‹ Précis historique de la révolution francaise. Assemblée législative (volume 2)Chapitre 14 sur 20 · I I 8 PRÉCIS HISTORIQUE · texte numérisé non relu

I I 8 PRÉCIS HISTORIQUE

tion parliculière. C’était au club des , iacobins que s’agitait entre Robespierre et Brissot la destinée’ de l’Europe. 'Le parti de la Gironde put pressentir , dans cette discussion qui fut long-temps indécise, l’in- ^ gratitude dont les jacobins devaient un jour payer ses services. Robespierre employa contre lui l’arme . qu’il maniait avec le plus d’art , les soupçons et les calomnies : « Crai- « gnez , disait-il aux jacobins , vous « les adversaires constansdela plus '« perfide des cours , d’être aujour- « d’hui les instrumens de ses des- « seins. Brissot propose la guerre ; je ' c lui demande où sont nos armées , « où sont leurs approvisionnemens , « quels chefs doivent les diriger?

«Quoi! sous les yeux d’un peuple « entier , plein d’enthousiasme et

« de surveillance pour sa liberté , « la cour a pu împunénient ourdir « mille trahisons ! et nous croyons « qu’elle s’en abstiendra dansle mo- «t ment où elle seule conduira nos M armées , où elle les conduira ! con- « tre qui ? contre ceux qui parlent « de la venger, contre ses parenà ,

O ses amis, ses coniplices#Non-seutt leUient je prévois des perfidies dans « ceux qui dirigeront la guerre, mais « j’en vois dans ceux-méines qui nous « la proposent. On veut humilier la' « révolution française par des revers « qui déjà ont été combinés dans les « cabinets et de Vienne et de Paris.

« On juge bien que les efforts des « émigrés sont désormais impuis- « sans. Pour faire tomber sur la* a France tout le poids de l’]Çurope> « on veut que nous - mêmes nous

« rendions de l’audace aux rois în-

■ B décisel troublés. Oui , ie ne crains

« pas.de le dire, le sang de nos sol-

« dats estvendu d’avance. On pous-

0 sera les patriotes au-dehors pour

« leuf ÿ faire trouver une mortcer- »

a taine. Plus je médite sur celte a cbance funeste ,plus mon âme se

■ « remplit* d’affreux pressentimens.

Je vois ceux qui, par de lâches asti sassinats , ont fait couler le sang « de nosfrèresau Chainp-de-Mars, « je lés vois s’emparer ducomman- « dement. Quelle garantie m’offre- « t-on contre mes pressantes alar-.

« mes? Le patriotisme de MM. Bris- « sot et Condorcet. Je né sais s’il fut « éclatant vje ne sais S’il est sincère «mais je sais au moine -:,a’il fut bien « tardif. Je les ai vus adorateurs de « M. de Lâfayette ;ilsfurentun mo-

DE LA BÉVOLDTION PRÀSÇ. 12 1

' « ment ses adversaires ; ils le paru- ^

- « rent au moins ; mais je les ai vus « épargnés seuls, après Todieux suc- € cès^ que peut-être ils lui préparè- « rent. Les patriotes surent faireles « plus grands efforts sans leur conà cours , les patriotes doivent se te- « nir en garde contre leurs suggestt tions. » • ' .

On peut juger par le ton de ce Idiscours quelles divisions existaient •• * . déjà entre les adversaires de Louis.

La cour , au lieu de savoir profitér d’une discorde si «favorable à ses , vues s’abandonna elle-même à.des querelles''intestines. ;jLes ministres, • qui n’avirient que quelques jours ' d’existence agissaient entre eux en ‘ ennemis déclarés. Ils ’se disputaient la confiance d’un roi faible et épbu-.

vanté, habitué dès long-temps à ne

Il - •

jamais penser comme à ne jamais agir par lui-même. Le ministre de la guerre, Narbonne, jeune homme plein d’activité, de grâces et de talens, voulait que le roi fît des sacrifices à la popularité qu’il*lui était important de recouvrer. Cahier de Gerville i homme d’un patriotisme pur et sévère, le secondait avec zèle.

Ils avaient deux adversaires dans ♦ Bertrand de Molleville et Delessart.

Ce dernier, qui conduisait les né- .

gocialions, crut imprudemment . qu’elles pouvaient se diriger de manière à rendre la position du roi plus respectée en France. Il suivait uné politique dilatoire; convaincu ‘ que rien ne portait Léopold à la guerre,- il espérait.tirer quelque* parti des menaces que pouvait faire le chef d’une puissance militaire

DE Lâ. RÉVOLÜTIOIÏ FRANC. 125

redoutée. Narbonne s’offensait de négociations trop lentes et trop timides. On connaissait mal, selon lui, les chefs actuels du parti populaire ; ils ne voulaient avoir que des gages de la sincérité de la cour , il fallait s’empresser de les leur donner. Dans celte pensée , ifarbonne chercha à se rapprocher de Brissot et de Condorcet. Il eut avec eux quelques liaisons , dont les autres ministres lui firent un crime. 11 prépara la guerre , il alla visiter les places fortes, il s’efforça d’arrêter rinsubordination des soldats , et satisfit à leurs plus justes plaintes. Il fit nommer Lafayette général d’une des armées qu’il avait organisées.

Ce choix ne parut point déplaire à Brissot et à Condorcet. Narbonne se présentait avec confiance à l’as-

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semblée ; sa présence n’excitait point les orages qui naissaient toujours à l’aspect (le Delessart ét de Bertrand.

Plus d’une fois même il y reçut quelques signes de faveur. Le parti de la Gironde le défendit contre les accusations des patriotes les plus 'ombragftix. Il jouissait de sa popularité narissante, en songeant qu’elle pouvait être utile au roi. Les succès .

encore mal assurés que lui valut ‘ celte conduite adroite augmentèrent sa confiance et son ambition. Il voulait asservir entièrement Louis ■ au nouveau système qu’il avait embrassé. Il s’exprimait au conseil avec amertume sur l’inettie calcu- - *lée de quelques ministres, ceux-ci lui répondirent avec dédain. Le roi ' ne put consentir à se placer sous la tutelle de celui que ses rivaux lui

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dépeignaient comme un jeune homme présomptueux, et peut-être perfide. Le parti de la Gironde, instruit de ces démêlés, promit plus fortement que jamais protection à Narbonne, et s’occupa de hdter la chute de ceux qui contrariaient ses plans.

Un violent orage grondait dans rassemblée contre Delessart et Bertrand de Molleville; ce dernier confondait quelquefois ses accusateurs par un ton de fermeté et une présence d’esprit remarquables. On s’irritait de ne pouvoir trouver un coupable dans un hommê qu’on ne pouvait pas croire sincère. Il avait long-temps manifesté" son éloignement pour les principes de la révolution ; on ne le plaçait pas tout-àfait dans la classe de ses cunemis

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les plus emportés ; mais on le regardait, par cela même, comme l’un de ses ennemis les plus dangereux. Il possédait la confiance du roi et de la reine ; il n’était pas appelé à leur rendre d’importans services dans le ministère de la marine, mais il ^tait puissant au conseil; on le destinait au ministère de la justice , dès le moment où l’on aurait acquis assez de confiance pour hasarder cette nomination. Bertrand de Molleville; avait un peu étudié cette science nouvelle qu’on appelle la tactique révolutionnaire. Il savait par quels moyens les factieux préparaient un mouvernent , commandaient un décret; il crut qu’on pouvait quelquefois leur opposer les mêmes moyens. Il avait fait des tentatives à cet égard , telles que de

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salarier lés tribunes, des orateurs <le groupes ; et même de corronipre des chefs du parti populaire. Il a rapporté avec quelque complaisance , dans ses mémoires , ses essais dans ce genre ; ils n’annonçent pas , une grande habileté dans un art où l’avantage reste toujours à* "celui ' qui ose tout et ne rougit de rien.

Lassés des représailles que Bertrand de Molleville exerçait contre eux-mêmes , les adversaires de la » cour saisirent un prétexte assez frî- • vole pour demander contre lui un décret d’accusation ; il fut rrejelé à une majorité considérable. Le parti ministériel s’étonna d’avoir remporté une victoire et se reposa dès le lendemain. Aussi l’assemblée rendit>elle un décret par lequel elle déclara que le ihinistre de la ma-

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128 v PajBCIS. H 18 T 0 BIQÜE i rine 9 < Bertrand, avait perdu la con^ iiance de la nation. Le roi. le retint^ encore dans son conseil , • iusqu'aü , moment de la catastrophe. dont Der* lessart fut .victime, et dont je vais rendre, compte. .

L^assemblée portait sans oe^e des r^ards curieux et inquiets sur les relations diplomatiques.'* 11, lui suffisait de décréter un message au roi pour être instruite de tout ce qu’il n’était pas encore temps de révéler.

Delessart crut un jour calmer ses plus vives inquiétudes en lui transmettant les réponses faites par les différentes cours de l’Europe à la lettre où Louis leur apprenait qu’il avait accepté la constitution. Quelques-unes- de. ces réponses exprimaienf^de la" commisération pour Louis, et de l’horreur- pour, son peu- •

DE LA uévOLUTION FRANÇ. 1 20

pie ; celle de Léopold étoit modérée; rassemblée désira qu’elle fût plus précise. Il était juste de demander, et on le fit, que l’empereur d’Allemagne cessât de permettre le ' rassemblement et l’arniement des • émigrés, qui avaient lieu particu-^ lièrement dans l’électorat de Trêves.

Si Léopold se décidait à les faire cesser, plus de prétexte pour la guerre; il différa de s’expliquer. Cependant on conçut un augure favorable de ses intentions en apprenant qu’il avoit défendu les rassembleinens d’émigrés dans les provinces belgiques. Déjà l’assemblée ellemême semblait se livrer à quelque sécurité ; le parti de la Gironde réveilla ses alarmes. Vergniaud compara,' dans un discours véhément, les dispositions îictuelles des Fran-

l3o PRÉCIS BISTOBIQVB'

çais à celle des Athéniens au temps de Philippe. 11 employa avec habi> ' leté tous les reproches que Démosthène avait adressés à l'indolence de ses compatriotes dégénérés. L’assemblée voulut montrer de l'audace et de la fierté ; elle insista pour avoir une réponse absolue sur le rassem- ' blement des émigrés dans Télectorat de Trêves. On ne peut pas savoir avec certitude qui dicta la réponse maladroite que fit le cabinet de Vienne à cesmouvelles instances. Le prince de Kaunitz , premier ministre de l'empereur, jouissait de la réputation' d'un politique habile , et peut-être là faveur des événemens où il s'était trouvé placé avait-elle fait tous les frais de cette réputation.

Il méprisait là révolution française, et ne s'était pmnlàattaché à la con-

DE LA RÉVOtVTlON EB ANÇ. 1 3 1

üciitré* XI écrivit une note coniidcn—

' ticllc a M» Dclessart ^ (|u’on soupçonna avoir été' concertée enti4 eux et sollicitée par la cour dé France. ^

Le malheureux Delessart vint en quelque sorte se liVrer lui-méme à ses redoutables ennemis le* jour où il lut a l’assemblée cette correspondance. Le ministre autrichien promettait l’intervention de l’empereur ' pour faire' cesser le rassemblement des émigrés dans l’^jectorat de Trêves; mais c’était sous la condition que le roi serait respecté 'dans son ^utorité constitutionnelle ; sous la condition encore' que le peuple français et ses représentans songeraient enfin à s’affranchir de la domination des clubs , devenus une source de fléaux pourra France, et

i52 précis BISTORIQVE . ' d^épouvanle pour l’Europe entière.

Mais si leur ascendant continuait à ^ser sur la France, le ministre annonçait que son maître avait résolu de pourvoir à sa sûreté , à celle de l’Allemagne, et enfin à .la vengeance d’uii roi* son allié le plus intime. '

Çeut-étre Delessart avait - il cru voir dans cette déclaration un moyen d’animer le peuple. contre les jacobins, dont l’existence serait regardée comme le seul obstacle à la paix.

04i putr connaître alors .le danger de commencer par des menaces une attaque qu’on ne fait suivre d’aucun efiet.' Les jacobin&se continrent à la lecture de cette déclaration.

L’assemblée parut. donner une sorte d’assentiment à la réponse qu’avait faite Delessart. Léopold allait au-

DE LA RÉVOLUTION FRANC. l35 delà de toutes les espérances qu’on avait conçues de sa modération ; il parlait de la constitution avec respect , il absolvait le peuple français de tous les désordres de la révolution , en les reportant sur les jaco--~" bins. Dès que ceux- ci furent rassemblés dans le lieu sombre où se

tenait leur assemblée , la joie et l’orgueil éclatèrent sur leurs figures , Léopold les avait agrandis ; eux seuls servaient encore de rempart à la liberté française, puisque les despotes n’attaquaient plus qu’epx. Le parti de la Gironde , qui avait beaucoup à se plaindre de l’insolence de leurs chefs , oublia dans cette circonstance ses resscntimens. Brissot demanda aux jacobins s’il n’était pas temps d’accepter le cartel de guerre que leur proposait Léopold. On lui

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l34 PRÉCIS HISTORIQUE ..

répondit avec un assentiment unanime , on ne rêva plus que vengeances , que conquêtes ; Robespierre fut vaincu dans son opposition. Il ne lui resta , pourmaintenir sa popularité, que d’attaquer avec fureur la cour et les ministres. La perle de Delessart fut jurée ; on se disputa à qui lui porterait les premiers coups.

L’assemblée reçut la nouvelle impulsion que lui donnèrent les jaco- J^ins plusfortement ligués entre eux.

Brissot obtint la formation d’un comité pour examiner la conduite de Deléssart.

Les constitutionnels voyaient tous

ces mouveméns d’un œil interdit et ^ troublé; ils ne savaient ni ne pouvaient même concerter leur marche; leurs heureux rivaux avaient seuls le droit.de se réunir dans un club.

DE LA RÉVOLDTION FRANÇ. l35 Le leur avait été dissous récemment par un attroupement sorti des jacobins. Réduits à invoquer le secours de Pétion , voici la réponse que léur avait faite 'cet étrange magistrat :

La loi vous protège, mais le peupic s* est prononcé contre vous ; O* est la voix du peuple que je dois écouter.

La cour était dans un trouble extrême. Le ministre Narbonne expo-sait avec véhémence la conduite maladroite des ministres 'qui venaient defournirdes armes terribles

aux factieux. Scs collègues l’accusaient à leur tour d’èti-e d’intélligence avec les l’épublicains ; on répandait à la cour que le parti de Lafayette et celui de la Gironde agissaient de concert pour perdre le roi. Narbonne , irrité des dégoûts'

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, qu’on lui faisait^éprouver , et vou- ’ lant peut - être inspirer au roi un ^ sentiment plus profond de ses dangers, prit la résolution d’avertir le public de ces querelles du cabinet.

On vit paraître dans un journal une lettre adressée aux trois généraux Rocliambeau,Luckner etLafayette, où Narbonne censurait la conduite de Delessart , et annonçait l’intention de se retirer du ministère.

Le roi lut cette lettre, et destitua ISai’bonne. Ce fut le lo mars que 'l’assemblée apprit cette nouvelle. La plus grande partie des députés constitutionnels arriva transportée d’in- ^lignation contre la cour. Ramond , orateur éloquent et ami de Lafayette, s’éleva le premier contre une destitution qu’il annonçait comme un îïialheup public. 11 demanda qu’on

«"mployâtpoiir Narbonnelà formule par laquelle l’assemblée constituante, avant le 14 juillet, avait signalé ses douleurs et ses craintes lors de la disgrâce de M. Necker. Cette formule consistait à déclarer que le ministre emportait les regrets delà nation. Le parti de la Gironde feignit de recevoir avec enthousiasme la proposition deRamoiid, toutetois sans se presser de faire rendre ce décret. Mais bientôt éclata une scène terrible, qu’on doit regarder “ comme le prélude de la grande ca- \ tastrophe qui renversa le trône.

Brissot profita' de tons les avantages ^ que ui fournissait la disposition actuelle des esprits. II oublia Naronne , et ne s’occupa plus que de Delessart. Il articula contre lui différens chefs d’accusation dont le

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principal portait sur la note confi-.^ dentielle du prince de Kaunitz. Le discours de Brissot , quoique pronyiicé dans une circonstance propre à eu augmenter l’effet, n’avait point assez de véhémence pour entraîner les esprits. Les orateurs qui lui succédèrent s’adressèrent plus directement aux passions de l’assemblée.

Tout ce qu’elle avait entendu avec défaveur d’accusations emportées contre Delessart , fut reproduit avec succès^ Déconcertés par une attaque imprévue et violente , les constitutionnels appelaient en vain une discussion réfléchie. En vain Dumas , Vaublanc et Jaucourt défendaient l’accusé , et cherchaient à faire rougir l’assemblée des fureurs dont elle était transportée au moment où elle allait remplir les fonctions de

DE lA. RÉVOtüTlON FRANÇ. iSq

jury ; le tumulte allait toujours a croissant : Hâtez- vous de rendre le « décret d’accusation , s’écria un « député J Delessart fuit peut - être « dans ce moment. » Ce député

était le même qui, .quelques jours

auparavant , en parlant de la responsabilité des ministres, avait dit; « Cette responsabilité, c’est la mort » , et qui en même temps avait suspendu son bras sur la tête du malheureux Delessart placé au-dessous de la tribune. Guadet frappa l’assemblée d’étonnement en demandant la parole pour le ministre.

Voici l’atroce ironie qu’il employa ; a C’est pour l’honneur, c’est pour « l’intérêt même de M. Delessart , « que je demande le décret de son ' « accusation. Toutes les préventions

l40 PRÉCIS HISTORIQUE ,

« s’élèvent contre lui : la France en-

« tîëre le soupçonne un Jugement « peut seul faire éclater son inno- « cence. »

Yergniaud monta à la tribune, et parut d’abord se commander l’impartialité d’un juge ; mais dès qu’il eut conquis l’attention et la faveur de l’assemblée , il. s’abandonna au mouvement le plus violent et le plus irréfléchi qu’il eût jamais faitéclater .

Une accusation qui, dirigée par le prêtre FaucHet , n’avait excité que de l’indignation , devint entre les mains de Yergniaud une . arme victorieuse pour perdre Delessart : a Ce « n’est plus ma voix,' s’écria- t-il, que O vous allez entendre , c’est une voix « plaintive qui< sort de l’épouvanc table glacière d’Avignon ;elle vous

de la révolltio:» franc. i4‘

« crie : Le décret de réunion du Cornet tat à la France avait été rendu au « mois de septembre dernier ;* s’il « nous eût été envoyé sur-le-champ,

« peut-être qu’il nous eût apporté .

« la paix , et qu’il eût éteint nos fu- « nestes divisions; peut - être qu en a devenant Français nous eussions « abjuré l’esprit de haine ; nous O n’eussions point été victimes d un a massacre abominable ; notre sol « n’eût poinf été souillé par le plus « atroce des forfaits ; mais M. De- « iessart , alors ministre de l’inté- 0 rieur ,\a gardé ce décret pendant O deux mois dans son portefeuille -,

(I et dans cet intervalle nos dissen- « sions ont continué ; dans cet in- « lervalle de nouveaux crimes ont « souillé notre déplorable patrie.

l4a PRECIS BISTORIQVK

«( C^est notre sang, ce sont nos.caa dayres mutilés qui demandent c vengeance contre ce ministre. »

Bientôt plus terrible encore dans ses imprécations et dans ses menaces , Yergniaud fit entendre ces mots qui renferment tous les présages de la révolution nouvelle : a De « cette tribune où je vous parle , on e aperçoit le palaîsoù des conseillers « pervers égarent et trompent le roi « que la constitution d§iisa donné, « forgent les fers dont ils veillent « nous enchaîner , et préparent les a manœuvres qui doivent nous livrer a à la maison d'Autriche! Je vois les « fenêtres du palais où Ton trame la c contre*révolution, où Ton combine « les moyens de nous replonger dans «V esclavage, après nous avoir fait

) « passer par toutes les horreurs de « l’anarchie et par toutes les fureurs «.de la guerre civile.

à Le jour est arrivé où vous pou- « vez mettre un terme à tant\l’au-

« dace', à tant d’insolence, et con- « fondre enfin tous les conspirateurs. .

« L’épouvante et la terreur sontsou- « vent sorties, dans des tempsanti- « ques, et au nom du despotisme,- « de 'ce palais fameux j qu’elles y « rentrent aujourd’hui au nom de

« la loi ; qu’elles y pénètrent tous les, « cœurs ; que tous ceux qui l’habi- « tent sachent que notre constitu- « tion n’accorde l’inviolabilité qu’au a roi ; qu’ils sachent que la loi y at- « teindra sans distinction tous les *« coupables, et qu’il n’y sera pas « une seule tête convaincue d’élré

l44 PRÉCIS HISTORIQUE

« criminelle qui puisse échapper à «son glaive! 9 - . T:

Vergnîaud venait à peine de parler , le décret d’accusation est rendu à une grandemajorité, au milieu des applaudissemens et des transports , de jôiedes tribunes. ■ - ; .■

Ce n’était pas la première fois que l’assemblée législative rendait avec cette promptitude et cette fureur des décrets d’accusation ; elle avait , dans son sein un CQmité de surveilfiance qui remplaçait le fameux co- ' mité des recherches de l’assemblée

constituante. Quelques fragmehsde lettres interceptées , quelques vaguës dépositions suffîsaient pour déterminer l’assemblée à ces actes de rigueur. Il ne s’agissait , disaiton , que de mettre en jugement ; le

DE LA. RÉVOLUTION FRANÇ. l45'

prévenu pourrait se justiüer. Les républicains regardèrent l’accusation de Delessart comme un triomphe sr complet ^ que Brissot prit avec orgueil un titre ^que ses ennemis lui conservèrent avec soin , celui de iUiommedu lo mars.

Les amis de Delessart vinrent le conjurer de Sb soustraire par la fuite au décret d’accusation. Il craignit d’exposer le roi à de nouveaux soupçons ; il espéra que la fureur de ses ‘ ennemis serait satisfaite de l’épouvante qu’ils avaient répandue , ouque lui seul au moins en serait'la victime : il se rendit à Orléans , où siégeait la haute-cour'natidnale. Le roi le vit partir avec ‘ douleur ; et conime il avait l’imagination frappée de la ressemblance de sa destinée avec celle de Charles r%il crut voir A. L. ' i5

|46 PfciciS HIOTOEIQIW

en 1VI> Deléssart îin autre .Straflford.

. On lui conseilla de ne nommer que par intérim au département des affaires élriangères. Louis ne sut point ^

montrer cette honorable con^ance.

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DE LA KÉVOLVflON l4/

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