‹ Précis historique de la Révolution française. Assemblée législativeChapitre 12 sur 25 · DE LA «ÉVOLUTION FRANC. 9S · texte numérisé non relu

DE LA «ÉVOLUTION FRANC. 9S

« cet exemple, si vous le donnez upie « fois. Quand ou a fait une première m classe de proscrits, rien n*empéche « d'en créer demain de nouvelles.

« Est-ce au moins la politique qui « ordonne ces iniquités? La politique « vous les défend. On «'entretenait « peu des prêtres , de leur culte , ' « et de leurs dogmes ayant la revoit Jution. On en parle aujourd'hui, « c'est qu'on a persécuté les prêtres, « Pour achever de ressaisir tout Tem- « pire qu'ils ont perdu , ils vous de- ^ « inanderaienteux-mémesetdes*pros« « criptions, et des supplices.

« Le9 tribunaux, dites- vous, mon-* « trent pour eux des complaisances, « ou ne saventpas les atteindre ?Crai- « gnez de proclamer rimpui.«sance « des tribunaux , car vous enbardirea m. tous les genres de rébellion. Gardez**

4c VOUS d'annoncer la corruption de* « tribunaux , si vous n'eiv avez de» «t preuves assurées , car vous leur « ôteitz toute contiance , c'est-à-dire , «c toute autorité. Mais redoutez sur- « tout de créer un genrô de délit qui *t leur soit étranj;er. »

Ces discours furent entendus avec une extrême défaveur. On ajouta aux reproches actuels que méritaient les prêtres, tous les crimes qui jadis furent commis par eux, ou d'après leur inspiration. La religion même, cessa d'être traitée avec la déférence politique qu'avaient montré, pour elle, les orateurs de l'assemblée constituante. Un des adversaires des prêtres , prononça ces paroles : Mon Dleu^ e^est la loi ^ je n^en connais point d'autre. Les évêques constitutionnels qui étaient dans l'assemblée, s^éievè-^

DE I.A RÊVOLUTIOTS PRAîîÇ. çS

Tcnt, avec indignation, contre cetto profession d'athéisme. L'assemblée fit peu d'attention , à leurs scrupules.

Le décret fut enfin adopté, au milieu du tumulte, tel qu'il avait été proposé.

Les deux actes législatifs que je -viens de rapporter, étaient sonniis, par la constitution , à la sanction du roi. L'un et l'autre blessaient cruellemeut ses affections. II avait au moins de la pitié pour les émigrés , et une entière soumission , dans ses opinions religieuses , aux prêtres insermentés.

On l»i présentait, d'ailleurs , à sif;ncv la proscription de sou frère. Louis ressentait, avec plus de force que ne le font ordinairement les rois , l'empire des affections domestiques. Troul>lé de ces nouvelles épreuves, qu'on liïi faisait subir, il appela de tous

96 PRECId HISTORIQUE

côtés des conseils. Il admit auprès de lui des hommes de tous les partis , et leur parla comme si chacun d'eux avait eu sa confîauce.

Déjà il avait été obligé de renou-»

velereo partie le ministère. Montmoriu avait quitté le déparlement des affaires étrangères , rassemblée constituante avait assez exercé sa constance , il craignit les orages d*unc assemblée plus turbulente. Le roi (e ylt s'éloigner à regret, et ne cessa dô le consulter comme un ami. Mont— morin en eut le dcyouement. Plusieurs hommes recomraaudablcs, et parmi eux Barthelemi , refusèrent ce ministère ; Dblessart Taccepta. Bertrand de Mollcville, fut nommé à celui de la marine; Narbonne, à celui de la guerre; Cahier de GefVilIe, à celui de l'intérieur] Tarbé, à celui

©« LA EiroiUTioir franc, gr^ *lc8 contributions publiques ;Duport- Du tertre tenait les sceaux de Tétat.

C*élaient-là les conseillers de Louis.

Leurs divisions, dont j'aurai bientôt à rendre compte, rendirent inutiles ou funestes pour le roi , leur zèle mérae à le défendre. Ce fut au milieu de rembarras où le mettaient ces deux décrets, que les intrigues ioucrent en tout sens , autour de lui. Plusieurs chefs du parti populaire de l^assemblée constituante, et particulièrement Duport, Barnaye, et Alexandre Lamet h, furent appelés dans une cour, où ils étaien t hais et soupçonnés, (c) Ils proposèrent des partis vigoureux ; et , oonime ils avaient toujours à craindre la faiblesse du monarque, ils tou-* laîent qu'il se plaçât sous leur tutelle , de manière à écarter toute autre influence. IL» lui enseignaient I. 9

les moyens de disputer de popularité avec Tassemble'e législative, même ea refusant ces décrets. Louis écouta sans murmure, mais suivit sans fidélité, les propositions qui lui furent faites à cet égard. La reine, particulièrement , montrait de l'aversion pour tous les plans qui subordonneraient le roi , à l'influence des hommes qui avaient porté les premiers coups a son autorité. On exigeait de Louis , qu'il remplaçât les mesures de l'assemblée , contre les émigrés, par une active surveillance, par des exhortations et des menaces pressantes. On voulait, qu'à l'égard des prêtres insermentés, il témoignât qu'il voyait , au moins , avec regret leur opposition , et qu'il lie les choisît plus pour diriger sa conscience. Louis répondait qu'il devait au moias jouir de la liberté ac-.

DE LA RivOLXJTIOlf FRAlfC. 99

cordée à chaque citoyen, d'être libre dans son culte. Il était pressé par le reinord d'avoir trop peu défendu la religion et Téj^lise, des atteintes que leur porta l'assemblée constituante.

Son ame , frappée de terreurs religieuses, ne montrait de la fermeté et de la résistance que sur ce point.

Il commença par mettre son veto, «ur le décret relatif aux émigrés, il sanctionna celui qui prescrivait à son frère de rentrer en France. Le refus du premier de ces décrets, annonçaft que le roi voulait user de son* pouvoir, même dans son exercice le plus périlleux ; facceptation du second , annonçait à ceux qui coimaissaient «on cœur, qu'il se regardait encore comme dans une situation passive et contrainte. Lorsque le ministre Duport-Dutertre vint, dams l'assem-

IQO r REGIS BISTOKIQtrC

bléc, prononcer, au nom du roi> !• premier veto , suivant cette formule constitutionnelle y le rai examinera , il se 6t un silence lugubre et menaçant. Les républicains triomphèrent de voir que Louis, en acceptant le combat, fournissait nu prétexte et des moyens pour Fatlaquer avec plus de fureur. Ils dissimulèrent, ils retinrent ceux qui , moins habiles , voulaient laisser éclater d^e la colère. Ils félicitèrent ironiquement le roi, 5ur la preuve Iqu'îl donnait à l'Europe, de la liberté dont il jouissait au sein de la nation. Le ministre voulait exposer, et les motifs du refus de la sanction , et les mesures executives, par lesquelles le roi devait suppléer au décret. A peine avait-il prononcé quelques paroles, que des murmures Tinterrompireat. Le pre\

DIS lÀ néyoLtmon frakç. ioi sident, c'était Yergniand, lui imposs silcDce , ea lui disant d*un tou caim»

et séyère, que la constitution accordait bien au roi le veto, mais non la faculté d'en développer les motife.

Tous les républicains , et même let hommes irrésolus qui le» suivaient , parurent vÎTement frappés de co scrupule constitutionnel. Les ministres ne purent que balbutier , ait milieu du tumulte , quelques paroles entrecoupées.

Le lendemain , parut une proclamation , dans laquelle le roi parlait avec sévérité aux émigrés, et cher* cbait, en même temps, à les cou« vaincre de la crimiuelle imprudence d^ leurs entreprises. La cour avait cru par là calmer les murmures des républicains; mais ils furent atteints d*un nouveau scrupitle constitution-»

Ï02 PRÉCIS HISTORIQtrS

nel. Le roi pouvait-ii faire une pfoclamation de ce genre ? C'était tia acte législatif , c'était une usurpation. D'ailleurs , dans cette proclaluation , que de faiblesses , que de réticences! La bévérité même y avait encore l'accent paternel , voilà ce qui indignait Brissot, voilà ce qu'il dénonça à l'assemblée. Pour cette fois, cependant) il parut un ennemi trop injuste , trop implacable ; sa dénonciation fut sans suite.

Un tel essai encourageait peu un second veto. L'opinion publique vint aider le monarque dans une résolution , déjà prise au fond de son cœur. Les prêtres furent défendu» par des hommes très-indifférents pour leurs dogmes. Le dv'partement de Farisy qui était alors composé d'hommes recommaudabies par leur patrio-;

DE ta RivOLUTlON FRAWC. l03

tisme et leurs lumières , tels que la KochefoucauJt , Baumetz , Desxneuniers , Talleyrand , Anson , Brousse, Garnier, adressa au roi «ne pétilion , pour l'engager è apposer son veto. On cite encore aujourd'hui cette pétition y comme un modèle jde discussion lumineuse sur la tolérance. L'orgueil de Tassemble'e nationale se révolta contre cette entreprise liardie , d'une autorité subordonnée; longtemps elle parla, elle s'occupa mémexle la punir, elle fut cependant letenue par la haute considération qui environnait les membres du département de Paris.

Un second veto fut apposé. L'assemblée goûta le plaisir de la vengeance , en écoutant et ses orateurs, • et ses nombreux pétitionnaires , et les tribunes elle-mémes , lancer mille

104 PRÉCIS HISTORtQUB

invectives contre la cour et les ml^ nistrès.

Oeux événements désastreui qu*on apprit à cette époque ^ vinrent frapper les araes d'un excès d'horreur, dont les désordres révolutionnaires n'avaient pu même fournir l'idée.

Ces deux épouvantables nouvelles , * étaient le massacre commis dans la glacière d'Avignon , et les fureurs des nègres révoltés de l'île Saint-Domingue. On eut alors un affreux parallèle à faire, de la barbarie des peuples sauvages , et de celle des peuples civilisés , qui ont rompu le frein des mœurs et des lois.

Avignon avait déjà été plusieurs fois le théâtre de scènes sanglantes, et de lâches assassinats , depuis que le vœu de réunion à la France * avait été proposé dans cette ville.

DE LA RÉVOLUTION PEANÇ. I05 L'assemblée constituante avait longtemps résisté à déclarer cette réunion ; elle la prononça le jour mérne où le roi venait, dans son sein , accepter la constitution. Ce décret corrompit tout le plaisir qu'il pouvait goûter dans ce moment. Ses principes religieux s'alarmaient d'un cavaliissement fait sur le pape ; aussi hésita -t- il à donner sa sanctiou,; ellç lui fut arrachée, en quelque sorte, par le uiinistre de la justice, Duport-Du tertre, qui craignît pour le roi , les (Suites de cette premier© résistance. La réunion ne fut point opérée aussi proniptetnent qu'il était nécessaire , pour enchaîner deux parti^'furieux. L« peuple avignonuais avait mis h la této de ses^xpéditious révolutionnaires, un être stupide et féroce^ nommé Jourdan^ qui s'cialt

106 I>REC1S HISTORTQUE

donné à lui-même l'afiFreux siirHom de coupe 'tête. Il était rinstrrmetrt des fureurs de quelques hommes qui donnaient, dans le Midi, de continuels exemples de cruautés. Le parli opposé à \k réunion , ne gardait luimême aucune mesure, et se flattait , encore qu'elle pouvait être écartée, 11 avait repris quelque- domination dans la ville. Un jour, des hommes de ce dernier parti, assaillirent, avec fureur, Lecuyer, secrétaire de la municipalité; les assassins le poursuivirent Jusqu'aux pieds des autels, où il avait cherché un refuge, et lui donnèrent la mort. La vengeance ne fut pas soudaine , mais n'en fut que plus atrocr. Le parti , que dans une telle occasion , je rougirais d'appeler le parti patriote, rassem blases forces eu silence , rappela en secret , dans

DE LA REVOLUTIOW FRAWÇ. 10/ Avignon, ceux qui avaient été con- * traintsdes€n éloigner; et, après s'être assuré de Timpossibiliié où étaient ses nombreuses victimes de lui échapper, il éclata , le dimanche 3o octobre 1791. Les commissaires pacificateurs étaient éloignés dans ce moment.

La ville est investie, les portes sont fermées, une troupe, commandée par le barbare Jourdan , va chercher, dans leurs maisons, les malheureux voués à la mr^rt. On les entasse , au nombre de plus de soixante, ddus le palais; les mr.nstres, que. rien n'empêche d© commettre leur crime, attendent cependant les ténèbres, comme plus favorables à leur férocité. Ils viennent enfonce-T les portes de la prison, chacun d'eux est maître d'assouvir sa ragfî par un supplice de son choix. On. rapporte qu'un Jeuae homme; de i^

I08 PEéciS HISTQRIQITE

ans , immola quatorze personnes Jt sa main , et qu*il se plaignait encore de sa lassitude. Le père est rapproché de ses enfants, 1^ mère de sa fille, comme pour les faire expirer à chaque coup qui toml)e sur des êtres si chers. Douze femmes sont immolées : ma plume ne peut exprimer quelles tortures on leur fit subir. Le jour paraît , deux victimes ont échappé à la faveur de la nuit, on les retrouve, on les rejoint à leurs malheureux compagnons. Parmi eux était un prêtre âgé de 78 ans , bicnfaicteur des pauvres ; ni la pitié , ni même la reconnais* sance , ne peuvent le protéger. Enfin , quand il ne reste plus , devant ces bourreaux, que des restes inanimés , ils les déchirent, ils les mutilent, et les cadavres , tronqués , sont enXassés dans une glacière qii*oii mure ; d*au«

DE T.A RÉVOLU'^'iOH T^AVG. IO9.

très ,80î>t jetés dans le j^hôiie. Telle fut celte nuit désastreuse , modèle des horreurs ^ui ,^ientôt devaient se.

commettre parmi nous. Les commissa ires euvpyés dan^ cet^e ville arrivèrent trop tard pour arrêter tant de crimes, mais parièreQt, au moin^ de les punir. Lâches à l'aspect de la ^ force , ces bovrreaiJix, couverts de sang, se laissent enchaîner. L'assem-»

blée législative ne put entendre cet épouvantable récit ^ sans pousser des cris d'indignation : le président s'évanouît en Usaut la. lettre qui révélait à Tunivers ce comble de féroicité.

]Vfal heureusement , ce nremier n^ouvement d'horreur se calma dans des âmes cntrauiees par i esprit de parti ; au bout de quelque temps, ou parfa d'amnistie , on Tottint, et on eut le 2 septembre. ♦

riÔ PRÉCIS HISTORIQUE

Oïl n'apprendra pas saiii etottneinent, que, parmi, les hommes qui furent accusés d'avoir dirigé les assassinats d'Avignon , il s'en trouva qui' furent capables cfê remords^ et qui voulurent quitter la carrière du crime.

Il y eh eut deux qui moururent vic-J^ {imes dn *3i mai.

Le désastre de Saint-t)omingue embrassait encore un plus grand nofnbre de victimes, et portait im coup plus crue} à la France. Lés malheureux colons étaient , depuis longtemps , divisés entre eux. Frappes de crainte, sur les efl'ets que le dogme politique de régal i té des hommes devait pra*.

duire parmi les nègres, le plus grand nombre courait au devant du mal qu'il' voulait empêcher. Les uns songeaient à se rendre indépendants de

DK I.A Ré VOLUTION FR ANÇ< 1 1 1

la France ; les autres se soyineUateiit ^ la viétropole , mais demanda lent nae garantie pour leur sur^<i. L'assemblée constituante s'était montrée sensible aux alarmes de ces derniers.

JBarna^e^ au moment même oii il suivait., a?eo le plus dardeur, les principes populaires^ aiwit fait éloigner toute discussion qui pouvait compromettre la plus florissante des colonies. Cependant les nègres seml>laient encore dormir du somjneil de resclayage; mais les bomuf^ de couleur chercbèrent à probter des circonstances , pour sortir d'une position abjecte , équivoque , et pour participer aux droits politiques des colons. Ceux-ci crurent que, parlà, ils affaibliraient le préjugé qui accoutumait les nègres à les voir cc»mne des êtres d'une nature supé«

.yGoQgle

112 PRÉCIS BIS^ORIQ0B

rieure. Ils refifsèrent, daiis tetir or« gueit ou dans lenr politique, de se faire d^li alliés des hommes de couw leur; ils s'en fireht de redoutables ennemis. Un mulâtre^ qui était en correspondance arec Brissot , fut accusé, par les^ colons, d^avoir fomenta rkxi soulèvement; ils le. firent périr.

L'assemblée constituante s^occupa longtemps de leurs qulrelles, et ne satisfit aucun des deux partis qni st combattaient.- Les miilâtres ne tardèrent pas h allumer le feu de la sé*^ dition parmi le» nègres. Ils croyaient être toujours maîtres de ne porter leurs fureurs dévastatrices que jusqu'à '*^el ou tel degré. Les nègres employé» ^eiit cette dissimulation familière nnx peupléf sauvages qui nourrissent Tespoir dune grande vengeance. Ihi -prétend que des émissaires- partir eut

DE T.A RérOtUTlOW FRANC. *ll3

de France pour aller les exeiter ; d'autres disent que l'Angleterre, qui Bvait, dès longtemps, prépare' le désastre d'une colonie dont elle était jalouse , inspira , même parmi nous , les démarches, les discours et les écrits qui devaient amener cette catastrophe. L'Espagne est aussi accusée h cet égard; et, quoiqu'un crime de ce genre répu'^ne aux maximes de ce ^ouverftement , on est forcé de convenir que les colons espagnols de 'Saint-Domingue se conduisirent avec perfidie, avec inhumanité. Le complot était dé;a presque unanime parmi les nègi-es, et rien ne le trahissait. Ils avaient des chefs, des protecteurs, ils entendirent leur signal ; en un instant, les florissantes habitations , qui fournissaient à notre luxe, à notre commerce , sont cOusumccs par }o»

flammes.' Les propriétaires sont pour* suivis, sont égorges, la tête de leurs enfants est portée sur des piques, et c'était là l'horrible éteudart de cette troupe de cannibales. Le maître com* pâtissant est massacré à côlé du maître inhumain. Si quelquefois un esclave ose intercéder pour lui, cet esclave partage sou sort. 11 y en eut cepeudant qui signalèrent leur reconnaissance par le plus iutrépide dévouement, qui nourrirent, dans des ca*^ Ternes, ceux qu'ils avaient soustraits à la fureur de leurs compagnons* L'Africain déchaîné marque sa fur reur par des inventions de nouveaux supplices ( tant les hommes savent inventer en ce genre) : un malheu* reux colon est scié entre, deux plau-»

ches ; les femmes non ^. je ne

puis achever. Bientdt la campaguo

DE LA EirOLîJTIOK TRilIVÇ. Il5

ti^offre plus qu'uu monceau de cen^ dres ; déjà il ne reste plus rien de douze cents caféteries et de deux cents sucreries , et le bruit de ce désastre ya porter la )oie parmi les poli<> âqncs et les spéculateurs de Londres !

Ce qui reste de colons va se réfugier dans layiHe da Cap, triste asile, oik de nouyeNes fureurs devaient bientôt les engloutir. L'histoire ccmsacrera* t^eUe un fait qui, dans ce teœps^là, fut affirmé, mais qu!au .milieu de tant d'horreurs on ne peut concevoir encore ? Plusieurs blancs allèrent chercher un refuge pnrmi les colons espagnols ^ on prétend que ceux-ci les livraient, pour trois portugaises, h la vengeance des nègres. La révolte s'était moâns étendue dans la partie de Fouest , mais les hommes de cou* leur s'y livrèrent à des passiotns fc^

Il6 . PRÉCIS HISTOMQt?»

^roces , ils portèrent rincendie dans la ville du Port-aa-Prince,

Quaud on apprit en France ot* malheurs et ces crimes , les âmes , loin de se réunir, par les sentiments d'iadrgnation et -de pitié qui leur étaient i;ommuns, s'aigrirent encore da?aa^ tage. Le pencfaantau scopconcpi était entre dans le^ cœur desîFrançats ^ s'y ibrtilia. Otr se regarda comtite destiné h virre dans un siècle d'iiorreurs; oa cfiercba moins a les prévenir, qirà les faire tonther sur. ses euuead^.

Chaque parti s'accusa réctproquc'»- 9neut d'avoir, par se» imprudence ^ ou par>ses perfidies ,' donné lieu, soit âux massacres» d^ ATÎgnon^/ soit à ceuiL <le Sain t-Douvhigue/ Claude Pauchet, liomme d'un esprit faux, d'un carao- ■tère emporté, neprocha au ministre £)ela«art d'avoir différé, liîdesseia et

DE LA RÊVOLUflON PRATÏC. 117

dans une atroce pensée , de mettre à cxécutioii le décret qui unissait Avignon à la France. 11 voulut faire rejaillir sur lui tout le sang qui avait coulé. « Ce n'est point, s*écria-t-il , •c dans un transport qui flt frémir « toute rassemblée, ce n'est point la «c mort que joouhaite à ée ministre ; « la mort n'est qu'un supplice dtt « momciit. Qu'il vive , mais quTl soit «c condamné à respirer l'odeur de»

«c cadavres enfermés sous la glacière. >» L'homme qui forma cet exécrable YŒU , était cependant un prêtre!

Brissot attribua tous les malheurs de haint-Domingue à la faiblesse de l'assemblée constituante , qui avait refusé aux hommes de couleur la plus juste dcir.andc. Le parti opposé les attribua à Brissot, le plus véhément , et le plus actif des ennemis

Il8 . PftÉCIS HISTORIQUE

de Tesclavage des noirs. L'assemblée .disputa longtemps sur ua désastre dont il était devenu difficile d'arrêter les progrès; la discussion fut orageuse. Brisspt persuada à rassemblée , qu'il fallait désormais employer tous . ses soins à calmer les hommes de couleur , les droits politiques leur furent accordés.

Le parti républicain avait^uffîsamment essayé son. pouvoir sur rasseni'blce, il marcha dun pas plus accérléré vers son but ; il appela la guerre. Rien ne paraissait plus facile, que de familiariser avec elle des imaginations ardentes. Un seul homme arrêta lonjgtemps leurs projets , il chercha à détourner de la France et de l'Europe , la plaie piofoude qu'elles allaieut recevoir. Qui le croirait!

cet intercesseur qui parlait au noia

BE LA »ÉVOttrTÎON FtlATÇÇ. Î19 de Phiunanité , c'était Robespierre.

Il choisissait toujours ses ennemis, paiTiii ceux qui étaient les plus ptès de la popularité; l'ardeur de combattre des rivaux qui allaient entièrement Féclipser, le porta à s'opposer à un fléau qui semblait pourtant favoriser les espérances de son parti, et son ambition particulière. C'était an club des jacobins, que s^agitaît, entre Robespierre et Brissot', la destinée de l'Europe. La victoire resta longtemps indéeise-entro eux. Le parti de la -Gironde put pressentir , ds^ns cette discussion, l'ingratitude dont les jacobins devaient un jour payer ses seryces. Robespierre employa , €6atre hii , l'arme qu'il maniait avec le plus d'art , les soupçons et les calou^nîes. «Craigne» , disait-il &ux ja- « oobins, yous^ les adversaires cons-

I20 , PRECIS HISTORIQUE « taiits de la pi tis perfide des cours, « d'être aujourd'hui les instrunie^its <* de ses desseins.. Brisiïot propose Ja «c guerre, je lui demqnde p^ sont nos «c arme'es., oîi sont leur^ appro vision-* - « nements^ quels, cbefs doivent les « diriger. Quoi, î «ous les yeux d'ui?; *< peuple entier, plein d'enthousiasme « et de surveillance pour sa liberté , <c la cour a.pi| , ijupunémeiitt , ourdir «( mille trahisons^ et non» croyons <f qu'elle s*cn abstiendra d^n» le mo- « ment oîi elle seuliç conduirai nos <c armées ) oùellq les -conduira contre^ « qui ? contre ceux qui parlent; çl^^ «, la venger , contre ses parents, ses «( amift, ses coinpUces, I^Ion-seL^lcmeut a» )e prévoisr des perfidies daihs cçmx << qui dirigeront la gner.re ; maîë «t j'en vois, dans ceux - mêmes .qui « K^ous la proposent. On veut b^ami^*

DE LA IlEyOl.TJTION FRANC. 131

« lier la révplutiou française ^ par « des revers , qm , déjà , ont ete' corn- « biiiés dans les cabinets , et de « Vieqne et de Paris. On juge bien « que les ef]^pts des éœigre's sont « désormais impuissants, pour faire, •c tomber sur la France ^out le poids « de l'Equope , on veut que nous* « mêmes nous rendions de Paudace « aux rois indécis et troublés. Oui ^ « je ne crains pas de le dire , le sang « de nos soldats est vendu d avance.

« Ou poussera les patriotes au dehors * pour leur y f^^irc trouver une mort « certaine. Plus je médite sur cette, «t chance funeste, plus mon ame se.

« remplit d'affreux pressentiments. J« u vois ceux qui, par de lâches as- « sassinats , ont fait couler le sang « de nos frères au Champ de-Mars , % je les vois s'emparer du comman-i I. II

122 PRECIS HISTORI^.afi

•t dcraent. Quelle garantie m'offrc- « t-oii contl-e mes pressantes alar- <c mes? Le patriotisme de MM. Bris* « sot et Condorcet. Je ne sais s*il fut « éclatant, je ne sais s*il est sincère , <c mais je sais au moins qu'il fut biea « tardif. Je les ai vus adorateurs de «t M. de Lafayctte , ils furent un « moment ses adversaires, ils le pa- « rurent au moins, mais je les ai •c vus épargnés sieuls , après Todieur fc succès ^ que jîetit-étre ils lui pré- « parèrent. Les patriotes surent faire « les plus grands efforts sans leur « concours, les patriotes doivent se «r tenir en garde contre leurs sug- *«■ gestions.»»

On peut juger par le ton de ce discours, quelles divisions existaient déjà entre les adversaires de Louis.

Jxi cour, au lieu de «avoir profiter

DE LA REVOLUTION FAAIiÇ. 123

d'une discorde si favorable h ses vues, s'abandonna elle-mérne à de« querelles intestines. Les ministres qui n'avaient encore que quelques jours d'existence , agissaient entre enx en ennemis déclarés. Ils se disputaient la confiance d'un roi faible et épouvanté, habitué dès longtemps à ne jamais penser , comme à ne jamais agir par lui-même. Le ministre de la guerre , Narbonue , jeune bomme pkin d'activiié , de grâces et de talents , voulait que le roi fît des sacrifices à la popularité , qu'il lui était important de recouvrer. Cahier de Gerville ^ bomme d'un patriotisme pur et sévère , le secondait avec zèle. Ils avaient deux adversaires dans Bertrand de MoUevilie et Dciessart.

Ce dernier qui conduisait les négociations I crut imprudemment qu'el*

124 PRÉCIS HISt^ORIQÛE

les pouvaient se diriger de manière à jrendre la position du roi plus respectée en France. Il suivait une politique dilatoire; convaincu que rien ne portait Léopold à la guerre, il espérait tirer quelque parti des menaces que pouvait faire le chef d'une puissance militaire redoutée. Narbonne s oSensait de négociations trop lentes et trop timides. On connaissait mal , selon lui, les chefs actuels du parti populaire, ils ne voulaient avoir que des gages de la sincérité de la cour, il fallait sVmprçsser de les leur donner. Dans cette pensée, Narhonno pensa à se rapprocher de Brissot et de Condorcet. Il eut avec eux quelques liaisons, dont les autres ministres lui firent un crime. Il prépara la guerre , il alla visiter les places fortes , il s'efforça d'arrêter Tinsubor-

DE I.A HÉVOLUTIOV rftAIVC. 32$

dînation des soldats , et satistit à leur9 plus justes plaintes. Il 6t nommer Lafayette général d'une des armées qu'il avait organisées. Ce choix ne parut point déplaire à Briiisot et h Condorcet. Narbonne se présentait avec confiance à rassemblée ^ sa pré* scnce ne%citsk\t point les orage& qui naissaient toujours à Paspect de De- Jcssart et de Bertrand. PJus d'une fois même , il y reçut quelques signes de faveur. Le parti de la Gironde le défendit contre les accusations des patriotes les plus om,brageux. Il jouissait de sa popularité naissante , eti songeant qu'el^Ie pouvait être utile au roi. Les succès encore mal assurés , que lui valut cette conduite adroite, augmentèrent sa confiance et son ambition. Il voulait asservir entièrement Louis , au nouveau sys-

126 PRfcIS HTSTOKTQtTE

tème qu'il avait embrassé. Il s'expri* mait au conseil , avec amertume , sur rinertie calculée de quelques ministres; ceux-ci lui répondirent avec dédain. Le roi ne put consentir è se placer sous la tutelle de celui que ses rivaux lui dépeignaient, comme un jeune homme présomptueux , et peut-être perfide. Le parti de la Gironde, instruit de ces démêlés, pro-»

'mit , plus fortement que jamais, protection à Narbonne , et s'occupa de hâter la chute de ceux qui oontra*riaicnt ses plans.

Va violent orage grondait dans rassemblée , contre Delessart et Bertrand de Molleville, ce dernier confondait quelquefois ses accusateurs, par un ton de fermeté et une présence d'esprit remarquable. On slrritait de ne pouvoir trouver un cou*

I>ELAMTOLUTIONFBAlfÇ. ITf

pable , dans un homme qu'on ne pouvait pas croire sincère* Il avait longtemps manifesté son éloignement pour les principes de la révolution ; on ne le plaçait pas tout à fait dans la classe de ses ennemis les plus emportés, mais on le regardait , par cela même , comme Pun de ses en<^ neniis les plus dangereux. Il possédait la confiance du roi et de la reine , il n^était pas appelé à leur rendre d'importants services dans le ministère de la marine , mais il était puissant au conseil, ou le destinait au ministère de la justice , dès le moment où Ion aurait acquis assez de confiance pour hasarder cette nomination. Bej^tranddeMolIevillt avait un peu étudié cette science nouvelle, qu*on appelle la tactique ré« Tolutiouuaire. 11 savait par quels

128 PmiciS HISTORIQVB

moyens les factieux préparaient un luouyement , commandaient un décret; il crut qu*on pouyait quelquefois leur opposer les mêmes moyeus, 11 avait fait quelques tentatives à cet <égard , telles que de salarier les tribunes , des orateurs de groupes, et inéme do corrompre des chefs du parti populaire. Il a rapporté, avec quelque complabance , dans ses mémoires, ses essais dans ce genre ; ils n'annoncent pas une grande habileté dans un art où Tavantage reste toujours à celui qui ose tout et ne rougit de rien.

Lassés des représailles que Bertrand de MoUeville exerçait contre euxmêmes, les adversaires de la cour saisirent wn prétexte assex frivole , pour demander, contre lui, un dc-

DE I;A B £ VOL17 Tl OM T&ATH Ç. t2g

cret d^accusatioQ ; il fut rejeté à nne majorité' coa$idérâbIew Le parti ^mi*^ ni.stériel s'étonna d*avoir remporté une victoire, et se reposa dès le leu-> demain. Aussi, rassemblée, rendit-* elle un décret, par lequel elle déclara que le ministre de la marine , Bertrand , âyait perdu la confiance de Ja nation» Le roi le retint encore dans son conseil, jusqu'au moment de la catastrophe dont Delessart fut victime , et dont je i^ais rendre compte.

L'assemblée portait sans cesse des regards curieux et inquiets, sur les relations diplomatiques. Il lui suffî«« sait de décréter un message aru roi ^ pour être instruite de tout ce qu'il n'était pas encore temps de révéler.

Delessart crut un jour calmer ses plus yiyes inquiétudes, en lui traus'*

l30 PRÉCIS BISTO&IQUS

mettant les réponses faites par les drfferentes cours de TEurope, }l la lettre où Louis leur apprenait qu'il avait accepté la constitution. Quelquesunes de ces réponses exprlhiaient de la commisération pour Louis^ et de rhori^eur pour son peuple ; celle de Léopold était modérée. L'assemblée désira qu'elle fût plus précise. 11 était juste de demander, et on le lit, que l'empereur d'Allemagne cessât de permettre le rassemblement et Tarmement des émigrés , qui avaient lieu , particulièrement , dans l'électorat de Trêves. Si Léopold se décidait è cette mesure , plus de prétexte pour la guerre; il diftéra de s'expliquer.

Cependant on connut un augure favorable de ses intentions, en apprenant qu'il avait défendu les xassemblcments d'émigrés dans les proviu*

DE LA RiVOLUTIOW FRANC. l3l

ces Bdigiques. Dëja Passemblée , ellemême) semblait se^lirrcr à quelque sécurité, le parti de la Gironde ré- Teilia ses alarmes. Verguiaud compar<i , dans un discours ye'hémetit , les dispositions actuelles des Français , à celles des Athéniens au temps de Philippe. Il employa , avec habi«* le té , tous les reproches que Demosthène avait adressés à Tindolencc doses compatriotes dégénérés. L*asaem-r blée voulut montrer de Taudace et de la fierté:, elle insista pour avoir une réponse absolue sur le rassemblement des émigrés dans Télectoraf; de Trêves. On ne peut pas savoir , avec certitude, qui dicta la réponse' mal -adroite que fît le cabinet de Vienne , î|- ces nouvelles instances.

XjC prince de Kaunitz , premier mi- ^iittp de TEmpereur^ jouissait do

234 PRÉCIS HISTORIQirs

d*aucua effet. Les jacobius se continreat à la lecture de cette décla* ration , rassemblée parut donner une sorte d'assentiment, à la réponse qu'avait faite Delessart, Léopold allait au-delà de toutes les espérances qu'on avait concues.de sa modération, il parlait de la constitution avec respect , il absolvait le peuple Français de tous les désordres de la révolution, en les reportant - |jur les jacobins. Dès que ceux - ci furent rassemblés dans le lieu sombre où se tenaient leurs débats tumultueux j la joie et l'orgueil éclatèrent sur.leui's figures. Léopold les avait agrandis, eux seuls servaient encore de rempart à la liberté fran- ■caise, puisque les despotes n'attaquaient plus qu'eux. Le parti de la Gironde qui avait beaucoup à sq

DE LA RÊVOLUTIois FRÀWÇ. l3$

plaindre de Tinsolcnce de leurs chefs, oublia dans cette circonstance ses ressentiments. Brîssot demanda aux jacobins , s'il n'était pas temps d'ac-ccpter le cartel de guerre que leur proposait Le'opold. On lui répondit avec un assentiment unanime, on ne rêva plus que vengeances , que conquêtes; Robespierre fut vaincu ^ans son opposition. Il ne lui resta, pour maintenir sa popularité, que d'attaquer avec fureur la cour et les ministres. La perte de Delessart fut jurée ; on se disputa à qui lui porterait les premiers coups. L'assemblée reçut la nouvelle impulsion que lui donnèrent les jacobins , plus fortement ligués entre eux. Brissot obtint la formation d'un comité, pour examiner la conduite de M. Delessort. \ Les constitutionnels voyaient tou%r'

DvGqogle

l36 PRECIS HISTORIQUE , ,

ces mouvements d'uu œil iuterdit et troublé; ils ne savaient, ni ne pouvaient même concerter Leur marche, leurs heureux rivaux avaient seuls le droit de se réunir dans un club. Le leur avait été dissous récemment par un attroupement sorti des jacobins.

Ces outrages impunis avaient nui à la considération de ceux qui les avaient supportés avec trop de pa* tience. Réduits dans leur disgrâce à invoquer le secours de Potion , luijnéme; voici la réponse que leur fit cet étrange magistrat : la loi vous protège , mais le peuple s'est pror nonce contre vous ; c'est la voix du peuple que je dois écouter,

La cour était dans un trouble extréme. Le ministre Narbonne exposait , avec véhémence , la conduite mal-adroite des ministres, qui ve-

D£ LA RETOf UTIG^V 7JLAKÇ. iS^

uaient de fournir des armes texriblos aux factieux. Ceux-ci l'accusaient à leur tour, d'élre d'intelligence avec X[uelques^uiis de leurs chefs ^ on répandait à , la cour qu'un concert avait été formé entre le parti de Lafayette, et celui de la Gironde ^ pour perdre le roi. Narbonne, irrite des dégoûts qu'on lui faisait éprou- .Ter, et voulant peut-être inspirer .au roi un sentiment plus profond de ses dangers, prit la résolution d'avertir le public de ces querelle^ du cabinet. On vit paraître, dans unjournal , une lettre adressée aux trois généraux Rocbambeau , Luckner et Lafayette, où Narbonne censurait la:

iïouduite de M. Delessart, et annonçait Tin tention de se retirer du ministère.

Le roi lut cette lettre , et 4estitHa

l3Ô PEÉCtS rflS^ORtQUlS

îfarboriTie. Ce fut le lo mars, que rassemblée apprit cette nouvelle. La plus grande partie des de'putés constitutionnels arriva transportée d'indt* gnation contre la cour. Ramond ^ orateur éloquent et ami de Lafay^ette, s'éleva le premier contre une destitution , qu'il annonçait comme un malheur public. Il demanda qu'on employât, pour Narbonne, la forjnule par laquelle rassemblée constituante , avant le 14 juillet, avait signalé ses douleurs et ses craintes , lors de la disgrâce de M. Necker, Celte formule consistait à déclarer que le ministre emportait les regret»

de la nation. Le parti de la Gironde feignit de recevoir , avec enthousiasme, la proposition de Ramond, toutefois sans se.presser de faire ren^ dre ce décret. Mais bientôt éclata

jyH LA RivOttTTlOlf FRANC. iZ^

une scène terrible, qu'on doit re<»garder comme le prélude de la grand© catastrophe qui renversa le trône* Brissot proGta de tous les avantagé»

que lui fournis-sait la disposition actuelle des esprits. Il oublia Nar* bonne , et ne s'occupa plus que de Delessart. Il articula contre lui , dif-> férents chefs d'accusation , dont le principal portait sur la note confidentielle du prince de Kaunitz. Le discours de Brissot , quoique pro<* nonce dans une circonstance propre ^ en augmenter TelTet, n*avait point assez de vëhémence pour entraîner les esprits. Les orateurs qui lui succédèrent, s'adressèrent plu» directeiiieut aux passions de l'assemblée.

Tout ce qu'elle avait entendu, avec défaveur , d'accusations emportées contre Deiessart, fut reproduit avce

140 PEÉGI8 HISTORIQUS

succès. Déconcertés par une attaque imprévue et violente, les constitutionnels appelaient en valu une discussion réfléchie. En vain Dumas, Vaublauc et Jancourt défendaient Vaccusé , et chercbaient à faire rougir rassemblée des fureurs dont elle était transportée au moment où elle allait remplir les fonctions de jury; le tumulte allait toujours, croissant»

«c Hâtez -vous de rendre le décret « d accusation , s^écria un député., «c Delessart fuit peut -être dans ce « momer\t. » Ce député était le même qui , quelques jours auparavant , ea parlant de la reaponsabilité des ministres, avait dit : «Cette responsa-* bilité, cest la mort.» et qui, en même temps , avait suspendu sou bras , sur la (éle du malheureux Delessart, placé au dessous de la tri-

Page 1