‹ Précis historique de la révolution francaise. Assemblée législative (volume 2)Chapitre 15 sur 20 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

La cour était éperdue, plusieurs de ses conseillers rabandonnaient ou restaieni; interdits. On vit qu’il fallait changer de système* L’exemple du roi d’Angleterre 9 qui souvent choisit ses ministres parmi les membres de l’opposition , fut présenté comme une règle sdre de conduite pour le roi des Français. Il n’était ' plus temps d’affronter le parti toutpuissant de la Gironde ; il fallait le

calmeç en lui offrant de la doinina-

tioii pour ses créatures et pour ses amis. Louis céda ; il était habitué à le faire avec un entier oubli de sa

DE LA BÉVÔLÜTION FAAVÇ. l5l nullement disposés à lui laisser Tas- Cendant qu’il s’était flatté d’exercer sur eux. Le ministre de la justice , Duranton , 'né à Bordeaux , avait toute la faveur de ses puissans compatriotes ; mais s’il n’excita pas leur haine, il< remplit peu leurs intentions : son rôle fut ob^ur et timide.^ Louis avait aussi touWé son àme; , il ne se prêtait pas à tout ce qui pouvait avancer sa ruine. Lacoste , ministre de .la marine , était dans les* mêmes dispositions. Trois de leurs collègues avaient un républicanisme plus prononcé, un caractère plus intraitable : c’étaient Roland , Servan et Clavières. Ce dernier eut le département des' contributions ; Servan eut le département' de la guerre; Roland, celui de l’intérieur. Roland joignait des con-

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naissances en administratian un caractère ferme jusqu'à ropïnidtrelé : il affectait Vaustérité; le peu d’éliqueltè qui restait à la 'cour l’offensait. Il poHait dans les conseils du roi les chagrins d’un censeur farouche. Il eût cru trahir sès prîn- •cîpes et son |jp*actëre en prenant de . l’affection pour Louis. Son influence surlesévénemens était agrandie par celle qu’avait sur lui sa femme. Elle . seule avait conduit dans les routes de l’ambition un homme qui n’élaît fait que pour eiércer «avec probité et avec intelligence des emplois subalternes. ' '

Madame Roland belle encore , spirituelle , assez instruite , cachait sous les dehors“dè la prudence une âme susceptible d’exaltktion. Une éducation triste et solitaire , les

" DE LA RÉVOLtITION FRANÇ. l49 dale. Indifférent sur tous les partis j il choisissait celui qui lui faisait le plus de promesses. Il avait d’abord montré si peu de zèle pour la révolution , qu’il avait présenté au roi un plan habile et vigoureux pour, prévenir l’insurrection du i4 juillet.

Bientôt il s’éti^t lassé d’une opposition qui lui fermait tout accès aux places. IVlaintcnant il était lié ave'c les républicains , sans aimer ni eux ni leurs principes. Il avait séduit le plus clairvoj'ant de tous ^ Gensonné , qui fut l’auteur de son élévation. Elle lui causa une telle ivresse , qu’il vint au milieu des jacobinsprolester qu’il suivrait toujours leur inspiration et leurs conseils. Il couvrit sa tète d’un bonnet rouge , parure alors mépri-, sée , et depuis odieuse , qui n’était guère portée que par les jacobins

DE LA RÉVOLUTION FBANÇ. l55 ëpreuves les plus rigoureuses fie la fortune , un penchant naturel à la méditation , avaient fortifié son caractère. Elle sentait avec regret que là gloire n’entrait pas dans le partage des femmes. Elle ^e consolait en préparant celle de son mari. , Passionnée pour la république, elle voyait des êtres supérieurs dans tous ceux qui se présentaient à elle comme républicains. Elle voulait jouer le rôle d’une Romaine , et n’étail pas insensible à tout ce qui peut exciter la vanité d’une Française. Elle dit, dans ses mémoires , que les premiers excès de la révolution l’avaient épdu- ,vanlée ; cependant elle ne craignit pas d’appeler de nouveaux «orages pour réaliser sa chimère. Tous les chefs du parti de la (îironde se ras-* .

semblaient chez elle ; et là, mêlant

l54 , PBÉCÏS HISTORIQUE

quelques combinaisons politiques à des espérances romanesques , ils s’exaltaient ensemble sur leur entreprise ; iis se'dirigeaicnt versla république de Caton ou de Cicéron avec les moÿeqs de Machiavel;

Dumouriez, qui avait cru que chacun des nouveaux ministres obéirait à son impulsion , découvrit bientôt dans Roland un rival dangereux , un observateur inquiet ; mais tous les partis se réunirent à lui lorsqu’il proposa de déclarer la guerre.

Léopold venait de mourir; L’idée qu’on s’était généralement formée de son caractère pacifique avait long-temps entretenu une sorte de calme»dans les esprits. Les partisans de la guerre n’avaient su comment s’y prendre pour irriter suffisamment ce monarque. Son successeur

Digitizcd by

était jeune ; tout donnait à croire qu’il serait plus sensible aux provocations qu’on allait redoubler. Dumouriez flattait les républicains en leur promettant Ja conquête facile et soudaine des Pays - Bas* autrichiens. La révolution théocralique qui avait éclaté dans ce pays , et qui , par une bizarrerie de la destinée , avait été presque simultanée avec la révolution philosophique de France , offrait à Dumouriez une circonstance favorable à ses plans.

Il est vrai que Léopold avait étouffé

l’insurrection par le moyen d’une faible armée ; mms les provinces belgiques , qui déjà avaient imploré le secours de la France , semblaient disposées à tendre les bras au premier libérateur qui se présenterait.

Elles n’offraienf plus d’ailleurs au-r

l5Ô PRÉCIS niSTORlQCE

cune de ces forteresses qui avaient long-tçiïips arrêté les armes triomphantes de Louis xiv et de Louis xv ; Joseph 11 les avait fait démolir. L’armée autrichienne qui couvrait les Vays-Bas était aguerrie , mais peu nombreuse. Déjà les Français avaient déployé des forces considérables. Lue déclaration de guerre , faite avant que l’empereur eût rassemblé des moyens suflisans- de «défense , g«irantissait aux yeux de Dumouriez celte 'conquête , dont il voulait iaire le début éclatant de son ministère.

Ce n’était pas seulement l’espoir de ces triomphes qui passionnaitles députés de la Gironde pour la guerre ; ils espéraient faire une heureuse révolution dans les mœurs pai le moyen de l’enthousiasme militaire.

Cette préparation lèur'seinblait né-

DE LA fiévOUîTlON FRANÇ. 1^7

cessaire pour disposer les Français à l’ordre , à l’auslérité des institutions républicaines. Brissot n’avait cessé de répéter aux jacobins cpie les victoires ou les défaites devaient également tourner au profit delà liberté; les victoires épouvanteraient tous les rois de l’Europe ; les déffites abattraient le trône du roi de France.

Il fallait bien, disait-il , se résoudre à tenter une double épreuve , et braver à la fois les chances de la fortune et les trahisons des hommes.

Manquerait-on de bras pour punir les traîtres^? manquerait-on de chefs habiles pour les remplacer? 11 citait avec complaisance l’exemple des * Américains , qui avaient repoussé leurs oppresseurs avec des armées' ignorantes, indisciplinées, privées.

l58 PRJÉCIS HISTORI()UE

de tout , hormis de cés vertus qui sont compagnes de la liberté.

Que pouvait opposer Louis aux vœux empressés d\in parti qui avait proscrit l’uiÉ- de ses ministres, et qui l’asservissait maintenant à toutes ses volontés ? Il ne laissa point pénftrer sa pensée au sujet de la guerre. La reine observa la même réserve ; on atFecla de répandre que l’un et l’autre avaient à craindre l’ambition des princes français ; que ceux-ci songeaient à se prévaloir de l’état d’abjection où- vivait l’infortuné monarque; que, parmi les émigrés , la reine' avait plusieurs ennemis -dangereux et vindicatifs.

On citait entre autres lejCardinal de Roban, qui avait rassemblé une

légion à ses frais. Les jacobins se

DE Là. BÉVOLDTION FRANÇ. I 59

gardaient bien d’adopter ces suppositions;' ils affirmaieiit , au contraire, que la cour entretenait des intelligences avec le cabinet autrichien. .Ittalgré tous les soins qu’on a pris depuis huit années pour éclaicir ce fait , on n’a encore obtenu aucune révélation qui prouvât le concert du roi avec ceux qui parlaient de le venger. On sait 'seulement, par les mémoires de Bertrandide Molleville, que Louis , lorsqu’il vit la guerre engagée, s’effraya des dangers que devaient lui faire courir les triomphes des armées étrangères [d). Il espéra pouvoir obtenir de l’empereur et du roi de Prusse qu’ils ne fissent, contre la France qu’une guerre «défensive , et qu’ils attendissent pour agir l’instant où ils y seraient absolument

cipline militaire au sentiment de l’ordre. Les revers ne seraient attri- ♦bués qu’à la turbulence anarchique des jacobins, et l’on songerait enfin à les contenir. D’ailleurs les généraux et l’état-major de chacune des armées tenaient au parti constitutionnel. Quelques succès pouvaient rétablir leur popularité et rendre leur influence dominante. C’est ainsi que les vœux des partis oppo- ^ ses appelaient ensemble la guerre, et plaçaient leurs espérances sur cet épouvantable fléau.

Ce fut le 20 avril 1 792 que Louis , entraîné par la fatalité , vint au sein de l’assemblée législative proposer de déclarer la guerre au roi de Hongrie et de Bohème. Il laissa lire sur son front , et témoigna par l’altération de sa voix les pressentiinens

i64 , PRÉCIS, historique' ' ^

funestes qui te dévoraient. Des cris faiblement répétés de vive le rai ne purent soutenir son courage chan-* celant.' On acceptait avec empressement, '•mais sans reconnaissance , le moyen qu*il venait d’offVir d’avancer sa ruine. Peu s’en fallut que , par une acclamation subite, la guerre ne fût décrétée sur-le-champ. On consentit cependant à retarder de quatre heures une si importante délibération , ét le soir même l’assemblée se réunit pour décider du sort de la France et de l’Europe. Elle fit de grands efforts pour s’imposer du calnîe ; mais son enthousiasme éclatait par des moiivemens impétueux. Quelques-uns des hommes les plus ardens, ^ui avaient appris de Robespierre à combattre toutes les vues de Brissot , proposèrent en-

I>E LA RÉVOLUTION Ffifkç. l6l

cîiler ce négociateur. Ou lui avait donné pour instruction de recdmmaiider fortement aux puissances de ne point mettre à la tête de leurs armées les émigrés'français. La mission de Mallet-Dupan n’obtint aucun succès. Les émigrés parvinrent aisément, par leurs intrigues, à lui ôter toute espèce de crédit. On peut conclure de ce fait que Louis n^avait aucune correspondance établie avec les cabinets étrangers , puisqu’il était obligé de se servir d’un mo5'^en si faible et si incertain pour faire connaître ses intentions. On en peut conclure encore qu’il n’était pas sans ombrage sur les desseins de quelques émigrés, ou du moins sur les dangers que leur imprudence pouvait lui faire courir.

Enfin cette révélation fait présu-

DE LA RÉVOITTTION FRANÇ. l65

core un délai ; leur voix fut étouffée par des murmures. On interpella , ceux qui 'avaient à s’opposer à la guerre de monter à la tribune; un seul y monta, ce fut Becquet. Il tenait au parti constitutionnel. Ledis-' cours qu’il prononça est'encore trèsremarquable aujourd’hui par des pressentimens que la destinée a vérifiés. On l’écouta avec cette froideur qui caractérise une bienséance observée à regret. Pastoret , l’un des orateurs les plus distingués parmi les constitutionnels, réfuta en peu de mots les ‘considérations politiques qui venaient d’être présentées,' et lit de nouveau retentir le cri de guerre. Bazyre prophétisa fies trahisons de la part de la cour ; des murmures étoîilFèrent sa voix. Mer-

lin de ïhionville eut peine , au milieu des mobvemens qui agitaient

l66 PRÉCIS HISTORIQUE '

l’assemblée, à faire entendre ces mots : « Vous admettez souvent des « délais quand il s’agit de rendre « un décret d’accusation contre des « individus'.; eh bien , celui que U vous allez' rendre est un décret « d’accusation contre l’humanité « entière. » L’assemblée, obéissant enfin au transport le plus général qu’elle eût jamais éprouvé, rendit à l’unanimité , moins sept opposans, le décret qui déclarait la guerre au roi de Bohème et de Hengrie. La foule impatiente qui occupait toutes 'les avenues de la salle accueillit avec des transports de joie cette décision. Mais le plus impétueux délire de l’espérance n’eût jamais pu aller aussi loin que les triomphes extérieurs qui on t rassasié ' l’orgueil français; la plussombre prévoyance n’eut jamais pu aller aussi

loin que les calamités intérieures dont nous avons été frappés.

Bientôt nous aurons à rendre compte des premières opérations de la guerre, et des ignominies que là France Essuya' à l’entrée d’une carrière de gloirjf. Mais ne perdons pas de vue le concours des événemens révolutionnaires qui se réunirent pour hâter la chute du trône.

Le roi se sentait chaque jour importuné de ses ministres républicains. Il les regardait.plutôt comme les espions de sa conduite que comme scs conseils. Il était sombre et timide avec eux : ils étaient menaçans avec lui. nies voyait préparer les décrets qui lui étaient les plus opposés , et il n’osait les contredire. Cette situation passive et humiliante complétait son avilissement aux yeux des

Français. Les constitutionnels , qui «

1Ü8 PRÉCIS IIISTORIQOE .

n’avaieiit pu le défendre contre les

entreprises de l’asseniblee y n osaient

ou ne savaient le défendre contre ses propres ministres. Déjà il n était plus désigné dans les clubs j dans les groupes, que par le sobriquet plftt et injurieux de M. veto , qui lui avait été donné au sein de rassemblée par un député nommé Lacroix. Il ne pouvait plus se montrer , ni lui ni son épouse , sans recevoir les imprécations et les outrages que le peuple aime à , prodiguer à celui (jui fut puissant. Jusque dans son palais, il était poursuivi par des clameurs menaçantes. Le jardin des duileiies était incessamment rempli de vociférateurs féroces occupés à lui répéter toutes les invectives que vomissaient contre lui Marat, Martel, le père Duchesne , dont le peuple lisait - avec Weur les feuilles sanguinaires.

DE LA. RÉVOLUTION FRANÇ. l6}>

Dans cette positiou presque désespérée, Louis se composa \in comité secret, qui servit plutôt à le consoler qu’à, le diriger. Qué'de précautions il fallut employer pour cacher aux yeux des ministres et des républicains l’existence de ce comité ! Les trois hommes qui le composaient étaient chacun l’objet de l’aversion populaire. C’étaient les ex-ministres Montmorin et Bertrand ; etMalouet, qui , dans l’assemblée constituante-) combattant deux partis extrêmes , avait encouru la haine de ^lacun , mais plus particulièrement celle du parti patriote. BertrUnd assure avoir proposé dans ce comité plusieurs expédiens hardis. Mais Louis rejelait, quelquefois par scrupule, et le plus souvent par faiblesse , toutes les résolutions qui demandaient de l’a-

^70 PRÉCiS niSTORIQUE

dresse et de laWigueur. En dernier résultat, il ne lui restait de moyen actif de défense'que sa liste civile.

Dès qu’elle parut être ouverte aux întrigaiis , ils accoururent en foule pour se partager cette dépouille. On paya quelques meneurs de groupes , qui ne réussirent jamais qu’à se faire chasser honteusement ; on paya des alBches qui étaient bientôt arrachées ; on paya quelques chefs de jacobins , et ceux-là mettaient leurs services à un prix très-élevé.

On ne peut môme concevoir de quelle nature étaient ces services ; car iis ne firent jamais que des motions atroces et dirigées' contre la cour. La liste civile s’épuisa bientôt dans ces profusions inutiles et dangereuses. Danton et Fabre d’Eglantine furent ceux des jacobins qui re-

DE LA RÉVOLUTION FRANÇ. .^ IJI çurent le plus de la cour. ( Si l’on en croit Bertrand de Molleville , Danton , reçut jusqu’à cent mille écus.)Nous verrons, au loaoùt, quel usage ils firent de cet or. Cependant l’indignation commençait à rendre un peu de forces au parti constitutionnel ;les jacobins ne négligeaient rien pour épouvanter leurs adversaires.

On allait instruire le procès des

assassins d’Avignon. Les jacobins du midi prirent un vif intérêt à leur cause ; ceux de Paris s’annoncèrent bientôt comme leurs' défenseurs.

L’îffesemblée frémit en écoutant les premières pétitions qui lui parlaient ' d'amnistie pour un tel crime. Elles redoublèrent , elles devinrent plus pressantes , et l’assemblée se familiarisa avec cette idée. Le parti de la Gironde se trouva dans, un grand

bientôt après fauteur du voyage de Varennes ; elle rappelait à la cour ce que les jacobins lui reprochaient comme un de ses plus grands cri-' mes 9 la sanglante journée de Nawci.

Le parti de la Girpnde fut prêt à perdre . patience , quand il vit se succéder sans intervalle ces'extravagantes propositions. Il' sentait c{u’au moment où l’on venait d’engager la guerre , c’était le comble . de l’imprudence et de la folie que de célébrer comme un exploit civique un fait d’insubordination.

Robespierre .se faisait une joie de soumettre z ces humiliantes éprieuves ses rivaux en popularité. Il' rie pouvait pas leur pardonner d’avoir fait lanQer un décret d’accusation contre l’atroce Marat, qui écrivait d’après son inspiration. Un comé-

^ 76 PEBCIS HISTORIQUE '

dien , CoUot d'Herbois , commença sa carrière politique en se déclarant l^ardent promoteur de cette fête.

L'Opinion publique éclata contre un paüeil encouragement donné à la licence militair^. André Chénier. et Roucher , deux écrivains pleins de feu d’énergie et de moralité, soutinrent avec avantage la lutte contre les jacobins. Ceux-ci se souvinrent de leurs noms lorsifu’ils eurent atteint la toute-puissance du crime , .

et .vengèrent dans leur sang le ridicule trop impuissant dont ils les avaient couverts. La fêt^lleut lieu.

Collot-d’Herbois parut , monté sur un char, avec ces soldats étonnés des hommages qu’on leur rendait.

On ne peut décrire toutes les extravagances auxquelles il se livra. La garde nationale refusa de prendré

reproduire par des tableaux terribles le sentimeut d’horreur qu’avait inspiré à l’assemblée le premier récit de ce massacre. €ette horreur n’existait plus, puis que l’on élevait une telle discussion. L’amnistie fut accordée : avant même que la nouvelle en fût parvenue à Avignon , les meurtriers étaient déjà libres. Leurs complices, encouragés, avaient brisé les portes de leurs prisons. L’exécrable Jourdan et ses compagnons étaient promenés en triomphe dans , la ville qu’ils avaient remplie de sang’. Les couronnes civiques étaient données a Rome à ceux qui avaient sauvé la^vie de leurs concitoyens; à Avignon , elles furent données à des assassins. - '

"Cependant à Paris la populace agitée vivait dans" de continuelles

DE Lk RÉVOLÜTION FRANÇ. 1^7 *

part à cette fête ; elle^ resta tout le jour rassemblée dans les' diirérens quartiers. Les jacobins ne s’en tinrent pas là ; ils voulurent que l’as- ‘ semblée rendît ^aussi hommage à leurs nouveaux héros. Ils les lui présentèrent. Le^ parti constitutionnel leur disputa vivement les honneurs de la séance ; celui de la Gironde ■ crut encore devoir faire un nouveau sacrifice; el les soldats deChdleauvieux furent 'reçus avec honneur dans l’assemblée. Pendant toute celte journée la cour crut être dans un imminent péril ; elle craignit que cette troupe tumultueuse ne se portât au château des Tuileries : mais les jacobins aimaient à procéder par des essais successifs; il leur suffisait d’avoir donné une première épouvante. . , . *

Peu de temps après , les constitutionnels conçurent l’idée d’une «

cérémonie aussi louchante que celle des soldats de Châleauvieux avait été absurde. Ils vouluren,t honorer par une fête funèbre le dévouenaent de Simoneau , maire d’Étampes. Ce magistrat courageux avait opposé la loi à des paysans séditieux qui voulaient arrêter'et piller uq convoi. dé grains. Il était resté seul exposé à leurs fureurs , et il invoquait encore la loi lorsqu’il réçut le coup mor- ^ tel.' Le roi concourut- au plan de 1 cette fête ; le département de Paris en ordonna la pompe d’une manière noble et religieuse. Les citoyens paisibles vinrent en foule honorer la mémoire ^le Simoneau : on le loua , on ne sut point l’imiter.

Cependant on attendait avec im-

Dk,r--i

'ly CjdO^Ic

patience l’issne de l’expédition de la Belgique préparée par Duniouriez ; il y. mit beaucoup de précipitation.

Le général Rqchambeau était^loin de partager ses espérances ; il de- •mandait des délais pour exercer ses troupes , ou du. moins pour les plier à la’ subordination qui leur était tout-à-fait étrangère. Dans chaque ville de garnison , les soldats assistaient aux clubs , et ils 'délibéraient sur leur propre discipline , c’est-àdire qu’ils n’en observaient aucune.

On prenait cette licence pour uii heureux enthousiasme. D’après les ordres réitérés du ministre , l’avantgarde sortit des murs de Lille. Elle rencontra à quelques lieues l’arniée autrichienne, qui lui était inférieure en nombre. Les Français avaient un

tel désordre dans leurs dispositions ;

l8o PRÉCIS HISTORIQUE

qu’ilsse laissèrent attaquer. Une terreur panique se répandit parmi eux; le premier choc les mit en déroute.

De tous côtés on entendait crier dans les rangs à la trahison ; on abandonna les cqtions et les bagages. ’Le.

général Rochambeau sortit des 'murs - de Lille pour venir au-devant des fuyards. Mais à peine furent-ils rentrés dans cette ville , que le sentiment de leur honte lesrenditfurieux.

Ils accusèrent Théobald-Dillon , qui les avait commandés , de les avoir trahis. Livrés à d’odieux agitateurs, ils eurent la cruauté de massacrer un chef brave et loyal qu’ils avaient eu la lâcheté d’abandonner. Une autre attaque que devait seconder celleci, et qui fut confiée au' général Biron , fut aussi honteuse pour les armes françaises. Elle était dirigée

BE LA. REVOLUTION FRANÇ. l8l

sur iVlons. L’ennemi’ se présenta à peu de distance ; les mômes cris de trahison se firent entendre , et répandirent le même désordre , la même terreur. Cette défaite fut un peu plus sanglante que l’autre, parce qu’on s’était approché de plus près de l’ennemi. Deux ou trois régimens protégèrent la retraite avec assez de bravoure et d’habileté. Cependant le camp du général Biron fut abandonné aux Autrichiens , et l’armée se retira jusque dans Valenciennes.

La nouvelle de ces échecs vint

flétrir les espérances prématurées qu’on avait conçues de la valeur française. Le parti constitutionnel lesimputa à l’audace présomptueuse du ministre Dumouriez , qui avait refusé d’en croire à la vieille expérience du général Rochambeau. Ro- A. L. i6

PBÉCIS historique

bespierre triompha du premier accoi^plisserirept de ses P^^d.cUons^ Les républicains commencèrent a s^alarmer de l'indiscipline qu. régnait parmi nos troupes; mais eu

Léme temps ils ‘

dans lapensée queladirecl.on de la guerre ne pouvait plus être conliée lun monarque dont les intérêts les plus bressans se trouvaient liés avec , ceux des ennemis. Dès ce moment ils conçurent le proiet de le forcerà Pabdication ; ils voulurent 1 environner de tous les dégoûts et de toutes les terreurs, convaincus que safaiblesse naturelleliii feraitqmt er „„ trône chancelant et avili, lis es-

' péraientpar làéviterledanger d ni^ Laque à laquelle Us seraient forcés d’appeler les chefs sanguiuair^ d’une populace 'dangereuse. Dans

DE LA BÉVOLDTION FRANÇ. l83 cette pensée,. ils rassemblèrent en peu de temps tous les genres d’outrages et de menaces.

Ils provoquèrent d’abord la dissolution de 'la garde coustitutiônnelle .

du roi. Déjà ils avaient répandu dans ce corps un germe de divisions in-, testines. Plusieurs des gardes s’étaient rendus délateurs de leurs camarades et de leurs officiers. Toutes les imprudences qui pouvaient échapper à ceux-ci étaient recueillies avec soin. C’était le ci-devant duc de Brissac qui commandait celle gardé : Louis avait en lui un -ami plus dévoué que circonspect. Sa, franchise le livrait sans défense à tous ceux qui étaient chargés de surveiller ses pas et ses discours. On répandit dans le public que les chefs de la 'garde du roi renouve-

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« jours de mon roi répondent des « miens. » 11 partit , et se rendit aux prisons d’Orléans.

; Bientôt il n’y eut plus un des conseillers de Louis qui ne fût menacé du même sort. Le comité dont j’ai déjà parlé , et qui était composé de Bertrand , iMontmorin et Malouet , s’était vainement entouré de^toutes les précaution s du mystère. On soupçonna, ou on supposa sou existence ; et ses délibérations secrètes furent présentées comme de profonds complots. On invita , pour le désigner , la dénomination de comité autricêtien. D’abord ce fut un journaliste nommé Carra qui fit cette révélation.^Les ex-mîuislrësJVlontmorin et Bertrand , qu’U avait nominativement accusés, le 'sommèrent , devant le juge -de-paU Larivière, de

l88 . ' PRÉCIS niSTORIQüE * •

produire tous 'les iireiiseignemèns qu’il pouvait avoir à cet égard , sous peine d’être poursuivi comme calomniateur. Carra s’e contenta de

répondre qu’il n’avait rien écrit que d’après les faits qui. lui avaient été rapportés par Bazyre , Chabot et Merlin , membres du comité de surveillance. Le juge-de-paix vint demander à l’assemblée quelle conduiteil avait à tenir. On lui répondit par un ordredujour. C’en était assez pour avertir ce magistrat d’une extrême circonspection. Comme si la fatalité eilt décidé que la cour devait périr par tous ceux qui avaient intention de la soutenir, le malheureux Larivière commença la procédure par un mandat d’arrêt lancé contre les trois membres du comité de surveillance. L’assemblée s’irrita devoir

DE LA RÉVOLUTION FBA.NÇ. l85

« corde ; on ébranle ses fondeniens ,

« on brise ses barrières. Pourquoi ne « nous présenter jamais qu’unepar- « tie de nos dangers , que les eulre- « prises d’une faction , de ces roya- « listes furieux et insensés qu’il serait a si aisé de vaincre?- Je vois-deux «dangers, je vois deux factions.:

^ « il en est une qui marche à'grands « pas vers le régicide, w Les républicains parurent frémir d’horreur à cette expression , et demandèrent ‘ que l’orateur ‘fût tenu de justifier son assertion, ou de la rétracter. ,« Je « la justifie , reprit l’orateur , d’après « la mesure même qu’on vous pro- « pose. J’évoqué^ ici un souvenir de.

«l’histoire, et je souhaite que sa « frappante analogie vous serve d’un O avertissement salutaire. Oui , je

attaquer par unâ autorité subalterne l'inviolabilité de ses membres. Elle décréta d’accusation l’imprudent juge-de-paix. U fut envoyé aux prisons d’Orléans... 'Je frémis chaque fois que j ’écris cés mots , envoyé aux prisons Orléans: Ce que le journaliste Carra’: avait avancé dans ses feuilles sur l’existence d’un comité autrichien . B’rissot'et Gensqnné vin-, rent bientôt l’airirmer à la tribune:

ils manquaient de faits, ils abondèrent en suppositions. A ce mot de comité autrichien les soupçons se • portaient naturellement sur la reine.

On présumait ses intelligences avec sa famille ; on ’ attendait avec unç ^ ardente curiosité que Brissot et Gcnsonné fissent part des découvertes importantes qu’ils annonçaient d’un jour àirautre.' Ils eurent à se»'re-..

igO " PRECIS HISTORIQUE

pentir de s'être trop avancés :: iis répétaient toujours les mêmes conjectures , et ne pouvaient rien offrir au-delàt Dans l'embarras où ils se trouvaient de soutenir leur accusa* tion , ils créérentune maxime qu'on fit'entrer dansla' morale révolutionnaire : les eonspiratwns, dirent-ils, s*écriveiit pas. ' Dèpuis , quand Robespierre et Danton les firent condamner comme conspirateurs , le tribunal révolutionnaire leur diV sait : Les conspiration^ ne .s*éùri*^ vent pas. Enfin l'àss^blée s'importuna d'entendre ■ parler du comité autrichien. »

* Le parti de la Gironde se détermina à faire attaquer le roi par ses propres ministres. Chacun d'eux agissait séparément ; sans soumettre ses travaux au conseil - général. Le

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DE LA rÉVOLCTIOÜÎ FRANC. lyi

roi n’osait leur demander compte de leurs opérations ; ils ne lui permetta%nt de suivre son vœu dans aucune affaire ; ils objectaient leur responsabilité. Le roi , dit-on , voulait s’opposer au décret qui licenciait sa garde : les ministres déclarèrent ((u’auciui d’eux ne conlre-signerait l’acte du veto ; il fallait obéir et se taire. Le ministre de la gqerre, Servan , vint peu de jours après pro- ^ poser à l’asséinblée, législative la formation d’un camp de vingt mille hommes à Paris. Cette- mesure était présenlée^comnie un moyen de défense pour l’extérieur ; mais il était aisé de voir qu’elle menaçait plus la cour que l’ennemi. Elle reçue avec enthousiasme , et bientôt adoptée. Le roi se trouva dans la position la plus bizarre et la plus difficile ;

c’était d’avoir à refuser sa sanction à un décret-sollicité par l’u^de ses ministres. La cour et Paris*mème étaient en alarme. Personne ne doutait que ces vingt mille hommes ne fussent appelés pour' la destruction dutrdne. Arrétbns-nousun moment pour considérer quelle pouvait être ici rîn^entioii des girondins. i SanS doute ils étaient impatiens de terminer cette lutte ; ils sentaient combien il était odieux de procéder toujours par des mesures 1 révolutionnaires. J’ai déjà dit que le but de leurs attaques était l’abdication de Louis. Ils commençaient à craindre qu’il né voulût point s’y prêter. D’un autre càté ils Voyaient la* populace de Paris entièrement livrée aux jacobins ; ils n’dsaient pas lui confier une grnmle révolution, dont Ils ne

Dkjiîi^èd by (jOOglo

seraient {plus les directeurs ni les xn^UreS;^llS| espéraient frapper ce ' coup avec moins de^ violence , et ' .

surtout, .avec des suites moins funestes , par le moyen d’une milice départementale.'Robespierre et Danton découvrirent le projet de leurs rivaux. Le premier s’éleva avec force contre le camp de vingt mille hommes', qui aurait transmis à d’autres l’action révolutionnaire ; mais sa troupe ne le comprit pas, et écoula ses^ représentations avec défaveiu*. ' Louis drouva quelques faibles se- h courspour Lénhardir-à une nouvelle résistance. La garde natipnale de Paris s’indigna de ce <^u’on appelait •d’au très qu’elle à la défense de celte ville. Toute la classe industrieuse fut avertie , par les dangers particuliers dont elle se fornrait l’idée , de pren-

iq4 précis historique dre part au danger du roi. -Huit mille citoyens signèrentune pétition pour demander la révocation du décret , l’assemblée alTecta de couvrir de mépris ceux qui furent les organes de.

cette pétition :on'1illa même jusqu’à demander qu’on prît 4es informations sur cette nouvelle. manœuvre de la cour. • -,

Deux hommes rivaux et ennemis ' offrirent , chacun de son côté , leurs services aurai, qui lescraignaitl’un ^et l’autre : l’uii était Dumouriez , et l’autre Lafayette. Parlons d’abord du dernier. Son nom ralliait encore tous les amis de la première révolution y qui condamnaient celle que Ton tramait évidemment. Soit par estime’ pour ses vertus , soit par le souvenir de ce qu’il avait fait pour la liberté naissante , plusieurs des répuhlicains

Go(

DE LA. RÉVOLUTION FRÀNÇ. IQS

le ménageaient encore. L’enthousiasme populaire s’était long-temps fixé sur lui ; mais déjà l’inconstanlb multitude écoutait les cris de ceux qui parlaient de lui ^aire expier la journée du Champ-de-Mars. La jeunesse parisienne , qu’il avait soumise à des institutions militaires avait perdu , depuis son absence » le zèle actif qu’il lui avait communi(|ué.

Cependant elle ^semblait invoquer le retour de son cheL Le roi , qui cherchait partout un bras protecteur , eût cependant désiré ûn tout autre appui que celui de Lafayette.

La reine s’obstinait à ne voir en lui qu’un des premiers auteurs de son humiliation actuelle (e). Maintenant il était à la tête d’une armée considérable; il y était aimé , il l’avait pliée à une discipline ’assez.exacte. Duniou-

roi plus profondément affecté des outrages qu’il recevait de ses miî nistres. 11 saisit une occasion de lui parler avec confiance , avec sensibilité :• oNe croyez pas , sire , lut dil- •« iiy que je partage les sentimens de « mes collègues , et que je sois entré ■ « au ministère pour vous renverser

« du Irène. Je voudrais au contraire

' < vous y maintenir sur des fondemens plufe solides ; je le puis , et ' * peut-être ce Bonheur n’est-îl ré- “ tt sen'é qu’à moi seul. Il fallait trom- « per vos ennemis et surprendre leur . « confiance ; je l’ai obtenue , et je Tf veux m’en servir |x>ur vous mettre « à l’abri de leurs coups. Cessez de ' « leur doriner des armes , tantôt par ' « lafaiblesse, et tantôt par une résis- « tance mal calculée.» Le roi fut ému à ces paroles, et parut «’attadier à

Dr *' —1 : :y C -.t iOgli.

,200 , PI^ECIS HISTORIQUE -»

l’homme qui lui tendait encore la main dans son nauiVage. Duiiiouriez lui demanda alors dilTérens actes de popularité qui répugnaieut.à Louis., ou qu’il jugeait ..inutiles. Il insista fortement sur la nécessité de retirer le veto mis sur le décret des prêtres.

Louis rejeta constamment cette proposition ; mais il approuva toutesles autres parties du plan qui lui était offert. Il fut convenu que le roi refuserait sa sanction au décret du camp de vingt mille hommes. Le zèle ombrageux de Roland, s’aperçut de l’intelligence upuyelle qui se formait entre Louis et Dumouriez. Il vint poiiér ses soupçons^et ses chagrins idans le comité secret de la Gironde.

Ce furalors que madame Roland se chargea d’écrire, >au nom de son mari, une lettre au roi ^ faite pour

frères qui avait péri sous leurs coups dans l’affaire de Nanci. 11* prit le parti de se rendre à l’armée ^ et d’y chercher la mort. Il annonça cette intention à ses amis , qui cherchèrent vainement à modérer son dés- »

espoir. A da première occasion , il s’exposa aveè témérité, et resta avec obstination dans un poste dangereux ; il fut tué par un boulet.

Lafajxdfe se plaignait vivement du plan de campagne qu’avait ordonné Duraouriez ; leur correspondance n’étail remplie que de reproches amers. La cour penchait pour Dumouriez , qui lui faisait plus de promesses. Les amis de Lafayette crurent que son intervention pouvait protéger le roi contre les complots dont il était menacé. Lafayette se rendit à leurs prières , et écrivit

le glacer d’épouvante. Elle y prit un accent lugubre et prophétique : elle se plaisait à accabler un roi de la pitié républicaine': le grief qu’elle exprimait avec le plus de force, était • le refus de sanction pour le décret des prêtres. Elle faisait une longue sortie contre le fanatisme religieux; elle exaltait celui de la liberté. Voici quelques passages de cette lettre fameuse :

« Le salut de l’état et le bonheur de votre majesté sont intimjpment .

liés: aucune puissance n’est capable de les séparer. De crjjelles angoisses et des malheurs certains environneront .votre trône, s’il n’est appuyé par vous-même sur les bases de la constitution , et affermi dans la paix que son maintien doit vous procurer.

« Ainsi la disposition i]es esprits ,

le cours des choses , les raisons de la politique , l’intérêt de votre majesté , lui rendent indispensable l’obligation de s’unir au corps législatif et de répondre au vœu de la nation ; mais la sensibilité naturelle’ à ce peuple affectueux est prête à y trouver un motif de reconnaissance. On vous a cruellement trompé , sire , quand on vous a inspiré de l’éloignement ou de la méfiance pour ce peuple facile à toucher î c’est en vous inqui étant perpétuellementqu’on vous a porté à une conduite propre à l’alarmer lui-même. Qu’il voie que vous êtes résolu à faire marchercette constitution à laquelle il a attaché sa félicité , et bientôt vous deviendrez le sujet de ses actions de grôces.

a La conduite des prêtres en beaucoup d’endroits les prétextes que

■ ;)y Ci.jvjs^Ic

DE Lk RÉVOLÜTION FRANÇ.

fournissait le fanatisme aux mécontens,. ont fait porter une loi sage contre les perturbateurs ; que votre majesté lui donne sa sanction ! la tranquillité publique la réclame , et le salut des prêtres la sollicite. Si cette loi n’est en vigueur, les départemens seront forcés de lui substituer , comme ils font de toutes parts , des mesures violentes, et le peuplé irrité y suppléera par des excès;

« Les tentatives de nos cnnenqs , les agitations^qui se sont manifestées dans la capitale, rextréme inquiétude qu’avaitexcilée laconduite de votre garde , et qu’entretiennent encore les témoignages de satisfaction qu’on lui a fait donner par votre majesté , par une proclamation vraiment impolitique dans, la circonstance ; la situation ‘ de Paris , sa

ito4 ' ■ . PRÉCIS HISTORIQUE

proximité des frontières , ont fait sentir le besoin d’un camp^laos son voisinage. Cette mesure , .dont la sagesse et l’urgence ont frappé tous les bons esprits , n’altend encore que la sanction de votre mâjesté. Pourquoi fauMl que des retards lui donnent l’air du regret , lorsque la célérité lüi gagnerait tous les cxeurs ! Déjà les tentatives de l’état-major delà garde nationale parisienne contré' cette mesure ont fait 'soupçonner qu’il agissait par une inspiration ' supé-' rieure ; déjà les* déclamations, de quelques démagogisles - outrés réveillent les soupçons de leurs' rapports avecles intéressés au renversement de la- constitution ; déjà l’opinion compromet les intentions de votre' majesté'; encore quelque délai; et le peuple contristé* verra

DE LA RÉVOlimON FRÀNÇ. 2o5

dans son roi l’ami et le complice des conspirateurs î

et Juste ciel ! auriez^vous frappé d’aveuglement les puissances de la terre ! et n’auront-elles jamais que des conseils qui les entraînent à leur ruine !

« Je sais que le langage austère de la vérité est rarement accueilli près du trône; je sais aussi que c’est parce qu’il ne s’y fait' presque jamais entendre que ' les révolutions deviennent nécessaires; je sais surtout que je dois le tenir à votre majesté, non seulement comme citoyen soumis aux lois, mais comme ministre honoré de sa confiance , ou revêtu de fonctions qui la supposent; et je ne connais rieii qui puisse m’empêcher de remplir un devoir dont j’ai la consdience.

2o6 ' PRÉCIS HISTORIQUE

.« C’est dans Je même esprit que je réitérerai .mes représentations à votre majesté sur l’obligation et l’iitililé d’exécuter la loi qui prescrit d'avoir un secrétaire au conseil.

La seule existence de la toi pràrle si puissamment, que l’exécution semblerait devoir suivre sans retardement ; mais il importe d’employer tous les moyens de conserver aux délibérations la gravité, la sagesse et la maturité nécessaires ; et pour des ministres responsables il faut un moyen de constater leurs opinions :

si celui-là' eût existé, je ne m’adresserais pas par écrit en ce moment à votre majesté.

« La vie n’est rien pour l’homme qui estime les devoirs au-dessus de tout ; mais, après le bonheur de les avoir remplis , le bien auquel il soit

Dioitized bv

èncore sensible , est celui de prouver qu’il l’a fait aveefidélité ; et cela même est une obligation pour l’homme public. w

Le roi était déjà décidé à renvoyer Servan , Roland et Clavières , quand ilreculcetle lettre; leur renvoiledr fut signifié avec colère. Les trois autres ministres consentaient à rester.

Roland se hâta d’en instruire l’assemblée , et en même temps il lui soumit la lettre qu’il avait écrite au roi. Elle produisît la plus vive impression : on en interrompit souvent la lecture par mille invectives contre la cour : on déclara que les ministres disgraciés emportaient les regrets de la nation : l’effervescence 'était au comble , quand Dumouriez parut à la barre.' Les républicains ne virent en lui qu’un perfide déserteur; il

2o8 précis historique reçut les murmures sans en paraître déconcerté. Déjà le parti de la Gironde songeait» à venger autrement que par de stériles regrets la disgrâce des ministres de son choix. On dressa à la hâte le plan d’une insurrection ; on ne la voulait pas sanglante ; on ne la voulait pas même décisive. On se garda bien d’y appeler Robespierre , Danton , Collotd’Herbois , Billaud-Varennes y tous ces hommes qui ne savaient conduire le peuple que vers des massacres. On croyait pouvoir se servir de la tourbe des jacobins en l’isolant de seschefs.* La cour était sans défiance ; elle ne prenait du moins aucun genre de 'précaution ; on ne voyait dans les ministres aucun homme qui pût faire tête à ce nouvel orage. Dumouriez

Jui-même avâit abandonné la cour;

il était haï des constitutionnels et des I républicains. Il conçut qu’iir s’était - “ trompé dans les calculs de son ambition , et qu’il fallait essayer encore de se réconcilier avec le parti dont il s’était éloigné; ildonnasa démission.

Le 20 juin , les ouvriers du faubourg Saint-Antoine se rassemblérent eu tumulte ; .chacun d’eux se disait qu’il fallait s’insurger; personne ne pouvait dire pourquoi. On n’entendait alors par insurrection qu’une longue procession de, piques qui , sortie des faubourgs, traversait la ville en y répandant l’effroi. Les chefs parlaient seulement d’une pétition relative au renvoi desministres et aux deux veto. Cette bizarre et ridicule expédition était commandée par Santerre, homme inepte etpi'é-

1 ^0 ■ PRECIS HISTORIQtE

somptueux , qui avait unè grande faveur auprès de la populace. Toute celte troupe paraissait morne , et montrait peu de fureur. Une immeuse quahtité defemmes marchait avec elle , ét ÿ répandait un peu d’agitation. Deux pièces de canon étaient traînées à la tête du cortège.

Cependant la garde nationale se rnssembiail avec confusion ; nul ordre ne lui était donné pour s’opposer ' à ce rassemblement; elle savait à peine quel était son commandant actuel. Les autorités administratives délibéraient sur les mesures à prendre, et n*en prenaient aucune. L’assemblée elle - même affectait ^ d’ignorer ce ‘mouvement , et semblait disposée à s’occuper d’objêts peu importans , lorsque Rœderfer , pro-

DE i/rÉVOLDTION FRANÇ. " àl I

«iureur-sÿndic du déparlement de Paris , vint rcnlreteiiir du désordre (jui -régnait dans la capitale :

« Il parait, dil-il ,que ce rassémblement , composé de personnes « diverses par leurs intentions , a « aussi plusieurs objets distincts :

« piauler un arbre en riioniieur de « la liberté , faire une fête civique « commémorative du serment du 0 jeu de paume , apporter à Passem- « blée nationale un nouveau tribut « d’hommages et de nouvéaux té- « moignages de zèle pour la liberté ; « tel est certainement le but de la « plus grande partie^ de ce rassem- « blement ; mais nous avons lieu de « craindre qu’il ne serve , à sou insu « peut - être , à appuyer par l’ap- « pareil de la force une adresse au roi 7 à qui il ne doit en parvenir ,

a comme à toute autre autorité coii- « stituée , que sousla forme desim- « pie pétition. Lesrapports qui nous € ont été faits cette nuit, et qui nous « ont occupés jusqu’à cet instant , « donnent de la consistance à ces a bruits ; une lettre du ministre de « l’intérieur, qui nous est parvenue « ce matin , les confirme encore « davantage. Cette lettre nous pres- « crit de faire marcher sans délai « des troupes vers le château.

tt On peut croire aujourd’hui que a des hommes armés se rassemblent « par un mouvement civique ; mais « demain il peut se rassembler une « foule de malveillans, ennemis de « la chose publique et de l’assemtt blée nationale. Qu’auriez - vous à « leur dire ? quel obstacle pourriez- ^ tt vous mettre à ces funestesrassem-

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« blemens ? en un mot , comment la « municipalité et nous pourrions- « nous répondre de votre sûreté , si U la loinenousen donnait le moyen, « où si ce moyen était affaibii dans a nos mains par la condescendance « de i* assemblée à recevoir dans a son sein une multitude armée?»

La conclusion de ce discours fut trèsmal accueillie par les tribunes^ et par une partie de l’assemblée. Dumolard et Ramond s’indignèrent de ce que l’on affectait de voir des pétitionnaires paisibles dans des milliers de séditieux armés. « Fermez- leur, « s’écrièrent-ils , le sanctuaire des « lois, ou bien abandonncz-le vous-' « mêmes. La cons|itution vous a dit

« à quels signes vous devez recop- « naître une pétition ; la raison vous U dit à quels signes vous devez re-

2i4 précis historique « connaître une révolte. Quoi! des « hommes armés rempliront cette « enceinte! Vous ignorez quel motif « les guide; si des scélérats ne mar- *■ client pas avec des insensés; et * * vous délibérez tranquilles au mifc lieu de cet appareil de tumulte et «de terreur! Quand il y aurait de « la sûreté , il y a du moins de là « honte à les recevoir. Qui de vous • -O garantira les suites de cette jour- « née? Quand ils se seront fait ou- ' « vrir les portes de l’assemblée, quel- « lesbarriéres pourront les arrêter ? »

Guadet parut s’offenser des soupçons que l’on répandait sur les intentions du peuple : « Oserait-on « encore aujourd’hui , s’écriait-il ,

« renouveler celte scène sanglante « et à jamais sinistre qui, dans les tf derniers jours de l’assemblée con-

DE LA BÉVOLüTIOîl FBASÇ. a l 5

« slituante , vit périr des milliers de « citoyens sur ce même autel de la « patrie où ils renouvelaient le plus « saint des sermensPSile peupleest « frappé de vives alarmes^ est-ce ^ a ses mandataires à refuser de les « entendre? Les plaintes qu’il vient « nous confier , ne les avons - noup « pas déjà entendues retentir d’un a bout de la France à l’autre ? Est- « ce pour la première fois, es^-ce à « Paris seulement que la conduite « du roi , que la perfidie de ses contt seils , inspire des mouvemensd’iii- « dignation ? Vous entendrez le peu- « pie s’exprimer avec franchise, mais.

« avec la fermeté çalme qui fe ça- '

« ractérise. »

C’est ainsi que le. parti de la Cironde obtint de l’assemblée législative qu’un rassemlileméDt

^l6 PRÉCIS HISTORIQUE

introduit dans son sein. L’année suivante , et presqu’à la même époque , une armée de pétitionnaires , composée en grande partie des mêmes hommes , vint demander à la convention le supplice de Vergniaud , de Guadet , de tous les républicains, les plus recommandables , et l’obtint.'.

Rien de plus vain et de plus dérisoire que la délibération de l’assemblée. Déjà lafoiile remplissait toutes les avenues de la sallé ; les insurgés n’avaient trouvé nulle part de l’opposition ; leur armée’ s’était grossie, dans le passage , d’une foule d’hommes et de femmes qu’ils avaient fait entrer de force dans leurs rangs , et qui contribuaient à répandre la peur dont ils étaient remplis. Ils voulurent bien cependant se borner-

à choisir quelques-uns d’entre eux pour porter leur pétition à l’Jfeniblée. Quoique cette pétition offrît quelques expressions menaçantes et cette ûpretéde langage qui déjà formait le style révolutionnaire, on pouvait reconnaître pourtant qu’elle avait été dictée par des hommes qui , en se servant du peuple , se (lattaient de leconlenir. C’étaient des plaintes sur le renvoi des trois ministres, présentés comme les seuls hommes qui pouvaient sauver la patrie ; c’était une grossière dérision du veto , une déclamation contre la cour , les • émigrés et les prêtres. Les pétitionnaires demandèfentensuite que tout

leur cortège défilât dans la salle. On n était, ni dans l’intention , ni dans' la puissahce de les refuser. Cette procession de piques* dura long- A, L. jQ

21 8 PBÉCIS HISTORIQI'E

temps , et rendit foute délibé^atioI^ impl^sible. Les députés populaires se montrèrent long - temps aux regards du peuple ; ceux *qm lui avaient été représentés comme des amis de la cour eurent peu à souffrir de leurs outrages. Il régnait dans tous les mouvemensde celte troupe un sang-froid qui ressemblait à l’ennui. 11 y avait déjà quelques heures que ce cortège passait dans la salle, et il ne s’était point lout-à-fait écoulé , lorsqu’on apprit avec inquiétude que le rassemblement se portait vers le château des Tuileries.

Différens postes de garde nationale occupaient les avenues du jardin ; aucune des autorités ne leur avait envoyé un ordre de résistance. Ils se retirèrent à la vue de ces milliers d’hommes armés, eii témoignant

DE LÀ RÉVOLÜTION FIU^Ç. 219 , ♦

une profondeconsternation, Lafoule répandue dans le jardin frémissait au tour du château , qui restait encore fermé. Les grilles furent à Tinslant abattues , les portes enfoncées à coups de hache ; les jours du roi et de sa famille étaient au pouvoir de quiconque aurait eu de la fureur et de l’audace. Tout se contint, tout se modéra dans le désordre. L’appareil de l’épouvante était partout ; mais les insurgés furent fidèles aux< ordres qu’ils avaient reçus, d’avilir, et non de renverser en ce jour la royauté. Un canon futtraîné jusque • dans les appartemens’ du roi. La foule y pénétra. Il avait lui-méme fait éloigner la plupart de ceux que^ le zèle avait rassemblés auprès de sa personne. Quelques - uns des*nouveaux ministres étaient cependant

DE LA RÉVOrXTION TRANÇ. 225

à craindre pour elle dans une journée que le peuple avait choisie pour avertir, et non pour frapper.

Lorsque l’assemblée nationale fut .

instruite que la foule occupait les apparteniens du roi, elle nomma une commission pour s’y transporter, et pour prévenir des malheurs qu’on commençait à craindre. Ver-^ gniaud et Isnard étoient au nombre des commissaires ; ils eurent beaucoup de peine à traverser la foule et à s’en faire entendre. Ils trouvèrent le roi assis auprès dVine table autour de laquelle venaient boire des hommes déjà enivrés ; il paraissait calme au milieu de^e tumulte. Ils lui témoignèrent le dévouement de l’assemblée nationale. Louis répondit' qu’il était|^ensible à cette sollicitude , mais qu’il ne craignait

rien entouré du peuple français. Un x garde national, en s’approchant de ' lui l’engageait à se rassurer; Louis prit sa main , et la mettant sur son cœur : a Voyez, dit-il, si c’est là le « mouvement d’un cœur agité par « la crainte. » Cependant Vergniaud n’était pas sans inquiétude. 11 entendait quelques provocations san- * guinaires, et voyait renaître dans la foule une effervescence dangereuse.

Il voulut parler, on ne se montrait point disposé à l’écouter; il fut obligé de monter sur les épaules d’un homme pour se faire entendre.

Sa harangue amena le peuple à une singulière réflexion ; chacun se répétait : Qu*e venons-nous faire ici ?

L’incertitude et l’irrésolution les avaient déjà fatigués, lorsque lo maire de Paris, ?étion , se présenta.

DE LA. BÉVOLCTION FRAISÇ. 22 l'

paisible. Un homme ivre et d’un aspect féroce vint lui présenter le bonnet rouge. Il n’osa le refuser , et il eut la faiblesse de s’en couvrir;

' mais rien ne put lui arracher la promesse de révoquer son veto. Il touchait les cœurs par une bonté familière , et chacun s’étonnait d’avoir cru voir en lui un ennemi du peuple. Louis n’était jamais mieux que lorsque rien ne rappelait qu’il était roi ; on eût dit qu’il n’existait plus nul souvenir du trône , ni de la part de celui' qui l’occupait, ni de la part de ceux qui venaient en ternir toute la splendeur. .

Le souvenir de la scène du 5 octobre donnait de vives inquiétudes sur le sort de la reine : elle voulait rester auprès de son époux ; il la conjura de se retirer dans ses ap-

Il fut accueilli par dçs signes de faveur et de respect, a Peuple, s’é- '« cria-t-il , lu viens de te montrer « digne de toi-même , tu as conservé « toute ta dignité au milieu des « plus vives alarmes , nul excès n’a .

« souillé tes mouvemens sublimes :

« espère, et crois enfin que ta voix « aura été entendiiè; mais la nuit « s’approche, ses ombrespourraient « favoriser les entreprises des mal- « veillans qui viendraient se glisser « dans ton sein ; peuple, retire-toi. »

Il se vit obéir avec une extrême promptitude ; la foule s’écoula , ne sachant pas encore si c’était une insurrection qu’on avait voulu faire.

A huit heures du soir, il n’y avait plus que silence , que stupeur dans ce château qui venait d’être ébranlé par tant de tumulte. Pendant toute

cette «tournée , le mouvement ordinaire de Paris ne fut pas interrompu , les spectacles ne le furent pas.

On venait y demander des nou- ' velles de ce qui se passait , et le soir les Parisiens v|s*étonnaient , mais ne rougissaient pas de la peur qu*ils V avaient ressentie.

DE Ik BÉVpLDTION F&ANÇ.

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