ARTICLE III
Des corps étrangers gazeux, introduits du dehors.
Les suites naturelles de certaines blessures , et quelques expériences faites à dessein sur les animaux vivans , n'ont appris que peu de choses touchanf les elFels de l'introduclion des substances
l58 8ÉCT10NV.
Chip. II. gazeuses dans l'économie ^animale. On sait, par Des corps exemple, que l'air atmospRérique peut être port« en
étrangers. , ^ '
Gaz intro- grandes quauiites dans les cavités naturelles OU dans le tissu cellulaire, sans de grands inconvéniens; qu'il
Effets ordi- , < • m i i * r •
naires de l ia- D y cst gucrc nuisibic que par la gene mécanique que
troductionde i ,
l'air atmos- sa massc peut causer , lors surtout que les organes phcrique. ^^^^ lesqucIs il est mis en contact, ne sont point dans un état morbifique, et parlrculièrement lorsqu'ils ne sont pbint enflammés. On sait aussi qu'il peut être fort nuisible dans ce dernier état; qu'il peut l'aggraver considérablement) qu'il estl'agent le plus puissant de la décomposition putride des sécrétions purulentes, lorsque son action sur elles peut être favorisée par la température ordinaire du corps ; qu'en- favorisant cette décomposition , il donne lieu à une adynamie des plus redoutables, laquelle résulte alors de l'absorption des matières dont il a déterminé la putrescence. On sait encore queTair commun ne pénètre presque jamais impunément dans les grandes articulations ; que l'organisation et les propriétés des membranes synoviales sont telles, que le contact de ce corps étranger y détermine sûrement une inflammation des plus graves. Enfin l'expérience a démontré que l'une des plus dangereuses parmi les substances gazeuses introduites dans les cavités intérieures ou dans l'intimité des organes , c'est le gaz hydrogène sulfuré.
EmpTiysème Ou a pcusé satis raisoHS suffisantes, que l'air athmol'occasiondt» spliéHque potirrait s'engager dans'le tissu cellulaire, pkiesdeceue ^ fayeur dcs plaies qui n'intéressent que f exté-
DES CORPS ÉTRANGERS. I.^g
rieur des parois de la poitrine : on pourrait de- Chkv. it. maDder pourquoi ce phénomène ne serait point .^.^^'J^..!;,';'!'* observé pareillement à la suite des plaies qui inlé- (;,,^ ressent toute. autre région du corps dont la sliucture est à peu près semblable. Si l'on fait atieniion aux difficultés de constater dans bien des occasions la pénétration d'une blessure dans la cavité de la plèvre , on verra qu'il est facile que l'on ait ignoré celte circonstance dans les cas où l'on a observé ■un emphysème autour d'une plaie du thorax : on : sentira que si le poumon n'ayant pas été blessé , '. l'air extérieur a pénétré en petite quantité , que ! si le rappoijt des divers organes blessés a changé depuis l'accident , la médiocrité de l'épanchement gazeux peut ne pas gêner le poumon , laisser subsister toute la liberté naturelle de la respiration ; que cependant les mouvemens alternatifs 'de la poitrine doivent comprimer l'air introduit; que l'ouverlure de la plèvre costale tioit lui permettre de s'échapper et de se glisser ainsi dans }e tissu cellulaire extérieur. Cet emphysème n'est nullement à craindre : les mêmes raisons qui le déterminent ; en s' opposant à la libre issue de l'air épanché ne permettent pas l'introduction d'une nouvelle quan- : tîté ; en effet , l'emphysème qui a été obsecvé -en paireil cas, a toujours été médiocre, et s'est dissipé (eu pej^ de temps sans exiger aucun soin parti- ' oulier.
--f •l' iii -11 • Introductiau
Une ouverture considerabJe des parois de la poi- de l'air aimo.
. • 1 ' • 1 1 1- < spluif. diin.s
. Irme , sans lésion du poumon , peut donner Jieu a lu pièvre, p;.r
line h!(-ssurc du thorax.
l4o ' SECTION V.
Chap. II. raffaissement de ce dernier organe , et à rinlroduc- Des corps lion soudaine ou successive d'une grande Quantité
étrangers. o t
Gaz intro- ^'air. Rien ne prouve qu'en pareil cas , si la plèvre est saine , ce gaz puisse nuire autremejnt que par la gêne qu'il apporte aux fonctions du poumon déprimé. Si l'ouverture extérieure est fermée, et si l'inflammation traumatique ne s'étend pas extrêmement, l'air peut disparaître par l'absorption, et les fonctions de l'organe se restituent. Nous avons enseigné , d'ailleurs , des procédés propres à expulser la plus grande partie de l'air épanché. L'un ou l'autre moyen peut délivrer promptement la poitrine du corps étranger qu'elle renferme, et l'introduction de celui-ci a rarement alors des suites fâcheuses, . introdaction II cu (Bst autrement de l'air introduit dans la plèvre
de l'air aimo- . , , , . , ,
spbériq. par par uuc biessurc du poumon j et après avou' ete
une hlessnre ' f i i i i ii- • • j» a. r
du poumon, portc dans les bronches par 1 inspiration : d un cote la source en est plus difficilement tarie , l'épanchement peut augmenter à chaque instant , il peut devenir énorftie , gêner l'un et l'autre poumon et le cceur lui-même; d'un autre côté il ne peut s'échapper du poumon sans infiltrer son tissu inlerlobulaire , qu'il doit nécessairement traverser avant de passer dans la plèvre , ce qui peut déterminer facilement une inflammation des plus graves; enfin , un pareil état des choses suppose la blessure des feuillets costal et pulmonaire de la plèvre et du tis^ pulmonaire lui-même , ce qui rend bien plus probable une inflammation traumatique considérable. Si cet accident ne borne pas promptement le passage do
DES CORPS ETRANGERS. l4l
l'air dans la plèvre, en oblitérant l'onveplure par Cn^r. ir, laquelle il s'échappe, il est indispensable d'établir étranger"'^' une issue libre et commode pour ce fluide , ainsi (-az uuro.
, . , I • -Il eiiiils.
que nous l'avons déjà dit ailleurs.
]Vous avons précédeamiènt démontré qu'oij a trop Erreur ton-
, . chanf l intro.
légèrement admis conune une vente ci observation , duc t. de l'air
1,. , . I i> • 1 1 ' J f • • atiDOsphériq.
introduction de i air dans la cavité du péritoine, daus lepérx-
à l'occasion des blessures de l'abdomen. Quand on considère la structure et les propriétés des parois de cette cavité et des viscères qu'elle renferme , il ne faut pas un grand effort de réflexion pour êtrç convaincu que ce corps étranger ne peut y être introduit en aucun cas ; à moins qu'il n'y soit poussé de vive force , ce dont on n'a pas d'exemplp que nous connaissions.
Des observations nombreuses, variées et d^mon- Uan^rer de
I i I I j „ rintroductiott
stratives , ont mis hors de doute les dai^gereux et- dei'ah atmofets de l'introduction de l'air dans les articula- les^^ni^c'uialions. La plus légère blessure de l'articulation du genou, par exemple, devient extrêmement à craindre par l'inflammation dont elle peut être suivie, si la solution de continuité comprend la membrane synoviale, et si elle n'est pas oblitérée avec le plus gran# empressement; des luxations de cette mêm^ articulation , qui paraissaient l'avoir totalement désorganisée n'ont presque pas entraîné d'accldens; les ponctions de la capsule du genou, dans l'intention d'évacuer un épancheraent de synovie , seront totalement innocentes ,*si elles sont faites avec un trois-quarls plat dont on puisse réunir exac-
lis SECTION V.
Chap. II. lement lîi piqûre ; les incisions par lesquelles on a étr^nge^r^" extrait des corps organiques proci ëe's dans cette ar- /«r/o. ticulalion, ont eu quelquefois des conséquences liinesles , si l'on ne s'est pas empressé de fermer l'ouvenlure , ou si la réunion immédiate n'a point yéussi; ou a vu une luxation de l'astragale, dans laquelle cet os avait été entièrement retourné dans le sens de son axe antéro-poslérieur , et qui n'a été suivie d'accidens graves , que lorsqu'une ulcéraration fort étendue a permis la libre introduction de l'air , etc.
Il est des ar- Mais cc corps étranger n'a pas uneinfluence égalel'air ''ne °*au- ^^^^ daugcreusc sur loutcs les articulations. Il en rau pénétrer, dont la Structure est telle , qu'il n'y saurait être introduit ; telles sont celles oii une téte sphérique est reçue dans une cavité profonde et proportionnée. Ainsi , on peut citer plusieurs exemples de blessures qui ont ouvert la capsule de l'épaule, et qui n'ont pas eu de suites graves. La situation de la capsule iléo-Yémorale est trop profonde pour qu'elle soit exposée à des solutions de continuité fréquentes et propres à favoriser l'accès de l'air; mais il est probable que dans un cas de cette espèce le corps étranger ne pourrait être admis , et qu'il^n'y aurait qu'une inflammation traumatique. Il est d'aut^-es arliculalious dont la membrane synoviale est peu étendue; et quoique cet organe y soit aussi sensible que dans toute autre région à l'excitation que l'air est capable de produire , son inflammation ne produit pas une réaction générale dangereuse : ses
effets som purement locaux , et se réduisent à l'an- CnAr. ii. kilose. Dans le carpe, le métacarpe ,. le .larsc , le étrangers?" métatarse, où plusieurs os peu volumineux ayant des articulations communes, présentent des surfaces articulaires nombreuses recouvertes par une seule membrane synoviale , ce qui donne à celle-ci mie grande étendue , la disposition planiforniie des sur^ faces, l'intimité de leur contact, bornent l'imroductioa de l'air, et réduisent l'étendue et les conséquences de l'inllaumialion à ce quelles seraient dans de très-petites articulations. Ainsi on a vu des coups de sabre ouvrir plusieurs de ces articulations, des coups de .feu les traverser presque toutes, et n'être suivies que d'une inflammation médiocre.
, Il n'en est pas ainsi des articulations ginglimoï- Anicniations
dales , et de toutes celles où les surfaces arlicu- tre' le^piu laires et la membrane synoviale étant fort étendues , ^''^ oa trouve des espaces intérieurs, ou des rapports peu intimes. Les plus grands dangers accompagnent coustarament les solutions de continuité du coude; du genou , du poignet , du pied , lorsqu'elles sont disposées de telle sorte , qu'on ne peut éviter la pénétration de l'air j et les phénomènes de cette sorte d'accidens prouvent évidemment que le péril provient de i'inflammalioa de la membrane synoviale , tléterminée par l'action de ce corps étranger. Ces remarques fondées sur l'observation , suffisent pour faire sejutir dans quelles blessures articulaires il importe le plus d'obleoir une
pene-
144 SECTION r.
Chap.ii. reunion inimediate ; et lorsque celle conduite Des corps gst impraticable , dans quels cas il faut prendre
étrangers. * 1 ^
Gaz intro- stu'tout en Considération, dans la foimatlou du produits. noslic et dans le choix d'une méthode thérapeu-
tique, l'ouverture de la cavité articulaire. Il eu est où cette seule circonstance peut faire prévoir des accidens t*erribîes et indomptables , et doit faire recourir de suite à l'amputation du membre. l'ak^TatmcL ^ dcpuis long-temps reconnu les dangereux
effets de l'introduction de l'air dans les cavités pu-
vîtes puru- 1
leates. rulcntes; cependant il est des distinctions impor- Dansiefleg- tautcs à faire. L'inflammation établie dans les pa-
moa aigu. • • j» ' i i • a.. ^ / • \
^ rois d un phlegmon aigu , parait propre a résister a l'influence pernicieuse .de ce corps étranger. D'ailleurs le pus contenu dans la cavité phlegrrioneuse n'est logé qu'à la faveur du déplaceipent des lames du tissu cellulaire , qiie leur élasticité raniène dans leur silualion naturelle , aussitôt que là violence exercée par le pus accumulé vient à cessér. La câvité se trouye donc incessamment réduite' , l'air né peut agir que sur une surface médiocre ,.' tous les jours riioindre, et qui disparaît bientôt par l'union mutuelle des parois.
Dans les vas- Daiis Ics vastes cavités supputantes formées par
Tes caviies , , j • ii
formées par la mortitication de grandes masses de tissu celluia gangrené, j^j^.^ ^ on uë retrouvC pas Ics mêmcs conditions: l'action délétère de la gangrène sur la constitution, plonge celle-ci dans une débilité profonde , d'où il ^ résulte que la réaction est beaucoup moindre, et l'inflammation insufllsante pour résister à l'influence
DES CORPS ÉTRANGERS. ll5
de l'air; d'ailleurs, la perle de substance a pra- ^n^j. n. liqué une cavité effective, dont les parois ne se rap- Des coip»
11 ' 'J . T ' • ctiangcis.
proclient pas comme dans le cas précèdent. L air
^ * ^. . Ùaz intro-
pénètre et séjourne sans obstacle dans ces ca- duus. vernes suppurantes , il hâte la décomposition du pus ; aussi cette sécrétion qui est ordinairement inodore dans le premier moment , devient très-fétide en peu de temps. Il est probable que la résorption, qui a lieu dans.tous les cas, introduit ainsi dans les Immeurs un -principe putride trèspropre à entretenir ouagraver la débilité générale , et d'où viennent les évacuations colliquatives qui font périr les malades.
Les conditions sont les mêmes, quoique pour jj^^, ^p, .d'autres motifs , dans les cas de collections puru- g"udescavi-
' l tes doiil les
lentes renfermées dans des cavités dont les parois paroisse squt
' pas snscepti-
solides ne sont pas susceptibles d'affaissement : les dafïais.
^ semenf.
exudalions purulentes de la plèvre , par exemple, ne peuvent être logées qu'à la faveur de l'affaissement du poumon. Cet orgarie en est réduit quelquefois à un très-petit volumejy ei^ assujetti dans cette réduction par uné" enveloppe complète pseudo-membraneuse, dont les apparences'' ont fait croire à un grand î nombre d'observateurs qu'il était presque totalement détruit. 'Si une! telle collection est évacuée, il est inévitable que l'air remplace le liquide épanché : deux causes pourraient seules s'opposer à ce phénomène ; le développement du, poumon en' raison de l'espace; vide , ou l'affaisse jnent des parois de la pt)itrine dans les mêmes pro;