‹ Précis historique de la révolution francaise. Assemblée législative (volume 2)Chapitre 18 sur 20 · PBÉCI8 HISf OBIQVB · texte numérisé non relu

PBÉCI8 HISf OBIQVB

ils sont arrêtés par une patrouilleautrichienne : on les interroge ; ila se nomment : ils disent la cause de leur fuite. *On les arrête ; ils sont pri|onniers> du rot de Prusse. Ils sck Ü üttent encorfe que ce monarque respectera ea eux le droit des. gens et celui du malheur^' Mais ceux qui viennent renverser en France la révolution n'examinent point quelle circonstance a mis en leur pouvoir Pun des hommes qui contribua le plus à son mouvement. Les émigrés, tirent un augure favorable de ce coup du sort qui leur livre . un ennemi sans défense^

. Lafayette éloigné ^ il ne resta it^ plus aux vainqueurs du lo août d'autre sujet d'alarmes que les armées étrangères , qui se préparaient à l'invasion du . territoit^ français»

1* LA aivOItlTIOF FBIWÇ. 553

feu de l’indignation est ralenti ; un grand nombre de soldats désertent et dénoncent Lafayette et son étatmajor. Les corps même qui s’étaient

■prononcés le plus ouvertement chancellent. L’inaction laisse de la place à tous les raisonnemens , à tous les repentirs. Ce changement des esprits, se manifeste surtout à une nouvelle revue : les canonniers protestent contre ce qui s’est passé ; quelques soldats crient dans les rangs : Vivent les députés de Vassemhlée nationale l Déjà le bruit.s’était répandu que Lafayette était décrété d’accusation par rassemblée V et qu’on sévirait contre ceux qui le reconnaîtraientencore. Cependant, aumilieiide cette nouvelle opposition qu’il éprouve, ceux-mên>es, qui Tabandouuent semblent encore le. plaia-

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M Ik RÉVOLUTION FBANÇ. 557 Mais la division qui existait entre les tévolutionnaires , lors même qu’ils semblaient concourir au même but, éclata avec plus de violence , lorsque les uns voulurent établir la puissance des lois , et que les autr tî>vt)ulurent régner par l’anarcliie ét par le crime. L’assemblée législative essayait vainement d’arrêter leSiisurpations de la nouvelle commune dé Paris ;• celle- ci avait encore entre ses mains tous les moyens qu’elle avait développés au jour de rinsurrectîon.

Elle coniinandaif toujours aux cent mille hommes armés qu’elle avait fait mouvoir; elle ne permettait pas à leur fureur de se ralentir un moment. Ses délibérations étaient publiques ; et des projets sanguinaires, tous les «jours annoncés par ses féroces orateurs y tous les jours répétés

358 PRÉCIS HISTORIQUE par inille bryaiis échos, tenaient rassemblée législative dans l’humiliation , Paris dans la stupeur', et la France entière dans une sombre ■» attente. Rob^S[)ierre s’était mis à la tète de la commune de Paris. Un chef qui eût valeureusement conduit lescolonnes républicaines dans l’attaque du cbâteaii ; un héros qui ,par les triomphes les plus éclatans ,eût délivré sa patrie d’une invasion j étrangère , n’eût jamais osé prendre un ton aussi impérieux que ce ténébreux instigateur de .troubles dont il ne partageait pas les dangers. 11 venait Souvent présenter des pétitions à l’assemblée : « Le sang ne c coule point encore , disait-il , le «peuple reste sans vengeance. Nul « sacrifice d’expiation n’a encore été « offert aux mânes des héros dont la

DE Ik DÉVOLUTION FRINÇ. 359 *

<• mort glorieuse a valu le loaoùt à «la France. Et quels sont jusqu'à ■« présent les fruits de cette irnnior- .« telle journée ? On a suspendu un ' « tyran ; il fallait le déposer et -le « punir. Ses exécrables co nplices « conspiraient dans un château ; ils « conspirent dans leurs maisons ,

'< dans- leurs jardins somptueux,

« Déjà je les vois je les entends « qui se flattent' de surprendre et « d’égorger sans défensé des vain- « queurs qu’on empêche de profiter «de leur victoire. Un tel malheur,

< s’il arrivait , ne serait point itii- « puté au peuple ; il sent ses droits € et brûle de les exercer ; votre faia blesse en serait la seule cause. Vous « parlez législateurs, démettre en «jugement les conspirateurs du lO « août ; c’est trop restreindre la ven-

56o PRÉCIS HISTORIQUE « geance nationale. Les conspîra- « leurs ont-ils donc attendu ce )Oiir « pour verser le sang du peuple ?

« Le supplice des uns n’est rien « quand il y a impunité pour les c autres. Qu* ils soient jugé^ tous ; € mais par des juges créés pour tes « circonstances. »

Ainsi^déjà lapenséede ce monstre semblait embrasser tous les ctimes dont , ^pendant deux ans, lui et les sienscouvrirent la France. Il demandait à l’assemblée que tous les conspirateurs de toutes les époques de la révolution fussent jugés souverainement et en dernier ressort par des commissaires pris dans chaque section.

L’assemblée frémit à la fois, et de ces propositions et de tous les moyens de terreur. qu!on disposait

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bE £1 RÉVOttTlOH ÏRANÇ. 36 1 pour les soutenir : elle délibéra sur' la formation’ d’un tribunal extraordinaire.' Les girondins s’élevèrent contre les assassinats qu’on |voulait légaliser; ils invoquèrent l’institution des jurés ; ils voulurent et ils obtinrent, avec beaucoup de peine, qu’on eu conservât quelque faible image dansce tribunal, premier modèle de tant de tribunaux sangui-.

iiaires qui ont dépeuplé la France des hommes les plus recommandables. Robespierre en fut nommé président. Ilrefusad’y siéger, en disant, lui qui provoquait tous les assassinats , qu’un|emploi si rigoureux répugnerait trop à ses principes philanthropiques. 11 s’était lié plus intimement que jamais avec Danton.' Celui-ci croyait voir dans Robespierre jan enthousiaste dont il -lui A. L. 3i

36a J PB^CIS HISTÔIUQUE '*• serait facile de se serVir. Il espérait le subordonner toujours à ses plans, à son ambition ; l’hypocrite . désintéressement de Robespierre trompait Danton lui-méme. Bientôt il se présenta un troisième personnage , qui entra en quelque sorte de force dans cette horrible alliance : c’était Marat.

Après le 10 août, il s’élança de son souterrain , et vint figurer à la tête dès vainqueurs. Ses traits hideux étaient le miroir de son âme. Depuis trois ans ses feuilles atroces étaient un poison journalier pour la portion du peuple la plus ignorante , la plus portée à tous les excès. Lafayette l’avait vainement fait poursuivre ; depuis , les girondins l’avaient vainement fait décréter d’accusation.

Renfermé dans un caveau , c’e^t de

là qu’il comptait et qu’il augmen-

de' la révoldtion franç. 363 , j

- tait sans cesse le nombre des victimes ^

nécessaires, suivant lui, pour maintenir la révolution. 11 avait écrit sous l’inspiration de Danton et de Robespierre ; il ne louait qu’eux il .se regardait comme l’auteur de leur, puissance ; il voulut la partager. Il proposa l’établissement légal d’un triumvirat; ceu.v-ci rougissaient d’un ^

tel associé , et continuaient de s’en serv ir. Cependant Danton avait fait des promesses à d’Orléans. Le moment était venu de les •accomplir ; mais Danton alors était trop occiipé de son ambition pour servir celle d’un autre* D’Orléans, sans être convaincu que tous les crimes projetés serviraient à son élévation, fut porté par le penchant de son dme à se ’ ' dévouer à la faction la plus vile et la plus odieuse.

DE LA RÉyOLUTIOIf FBAWÇ. . 367

serve à l’égard des officiers suisses.

On avait à craindre que leur nation, déjà plongée dans le deuil par la journée du lo août, ne cédât à son indignation en voyant suivre le cours des proscriptions judiciaires contre ceux qui avaient échappé aux massacres. Maislesdominateurs du moment ne pouvaient subordonner leur vengeance à aucun calcul de politique extérieure. Plusieurs des officiers suisses misen jugement furent cependant acquittés : un seul , le major Bachmann fut condamné. Le peuple vit , avec plus d’étonnement que de sensibilité , la fermeté imposante d’un militaire qùi s’avançait avec fierté vers une mort glorieuse à ses yeux , 'quoiqu’elle fût hors des combats. Le colonel d’Affri, deux fois en jugement , fut deux fois *c-

368 ' PRÉCIS BISTOBIQÜB * quitté. Il prouvait , par un aHbt y.

qiiUl n’avait pu ni donner ni eon-« naître Tordre' fatal. Montmorin y gouverneur de Fontainebleau, fut aussi absous par le même tribunal :

la commune en poussa des cris d& fureur ; elle demanda la cassation de ce jugement à rassemblée nationale , qui ne rougit point d’attenter à la liberté des )ùges, qu’elle avait créés. !

L’irritation des esprits était tous, les jours accrue par l’invasion étrangère qui s’eflectuait. > A la nouvelle du 10 août , le roi de Prusse avait re*»

doublé d’activité et d’audace ; il commandait une armée de soixantedix mille hommes , forte surtout en, cavalerie. Legrand nom de Frédéric,, le souvenir de ses vifctoires , avaient répandu au loin la terreur des ar->^

»E Lk RBVOltTION PRANÇ. 565 « croit devoir vous observer que « votre jugement a été rendu par « des hommes justes qui* auraient « voulu vous absoudre. » Le peuple parut plaindre ce vieillard, qui mon-' tra , en allant à l’échafaud , la sérénité de l’homme religieux. Le tri-, bunal jugea ensuite Durosoy. C’était l’auteur d’un journal ouvertement contre-révolutionnaire : il avait consacré son médiocre talent à rendre à la noblesse française des sentîniens chevaleresques. 11 avait prêché la fatale émigration , comme' de pieux solitaires avaient jadis prêché les croisades. Son journal insensé trou-, vait des lecteurs plus insensés en-* core : au reste , nulle loi n’existait contre les abus de la liberté de la presse. Les républicains la proclamitient et l’exerçaient dans le sens

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mées prussiennes. Le duc de Bruns^ wick , nommé généralissime pour cette expédition , avait été .désigné, par Frédéric lui-même et par l’opi+ nion de l’Europe, comme le plus grand capitainq^e ce temps. Il avait sous ses ordres plusieurs généraux qui s’étaient souvent combattus péndant la guerre de sept ans. Le roien^ flammait tous les esprits par la démonstration des sentimens chevaleresques qui convenaient »la cause qu’il venait défendre : lui et son fils étaient avides de gloire et de dangers.

L’infanterie ne faisait pas la priiiT.

cipale force de leur armée , mais elle était exercée aux plus savantes manœuvres. Le roi avait avec lui beaucoup d’artillerie de campagne, peu de pièces de siège ; il comptait Suç des intelligences pour s’empa^-«

570 Pfiéciîl HÎSTORFQBB “

rerde plusieurs places importantes.

Vingt mille^ émigrés', conduits par les frères de Louis xvi , se présentaient comme une avant-garde redoutable, jalouse surtout de prendre pour elle tous les périls de celte- expédition. On y voyait des généraux qui avaient acquis quelque gloire dans la guerre de sept ans , tels que le maréchal de Broglieet le maréchal de Gastries. Cette troupe, ©ù chaque soldat a\^it été auparavant officier et n’en avait pas perdu le souvenir , offrait par son luxe , par l’ardeur de ses passions , par la présomption de ses discours, un singulier contraste avec la discipline et le* flegme des Alleitiârids. Enfin quinze mille Autrichiens, sous les ordres du général Clairfait, étaient destinés à seconder les mouvemens de la grande armée. ^

Les succès semblèrent d’abord jus-' tifier les promesses et les espérances • des émigrés. Liikner n’osait opposer à l’eiinemi une armée très-faiblé et qui n’avait encore ni organisation ni discipline. Il ne pouvait s’asseoir dans aucune position ; il fut forcé ' dans le camp deFontoi ,et il courut chercher un refuge sous les canons de, Metz. Une partie de la frontière se trouvait ouverte par cette retraite précipitée. Longwy fut investi. Cette place , si elle eût été bien défendue et bien approvisionnée, pouvait arrêter quelque temps l’ennemi. Llie se rendit après quinze heures de ' bombardement. On accusa de trahison les habitans, qui, effrayés de l’incendie de quelques maisons , s’assemblèrent pour demander à l’étatmajor qu’on ouvrît les portes au roi

PRECIS HISTORK^tjiB

de Priisse. Ou accusa également louis d’aVoir laissé Longwy dépourvu de vivres et de munilions , et c’est un des griefs articulés dans sort jugement. Par une contradiction frappante-, Lavergne , commandant

de Longwy V fut condamné comme ayant livré sans résistance une place bien pourvue et en état de soutenir lin long siège. Le roi de Prusse en prit possession au nom de Louis xvi ; et croyant que toutes les villes allaient le recevoir avec le même empressement , il détacha un corps de quinze mille hommes pour faire le siège de Thionville , et se porta avec rapidité sur Verdun. Le corps de Clairfait se détourna sur Stenai , et s’en empara. Le territoire français était investi , et les armées françaises lie faisaient aucun mouvement. On

ne pouvait point espérer que Verdun retarderait long-temps la marclie du vainqueur. La reddition de cette ville fut aussi prompte , mais plus excusable que celle de Longwy.

Au sortir du conseil de guerre où la capitulation avait été arrêtée, le commandant de Verdun, Beaurepaire, se donna la mort. Cet acte de déses- , poirf ut célébré comme un trait digne de l’énergie romaine.

A mesure que ces nouvelles dé-‘sastreuses parvenaient à Paris , le peuple se montrait plus furieux dans sa terreur. L’assemblée' rendait des décrets de colère contre les liabitans de Longwy ; elle vouait cette ville à l’exécralioii des Français ; elle ordonnait que ses murs seraient démolis dès qu’on l’aurait reconquise ; elle prononçait les peines les plus

DE LA RHVOl'dTIÔN PEANÇ.

!ong«femps développée dan» l’exécrable et stupide roman du fédéralisme , 'était fondée sur qùéîqües

•Vil > VI

mots échappés oiv attribjLiés aux chefs principaux du parti de la Gironde. La ressource extrême de* se retirer au-delà de la Loire s’était souvent présentéè à leur imagination ; ils croyaient voir plus d’énergie républicainç dàns les provinces du midi que dans cèlles du nôr'dVmais ils n’en étaient pas moins résolus à se défendre auparavant dans Paris même , si l’ennemi poussait jusquelà le cours de ses cOnquêteâ. La commune se plaignàit encore dê la

marche lente et ihcerlaine du tri-

bunal chargé de punir les conspirateurs ; elle dénonçait à chaque instant mille nouveaux Complots, dont elle plaçait le siège dans les prisons;

DE LA. RÉVOtXTION FiTanÇ. SjQ

bien, durant ces terribles heures,

éclat^ent à la fois de traits de perfidie , de traits de dévouement! Les femmes s’élèvent au plus haut degré d’intrépidité pour sauver les êtres qui leur sont chers*. Les unes font trembler les plus féroces inquisiteurs , en leur recommandant dé respecter leur asile ; les autres les trQmpent par de sublimes mensonges. Tantôt la destinée vient trahir les plus sages précautions ; tantôt elle prodigue les miracles pour sauver quelques malheureux qui auront encore d’autres dangers à courir. La commune çompte ses victimes, et s’indigne de ce que quelques-unes lui soient éclîappées.

Enfin l’assemblée ne peut plus douter des crinies qui se préparent.

Elle voudrait anéan tir uné commune

î58o PBÉCIS HISTORIQUE que chaque jour sa faiblesse a ren* due plus terrible. Il est trop^tard; au moment où elle menace , elle fait trop connaître qu’elle tremble, Vergnraud et Henry-Larîvière font en vain le tableau des usurpations de la commune ; l’assemblée se borne à lui faire une injonction d’étre plus circonspecte sur les mandats d’amener , et à mander son président à la barre. Cet acte ne pafut à Robespierre et à Danton qu’un avertissenient de frapper des coups qui missent sous leur dépendance une assemblée à laquelle il ne manquait que du Courage pour leur résister.

Le 3i août, plusieurs des commissaires de la commune paraissent à la barre. Pétion est à leur tête , non plus ce Pétion triomphant, ob-

DE LA BÉVOLVTLON ERAITÇ. 3^7

fait saisir ses presses, arrêter son collaborateur Girey-Dupré.

Rien ne pouvait faire sortir l’assemblée de sa langueur et de sa pusillanimité. Ses séances étaient presque désertes ; les députés constitutionnels n’échappaient à la proscription que parce qu’une haine plus vive s’attachait au parti de la Gironde. L’assemblée parlait sans cesse de réprimer , et ne réprimait jamais les entreprises de la commune ; bien plus , elle lui fournissait chaque jour les moyens de consommer ses horribles projets. C’est ainsi qu’elle ordonna dans une nuit des . visites domiciliaires, dont le pré- , texte apparent était d’aller chercher des armes chez tous les particuliers; La commune en profita pour' faire entasser dans les prisons ceux qu’elle

LA BBVO£t7TION FRANÇ. 5Sl - jet.de tant djiï. folles et |»erfides acçlumatious. 11 a toujours été , de- . puis le lo août , et il est encore le I prisonnier de la commune ; elle lui i com|nande de venir sanctionner les . actes qu'il déteste le plus. Triste ^

, abattu, il dit. quelques mol*s insignif]ans,et cède la parole à Tallien , dont le discours est trop nécessaire à rbistoire pôur qu’on puisse l’omettre ici,

« Législateurs , les représentans

■ « provisoires de la commune de Pa- . « ris ont été calomniés; ils ont été

■ « jugés sans avoir été entendus; Us . « viennent vous demander ju^ice.

« Appelés par le peuple , dans la € nuit du g au lo^, pour sauver la ^ s patrie , ils ont dû. faire ce qu’ils s ont fait. Le peuple n’a pas limité « leur pouvoir ; il leur dit : Allés ,

* 38 a .paÉcis HisTOfiUjfinE •

« agissez en mon nom*, et>’approii-

- « yeral tout ce que vous aurez fait.

• « Nous vous le demandons , hscs- .« sieurs, le corps législatif n^a-t-il

- « pas long-temps été enviroiq^é du . « respect des citoyens de Paris? Son

it enceinte n’a été^souilléè qUe par la c présence du digne déscendant de : * Louis XI et de l’émule de Ulédicw.

. « Ces tyrans vivent encore ; u’est-ce

« pas au respect du peuplé pour l’as-

« semblée nationale qu’üs eh sont «redevables? Vous avez applaudi « vous-mêmes à toutes nos mesures.

« Vous êtes remontés par nous à « la hauteur des représentans d’un , « peuple libre. C’est vous -mêmes « qui nous avez donné le titre hdno- « rable de représentans de la com- « mune , .et vous ayez voulu commutt niquer directement avec nous.

DE tk BBVOmiON FâAîTÇ. 385 ' «:Toutxe;que nous avons fait, le « peuple Ta sanctionné. Ce ne sont «t pas quelqués factieux , comme on « voudcait le croire , c’est' un million «'^de citoyens. . Interrogi^ ^ les s^r .

« nous ,' et partout ils vous dirent :

a Ils ont "sauvé la patrie^ ' Si quel- ~ « ques-uns d’entre nous ont pu préc.variquer, nous demandons , au a ndmi de la compdune , léur pu- « nition. « -

« Nous étions chargés de sauver « la patrie , nous l’avons juré , et « nous avons cassé des juges de paix c indignes de beau titre ; nous « avonscasséune municipalité fcujl- « lantîne. - • -•<

«Nous n’avons donné aucun ordre

c contre la liberté dés bons citoyens ,

« mais nous nous faisons gloire d’a- « voir séquestré les biens des émi-

584' ■ • PRÉCIS HISTOmQÜB •

« grés. Nous avons arrêté des con- € spirateurs, et noust les avons mis <r entre les mains des tribunaux pour • € leur salut' et pour celui de l’état.

« Nous avons chassé les moines « et les religieuses pour mettre en € vente les maisons qu’ilsnoccu- « paient. • à Nous avons proscrit les journaux ■ « incendiaires ;ils corrompaient l’oc pinion publique.

a Nous avons fait des visites do*

c mi ciliaires. Qui nous les avait or* « données ? Vous. Les armes trou- « vées chez les gens suspects , nous cvous les apportons pour les re- « mettre entre les* mains des' dé- « fenseurs dé la patrie.

« Nousavonsfait arrêter les prêtres « perturbateurs; ils sont enfermés < dan$ une maison particulière , et

DE Li HÉVOETJTïOSr FRASÇ. 585 c SOUS peu de jours le sol de la li- « herii sera purgé de leur présence.

- « On nous accuse d’avoir désorcganisé l’administration ,et notam* « ment celle des subsistances. Mais « à quilafaute ? Lesadn^inistrateur^ «eux-mêmes , où étaient-ils dansles « jours de péril ? La plupart n’ont • pas encore reparu à la commune.

‘ « La section des Lombards- est ve-' ' « niie réclamer contre nousdansVo- « tre sein. Mais le vœu d’une seule « section n’anéantira point celui a d’unemajorité très-prononcée des « autres sections de Paris.

« Hier les citoyens, dans nos tri-- « bunes , nous ont reconnus pour 0 leurs représentans : ils nous ont' « juré qu’ils nous conservaient leur « confiance. .

« Si vous nous frappez , frappez

586 PRÉCIS HISTORIQrB a donc aussi ce peuple qui a fait la « révolution le 14 juillet , quiracdn- « solidée le to août , et qui la main- « tiendra. Il est maintenant en as- « semblées primaires ; il exerce sa- € souveraineté ; consultez'le ; qu’il « prononce sur notre sort.

« Vous nous avez entendus : nous % sommes là ; prononcez. Les liom-^- « mes du 10 août ne veulent que la tt justice et- qu’obéir à la volonté € du peuple, il, ' ;

A chaque mot de ce discours , la crainte et la consternation descendent ail fond des cœurs. Cependant ' un horrible tumulte règne à l’extérieur ; toutrretentit. d’imprécations contre l’assemblée nationale. On entend au milieu du bruit percer ce»

cris redoublés : F’ive (a commune !

vivent' nos : hom ùÆmmissaires !

BE ll BÉVOLimOir F»4NÇ. 5^7

wnis vouions les voir et 'les ïiéfen^ drôf iis courent des dwngers. Bientôt les. tribunes font tonner leurs menaces sur,* rassemblée qui est assiégée de toutes parts; . La foule pénètre dans soaencéinte ; la journée duc20 juimlui en avait tracé 'Le chemin. Un dé ses chefs s’exprime en ceg termes : «• Peuple des tribu- « nés., ussembiée nationale, et vous,

€ monsieur le président , nous ve- « nons ,> au nom- du peuplé.qui attend à lu porte , demand^à défiler « dans la salle >pour voir les repré- « sentons de la commune qui sont € ici ; nous mourrons , s’il le faut , «avec eux. » L’assemblée ,qudique frappée de stupeur , a peine à dé- ^ vorer ce dernier outrage* Cependant le président ( ilse nommait Lacroix) cherche lâchement à composer avec

Dt lA RÉVOIÜTÎON PRANÇ. S9I

« tion , et on armera ceux des ci- « toyeuspeii fortunés qui sé desline- « ront à marcher sur les frontières.

« 5“ Tous -les hommes suspects^, « ou qui par lâcheté refuseraient de « marcher, seront à Tinstant dés- « armés.' , •' *

« 6* Vingt-quatre commissaires « se rendront sur-le-champ aux ar- « méespour leur annoncer cette ré- € solution , et dans les départemens « voisins , pour inviter les citoyens « à se réunir à leurs frères^de Paris € et marcher ensemble à l’ennemi*.

« Le comité militaire sera per- « manent; il se réunira à la maison « commune , dans la salle ci-devant « de la reine. • ‘

« f “ Le canon d’alarme sera tiré 41 à l’instant ; la générale séra battue c dans toutes les sections , pour an-

Zg^ PfiéciS B1ST0RIQT7Ë

« noncer aux citoyens les dangers « de la patrie. •

a 9° L'assemblée nationale , le « pouvoir exécutif, seront prévenus « de cet oi’dre. ' ’

« 10° Les membres du conseil- « général se rendront sur-le-champ « dans leurs sections respectives, y c annonceront les dispositions du « présent arrêté , y peindront, avec « énergie à leurs concitoyens les « dangersimmensesdela patrie, les « trahisons dont nous sommes encvironnés; ils leur représenteront « avec force la liberté menacée^ le « territoire français envahi ; Us leur « feront sentir que leur retour à Tesc clavage le plus ignominieux est le « but de toutes les démarches de nos « ennemis , et que nous devons , « plutôt que de le souifrir , .nous

DE Ik RÉVOlUTlOK FRANÇ. 5^9 Tout est préparé pour le crime > Danton l’ordonne. Les listes de proscription se dressent dans rhôtel da ministre de la justice. Il vienÿ à l’assemblée nationale annoncerles mesures qui ont été prises pour sapver la patrie^ Le canon que vous allez entendre , dit-il , n* est point le canon d* alarme, c* est lepas de’ charge sur nos ennemis. Pour les cre, pour les attérer , que faut-il 2 De Pqbudace , encore de i* audace, et toujours de V audace. Jamais mii sistre de terreur ne produisit ,una impression plus profonde que Dan-n ton en prononçant ces mots avec un geste exterminateur. On proclame, un arrête de la commune , que nous allons transcrire. s

« Aux armes 1 . . . citoyens. . . , aux « armes! l’ennemi est à nos portes,, a

DE lÀ BÉVOLVTIOK ERATTÇ. SgS « ensevelir sous les ruines de notre

jr

< patrie , et i^e livrer nos villes que «lorsqu'elles ne seront plus qu'un 4 monceau de cendres. »

Le a septembre , à deux heures précises , la générale bat , le tocsin sonne , le canon d'alarme se fait entendre. La plupart des habitans de Paris , craignant de n’avoir plus de sûretédans leurs maisons , vont cher* cher un asile dans leurs sections. La peur qui les y aconduits les y tient renfermés. Une foule de jeunesgens , quelques vieillards môme , s'enrôlent pour marcher contre l'ennemû Chacun vient apporter ses armes 9 tout semble respirer l'enthousiasme militaire ; ou ne songe qu'à sortir de Paris. Onvaaffronterlesplus formidables armées ; on n’ose soutenir les regards ni braver les coups de

S(j4, . " PRÉCIS HISTORIQUE

quatre cents assassins. Les vainqueurs et les vaincus du lo août se jpflacent sous la même bannière; on afl'ecte d’ignorer la scène sanglante qui se prépare ; on ose à peine en parler au moment où elle sVxéciite.

.Dé|à les assassins sont aux portes des prisons* Leur premier rassemblement s’est formé autour delà commune’. Là, un comité de. surveillance, 'où préside Marat , donne de s Instructions à la troupe dés sicaires , et cherche à éloulFer les derniers restesdepitié qui pourraient se trouver encore dans leurs cœurs" Bobespierré , Billaud- Varennes,, Collotd’Herbois , les haranguent tour à , tour. « Peuple magnanime et bon , '« dit ce dernier , tu vas à la gloire , « tu marchesà lâmort. Malheureux s que nous sommes » de ne pouvoir

DE L1 BÉV0LUTI05 FBAÎÎÇ. Sq5

I le suivre au théâtre des combats 1 € Tu nous laisses au milieu des cou- « spirateurs et destraîlres! Comme « leur audace va s’accroître quand c ils ne verront plus dans «Paris les ' «vainqueurs du lo août l'Ah ! du « moins , ne nous laissez pas res-'“

« ponsables du meurtre de vos fem- « mes , de vos en t'a ns ; ces assassi- « nats, lesconspirateursles préparent'

<1 jusque dans les prisons que leurs' a complices vont bientôt leur ou- « vrir. » On répond à cet atroce discours par ces cris : Qu* Us périssent !

La mort ! la mort ! La commune distribue aux assassins des liqueurs fortes , et ces poisons fermentés allument dans leurs veines la soif du sang. Elle donne de l’argent et des assignats à eeux dont la cruauté n’est poiiit suffisamment excitée par le*

596 PKBGIS BISTOAIQVB

fanatisme. Us traversent les rues de Paris , ils les font retentir de chants féroces. Ils se portent d’abord à la prison des Carmes. Là se trouvaient ' deux cent ''cinquante prêtres; plusieurs d’entre eux avaient été arrêtés la^veille , au* moment où ils sortaient de Paris pour obéir à la loi de déportation que l’assemblée législative avait rendue contre eux depuis le ,10 août. L’Archevêque d’Arles, recommandable par les vertus les plus pures et par là piété la plus douce , les évêques de Beauvais et de Saintes , étaient au milieu de ces prêtres. Déjà ils entendent les cris des assassins ; ils ont la résignation et le triôjmphe des martyrs. Bassemblés aqioUr de l’autel , ils implorent le parÿ>n du ciel pour les meurtrier^tti ks entourent. Plus de gé-

DE LA. BÉVOtUTION PRANÇ. TiÇfJ

toissemens , pins de trouble' ; l’ar-:

chevêque d’Arles leur récite , les prières des agonisans ; ils y répondent : un calme céleste a passé dans leurs àpies/ Quelques - uns avaient médité des moyens d’évasion que des voisins leur avaient indiqués., Ils s’apprêtaient à fuir;- déjà ils.

étaient hors de danger; bientôt ils.

se reprochent de s’être soustraits à; la mort qui attend leurs compagnons ; ils reviennent au milieu d’eux. Les assassins entrent, sepres-' sent de massacrer, pour n’être point vaincus par ce spectacle touchant et sublime. Quelquefois cependant ils veulent mettre à l’épreuve ces , malheureux prêtres ; ils leur offrent Ix vie , sous la condition de prêter le serment ; tous s’y refusent. Lesoctegénaires ne sont point respectés, çt A L. 54

n^obtienneat pas même la faveur de mourir les premiers. Plusieurs curés de Paris , qui, dans le cPuel hiver de 1789 , avaient su , par les heureuses inventions delà charité, nourrir un peuple innombrable , furent égorgés par quclques-ups de ceux à qui ils avaient distribué des secours !

Je ne décrirai point les horribles détails de leurs tortures ; deux ou trois seulement échappèrent.

Les prisons de la Force et de P Abbaye sont investies à la fois. Il se

forme dans les cours un horrible tri-

bunal ; là les assassins mêmes se transforment en juges Ils faisaient amener les prisQii n iers devant eux;ils consultaient les registres des écrous; rarement ils écoutaient quelques mots de justilication , ils cherchaient eqcore à aggraver le supplice de ces

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malheureux par la plus féroce ironie ; quand ils les envoyaient à la mort , ils prononçaient ces mots :

Elargissez mmisieur. Le signal d’absolution était le cri de vive la natioitl Tous les officiers suisses qui se trouvaient à l’Abbaye furent massacrés. Un d’entre eux, nommé Reding , qui était malade des blessures qu’il avait reçues à la journée du 10 août , ne put obtenir de re-cevoir la mort dans son Ut , et fut traîné dans la rue. U n jeune homme, nomn>é Maussabré , s’était caché .dans une cheminée. Le barbare geôlier l’appelle , le découvre , tire sur lui un coup de pistolet , et l’ér toulfe avec un feu de paille. Il fut donné à un petit nombre de prisonniers de conserver du sang-froid dans ces affreux momens. Quelques-

DE LÀ RÉVOLCXION P&ÀNÇ. ^3 n*av£U(^at pu faire les hommes les ■’ plus.puissanso JUonnot , horloger , perce la foule 4es. assassins, dont le fer est déjà levé; il couvre §icurdde son corps ; « Non , s’écrie- t-il , vous xc n’immolerez point le père des .« Sourds et muets , il faudra .me tuer « avant lui. ,» Il se jette à leurs pieds; il leur.parle avec toute l’éloquence' de ràme>.,et Sicard lui est rendu.

Deux jours après , cona^^^ si un acte d’humanité excitait le remords ches des hommes nés pour le crimes, Si^ card.est encore exposé aux mêmes dangers. Des dépulés/volent-à^ son secours * et le sauvent :une seconde fois. 1 I ‘ ■

• Il ne périt qu’un petit nombre de femmes dans ces journées. Leur as* pect semblait émouvoir ces tigres :

cependant madame de LambaUe

4o4 -* ‘ MIECIS Ht»TOBIQüB

avait été trop désignée auxbourreàuîl pout leur échapper. Amie de la reine dans ses-idurs de bonheur , elle fut aussi sa compagne fidèle et dévouée dans ses longues calamités. C’était chezelle quê se rassemblaient souvent ceux en qui Louis avait le plus de confiance.- * On- l’avait su; les journaux et la tribune même avaient retenti de cette accusation, qu’on avaitexlrédieraent envenimée. Menacée -de la proscription , elle n’avait point songé à s^y soustraire ; elle espérait rester enfermée avec la reine et lui donner toutes les consolations de l’amitié: - Elle ne goûta pas longtem*psxette faveur ; elle fut enfermée à la petite Force. La haine du duc d’Orléans la suivait. Cependant les premiers assassins qui la virent parurent oublier** les ordres qu’ilft

DE LA EÉVOLVTtON FBAirÇ.

mirera pas le dévouement des hommes intrépides .qui acceptèrent de telles missions? L’ami- dévoué - du plus malheureux des rois , Tex-mînistre Montmorin , fut une des premières victimes; son frère ^ vaine-r ment absous par un tribunal^ périt avec lui. Le ministre d’Abancourt*, le^ommaudant de la gendarmerie, ftulhières, le -jeune Rohan-Chabot, hevètt'du duc de La Rochefôucàult , quelques magistrats ^ des/juges-depaix , d’anciens gardes du roi , de vieux militaires , des écrivains courageux ;^plusieurs hommes enfin recommandables par cette vertu si rare et si dangereuse dans destempsrévo*^ lutlonnaires , la modération , furent frappés , déchirés yv mutilés.... ^

Cependant il y eut aus^ plusieurs délivrances,' eU’on vit lès plus |u*

avaient reçus ; d’autres accourent et se montrent impitoyables. OnTaccable d’invectives , et pour la tourmenter encore plus, on couvre d’op»* probres le nom de la reine. On veut qu’elle répète ces outrages. « Non ,

« non , s’écrie-t-elle , jamais , ja- « mais. » En. même temps elle se ^ sent défaillir, ses yeux se ferment , et c’est en xe moment qu’elle est frappée. Un de ses domestiques , qu’elle avait comblé de bienfaits , lui porte les premiers coups. Son corps sanglant est déchiré par 1er assassins et par les furies qui les ' suivent ; sa tête est portée au bout d’une pique ; on conduit cet horrible trophée devant le palais du duc d’Orléans ; le monstre se lève d’un festin pour. venir se repaître de ce

fpectacle.. Les* convives jettent un ' •

Digillzed by Coogic

4o6 PRÉCIS HISTORIQCS, ' cri d’horreur, il leur répond par un sourire féroce. Tâchons de poursuivre cét horrible récit. La tête de kl princesse de Lamballe fut aussi portée devant le Temple , prison de la famille royale. , Au bruit affreux qui se fait entendre ,J^ouis s’émeut.

Un commissaire de- la commune, qui se trouve près de Jui , a la barl^rie de lui ordonner de paraître à la fenêtre; un autre , saisi d’horreur , l’arrête au moment où il se lève :

« N’allez pas , n!allez pas , s’écrieis t-il , c’est la tête de madame de < Lamballe. » Louis a delà peine à recouvrer ses sens, , et cherche en-r core à cacher oette affreuse catastrophe à sa famille. Depuis , il fut interrogé par des commissaires de

la convention sur cette circonstance

«t sur le nom des deux membres de

la commune. Je ne me souviens 'plus , répondit- il , que du nom de celui qui m* a empêché d* aller à la fenêtre.

' Madame de Tourzel et sa fille furent sauvées. Un commissaire de là commune les mit sous sa protection. Séparées l’une de l’autre > elles avaient le tourment d’ignorer réciproquement leur destinée. Elles furent réunies, et le tableau touchant qu’elles offrirent acheva de les protéger contre les fureurs sans cesse renaissantes des assassins. Madàme de Saint-Brice , madame de Septeuil , la princ^se de Tarente et d’autres femmes , furent aussi sauvées. On attachait à leur tête uii ruban tricolore , gagede leur salut; on les reconduisait chez elles , et des hommes tout couverts de sang les

4oS PRÉGIS HISTORIQVS ,

rendaient 'à leurs parens et à leurs amis» Ceux qui les avaient ramenées fondaient en larmes , et les quittaient pour retourner aux massacres. On prétend que l’un d’eux , à qui une victime sauvée par lui offraitde l’argent ÿ répondit: On me paie poiir ttier » on ne me> paie pas pour faire de bonnes actions. En effet la commune distribuait des assignats aux assassins. ' ,

Deux femmes , dont le nom sera béni à jamais, viennent offrir en ce moment un repos à l’âme fatiguée de tantd’horreurs. Je veux parler de mademoiselle Caze^tte et de mademoiselle de Sombreuil , ces deux intrépides héroïnes de la piété filiale.

Cazotte, vieillard octogénaire , était célèbre par la vivacité et l’originalité desonesprit: il était renfermé à l’A b-

DE X.A RÉVOLUTION FRÀNÇr 4^

baye. Deux jours auparavant , on avait séparé de lui sa fille , qui avait voulu le suivre : on l'avait forcée d'être libre ; mais depuis qu'elle voyait disposer un massacre , elle errait autour de la prison; nulle puissance ne pouvait l'en arracher. Elle voit , elle entend que c'est son père qu'on trahie au supplice ; elle s'ouvre un passage au milieu des bourreaux étonnés , elle, s'élance dans les bras de son père : a Oserez^ «vous,, leur crie-t>elle, attenter à < ces cheveux blancs ? Faites-moi « mourir avant mon père. » Qn la soutient, on la rassure. « Prouvez au « moinsson innocence, lui dit-on. »(.

Elle a repris toute sa présence d'esprit ; elle^eur parle , elle défend son père avec cet accent qui fait enlreyr la persuasion ; il lui est rendu.

4 10 HISTORlQtB

Ainsi qn’Elisabelb Cazotte^ ma-* demoiselle de Sombreuil avait accompagné son père dans là prison.

Rien n’avait pu la faire sortir de celte horrible enceinte. Ses cruels pressentimens l’avertissaient trop bien dii malheur qui menaçait son père. Les assassins arrivent, Som* breuil est appelé. Il voit le mouvement de sa fille , U veut la prévenir , il lui ordonne de rester , il lui dit adieu. En même temps les bourreaux eux-mêmes la retiennent , ils se défient de" l’émotion qu’elle va produire sur leurs âmes. Elle parvient à s’échapper de leurs bras :

elle arrive au lieu fatal , les juges allaient prononcer la mort, Som-* breuil ne se défendait pati II frémit , il se trouble à l’aspect de sa fille. A genoux devant les assassins^

I»E IA BÉVOLUTIOW rniNÇ. 4 I I ses mains eile pare tous leurs coups: elle parvient à les attendrir; et ils prononcent , au milieu des sanglots , la sentence dkibsolutionl Hélas î ni mademoisf|le de Sombreuilÿ ni sa digne émule , ne jouiront long -temps dè cette victoire' remportée sur de crimes ^Carotte »

épargné par des assassins , va dans quelques jours être frappé par des juges , et Sombreuil aussi sera arraché des bras de sa fille, ein^aura plus ses larmes et son courage peur le protéger.

Ces^assacres durèrent depuis le a jusqu’au 6 septembre. Quatre ou cinq mille prisonniers périrent, deux ou trois cents furent*sauvés ; la plupart de ces ^derniers étaient arrêtés pour dettes. Danton ella commune avaient fait jor tir la veille des prisons

DE Ll. EÉVOLDTIOM FEAT7Ç. 4^^

eu tait des décrets pour la fabrica^ tion d’une petite monnaie. L’évêque constitutionnel .Fauchet , dont la voix n’avait encore , exprimé • dans l’assemblée que terreurs et qu’im7 précations , sortit le premier de cetle honteuse imblTérence , et annonça , avec le sentiment d’une profonde indignation, le massacre de deux cents prêtres aux carmes. Il demanda que l’assembléé alldtse placer entre les bourreaux et les victimes.

Elle y envoya en députation Fau- Chet, Dusaulx, vieillard respectable par dès talcns et des vertus, Chabot et Bazire; Mais bientôt, ils reviennent; leur voix a été étouffée par des cris tumultueux ; ils n’ont pu Soustraire qu’un malheureux à la mort : c’était le député Jouneau , qui était à l’Abbaye , par la suite

4l6 PEéciS fllSTOMQVE- .

d’une rixe qu’il avait* eue avec son

collègue ■ Grange-Neuve. Celui- ci ,

outragé et itappé, en avait tiré une

vengeance cruelle. Les commissaires

de l’assemblée demandèrent Jou- »

neau ,.et l’obtinrent; Dusaulx chercha à rappeler à la .loi ou ppun mieux dire à la nature , tous ces furieux. Laissez-nous , i lui répon*^ dit-on , Virus nous avez ' déjà, fai% perdreéeaucoup de temps^ Retour--^ nez à votre fonction , taissez-nou^

àianôtre ; , , , .

• > Le 3 septembre , des commissaires de la commune paraissent àlabarre; ils .viennent rendre compte de leurs travaux; ils assurent que Paris jouit du plus grand calme ; et les massacres durèrent jusqu’au 6. Ils vantent la vertu des assassins qui punissaient eux-mèmes ceux d’entre eux qui

DE LA RÉYQlimON FBANÇ. 4lS

:« a pas de temps, à perdre , sortez <c avec> moi touf .de ^^uite. s Un pareil trait de générosité peut défendre la mémoire - de Manuel contre -toute accusation de complicité dans •les meurtres de septembre. Presque « iou jours, les assassins dépouillaient leurs victimes. Les .uns portaient ces effets à des membres de la commune . qui en firent proie \ d’au- .tresles gardaient avec inquiétude, car les. assassins s'accusaient entre eux de vol , et punissaient de mort ceux qu'ils surprenaient à le commettre. Quand les prisonsoù étaient renfermés ce qu'on appelait iles conspirateurs furent vides, les brigands révolutionnaires , conduits par la soif du sang , se portèrent sur Bicêtre-' Il n'y avait dans .cette. prison que des hommes condamnés par jugement

1»E LA. KÉVOLÜTION FBAI7Ç. 4l!7

commettaient des vols. Ils se justifient den 'avoir {)oint envoyé des secours aiiX prisons , attendu que le service des barrières exige trop de monde ; enfin, ajoutent-ils , ce qui excitait injuste vengeance du peupie , c*est qu*il n*y avait ià quedes scélérats très-reconnus. L’assemblée entendit ces horribles* éclaircissemens sans oser manifester son indignation ; et depuis , à chaque plainte nouvelle , à. chaque pétition des parens des victimes , elle répondit par un ordre du jour. Le ministre Roland , seul , eut le courage d’invoquer les lois et l’hu manité contre la sanguinaire commune.' La garde nationale crut ne pouvoir marcher sans .ordre <au. secours de ceux qu’on massacrait. Santerre, son nouveau: '.commandant , ré-

4i8 PRÉCIS RlSTORrQCEv

pondit à toutes les instances qui lui furent faites « qu'il ne voyait aucun moyen de s’opposer à la fureur du.

peuple. • . . ‘

( Louis et sa famille cruirent voir arr river leur dernier moment dan^ ces fatales journées, et la mort leur sem* Liait le terme désirable de tant d’horribles souSranCes. Cependant io Temple fut respecté ; incertains des.

événemeûs de la guerre, les ordon* Dateurs de ces crimes -voulaient so ménager des otages. La crainte suspendit en eux la cruauté, et leur troupe resta ûdèle à leurs instfuolions. Ils étèodirent devant le Tetople un ruban tricolore , et ce fut: une 'barrière suffisante.

> Qu’ilétait redoutable ce moment où les assassins réparaient leurs forces! Ils annonçaient que leur exempt

DE LA BÉVOtUTlOIf FEANÇ. 4*9

pie allait être imité daDs tous les départemens. Le comité de surveillance de la commune écrivit alors cette épouvantable circulaire , que rhistoire doit transcrire pour refl'roî de la postérité.

« Frères et amis , un affreux com- « plot , tramé nar la cour poür égor- » ger tous les* atriotes de l’empire « français , complot datts lequel un a grand nombre de membres de l’asft semblée nationale sont compromis, « ayant réduit , le 9 du mois dernier , «la commune de Paris à la cruellé « nécessité de se servir de la puis- « sance du peuple pour* sauver la nation , elle n’a rien négligé pOur «bien mériter de 'la patrie. Après 0 les témoignages que l’assemblée « nationale venait de lui donner elle- « même , eût- on pensé que dès-lors

4aO . PBÉGIS HISTORIQUE

a de nouveaux complots se tramaient a dans le silence , et qu'ils éclataient « dans le moment même oùrassem* c blée nationale» oubliant qu'elle ve- < nait de déclarer que la commune de « Paris avait sauvé la patrie » s'em- « pressait de la destituer pour prix « de son brûlant civisme ? -A cette jK nouvelle , les clam4trs publiques , « élevées, de toutes parts , ont fait « sentir à l'assemblée nationale la « nécessité urgente de s'unir au peu- « pie» et de rendre à la commune »

« par le rapport du décret de destin « tution , les pouvoirs dont elle l'a»

« vait investie.

« Fière de jouir de toute la pléc nitude de la confiance nationale »

« qu’elle s’efforcera de mériter de «plus en plus» placée au foyer de K toutes les conspirations » et déter-»

DE LA BEVOLVTION EBANÇ. ^21

« miné^ à périrpourle salut public , « elle ne se glorifiera d’avoir rempli <i pleinement son devoir que lors-

< qu’elle aura obtenu votre appro- « balion , qui est l’objet de tous ses « vœux , et dont elle ne sera certaine « qu’après que tous les départemens « auront sanctionné ses mesures « pour le salut public ; et professant « les principes de la plus parfaite « égalité , n’ambitionnant d’autre « privilège que celui de se présenter € la première à la brèche, elles’em-

< pressera de se soumettre au niveau 8 de la commune la moins nom- « breuse de l’empire , dès qu’il n’y a aura plus rien à redouter.

« Prévenue que des hordes bar- « bares s’avancent contre elle . la e commune de Paris se hâted’infor* 8 mer sesfrères de tous les départe-

42!^ JPRÉCtS HISTORWJüE '

« mens qu’une pfîirtie 'des c^spîra- « teurs • féroces détenus dans les « prisons a été mise à mort par le « peuple , actés de justice qui lui « ont paru indispensables pour re- « tenir par la terreur les légions de ^ traîtres renfermés dans ses murs « au moment où il allait marcher à O l’ennemi ; et sans doute la nation , ’« après la longue suite de trahisons '« qui l’a conduite sur les bords de «l’ablme, s’empressera d’adopter ce <c moyen si utile et si nécessaire , et s tous les Français! se diront , comme « les Parisiens : Nous marchons à (( l’ennemi , et nous ne laissons pas « derrière nous des brigands pour (I égorger nos femmes et nos en fans. »

Signé , DuPLàis , Panis , Sergent , Lbnfant, Marat, Lefort, Jour-

DE LA névOLDTlON FRANÇ. 4^5

DEEiL, administraleurs ducomité , de salut public , constitué à la^ mairie.

LMiistoire a conservé les noms de ceux des gouverneurs et des magistrats qui , après la journée de la St.-Barlliélemy , refusèrent d’obéir aux ordres de Charles ix. La plupart des communes de France reçurent avec indignation la féroce missive de la commune de Paris ; aucune ne l’imita. Comme si sa fureur était encore accrue par. la réprobation universelle , elle s’occupa de nouveaux massacres. Sur sa demande l’assemblée législative avait ordonné , peu de jours après \e lo août , que les prisonniers d’Orléans fussent amenés à Paris. On a ivu dans le cours de -cet|ç narration les noms

DE LA BÉVOEüTION EBANÇ. *4^7 avâit été envoyé à Orléans pour manifester , disait Ouadet $ son innocence. Sans doute c’est une atroce calomnie que d’imputer aux girondins la moindre part à tous ces meurtres dont ils avaient horreur ; mais quel profond repentir Brissot , Guadet , et Yergniaud méüxe , ne dûrent-ils pas avoir de la cruelle activité avec laquelle iis avaient rempli les prisons d’Orléans ?

Cependant un autre ordre de mort est parti de la commune de Paris et des bureaux du ministre de la justice. Il menace, il va atteindre l’homme qui a le plus consacré sa vie au bien de l’humanité ; 'c’est le vertueux La Rochefoucault ; il avait .

eu la glôire de présider ce département de Paris qui avait résisté presque seul aux efforts des factieux ; U

428 PRÉCIS BTSTORÎQVE

vivait caché depuis le lo août. Un avis quMi a reçu Tin quiète sur sa retraite : il en sort. Sa femme et sa mère octogénaire, madame d’ Anville , veulent s’associer à ses nouveaux dangers. Mais la route qu’il a prise est déjà connue des assassins qui l’épient ; ils se sont mêlés avec un bataillon de fédérés qui passe sur la route de Gisors : ils ont persuadé à ces soldats de rougir leurs armes du sang du meilleur de leurs concitoyens : sa voilure est arrêtée

0 Dieu I une mère , une épouse ne peuvent les fléchir! c’est dans leurs bras qu’il est frappé ! .

Au milieu de tant d’horreurs, l’assemblée législative terminait sa courte et orageuse carrière. Les députés girondins, croyant soutenir contre la commune de Paris un com”

DE Li. RÉVOltJTION FRANÇ. ^ 2 ^

contre eux les outrages du peuple.

Mais partout , sur leur passage , ce peuple à. qui on commandait ^ le meurtre ne ressentait que de la pitié.

Le 9 , ils arrivaient à Versailles; on le savait à Paris. La commune n’a besoin que d’appeler les chefs de ses sicaires. Ils partent , ils traversent la capitale ; ils annoncent le nouveau crime qu’ils vont commettre :

on frémit , nul ne se présente pour les arrêter. Ils arrivent à Versailles ^u moment où les prisonniers allaient passer lagrille de l’Orangerie.

Ils voient le peuplp attendri qui pleurait autour d’eux en reconnaissant quelques hommes dont il avait éprouvé la bienfaisance. Fournier l’Américain s’écrie que deux mille hommes sont cachés dans le château et dans toutes les avenues; qu’ils se

DE Lk RÉVOLDTION PRANÇ. 4^9

bat trop inégal , attendaient , 'pour punir ses crimes , le moment où ils allaient reparaître dans la convention nationale , dont on élisait déjà les membres dans tous les départermens. Une "réputation de patriotisme , qu’on n’avait pas encore eu le temps de décrier , passionnait pour euxles jacobins les plus exaltés despro^^|ces. Ils obtinrent un nombre de imninations qui leur promettait la majorité. Ils comptaient avec impatience tous les jours de délai jusqu’à la réunion de celte convention nationale. Us se croyaient, eux et l’état, sauvés, si

leurs ennemis les laissaient encore

vivre aussi long-temps. Cependant la commune répétait continuellement qu’il fallait porter le fer au

43o PRÉCIS HISTORIQUE

seiù de l]^semblée législative ; elle répétait qu'on n'avail jusqu'à présent frappé que des traîtres obscurs ^ et qui étaient nlême devenu» incapables de nuire ; qu^il fallait imnaoler à côté des girondins Iles royalistes constitutionnels ) et réunir dans les mêmes supplices ceux qui n'avaient feint de se diviser que pour mieux tromper le peuple. Ces hontes san-, guinaires ne proféraient une

menace qui ne' fût sur-le-champ exécutée. Cépendaut ^ prêts à commettre ce crime, ils s’arrêtèrent toutàcoup. Vergniaud fut assez éloquent, pour inspirer à l'assemblée la résolution de se défendre, sion venait l'attaquer. Rien li'Uonore plus sa mémoire que les discours qu’il prononça à cette époque ; il y ex-

DE L1 &ÉV01VTI08 ERANÇ. 43l

prima la plus grande horreurcônlre les assassins au moment où le fer

élait levé sur sa léte. Unecirconstancetirrétait d’ailleurs les chefs des factieux. Iis avaient mis une sorte de profusion à payer les dilFérenscrimesqu’iis avaient ordonnés. Iis n'avaient plus de salaire à offrir aux assassins ; le pillage de Paris ne leur paraissait pas une ressource possible à réaliser. Le vol du Garde-Meuble fut résolu par eux.

Lesdiamans delà couronne et beaucoup d’autres richessesexistaient encore dansce dépôt. De tels trésors les mettaient à portée de payer leurs sicaires. / ‘

Je ne sais comment ce yol inspira qdelque honte aux ordonnateurs de tant d’assassinats ; ils n’osèrent l’entreprendre de jour. Ils en confièrent

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43a PRÉCIS rilSTOBIQVK

l’exécution à des brigands obscurs.

Dans la nuitdu i6au i 7 septembre, ceux-ci s’introduisent au Garde- Meuble de la couronne. Les sentinelles, qui veillent à la garde ^e ce dépôt ne font aucune résistance.

Les pierreries les plus précieuses , tout ce qui servit au faste de Louis xiv, du Régent et de Louis xv , deviennentla proie de ces brigands. Eurentils l’inconcevable fidélité de les rapporter à ceux qui leur avaient com- , mandé cet attentat ? On l’ignore.

Beaucoup de conjectures ont été faites sur l’emploi de telles richesses; aucune n’offre assez de vraisemblance pour être présentée comme Un fait bistoriqué. Dans cette nuit même, le ministre Roland est avcfrti de ce vol ; il sait que des hommes puissansen protègent les^ auteurs;

il remplit avec feruTelé son' devoir.

Plusieurs des brigands sont arrêtés au moment où ils achevaient d’enlever le.reste de ces magnifiques dépouilles. Roland appelle sur -le champ l’indignation publique et celle de l’assemblée législative. Les ' principaux factieux n’osent avouer leur complicité. Ils laissent sacrifier quelques-uns de leurs ageus. Paris y toujours sous le joug des assassins , vit périr quelques voleurs; on n’osa pas cependant suivre de trop près les renseignemeus que ceux-ci donnèrent.

. .L’assemblée électorale de Paris était composée , à- une trèsr^grande majorité , de tous ceux qui avaient eu une part directe à tant d’horreurs.

Robespierre y dominait. On le vit pour la première fois quitter cette A. L. ‘ 5?

coDtènancé , ce langage

hypocrite qui caractérisaient le plus vil Üatteur de la plus vile populace, llsembl.'vit ne plus reconnaître d’égaux, même parmi ceux de son parti.

11 commanda tous les choix; c'està-dire qu’il produisit la plus monstrueuse élection qui ait jamais désr honoré :1e. système représentatif.

Philippe d’Orléans obtint d’y être nommé sous les auspices de Marat.

Je ne m’arrêterai point à retracer .tant d’ignominie, je rappellerai seu- .lement que ce fut alors que l’usurpateur tant de fois annoncé à la France 'abjura le nom de ses pères , et prit le titre de citoyen Égalité- ■ On entendait parler de dictature , de triumvirat : Marat les proposait ouvertement ; il voulait être l’un des triumvirs s’il ne pouvait devenir

dictateur lui-m<^me. Robespierre et Danton paraissaient encore fortement unis. Cependant / le premier voyait déjà avec inquiétude son rival.

11 surprit en lui quelques mouvemens de pitié ; il le vit sauver quelques victimes. En effet , Adrien Duport et Charles Lameth , arrêtés ; l’un à Melun , l’autre à Rouen > furent soustraits par Danton au supplice. Robespierre n’osa éclater contre lui. Il dissimula jusqu’à ce que leurs adversaires communs fussent battus. Danton eût plutôt désiré leur expulsion' que leur mort , et ce fut peut-être lui qui permit à l’assemblée législative de se retirer sans avoir-perdu aucun de ses membres pendant le cours de tant de proscriptions.^ Les deux tyrans, auraient fait couler des torxens de sang > si

songé à opérer une réunion si nécessaire ; il avait ordonné à Dumouriez , qui était alors sous ses ordres , d’abandonner le camp de Maulde pour venir se joindre à lui sous les murs de Sedan. Celui-ci avait désobéi avec une audace qui tenait de la révolte ; il ne persista point dans cette faute lorsque la perle de son rival fut assurée. Il abandonna la

Flandre française à ses placesfortes; il se rendit à l’armée de Lnfayette , qu’il trouva dans la confusion et le dt^sespoir où l’avaient laissée la proscription • et l'éloignement de son chef. Cette armée ne lui offrait qu'un secours de dix-sept mille hommes \ mais c’étaient les troupes les plus exercées que nouseussions alors.* Il entreprit , à leur tête , une marché hardie. De vaines solennités > des

DE tâ RÉVOITITION FRATÏÇ. 44*

ment l’armée du poi dé Prusse, mais ne pui la'disiràîrè’ loiigf-temps des obstacles que le ciel lui-même sem-c blaît mettre 'à" sa marche. Depuis son efitrée sur le territoire français, le temps n’avait pas Cessé d’éfre pluvieux ; l’automne, la saison qui offre dans notre climat le plus de beaux jours, amenait de continuels ouragans. Le pays où campait une armée si considérable est cité dans la France pour sa stérilité; Présageant une conquête aisée, léducdeBrüns- ^'ick avait mal assuré ses vivres ; ses communications étaient devénues •extrêmement difficiles : defoutesles •places fortes donl notre frontière est hérissée , il 'ii’occdpait, que celle 'de Longwy. L’armée prussienne ' répandue sur plus de quarante lievies de longueur , était resserrée

44 3 PHBCIS HISTORIQUE. ,

dans un espacé fort, étroit. On avait étéiobligé^de dëtacher.un, corps de qpinze mille hommes pour faire le siège de Thionyille > ou plutôt pour faire un simulacre de siège , car on s'attendait à une reddition sem~ blable à celle de Longwy. Thionville était mal approvisionné , mais les assiégeans l'étaient plus mal encore.

Le général Wimpfen , ex-député de rassemblée constituante) et dtk parti de Lafayette , commandaitdanscette Ville. V Son courage dut- s'accroître encore par l'indignation du traitement que les étrangers avaient fait avec tant d'impolitique et tant de barbarie 4 des constitutionnels proscrits.., 11 déconcerta toutes les attaques de^Aulicbamp , et celui-ci sentit avec amertume l'embarras de conduire un siège sans avoir de quoi

faire brèche à un rempart. Un député de rassemblée législative , Merlin de ïhion ville*, qui se trouvait alors dans sa ville natale, contribua beaucoup à sa défense. ' ' ■* Frédéric-Guillaume , comme toutesles dmesqui^nt àlafois exaltées et faibles , avait bientôt passé dè l’excès de la présomption au ‘ plus morne découragement. Il appelait autour de lui les chefs des ‘émigrés ^ et leur faisait dè * vifs rcproclies.

a Voilà donc,, leur disait-il , l’effet « de ces promesses , de ces espé- « rances par lesquelles vous m’avez «séduit ! Où sont ces colonnes dfe ■« Français qui devaient d’heure en « heure venir grossir n(^e camp •?

« quelles acclamations entendons- « nous sur notre passage ? quel sea cours trouvons-nous dans les cam-

444 PAEQIS fimO&IQVE .« pagnf$]? Nous inspirons encore ji plvis.de haine> que de terreur. Que a nous sert d'avancer , lorsque nous «laissons derrière nous des^, périls .«plus grands que ceux-mémes qui , « nous sont çpposésP », Les frères de Louis xvv,.n'osaieat répondre que les émigrés n'étaient^point les seuls /qui eussent envisagé comme si fa-^ cilerinv^sioii de la France. Ils suppliaient qu'on" tentgitjun’ coup plus décisif, qui mit dans uneentiëre déroute les armées des révolutionnaires ; «C'estalors, disaient-ils, qu'on « pourra déserter leurs rangs , et S que tous les Français oseront ma- « nifester l'affection qu’ils nouspor- «lent.» ^

. Le duc de Brunswick frémissait de .voir sa gloire compromise dans une expédition dont il.ayait mal calculé

DE LA REVOLUTION EfiANÇ. 44^

les chances. Ses talens militaires ne pouvaient lui apprendre à triompher d'une saison et d'un climat qui moissonnaient chaque 'jour ;ses soldats âfTumés. Autant il s'était abandonné aux premières promesses des émigrés, autant il se tenait aujourd'hui en garde contre leur présomption.

Il consentit cependant à tenter un effort pour s'ouvrir • un . .espace plus libre au travers de la France.

■ L'armée de Kellermann était venue , le ip septembre ^ se camper à la gauche de Dumouriez, sur les hauteurs de Valmy. Le duc . de Brunswick sentit quUl importait de le forcer dans cette position. Nous voici arrivés à la première journée glorieuse qui ait annoncé les Français dans cette guerre. Le rao septembre , il .s'engagea , depuis, sept

446 ^HÉGIS HISTOBTQtE >

heures du matin jusqu'à dix heures ^ une vive canonnade d'avant-garde.

Les Français la soutinrent* avec vigueur; Us furent cependant obligés dè^se- retirer deux fois des premières sommités qu'ils occupaient. A dix heures/ râçtion devint générale ; l'armée ennemie développa des-forces.immiment supérieures à celles dè Kéllermann v q«i n’avait- pas plus de vingt miHe hommes. Le roi' de PrnSse parut d’abord vouloir faire avancer'sa cavalerie; mais; la pru^ deinoe ou la' nature des lieux s'opposant à la marche /l’action ne fut qu’unelongue et terrible canonnade.

Ce monarque » et son fils , quirègne aujourd’hui , firent preuve découragé : ils ne cessèrent de rester exposés au feu. L’artillerie française montra dans cette journée toute

DE LÀ .RÉVOLCTION FRÀNÇ. 4^'t7

sa supériorité sur l’artillerie prussienne. Nos soldats s’aperçurent que les boulets des ennemis passaient presque tous au-dessus de leurs tê-> tes : ils en firent un objetde plaisanterie,. et se tinrent inébranlables dans leur position. Lés Prussiens- lancée rent une quantité innombrable d’ohus; il y en eutunqui tomba sur un caisson. X’exploslon fut terrible, et cau^ une perte assez considérable aux Français. Les Prussiens ne pouvaient plus mettre la même activité' dans leur feu, et cependant ils se 60utenaientencore.Le duc de Brunsr .w^ick n’bsait faire avancer ni sa cavalerie ni ses colonnes. • Gette ca- nonnade dura treize lieures , sans produire aucun avantage au roi de

Prusse. . , . . r

Le lendemain fut une journée de

que ces mystères se réduisent à très-< peu de chose. La plus iiivraiseitiblabledes suppositions a été quelque temps accréditée ; on disait que les révolutionnaires avaient offert au roi de Prusse et au duc de Brunswick des sommes considérables pour les décider à la retraite. On a été jusqu’à faire un rapprochement insensé de l’époque du vol du Garde- Meuble avec celle de la capitulation.

Il est certain que les révolutionnaires n’avaient point des sommes considérables à offrir; que , s’ils les eussent eues , ils en auraient fait un tout autre emploi,. Le caractère du roi de Prusse ne peut le^ii||j^soup-.

çonner d’un tel excès de bassesse ; celui du duc de Brunswick repousse également celle imputation.

On a donné un motif moins in-

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