il est des cas dans lesquels les fragmens se déplacent en s'éloiguant directement l'un de l'autre , et en suivant la ligne de leur axe commun , ou en s'écartant plus ou moins de cette même ligne : c'est le cas des fractures transversales de la rotule , de celles du calcanéum , etc. 11 est cependant des circonstances dans Fractures lesquelles les fragmens d'une fracture n'éprouvent ^tettdS6" aucun déplacement : cette particularité n'a rien fraSmensd'étonnant, lorsqu'il s'agit de la fracture de l'un des deux os de l'avant-bras , ou de la jambe ; celui qui reste entier résiste aux causes de déplacement. Mais la chose est plus surprenante quand elle a lieu avec la fracture d'un os qui existe seul au milieu d un membre volumineux } et surtout quand la *• i5

1g4 SECTION HI.

Cbkv. iii. fracture a lieu dans un point où la direction de Dessoudons l'os n'est pas parallèle avec l'axe du membre. Le pLCruptnUr£é col du fémur, qui réunit toutes ces conditions désffSlST avantageuses , a pu cependant être fracturé , et supporter encore le poids du corps pendant plusieurs jours : des inégalités nombreuses et volumineuse de la part de chaque fragment , formaient entre eux une sorte de suture assez solide pour empêcher tout déplacement, et rendre impossible le diagnostic de la maladie.

Lésions des Ces cas sont extrêmement rares , et le plus souffrit vent les déplacemens ont lieu. Il est impossible que ÎXc"re.de les fragmens d'une fracture cessent de se correspondre par les nouvelles surfaces qui résultent de la solution de continuité , sans qu'ils lèsent plus ou moins les parties molles environnantes : le périoste, le tissu cellulaire, les muscles , les vaisseaux, les nerfs, et même la peau, peuvent être déplacés, tiraillés , irrités , piqués , percés , déchirés par les inégalités plus ou moins aiguës dont les extrémités des fragmens peuvent être armées. Les fractures peuvent donc être compliquées de lésions beaucoup plus graves qu'elles-mêmes ; et les plus dangereuses sont celles des vaisseaux et des nerfs , et celles de la peau : dans le premier cas , il y a anévrisme , ou paralysie du membre , et nous avons déjà exposé IsSneael'an tout ce qui concerne ces sortes de blessures ; dans d«fragmens. ]q ferniev cas , il y a issue à l'extérieur de 1 un des fragmens de la fracture; -il est engagé d'autant plus fortement dans la peau, que l'ouverture de celte

DES SOLUTIONS DE CONTINUITÉ. igS

dernière ayant été faite par quelques pointes de l'ex- cHAP. ta trémitédu fragment sorti, cette ouverture n'est nul- Dessolm/on, fanent proportionnée au volume de l'os , d'où vient pSS^f qu'il est très-difficile de faire rétrograder ce dernier Da",s lespar'

O vv/u^iuipi, [ies dures.

Les causes des fractures sont ou un effort qui , ayant agi sur les deux extrémités d'un os déjà Causes des courbé , aurait tendu à augmenter sa courbure naturelle; ou une violence qui, agissant sur un point de la longueur de l'os , tendrait à lHéchir dans ce même point ; ou la contraction violente de certains muscles, qui agit de l'une de ces deux manières. Dans l'un ou l'autre mode d'action , quelle que soit la cause , il y a toujours rupture du tissu osseux , et presque toujours en même temps déplacement des fragmens , soit par le prolongement de l'action delà cause après son premier effet, soit par la contraction simultanée ou secondaire des muscles ; mais on sent que dans le premier mode d'action des causes fracturantes , la solution de continuité se passe plus ou moins loin du lieu ou ces causes ont agi , au lieu que dans le second mode , la solution de continuité arrive dans le point même où la cause a exercé son action. De là , la distinction des causes en directes et en indirectes : dans le premier cas, il peut y avoir des désordres dans les parties environnant la fracture, produits par la cause elle-même; dans le second , tout est le résultat de l'action des fragmens de la fracture.

On. a pensé que l'âge avance, certaines saisons , certaines maladies que l'on croit propres à rendre

ig6 SECTION II T.

Ciu-r.iH. les os plus fragiles , pouvaient favoriser la produc- Dessointions tion des fractures : il paraît que l'influence de l'âge

de continuité • L ,

par rupture. se borne à la débilite des muscles et a la fréquence ties'durJ.a des chutes qui en est le résultat. Il n'est nullement prouvé que les os partagent avec les corps soumis aux lois physiques , les variations de densité qui résultent de celles de la température ; et par conséquent l'influe^e des saisons sur la production des fractures, est Une opinion dépourvue de toute espèce de preuves. Quant aux maladies qui altèrent la consistance des os , nous nous expliquerons dans la suite à leur égard.

Diagnostic Le diagnostic des fractures est fondé sur les des fractures. difformilés du membre , l'altération de ses propriétés et de -ses fonctions , et' la sensation qui peut résulter du frottement réciproque des fragmens et que l'on a appelé crépitation.

Altération Les lumières anatomiques ne suffisent pas pour S Sort faire saisir au premier coup d'œil , et même avec Sa£ de l'attention , toutes les nuances de difformité dont nos membres peuvent être susceptibles. Un secours très -efficace à joindre à ceux de cette science , est celui qui résulte de la pratique des arts qui ont pour but d'imiter la nature. Les peintres, les sculpteurs , quoique privés souvent des lumières de l'anatomie, reconnaissent bientôt un défaut d'ensemble dans une figure ou dans un membre. L'harmonie des contours et des proportions est tout ce qui les guide; et le goût des beaux-arts serait propre à donner au chirurgien instruit , ce

sentiment exquis du type naturel des formes. Il Chai-, m. faut, non-seulement, se représenter par une li«ne Des solution!»

' 1 0 de continuité

idéale 1 axe du membre, et le lieu qu'occupe par par rupture.

, . . Dans les par-

rapport a Jui , J os que 1 on suppose fracture , mais des dures. . encore assigner la place de chaque éminence, celle de chaque muscle , se rendre un compte exact des saillies que ces derniers doivent former, des lignes que leur ensemble doit tracer à l'extérieur, dans les diverses attitudes et dans les divers aspects , des changeraens de rapports qu'ils doivent subir par l'effet de la solution de continuité d'un os , et des altérations que leurs propriétés doivent en éprouver. Une grande habitude peut suppléer à tout cela, sans doute; mais il est évident aussi, que cette même habitude est plus facile à contracter, et qu'elle acquiert beaucoup plus d'assurance par le concours des lumières dont nous parlons.

La mobilité d'un membre dans un point où Altération naturellement il n'y a point de solution de continuité fiT dans les os , est une altération frappante des formes l°n (aa dJ3'

-1 1 gnoscic des

et des propriétés naturelles, et il n'y a personne lracluresqui n'y reconnaisse tout aussitôt une fracture ; mais que la solution de continuité ait lieu tout près d'une extrémité articulaire , l'os plus volumineux dans cette région, les ligamens de l'articulation voisine, l'épaisseur du périoste plus grande dans ce point, les insertions musculaires, tout contnbue à maintenir les fragmens en contact ; et le déplacement étant médiocre, la mobilité des fitagn

Cuir. 111. meus n'étant point appréciable , il devient difficile Des solutions de juger de la fracture, surtout si un engorgement

de continuité . 0

par rupture, vient ajouter encore à ces difficultés. Mais le port,

Dans les par- ' . . ■ > . , f 1

ties.dures. 1 altitude habituelle de la partie affectée ou de celle qui a des rapports immédiats avec elle, sont changés, et celte légère altération suffit à un homme instruit pour soupçonner une fracture : il se haie de combattre l'irritalion et l'engorgement qui en est la conséquence , et, délivré de celle difficulté, il surmonte plus facilement celles qui restent , et apprécie avec plus d'exactitude le véritable état des choses. Ou a iudiqué la douleur et l'impuissance du membre , comme deux altérations remarquables des propriétés, capables d'aider à* reconnaître une fracture : on sent toute l'infidélité de ces phénomènes érigés en signes; ils peuvent bien fixer l'attention du praticien sur un point particulier , mais ils ne peuvent rien apprendre. Crépitation La crépitalion est un phénomène qui résulte

des Iragraens . „ , . j • r j>

desfractures, du frottement réciproque des fragmens d un os fracturé ; mais il suppose le contact de ces' mêmes fragmens, et quelque inégalité de la part des nouvelles surfaces qui résultent de la solution de continuité. La crépitalion ne pourra donc être obtenue qu'autant qu'il n'y aura pas entre les fragmens un déplacement très étendu , et disposé de telle sorte qu'ils aient cessé de s'entre-toucher. Du reste, la crépitation ne produit pas toujours un bruit appréciable ; le plus souvent ce n'est qu'une sensation qui ne peut être perçue que par celui qui tient

et qui fait mouvoir le membre. D'un autre côté, Chaf.III. des sensations semblables peuvent provenir de

de continuité

toute autre cause : une altération inconnue des :jjgjjjj£ articulations et des gaines des tendons , peut des dures. produire le même effet. Il n'y a donc que les altérations de forme et de propriétés , qui soient caractéristiques et .constantes , parmi les phénomènes propres à servir de signes de l'existence des fractures.

On . peut juger de l'événement probable des ^JJ^ fractures , par l'âge du sujet , par le bon état de sa constitution , par le nombre d'os fracturés ou par celui des solutions de continuité , par la situation de la fracture, sa direction, le déplacement que les fragmens ont subi , ' par l'altération des parties molles , et par la docilité du malade.

Chez les enfans , où la nature est encore occupée De l'âge par

' rapport au

du développement des organes, il faut peu de pronostic des

ri * fractures.

temps pour obtenir la réunion d'une fracture ; et les muscles ayant peu d'énergie , ils ont moins d'action sur les fragmens pour les déplacer : aussi parvient-on à guérir sans difformité , dans cet âge , des fractures dont le traitement n'est pas susceptible de cette perfection à toute autre époque de la vie. Il faut beaucoup plus de temps pour réunir les fractures des adultes , et la contractililé des muscles fait éprouver de bien plus grandes difficultés*. Ces dernières sont bien plus grandes encore chez leà vieillards : à cet âge , il est des os , défavorablement disposes d'ailleurs , dont les fragmens s'usent

Chap. in. par le frottement réciproque, au lieu de se réunir; Des solutions Il est Lien démontré que le scorbut , porté à

de continuité .. , , ''. .

par rupture, un certain degré , nuit a Ja réunion des fractures : tfeTdures1'."' il détruit même le cal formé depuis quelque temps;

mais nous doutons qu'une autre maladie jouisse De l'état de de cette malheureuse propriété. Le rachitis luitionCparrap" même, l'altération la plus profonde que l'on con- Pnostic des naisse cm système osseux , ne s'oppose point à la fractures. réunion des fractures. Il est incontestable cependant , qu'une faible constitution est une raison suffisante pour retarder la consolidation. On a pensé , mais rien ne l'a démontré , que la grossesse pouvait produire le même effet. Les observations de ce genre, bien analysées, démontrent seulement que la réunion peut être retardée , par la difficulté de faire garder le repos à :nne femme grosse , surtout quand la grossesse est avancée. Nombre des Il est indispensable d'assujétir et de maintenir dans un repos parfait les fragmens d'une fracture : or , cette condition est toujours fort difficile à remplir ; mais elle l'est bien davantage , lorsque le même os est fracturé dans plusieurs points de son étendue , ou quand plusieurs os du même membre sont fracturés à la fois, situation de II est aussi telle situation des fractures qui l'os fracture. ^ ^ lr£Uteraent. Au milieu d'un membre

cylindrique, un os fracturé peut être entouré de pièces d'appareil propres à exercer une compression latérale dans tous les sens; mais avec une forme opposée du membre , ou dans toute autre

situation de l'os fracturé , il est difficile, quelque- CHiP- IIL

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