‹ Précis historique de la révolution francaise. Assemblée législative (volume 2)Chapitre 16 sur 20 · LIVRE TROISIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE TROISIÈME

Les suites de la journée du 20 juin furent eu tout point fatales au parti de la Gironde qui avait ordonné ce xnouvenient : on peut même assi* gner à cette époque la^fin' de sa puissance révolutionnaire. Les'ja-cobins crurent que c'était profaner une insurrection que de ne point l’ensanglanter, et que la majesté de leur peuple avait été compromise païf des menaces sans résultat. Robespierre f indigné de n’avoir point été appelé , apprit de ses rivaux avec quelle facilité le château pouvait être attaqué. Danton et Fabre d’E»glantine promirent à la cour de rui-

ner le parti de la Gironde

dans Tesprit du peuple. Ils tinrent bientôt parole; mais en même temps ils préparèrent contre la cour une attaque beaucoup plus terrible.

' Cette mésintelligence'^ entre les chefs du parti populaire, et quel* ques autres circonstances que nous allons rapporter, rendirent de l’énergie aux constitutionnels. Louis ' était content d’avoir soutenu une ' épreuve difficile sans avoir fait de sacrifices , ni même de promesses.

Il n’avait montré un peu de fermeté que dans cette seule occasion : Ton se plaisait à exalter sa conduite; on, vantait sa bonté ; on racontait avec émotion les périls qu’il avait cou- , rus I, et tous les mots par lesquels il ' avait exprimé la sérénité de son ânàe

au milieu du tumulte. Quelques actes de vigueur que lui firent faire ses nouveaux ministres vinrent entretenir l’idée avantageuse qu’on voulait, se former de son courage. On fit au château quelque appareil de défense contre une nouvelle entreprise. Le jardin des Tuileries fut fermé au peuple ; des proclamations rendues par les diverses autorités annonçaient l’intention de poursuivre les auteurs de l’attentat du 20

juin ; on paraissait prendre toutes les mesures nécessaires pour en prévenir un second. La garde nationale murmura hautement de l’état d’inaction dans lequel elle avait été contenue ; elle fit faire au roi des ' offres de dévouement. Le roi et la reine applaudirent à ce zèle , comme si les événemens l’avaient déjà ma-

23o précis historique nifesté. On employa les soins et les caresses, pour avoir au milieu de cette garde nationale quelques corniqiagnies ' d’élite sur lesquelles on pourrait compter au jour du danger. Les habitans de Paris crurent avoir à se venger des excès qui avaient été commis sous leur nom ; ils en demandèrent justice dans une péti- . tion qui fut couverte , en peu de jours , d’un grand nombre de signatures. On prétendit, et Poils a toujours répété depuis qu’il y#n avait vingt mille. On exagérait; mais il est certain que la moitié de ces pétitionnaires si dévoués eût suffi pour prévenir et Pinsurrectîon^ dont on sé plaignait , et celle qui allait bientôt éclàter. Le département de Paris destitua Pétion , comme ayant évî-^ demment favorisé le mouvement du

ao juin; presque tous les autres départemens de la France demandèrent la punition des excès de cette journée. Vaines protestations , qui ne créaient pas un seul moyen de force! signes trompeurs, sous lesquels se déguisaient Ha faiblesse et la pusillanimité générale ! Le, roi luimême était bien éloigné de laisser entrer dans son âme autant de con-

fiance qu’on voulait lui en inspirer, a J’ai bien vu, disait-il à un de ses « conseillers, qu’ils avaient l’in ten- « tion de m’assassiner, et je ne con- « cois pas pourquoi ils ne l’ont pas « fait; mais je ne l’échapperai pas « toujours; il y a bien des chances « contre moi et je ne suis pas heu- « veux. Si j’étais seul , je risquerais , « encore une tentative. Oh ! si ma ' « femme et mes enfans n’étaient

DE LA RÉVOLUTION PiUNÇ. a55

« la cause de la liberté (ju’ils cléfen-

« dent. Il est temps de garantir la

« conslitulion de toutes les atteintes

« qu’on pourrait lui porter, d’assu-

« rer la liberté de .l’assemblée na-

« tionale et du roi, leur indépen-

« dance et leur dignité. Je supplie

« l’assemblée d’ordonner que lesau-

« leurs et instigateurs des événe-

« mens du 20 juin soient poursuî-

« vis comme criminels de lèse-na~

« tion , de détruire cette secte dont

« les débats publics ne laissent plus

« de doute sur la perversité de ses

« intentions. Je la supplie aussi , en

n mon nom et en celui de tous les

« honnêtes ^éns , de prendre des

« mesures efficaces pour faire res-

'«• pecter les autorités constituées, et

« de donner aux armées Tassuranee » *

* qu’aucune atteinte ne. sera un jour

« portée à la constitution dans l’in- « térieur,, tandis qu’elles verseront « leur sang pour la défendre contre « les ennemis du dehors. »

Le discours de Lafayette fut applaudi par une partie de l’assemblée, et même par les tribunes. Dans le moment où il menaçait il était au pouvoir de ses implacables ennemis.

Leur audace fut étonnée : car ils étaient peu accoutumés à en rencontrer dans leurs adversaires. Gliadet s’éleva le premier contre le général ; il l’attaqua d’une manière adroite ; mais les détours dont il usa annonçaient qu’il n’osait laisser éclater toute sa colère. On %n jugera par, le début de son discours. « Au mo- « ment où la présence de M. La- « fayette à Paris m’a été annoncée ,

« une idée bien consolante est venue <

voix. Dans le moment où chacun s’épuise eu conjectures sur la conduite qu’il va tenir , sur les coups qu’iLva frapper, il se présente seul à la barre de l’assemblée nationale , de cette même assemblée où dominent tous ceux qui ont déjà jinjé sa perte. « Je dois d’abord vous assu- « rer, diUil, que, d’après les dispo- (' sitions concertées entre M. le ma- « réchal Luckner et moi , ma pré - « sence ici ne 'compromet nulle- « ment le sort de nos armées. Voici c maintenant mes motifs. On a dit « que là lettre signée de mon horh,' « dont il vous a été fait lecture à une «des précédentes séances, n’était « pas de moi : d’autres m’ont repro- « clié de l’avoir écrite au milieu du « camp. C’est pour répondre à tout « que je suis sorti de cet.houorable

DE Là RÉVOLUTION Fr\nÇ. 237

« s’offrir à moi : Ainsi , me suis-je « dit , nous n’avons plus d’ennemis « extérieurs ; ainsi les Autrichiens O sont vaincus. Cette illusion n’a « pas duré long-temps : nos enne- « mis sonttoujourslesmémes, notre « situation extérieure n’a pas chan- « gé , et cependant M. Lafayelle est « à Paris. Quels puissans motifs l’y a amènent? N os troubles intérieurs?

« Il craint donc que l’assemblée na- , « tionale n’ait pas assez dè puissance « pour les reprimer?» L’orateur conclut par demander qu’on prît des informations sur le congé accordé à Lafayette par le ministre de la guerre. Ramond rappela les services rendus par ce général , qu'il nomma le fils aîné de ta Uherté : « Loin de « voir en lui , s’écria-t-il , un généa ral factieux ou usurpateur, rendez-

« lui grâces des soins qu’il a pris « pour enchaîner l’indignation de a son armée. C’est lui seul qui arrête « aujourd’hui un mouvement impé- « tueux dont les suites eussent pu « être funestes. Ecoutez avec respect . « cette voix que la France est accou-

I « tumée à reconnaître dans les mo- « mens difliciles. Puisse chacun de « nous être aussi fidèle que lui- « même au serment de maintenir la « constitution » ! Ramond demanda que la pétition de Lafayette fût renà un comité , et qu’on s’occupât de remédier aux causes de désorganisation que ce général dénonçait. Cette motion l’emporta sur celle de Guadet à une majorité 3e trois cent trente-neuf voix contre deux cent trente-quatre. Quelque léger que fût ce triomphe , il était

DE LA RÉVOLUTION FRANC. 25y

nouveau pour le parti constitutionnel. La peur, qui avait fait déserter ses rangs, venait dans ce moment les renforcer. Les variations de l’homme le plus irrésolu ne sontqu’unefaible image de celles d’une assemblée politique. Chacun crut que Lafayette , après avoir bravé ses ennemis , allait les terrasser ; tel était le but de sa démarche. Il se rendit au château des Tuileries : il y reçut quelques témoignages affectés de bienveillance de la part du roi et de la reine :

mais la cour laissait encore entrevoir beaucoup d’éloignement pour celui qui s’offrait comme son libérateur ; elle chercha à traverser son entreprise. Vainement le parti constitutionnel s’agitait de tous côtés pour exciter la garde nationale à se présenter à Lafayette : elle était morne

34o * PAÉ61S BISTORIQVE

et silencieuse ; ce ii^é^it plus celle du Champ-de-Marà , c'était celle du 20 juin. •

, Quand Lafayette retourna le soir dans sa maison , on le reconduisit avec quelques acclamations. Un pe> tit nombre d’offîciers de son armée , deux ou trois cents gardes natio- « naux «formaient tout son cortège. Il affectait un air de satisfaction , mais le désespoir était au fond de son âme. S'il avait vu dans la garde nàtionale plus d'empressement à le suivre, 'son dessein était de marcher ' sur-le-champ contre les jacobins, de les disperser , et de fermer le lieu de leurs séances. Ceux-ci délibéraient avec inquiétude; le peuple, sur lequel ils comptaient , les abandonnait à eux-mênies. Robespierrre était rentré dans toute sa lâcheté naturelle ,

ifE LA. aÉVOLUTION FRANÇ. 24 ^

et se livrait à une longue lamentation sur les maux de la patrie. Les alarmes des jacobins ne se réalisèrent pas : au moment où quelques officiers parlèrent de marcher contre eux , le cortège de Lafayette se diminua sensiblement. On répétait d’une voix moins assurée ces inutiles cris : à has les jacobins. Lalayette resta encore quelques jours à Paris , et trouva même tiédeur parmi ses partisans , même stupeur parmi ses ennemis. Plusieurs fois on indiqua «yix gardes nationaux des points de rassemblement ; ceux qui avaient le plus formellement promis de s’y rendre ne s’y trouvaient pas , ou y arrivaient découragés. La cour entretenait elle-même cet état de langueur en montrant ou. en feignant un entier désespoir. Lafayette ,

24‘2 'PrfEfilS HISTORIQUE *

après s’être convaincu que le roi ne pouvait plus vivre en sûreté dans une ville où l’on prenait si peu d’intérêt à ses dangers Journaliers , proposa ^ dit-on , à celte époque , un ^ plan d’évasion dont le but était de conduire Louis à son armée. Le roi et la reine s’épouvantèrent de cette proposition ; celle-ci, surtout, regardait comme le comble du’ malheur d’être réduite à devoir son .salut à Lafayette. D’ailleurs les moyens d’exécution ne leur présentaient point assez de sûreté pour chasser les cruels souvenirs du retour de Varennes. Voici dans quels termes on a transmis la réponse du roi à Lalli , qui répétait cette offre au nom de Lafayette : a Dites-lui que je suis « sensible à la preuve d’allachement «qu’il me donne en se montrant

DE LA BÉVOtTJTION FRANÇ. 245 « prêt à courir pour moi de si grands « dangers ; mais il serait imprudent • Cl de faire mouvoir en même.temps « un -si grand nombre de ressorts.

« Le plus sûr mo5^en de mé servir ,

« est de continuer à être la terreur « des factieux eu remplissant habia lement les devoirs de général. »

Fatigué de ses inutiles essais , £afayette sortit enfin de Paris . indigné de n’avoir rejiré aucun fruit d’une démarche courageuse qui devait le placer dans l’alternative du succès le plus important ou de la mort. Le jour où les jacobins apprirent son départ fut pour eux un jour d’allégresse. Ils se vengèrent, en brûlant son effigie , de l’jïiqiiiétude que sa “ présence leur avait: causée; Cette scène eut lieu au Palais-Royal ; elle fut préparée et contemplée, par le

patriotisme n'avaient jamais affaibli dans son cœur l’attaeheraeutque lui avaient inspiré les vertus du roi. Celui-ci semblait disposé à accepter son dévouement , mais la reine mit encore obstacle à ce. projet , tant son cœur était rempli de soupçons, et de défiances contre ceux qu'on, < avait distingués dans le parti populaii-e. Enfin le résultat de tous ces conseils d'une coût glacée d'épouvante/ fut de laisser soupçonner beaucoup.de projets de celte nature , et de n’en suivre aucun.. Elle profitait des moindres faits pour tâcheu d’éloigner les craintes. d’une insur-rection'procliaine. Il se présenta une occasion où elle .put croire pendant quelques instans qu’on renoncerait - au projet de l’attaquer.

Une scène , qui devait ' être toii^

348 " PBÉCIS HlitORIQUE

chante , él qui ne fut que ridicule , se passa dans l’assemblée. Une feihme nommée’^Olympe de Gouges , dévorée du désir de la célébrité , et depuis victime d’une lutte opiniâtre qu’elle osa soutenir contre Robespierre , fit paraître une affiche écrite d’un style médiocre , dont l’objet était de concilier les deux partis qui se combattaient dans l’assemblée.

Cette affiche produisit de l’effet sur tout ce’ qu’il y avait d’âmes simples et paisibles parmile peuple. Le même jour l’évêque constitutionnel de Lyon /Lamouretle , prononça à l’assemblée législative un discours assez adroit et assez pathétique qui tendait au même but. Il commença «

ainsi que tous les médiateurs , par faire une compensation imaginaire des torts’ des deux partis. La foule

vait toujours arrêtée , 'soit par ses propres incertitudes , soit par celles de son époux. Louis recevait les visites de quelques hommes qui depuis long-temps vivaient loin de la cour^ mais dont l’affection pour lui s’était encore augmentée parses malheurs.

Le vertueux Malesherbesfut du nombre de ceux qui vinrent l’assurer de leur dévouement; tous lui apportaient des avertissemens sinistres ; le roi s’attendrissait avec eux, et énervait son courage par sa- sensibilité.

Bientôt personne ne parut devant lui sans lui présenter des projets de fuite. L*ex 7 ministre Narbonne en avait conçu un dont l’exécution devait être infiniment périlleuse pour fôi-même. Il oublia, dans ce moment de crise, la haine que lui portait la cour ; celle - ci n’oublia pas

m LA RÉVOLUTION FRINÇ. ^49

des impartiaux ( il est bien malheureux que ce soit presque toujours les hommes sanscaractère qui prennent ce titre ) l’écouta avec une faveur éclatante. Il entreprit de prouver que la division actuelle ne tenait qu’à deux accusations que les partis se renvoyaient continuellement , * quoiqu’elles fussent sans réalité :

« Qu’y a-t-il de plus chimérique, disait-il , que la pensée qu’on suppose à certains membres de l’assemblée de vouloir établir une république ?

Quoi de moins vraisemblable , d’un autre côté , que la pensée que ceuxci supposent à leurs adversaires de vouloir enfreindre la constitution pour établir deux chambres ? Il est un moyen d’écarter ces funestes nua-' ges ; c’est de frapper d’un égal anathème l’un et l’autre de ces projets. »

aSo historiqiîe .

A peine cet orateur de paix avait-il.

parlé, que la salle retentit des wrmens qu’il avait proposés. '

blique lut désavouée solennellement par tousceux qui l'établirentunmo.s

après, etqui n’eurent jamais un autre but. llsaimèrentmieuxfairecet

vaine protestation que de compromettre leur plan par une résistance qui eût été un aveu. Comme lUaut toujours en Franee avoir de 1 enthousiasme ou en feindre , les eux

partis franchirent la barrière par Uquelle cette assemblée était divispe,

‘ ainsi que l’avait été l’assemblée eon-

stituantcenun.côté droU e u„

cAté gauehe. Les orateurs habitues

à se dénoncer, à se diffamer tourtes

jours, coururent dans les bras l un

de l’autre ; la haine donna et reçut les embrasseroens de la haine. Les

DE Lk EévOLüTION PBAVÇ. aSl

tribunes elles-mêmes cédèrent un moment à celte ivresse. On proposa de faire jouir le roi du tableau d’une réconciliation qui allait calmer toutes ses sollicitudes. Quelque empressement qu’il mît à veiiir contempler ce spectacle, il arriva à’peine assez tôt pour ne pas trouver le prestige entièrement dissipé. Il parla avec émotion fut écouté avec quelque intérêt; et le soir, comme pour donner un gage de la réconciliation universelle , il fit ouvrir le jardin • des Tuileries , qui était fermé depuis la journée du 20 juin. Mais bientôt les n^enaces accoutumées yinrent dissiper ce rêve d’un moment. Dans cette même soirée l’assemblée se réunit, et porta dans ses discussions à peu près la. même animosité qui y régnait ordinairement. Le lende-

252 PJIEGIS HISTORIQtB ■

inain les^eux partis parurent avoir oublié ce rapprochement comme on oublie un rêve frivole.

Les nouveaux ministres , qui n’avaient point désespéré de servir le roi après la journée du 20 juin , étaient en butte à des dénonciations continuelles, présage assuré du décret d’accusation. Leur situation les épouvanta; ils donnèrent léur démission tous à la fois. Louis, abandonné au milieu de l’orage, eut peine à trouver des hommes assez dévoués pour accepter ce périlleux einploi ; il parvint cependant à se recomposer un ministère à fo|?ce de > sollicitations.

Quoique les ennemis de la cour fussent dans ce moment même fortement occupés da leum. divisions is^testines, ilsne perdaient point de

DE LA REVOLUTION FRANÇ. a53

Vue le projet de détruire la royauté.

Les girondins voulaient y procéder par des lois, les jacobins par un mouvement populaire. On travaillait des deux côtés à répandre dans les es»

prits une sombre exaspération. L’assemblée rendit un décret qui devait amener ce résultat. La 'patrie fut dcclartc en danger ; ces terribles mots retentirent avec fracas d’un bout de la France à l’autre. L’anarchie pénétra dans des lieux où elle n’avait pu encore s’établir. Le peuple comprit, et les législateurs ne dissimulaien t pas eux-raémes qu’une déclaration si effrayante avait moins de rapport aux circonstances extérieures qu’aux divisions des deux premières autorités.

La guerre se continua avec lenteur et avec faiblesse ; l’ Autriche A. L. ea

aurait été à peine en mesure de se défendre dans les Pays-Bas, si elle avait eu à combattre des armées plus exercées. Le général Luckner , qui avait pris le commandement de Parmée du Nord, avait d’abord obtenu un succès trop facile pour être glorieux. Il s’était emparé des villes d’Ypres, de Menin et de Courtray :

dans le moment où on croyait qu’entré dans la Belgique , il parVièndrait aisément à la soulever, il évacua, subitement ces trois villes. Sa position militaire pouvait l’exiger; mais, comme il n’avait point été attaqué, on jugea , et le fait était vrai, que ' la cour avait donné l’ordre de la retraite. On vit surtout une perfidie profondément combinée dans l’action d’im officier supérieur de celte armée , nommé Jarry , qui , en éva-

cuant Courtray , et suivi de près par l’ennemi , avait fait mettre le feu à un faubourg de cette ville. On ne douta point que cettè barbarie, destituée de tout prétexte , n’eût eu pour motif d’indisposer contre nous le peuple- de la Belgique.

Mais ce qui rendait les dangers plus pressans , c’était l’approche d’une formidable armée prussienne, commandée par Frédéric - Guillaume et par le duc de Brunswick : on l’évaluait à soixante - dix mille hom- ' mes ; elle présentait la cavalerie la plus redoutable qui eût encore paru.

De nombreuses légions d’émigrés marchaient avec elle ; un corps de quinze mille Autrichiens devait la seconder. On citait plusieurs chefs dont les talens militaires s’étaient déjà exercés contre les Français dans

DE LA RÉVOLLTlOJr ERANÇ. 25q

ses jours. Les gardes-suisses et quelques compagi|ies de grenadiers de la garde nationale avaient été disposés pour veiller à sa sûreté. Leur contenance fière écarta le danger , maisnon les outrages. Combien cette fédération était différente de celle de 1790 , signalée par une gaîté civique , par une confiance si entière, et par-un amour de la liberté qui s'embellissait des affections sociales !

Au milieu de cette agitation qu’ils avaient fait naître , les girondins étaient plus que jamais indécis sur la marche qu’ils avaient à suivre.

Quelquefois ils faisaient dire à la cour , par des agens obscurs, que le roi pouvait encore les calmer en rappelant les trois ministres de leur choix, et en se résignant à tenir sous eux une conduite subordonnée et

a6o PRÉCIS fliSTORiQim passive. Ils ne se lassaient point do répéter des menacé : ils disaient^ et le fait était vrai , qu’eux .seuls retenaient encore l’insurrection prête à éclater; mais ils n’en conservèrent pas long - temps le pouvoir. On rie peut rien affirmer sur les négociations qu’on prétend qu’ils ouvrirent alors avec la cour. On a parlé d’un mémoire signé par Vergniaud , Guadet , Gensonné , qui exprimait formellement lesconditionsque jeviens de men tionner; mais rien ne garantît l’existence ni l’authenticité de cette pièce. Ceux qui les ont accusés d’avoir demandé des sommes considérables pour faire cesser leur opposition , ont , sans aucun fondement , calomnié leur mémoire , qui est inattaquable à cet égard.

Ils se voyaient arrivés au moment

teux avaient fait sentir le besoin.

Loin de répondre à une telle^atlente ^ la nouvelle fédération ne fut marquée que par les fantaisies grotesques du délire populaire. L’assemblée législative avait, la veille, cassé l’arrêt du département 'de Paris par lequel Pélion était suspendu de ses fonctions. Cette décision , sollicitée par les clameurs et les menaces d'une foule immense , était devenue un triomphe de parti. Pétion parut à celte fêle, qui bientôt n’eut plus d’autre objet que luimême. Son nom était écrit sur tous les chapeaux avec delà craie , et sur mille bannières, à la suite desquelles marchaient diflerens groupes qui se confondaient entre eux. On était excédé du concert uniforme et extravagant de ces cris mille fois répétés:

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258 PRÉCIS HISTORIQtE

vive Pétion î Pclion ou (a mort !

, Le danger proclamé de la patrie était oublié , tout s’enivrait du bonheur de revoir Pétion. 11 ajoutait au ridicule de cetle scène par le naïf orgueil avec lequel il paraissait jouir de ces acclamations. Cet enthousiasme était toutefois peu sincère chez les jacobins , qui le savaient attaché au parti de la Gironde ; mais ils se plaisaient à l’accabler et à préparer sa chute par cet excès d’idolàtric. Louis ne parut au champ de la fédération que comme un roi vaincu à la suite d’un triomphateur.

Aumomentoù il se présenta àl’autel de la patrie pour renouveler son serment, mille voix dénoncèrent eix lui un parjure. Il y eut même un moment où la foule pressa son cortège de manière à faire craindre pour

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d’accomplir l’entreprise qu’ils méditaient depuis si long - temps , et qu’ils avaient préparée par des actes révolutionnaires revêtus du nom de > lois; c’était de faire prononcer par l’assemblée législative la déchéance du monarque. Quelque violente que fût cette mesure , elle leur semblait préférable aux dangers d’une insurrection, qui , dirigée sans eux,pouvaitbientôt se tourner contre eux,, et contre la liberté même.

Les jacobins s’inquiétèrentde cette marche qui eût rendu leur concours Inutile. Robespierre demanda la convocation des assemblées primaires..

C’était au peuple , disait - il, au peuple seul , à prononcer , et sur le roi actuel, et sur la royauté même. Il appelait une conventi<yix nationale <|ui serait investie par le peuple dç

« prévenons ses attentats. A-t-on vu « les jacobins et les Cordeliers se mô- « 1er à l^insurrection'du 20 juin ? Sa « couleur indécise, de si petits eiïets a joints à de si insolentes menaces a ne permettent pas qu'on nous Tat- « tribue. Bientôt ils n'auront plus à R eux une seule troupe dont ils puis-' « sent disposer : nous leur enlève- « rons les fédérés et les Marseillais , tt dont on annonce l'arrivée, comme « nous leur avons enlevé le peuple ; « et nous occuperons ceux - ci de « mouvemens incertains , dont les « résultats ne seront jamais à crain- « dre pour la cour. »

C’était par de tels artifices que ces > hommes perfides voilaient la profondeur de leurs complots aux yeux de ceux dont ils avaient juré la ruine.

Dans l’épuisement même de la liste

^^64 PRÉCIS HISTOblOtjll ^ .

civile, ils obtenaient encore des som»

mes considérables. On ignore si leiu* cupidité leur permettait d’en faire servir une partie aux bénins les plus urgens de leur faction : on ignore aussi s'ils avaient concerté ces manœuvres avec Robespierre.

Le caractère farouche de celui-ci et son affectation de désintéressement pouvaient y , répugner ; cependant ce jeu cruel était fait pour ré-^ jouir son âme atroce.

Les Girondins, qui avaient mis en avant l’idée de la déchéance, etqui avaient employé toute la véhémence et toute riiabileté de leurs moyens à familiariser l’assemblée avec cette mesure, s’effrayèrent du plan de Robespierre. On vit avec étonnement Brissot se présenter à la tribune pour demander que cette discussion fût

DB LA BÉVOLtmON FRANC. 0.6$

irailëe avec calme elmalurilé. II témoignait du repentir et de l’incertitude ; il combattait directement les jacobins dans le plan qu’ils venaient d’adopter ; il dévoilait plusieurs de leurs pensées secrètes. Ce discours montre combien les girondins avaient’ encore d’éloignement pour l’insurrection proposée ; et si depuis on les a vus la présenter comme leur propre ouvrage , on ne doit l’attribuer qu’au danger de leur position vis-à-vis des jacobins , et peut-être aussi à cette vanité qui attache du prix à toute espèce de victoire. Il est important de faire connaîtreavec quelle redoutable adresse Vergniaud fit naître la question de la déchéance du roi. Je transcris une partie de son discours. ,

« Je vous demande , disait-il , ce

266 PBÉCIS HISTORIQUE

O qu’il faut entendre par un acte « formel d’opposition. La raison dit a que c’est l’acte d’une résistance « proportionnée , autant qu’il est e possible , au danger , et faite dans « un temps "utile , pour pouvoir l’é- « viter. Par exemple , si dans la « guerre actuelle cent mille Autri- « chiens dirigeaient leur marche « vers la Flandre, ou cent mille Prus- « siens vers l’Alsace , et que le roi , « qui est le chef suprême de la force « publique , n’opposàt à chacune de « ces redoutables armées qu’un déa lâchement de dix ou vingt mille « hommes , pourrait-on dire qu’il « a employé les moyens de résis- « tance convenables , qu’il a rempli « le vœu de la constitution , et fait « Pacte formel qu’elle exige de lui ?

« Si le roi, chargé de veiller à la

DE LA RÉVOtniON FRANÇ. 267

« si!lreté extérieure de l’état, de no- • « tifier au corps législatif les hosti- « lilités imminentes , instruit des « mouvemens de l’armée prussien- « ne, et n’en donnant aucune contt naissance à l’assemblée nationale;

« instruit , ou du moins pouvant « présumer que cette armée nous « attaquera dans un mois , disposait « avec lenteur les préparatifs de ré- « pulsion ; si l’on avait une juste in- « quiétude sur les progrès que les « ennemis pourraient faire dansl’in- « lérieur de l’état, et qu’un camp « de réserve fût absolument néces- « saire pour prévenir ou arrêter ces « progrès ; s’il existait un décret qui « rendît infaillible et prompte la « formation de ce camp ; si le roi « rejetait ce décret , et lui substituait

DE lA BÉVOEÜTION PRAKÇ. aj|

« l’arlifice de vos excuses et Faudace « de vos sophismes ?

« Était-ce nous défendre que d’op- « poser aux soldats étrangers des « forces dont l’infériorité ne laissait « pas même d’incertitude sur leur « défaite ? Était -ce nous défendre « que d’écarter les projets tendant à « fortitier l’intérieur du royaume , « ou de faire des préparatifs de réo sistance pour l’époque où nous se- « rions déjà devenus la proie des ty- « rans? Était-ce nous défendre que « de choisir des généraux qui atta- « quaient eux-mêmes la consti luit tion , ou d’enchaîner le courage « de ceux qui la servaient ? Était-ce « nous défendre que de paralyser « sans cesse le gouvernement parla « « désorganisation continuelle du O ministère ? La constitution vous

'272' PRÉCIS HlSTORIQtE

,« laissait-elle le choix des minis- « 1 res pour noire bonheur ou notre « ruine? Vous fit-elle chef de l’armée « pour noire gloire ou notre honte?

« Vous donna-t-elle enfin le droit de « sanction , une liste civile 9 et tant « de grandes prérogatives , pour « perdre constitutionnellement la « constitution et l’empire ? Non ,

« non 9 homme que la générosité « des Français n’a pu émouvoir ,

« homme que le seul amour du des- « polisme a pu rendre sensible , vous « n’avez pas rempli le vœu de la « constitution ; elle peut être ren- « versée mais vous ne recueillerez « point le fruit de votre parjure. .

€ Vous ne vous ôtes point opposé « par un acte formel aux victoires « qui se remportaient en votre nom *

« sur la liberté ; mais vous ne re>

DE EA RÉVOttTION FRIÏÎÇ» 2^ -

« renfort qu’il serait facile de lui act corder ; si, par un refus , le roi lui c disait clairement : Je te défends de . »

« vaincre ; si , mettant à profit cette « funeste temporisation , tant d’in- « cohérence dans notre marche poli'- « tique , ou plutôt une si constante fi persévérance dans la perfidie, la « ligue des tyrans portait des altein- « tes mortelles à la liberté, pour- « rait-on dire que le roi a fait la ré- « sistance constitutionnelle; qu’il a t-rempli pour la défense de l’état le a vœu de la constitution ; qu’il a fait « l’acte formel qu’elle lui prescrit ?

« S’il était possible que, dauslescac lamités d’une guerre funeste , dans O un bouleversement contre -révo- « lutionnaire, le roi des Français ne c leur parlât de son amour pour la « constitution qu’avec une ironie in-

»B lA RévOttJTlON FRANC. 2^5

« cueillerez point le fruit de ces in- « dignes triomphes. Vous n’étes plus € rien pour cette constitution que < vous avez si indignement violée , « pour ce peuple que vous avez si « lâchement trahi ! »

Dumas avait répondu avec beaucoup de talent et de véhémence à ce discours de V ergniaud ; mais il n’avait pu empêcher que la déchéance du roi ne fût sur-lé- champ mise en question. L’assemblée paraissait suffisamment entraînée pour prendre sur elle cette mesüre décisive I lors-

que les girondins^’ par les raisons que j’ai énoncées plus haut, laissèrent languir cette attaque. Ils la reprirent avec vigueur quand ils s’aperçurent que les fàcobins allaient porter le coup fatal ; peut-être voulaient-ils leur enlever un prétexter

^74 PRÉCIS HISTOniQÇE

pour ragresslon ; pcul-ùtrc ne son- ,geaient-ils qu’à se mettre à l’abri de leurs fureurs en signalant de nou- •veau leur haine contre la cour.

Pétion déclara toutes les sections de Paris en permanence. 11 les fit délibérer sur les dangers de la patrie , let se servit de tous les moyens révolutionnaires pour déconcerter les timides défenseurs de la constitution et du. roi. Il vint ensuite présenter à l’assemblée législative une pétition impérieuse 9 ’ dans laquelle les sections de Paris déclaraient que Louis avait perdu la confiance de la nation. Le lendemain , plusieurs d’entre elles se convoquèrent, , et . protestèrent contre le voeu qui leur ' avait été attribué. Cette lutte se passa en inyectives^;amères , en violences continuelles. . Les jacobins, :vain-

DE LA HÉVOLrTTdPr*rBiNÇ. 27^ queiirs dans une section , se rendaient bientôt dans une autrè où l’on entreprenait de leur résister et dispersaient pâr des voîés de fait lesconstitutiôhnels, que fatiguait ce genre de combat. Paris prit chaque jour un aspect plus menaçant et plus tumultueux ; les fédérés arrivaient de toutes parts ; ils se regardaient comme les représentans armés de la nation , et aunoiiCaient que leur mission était de renverser le trône.

Les ministres s’efforcaient en vain de

les renvoyer à Soissons, qui avaitété choisi pour le lieu de leur rassemblement ; la terreur qu’ils inspiraient fut beaucoup accrue par l’arrivée de la légion marseillaise. La cour était dans un tel état de stupeur et d’épouvante , qu’elle n’avait osé arrêter la marche de cette troupe choisie'

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pour être à, la tête de l’insurrection prôjelée. Elle n’était composée que de cinq cents hommes , mais qui depuis long -temps faisaient trembler le midi delà France. La crainte leur formait une renommée épouvantable. Parmi leurs chefs était un jeune homme audacieux et bouillapt f nommé Barbaroux ; il se lia depuis avec le parti des girondins ; mais alors il se concertait particulièrement avec Robespierre et Danton. Les grenadiers de la garde nationale parisienne ne voulurent point paraître intimidés à l’aspect de ces adversaires. Plusieurs d’entre eux s’étaient réunis dans un repas aux Champs-Elysées : ils faisaient entendre les cris accoutumés du parti constitutionnel : vive ia nation et ie roi / Les Marseillais arrivèrent

DE IA BÉVOLDTION FBAIfÇ.

bientôt f et s’établirent dans un lieu voisin. San terre et quelques autres chefs des jacobins étaient mêlés parmi eux. Ils frémirent en entendant des acclamations qu’ils regardaient comme contre-révolutionnaires. Le nom de Lafayette , répété plusieurs fois, mit le comble à leur rage , et sur-le-champ ils s’élancent, le sabre à la main ; les convives essaient en vain de résister ; le nombre les accable ; la multitude s’était jointe aux Marseillais; les grenadiers sont poursuivis avec fureur ; Us ne trouvent , au milieu de la promenade publique la plus fréquentée , pas un parent, par un ami qui vienne prendre part à leurs dangers, üu d’entre eux, nommé Duhamel , lieutenant de la section des FiUes-Saint-Thomas, s’était long-temps défendu avec cou-

rage , et avait reçu plusieurs blessures. Il cherchait ii se réfugier dans une maison particulière ; les Marseillais l’y atteignent et le tuent. Ses compagnons , dispersés de tous côtés , ne se croient pas assez forts pour le venger. Cependant l’alarme s'était répandue dans 'Paris. Plusieurs bataillons se tenaient rassemblés ; des militaires distingués et zélés constitutionnels vinrent à eux, et les pressèrent de marcher contre les meurtriers du malheureux Duhamel. Leurs efforts furent inipuissans , on se tint sur la défensive. Les Marseillais rentrèrent dans leurs casernes en répétant des chants de victoire ; et ce premier essai leur dévoila quelle pusillanimité régnait dans la ville où ils venaient faire une révolution. Ceux qui n’avaient

DE LA nèvOLDTION FRANC. 2J9

pas SU exercer leur propre vengeance implorèrent celle des lois; rassemblée les repoussa avec mépris. On sortit de Paris avec la même précipitation qnel’on sort tVune ville qui va être assiégée : Rouen devint particulièrement le refuge de toutes les familles fugitives.*

Nous avons déjà vu que le roi, depuis la journée du 20 juin , avait fait fermer le jardin des Tuileries.

Par cette précaution , il se mettait moins à couvert des attaques que des invectives de ses ennemis. L’assemblée législative lui ôta cette faible barrière , en ordonnant que la terrasse des feuillans, qui conduisait au lieu de ses séances serait rendue public. Les jacobins et tout le peuple qui marchait à leur suite s’emparèrent sur-le-champ de ce lieu ;

DE LA ÊÉVOLXITION FBANÇ. 285

ainsi que ses principaux complices.

Tous ces mouvemens a joutaient à la sombre disposition des esprits.

Cependant ceux qui conspiraient * contre la cour , prêts à lui porter le dernier coup , se déconcertaient à chaque instant. A force d’entretenir le peuple des formidables mouvemens d’armes qui se préparaient au château des Tuileries, leur propre imagination en était ébranlée.

Lps chefs des jacobins se réunissaient à Charenton pour se décider sur le jour et sur les mesures de l’insurrection. Robespierre se rendait avec mystère aux conciliabules des conspirateurs , y parlait avec timidité. Il étudiait l’art de profiter de la victoire , et laissait à d’autres le «oin de la prép^er. Danton , Collotd’Herbois, Billaud-Yarennes, d’au-

très hommes qui ont acquis une célébrité aussi odieuse que ceux-ci , disposaient le mouvement ; mais aucun d’eux ne s’offrart pour com- ^ mander l’attaque. . Ils s’arrêtaient presque toujours à ce mot : Que ferons-nous, si la cour nous résiste?

Ils n’avaient pas asser de confiance dans les talens militaires et la valeur de Santerre pour lui confier cette entreprise. Danton leur présenta enfin un homme fait pour dissiper toutes leurs alarmes : c’était TVestermaun , qui depuis a signalé sa bravoure , ses talens et sa férocité dans la guerre de la Vendée , et qui a suivi Danton à l’échafaud. 11 offrit aux jacobins un plan d’attaque qui fut vivement appuyé par les chefs de la légion marseillaise. Ceux-ci répondaient de leur petite troupe ; mais$

DE II RÉVOLUTfON FRANÇ. 28 1

rer sa mort que pour lui faire dévorer plus long-temps les outrages.

PétioD arriva dans ce moment ; respecté de la foule , il sauva la vie à d'Eprémesnil. Celui-ci lui adressa ces paroles prophétiques : « Gomme « vous Têtes aujourd’hui, monsieur, « j’ai été porté en triomphe , et vous < me voyez maintenant eu proie aux € fureurs du peupte. Ne vous fiez; « point à sa faveur ni à votre for- « tune actuelle. »

Dans ie même temps , on apprit que les massacres recommençaient dans le Midi. La ville d’Arles , depuis long temps livrée aux divisions (te deux factions acharnées, fût ensanglantée par la vengeance du parti populaire , qui avait été quelque temps comprimé. A Toulon , neuf personnes accusées d’aristocratie fu*

DE là RÉVOtUTlON FRANÇ. 285 la multitude parisienne qu'il fallait employer était méprisée par ceuxmèmes qui la dirigeaient. On ne la trouvait point encore suffisamment remplie de l’enthousiasme révolutionnaire ; on s’indignait de ce que des hommes du peuple demandaient encore quel prétexte on avait pour l’insurrection. « £h bien ! s’écria un « jour Chabot, au milieu d’une déc libération des conjurés, ils veulent « un prétexte ; ma mort peut le leur « fournir. » On l’écouta avec étonnement. «Oui, répondit- il, le moyen « est tout simple. Je me trouverai « pendant la nuit dans une rue dé- « tournée ; que quelques - uns de « vous s’y rendent en même temps ; « qu’ils attendent mon signal j qu’ils f me tuent ; que sur-le-champ on

286 PRÉCIS HTSTOKIQTTE « répande parmi le peuple que la « cour a payé des assassins pour im- « moler un député patriote ; que a mon corps sanglant soit porté dans « tous les lieux publics : la ven- « geance éclate sur-le-champ , le « peuple est rempli de fureur, l’in- « surrection se décide , et le château « des Tuileries est abattu. » Sans doute les complices de Chabot crurent qu’un tel sacrifice n’était pas nécessaire pour acheter la victoire ; son dévouementnefutpoint accepté.

On ne connaîtrait pas un trait de fanatisme plus étonnant que celui-là , s’il eût été sincère : c’était vouloir acheter par sa mort le droit de calomnier son ennemi. Mais tout porte à croire que Chabot avait compté d’avance sur un refus. C’était uu

ex-capucin , qui joignait aux mœurs les plus honteuses une âme sordide et vénale.

La conjuration touchait à sa ma> turité, et cependant elle échoua trois fois; car elle dut éclater le le 4 et le 5 août. Les circonstances qui occasionnèrent ce retard sont trop peu importantes pour que je les rappelle ici.

La cour se croyait instruite de ce qui se passait entre les conjurés ; mais elle ne recevait à cet égard que de perfides confidences. Quoique les girondins ne fussent point appelés à ces délibérations , ils n’en ignoraient cependant pas les résultats. Ils ne songèrent plus à arrêter le mouvement , et peut-être n’en avaient-ils plus le pouvoir. Ils résolurent, en le laissant éclater > de s’en rendre les

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modérateurs et les maîtres ; la destinée trahit ce vœu. Elle vint offrir aux chefs de l’insurrection le prétexte qu'ils attendaient. Depuis plusieurs jours, rassemblée législative ne s’occupait plus que du décret d’accusation contre Lafayette : à cette décision était attaché le sort de la ' royauté constitutionnelle, dont U était le dernier soutien. Ses partisans redoublèrent de zèle dans cette discussion importante. Ils montraient en lui un homme qui sacrifiait tout au désir de maintenir ses sermens , et croyaient par là rappeler rassemblée au souvenir des siens. Chaque jour on s’apercevait que la majorité , épouvantée de la direction qu’elle avait suivie jusque là, faisait quelques efforts pour rentrer dans l’ordre constitutionnel. Les-

DE LA RÉVOtXITlON PRANÇ. 28«) girondins , qui l’avaient si longtemps dominée , commençaient à la trouver indocile. Vaublanc , Ramond, Dumas, Girardin, Beugndt, Dumolard, tous ceux enfin qui défendirent Lafayette, eurent à braver^ pendant le cours de cette longue discussion, les insultes journalières, et même les violences des hommes armés et des femmes furieuses qui peuplaient les tribunes et les groupes. Les girondins s’indignèrent de la lesistance qu’ils éprouvaient, et se montrèrent alors^ aussi violens que les jacobins eux-mêmes. Brissot venait de faire entendre contre Lafayette la même voix qui avait envoyé Delessart à Orléans. La discussion se ferme après lui , et Lafayette est absous par une forte majorité. On invoque cet appel

A » Xia Q ^

SQO PRÉCIS RlSTORIQUE

nominal’ qui , dans des temps de

troubles et de terreur , offrait aux

hommes pusillanimes la crainte de placer leurs noms sur une liste de proscrits. On y procède , et , à Tétonnement commun du parti vainqueur et du parti vaincu , quatre cent qua- ’ rante-six voix prononcent contre deux cent vingt-quatre qu’iL n’y a pas lieu à accusatiom Ce décret fut rendu le 8 août. Au moment où les députés sortaient, plusieurs de ceux <}ui avaient voté pour" Lafayette furent insultés et frappés; quelques gardes nationales accoururent , ' et parvinrent à'ijes sauver des fureurs et des outrages de la multitude. Les jacobins et les Cordeliers passèrent la nuit entière à préparer l’attaque çontre Je château des Tuileries,

Le lendemain 9 9 un oalme sombre

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DE Lk RÉYOLDTibîf FRàNÇ. 29 1

règne d^ns Paris. Les députés outra-, gés la veille viennent en vain deniander vengeance à l’assemblée; ils voient leurs adversaires sourire au récit des dangers qu’ils "ont courus; ' ils se demandent ce qu’est devenue cette majorité qui venait de leur donner un triomphe d’un moment.

Elle partage^ leurs périls ; car déjà les jacobins ont tait affîch^er l’ajlpel nominal ; néanmoins elle se tait et ne s’occupe ni de vengeance, ni même de précautions. Cependant Rœdep . rer , procureur-syndic du département , arrive à l’assemblée; il dévoile la conspiration qui se prépare : « C’est «.pour demain, dit-il. Dès ce soir c les sections doivent se déclarer en « insurrection , jusqu’à ce^pie l’asc semblée aitprononcéla déchéance c du roi. Les fédérés et les Marseillais

•DI IA BÉVOLüTIOir PBANÇ. SgS « geance , qui est celle de la repré- « sen talion nationale ; il n’est plus « question de nos périls d’hier : son- « geousà ceux qui , dans ce moment « même , environnent le roi > l’asc semblée et la constitution. On vous a demande des mesures , on vous € en propose , que tardez - vous ?

« L’horrible sigo«d va se faire enc tendre. & • ■

Bientôt la fureur est telle entre les deux partis , que chaque instant fait craindre de voir le sang couler au milieu de l’assemblée. La plupart des députés sont armés ; les fédérés qui occupent les tribunes le sont aussi. Aucun décret ne SC rend, aucune mesure ne se prépare : celle qui vient d’être proposée par Vaublanc €§t écartée ; l’assemblée se prépare à

agS ^ PEÉCIS HISTORIQTJ* •

sept heures du soir, et se convoque pour la nuit même.

L’insurrection avait trois centres principaux ; le club des jacobins , le club des Cordeliers et la section des Qninze-vingts du faubourg Saint- Antoine. Mais C’est aux cordeliers que se trouvent les hommes les plus ' redoutables ; les Marseillais y sont; ils demandent i#ipatiemftient le sî< gnal. Danton , d’une voix tonnante et furieuse , retrace les crimes de la cour : « Cessons , s’écrie-t-il , d’e»

• appeler aux lois et aux législa- « teurs;les lois, elles n’ont pas prévu « fant'de forfaits ; les législateurs ,,

« ils en sont pourla plupart les com-

• plices ; ils ont absous Lafayette.

« Absoudre le traître ; c’est nous «livrer à lui, aux ennemis de ia '

DE LA. RÉVOLETION FRA!TÇ. 2g5

Vaublanc demande qu’on éloigne à l’instant de Paris^les fédérés et les Marseillais. A cette proposition, ,Guadet éclate et rejette loin tout voile de mbdération. « A quels hommes' « pusillanimes, s’écrie-t-il, a-t-on « pu persuader qu’ils avaient à crain- « dre les coups des défenseurs de la « patrie ? Toute profonde qu.’est leur « indignation, elle ne se livrera point « à des excès condamnables. Veut- « on pa3Tr de cet opprobre le dé- « vouement dont ils nous entourent?

« Non , ce n’est point de ce côté que « nous avons à craindre les poi- « gnards , il est une faction qui les « dirige. — Nommez-la ( s’écrie- « t-on. — C’est celle qui a voulu élever au-dessus de la représen- « tation nationale un général re- « belle, qui a dicté ses insolentes pé-

DE LA BEVOLDTION FRANC. aQJ

«France , aux vengeances 'sangui»

\ naires des rois. Que dis-je ? c’est « celte nuit même que le perfide « Louis a choisie pour livrer au car- « nage , à l’incendie cette capitale, « qu’il veut quitter encore une fois.

« Aux armes l aux armes ! » Ce cri est répété mille fois , et se propage dans touslesenyirons. A onze heures»

cette assemblée' se déclare en insur-.

rection , et sur-le-champ un coupde fusil part. La fureur augmente , on traîne déjà les canons ; Chabot, Ca« mille-Desmoulins , plusieurs autres sortent'pour aller sonner le tocsin.

Ils trouvent sur leur passage le peuple épouvanté et encore indécis.

Dans plusieurs sections , on veut leur résister ; ils livrent en quelque sorte des combats pour s’emparer du tocsin. Ce terrible son se fait eu-

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