DE LA REVOLUTION FR^NC
tune. Guadet frappa l'assembléç d'étoDnetnent, en demandant la parole pour le ministre; voici Talroce ironie qu'il employa : « Cest pour Tbon- « neur, c'est pour l'intérêt même de « M. Delcssart, qne je demande contre « lui le de'cret d'accusation. Toutes « les préventions s'élèvent contre lui ; * la France entière le soupçonne, un « jugement peut seul faire éclater soa « innocence. »
Vergniaud monta à la tribune, et parut d'abord se commander l'impartialité dVin juge, mais dès qu'il eut conquis Tattention et la faveur de l'assemblée , il s'abandonna aa mouvement le plus .violent , et le plus irréfléchi qu'il ait jamais fait éclater. Une accusation qui, dirigée par le prêtre Fauchet , n'avait excité que de Tludigaatioa, deviat
entre les mains de Vergniaud , nne arme victorieuse pour perdre Deîesfiart. « Ce n'est plus ma voix, s'ecria- « t-il , que vous allez entendre , « c'est une voix plaintive qui sort de «c l'e'pouvantable glacière d'Avignon, « elle vous crie : le décret de réu- « nion du combat à la France, avait «t été rendu le mois de septembre « dernier, s'il nous eût été envoyé « sur le champ , peut-être qu*il nous « eût apporté la paix, et éteint nos « funestes divisions , peut-être qu'en « devenant Français , nous eussions « abjuré l'esprit de haine. Nous n'eusse sions point été victimes d'un mas- « sacre abominable , notre sol n'eût « point été souillé par le plus atroce «c des forfaits; mais M. Delessart, « alors ministre de rintérieur , a « gardé ce décret pendant deux mois
DE LA RKVOLUTIOW FRAK C. 14Z
« dans son portc-fcuille , et dans cet « interyalle nos dissentions ont con- « tiuué, dans cet intervalle de non- « veaux crimes ont souillé notre dé« « plorable patrie. C'est notre sang , «c ce sont nos cadavres mutile's qui « demandent vengeance contre ce «t ministre. >»
Bientôt plus terrible encore dans ses iinprc'ca tiens et dans ses menaces , Vergniaud fit entendre ces mots qui renferment tous les .présagés do la révolution nouvelle, «« De cette «t tribune où je vous parle , on apcr- «t çoit le palais .où des conseillers « pervers égarent et trompent le «c roi, que la constitution nous a « donné, forgent les fers dont ils «t veulent nous enchaîner, et prépa- «f rent les manœuvres qui doivent « nous livrer à la maison d'^utri-
«t elle. Je vois les fenêtres du palais « où l'on trame la contre-re'volution , « où Ton combine les moyens de « nous replonger dans Fesclavagc , « après nous avoir fait passer par « toutes les horreurs de Tanarchie, « et par toutes les fur9urs de là « guerre civile. .
* Le jour est arrivé où vous pou- « vcz mettre un (érmé à tant d'au- « dace, à tant d*insoïencô , et con- «< fondre enfin tous les conspirateurs, « L'e'pouvanté et la terreur sont « souvent sorties , dans des temps an- •K tiques, et au nom du despotisme; « de ce palais, fameux. Qu'elles- y « rentrent aujourd'hui au ncAu de tt la loi ; qu'elles y pénetreiit tous les ^ cœurs ; que tous ceux qui Thabi- « itat sachent que uotreconstiJutioa <v n'accorde l'inviolàbiiité qu'au toi\
D« tÀ iLÉtOLUTIOlf tRA5C. I4&
« qu*tls sachent que la loi y atteindra , « taus distinction , tous les coupables ^ « et qu'il ti*y sera pas une seule tête « containcue d'être crimineUe , qui « ptipMe ^chappeir à son glafve f >»
Vergtiiàué venait 2k pèîae dé parler, le déeret d'accusation est rendu à une grande ma^itéi ia«i ïtaiKea des appfatKUsseœents, et d^ transports db îoié des tribunes.
Ce n'était pas Iti i^rernière fois que Kassettlfalëe législative reridait avet> cette promptitude, et cette fureuï des (fécrets d'accusation , elle avait , dans son sein , un comité de sarv^iï'> lânee , qui remplaçait le fameux comité des recherches' de rassemblée constituante. Qnelqiiés fragments de lettres interceptées, lues à rassemblée , quelques vagues dé|>osi tiens suffisaient pour la déterminer h ces ï. i3.
actes de rigueur. 11 ne s'agissait, dîsaitoo, que de mettre en jugement; Je prévenu pourrait se justiiier. Lei republtcaintt ;regar^ère^t raccusaiioa depelessarty cotome un. triompha ai complefc, que; Briitsot prit avec .^r- .Çueil un litre,que ses ennemis lui ooo^ servèrentaveosoia, celuideThomme jduio mars., , ; ,
Les amis de Delessa.rt vinrent le .conjurer de se soufrai re par la fuite .a^u décret d'accusation. Il craignit d*expo&er le^ roi à de nouveaux soup* cons; il espéra que la fureur de se^ ^ennemis servait satisfaite de Tépca* vante qu'ils avaient répandue , oo .que lui seul' au moins en serait la victime : il se rendit à Orléans, où siégeait la baute*cour nationale. Le roi le vit partir avec douleur , et comme il avait rimagiuatioa frappée
DE BA BirOLUTlOW PRATÇÇ. 14^
de la ressemblance de sa destinée , avec celle de Charles I.", il crut voir en jM* Delessart un autre Strafîbrd.
On lui conseilla de ne nommer que par intérim au dcparteùient des à fiai* les e'trangères. Louis ne sut point témoigner cette boQorable cotistanoe ;* ]^ terreur était entrée tropavantdanst soname.
VftSOn PASMlER LIVRE.
74$ PRÉCIS ni^TQRIQUK
Lé A coqr était éperdue; plusieurs dé ces conseillers rabaDdonnaientoti res-^ talçîU interdits. On vit qu'il fallait changer, .de système, ou du moins' d'apparence. L exemple du r.oi d'Angleterre, qui souvent choisit ses ministres parmi les membres de l'opposition, fut présenté comme la règle de condpitç popr le roi des Français.
Il n'était plus temps d'affronter le parti tout puissant de la Gironde; il fallait le calmer, modifier la rigueur de ses principes , en lui offrant de là domination pour ses créatures et ses amis. Louis céda ; il était habitué à le faire avec un entier oubli de sa dignité ; il demanda ses nouveaux
3yGoogIe
DBtAEBVOlWlQIffV&AVÇ. 149
ministres aux accusateurs de Debs-^ sart. Les.rëpublicaias lui donnèrent Duqnourkz , Servan , Roland , Cla* vière et Duranton, Quelques-uns de ces nouveaux ministres sortaient do cette même société de jacobins, quo le pfinoe de Kaunitz avait si viyement attaqu^e.'C'était Du mouriez qui succédait à Dclc8sart.ll avait des qualités supérieures à celles méoies d'un brillant ayeriturier ; il était cependant éloigné d^étre un gYaiid homme* "Ùer^ tréme mobilité de son caractère et do ses idées, lui fit prendre sans cessedes rôles différents : il voulut depuis feire honneur à sa poUtique , de ses Qoutinuellesmétamorphoses. L'ol>8Cn« i^ité lui faisait violence, le désordre de ses affaires le pressait , il voulait "^^ de la gloire , «t ne craignait pas 1« icfiu4ale« Indifférent sur tous les par*
l5o PAiCT8 HISTORK^UE
tis, il choisissait celtri qni lui faisait le plus de promesses. Il avait d'abord montré si peu de zèle prourta révoltttioti , qu'il avait présenté au roi uor plan habile et vigoiireux , pour préve-^ nir rinsurrection du 14 juillets Bf€ti-> tét il s'était lassé d^ane oppositioii quilui fermait tout accès aux plaoet»^ Maintenant il était lié avec les repn«? bJicains^ sans aimer ni eux, ni-leurs principes. Il avait séduit le plus clair-^' voyant de tous , Gensonné> qui fut Fauteur de son élévation. EÀle lui', causa une telle ivresse, qu'il viiit au milieu des jacobins , protester qu'ilsuivrait toujours leur itispiration et leurs conseils. Il couvrit sa tête d'uti^ bonnet rouge,, parure alors méprisée ,^ et depuis odieuse , qui n'était guèreg* portée que par les jacobins les plus* igupbleii. Celte coinplaiséuœ les fiai ta^
DK LA trtybtxr*r\ov fraKç. i5t médiocrement , et ffappa Damourîez d^un long ridicule. En général, sa légèreté , sa présomption , dérobaieut le pressentiment de ce qu'il allait dc- "Venir. Les constitutionnels'^ en cela trè8*ii»prudents^ ne lui témoignèrent que défiance et dédain. Des qu'il se -vit, auprès; du roi ^ îTse sentit ému d*un sentiment de compassion pour le sort de ce monarque , et d'admira-* tion pour «es vertus privées. Il s'offrit' "h lui comme un libérateur , soHicit»
aott entière cou6«^nce , et ne- l'obtînt pas. Louis tt^estimai&dt^s (es homme»
que tes qualités analogues à ce^ès^Uti^ sou ame «impie et pur&i La Cour vou<* lut se. servir de Dutkîouries , et' 1»* ti'otnper.
. Les ministres qui fak^nt nommer bientôt après Domouriîez , notaient 6a rien 4ispoté» à^ èe itubordômier à'
son influe^cp , ^içsji qu'il Taviiit ^9^ péré. L^ Diinistire de la iMstioe, I>u-^ raiitoQ 9 né à. ^Q^rdeaux , avait toute la faveur de ^cs pui&sant» cooipatrioÊ^s 9 mais Vil u^cx^eita pias leur haîne y il lemplit peu leurs iotpnMotia Son rôle fut obscur et timide* Louis avait a issii touche' spn auic ; il ne a« pr4tfiit pas à tout ce qui pouvait a van^r sa ruine»* Lacoste , ministre de la marine ^ était, dans les mêpiçs dispositions. Trois de leurs cojléguçf.^vai^iit un républica-* niitme pUis pronpîi<ié , un caractère j^Luj^fintraitabl^ rejetait Roland, Ser* yap. cit Clavi^res; ce fkrnier eut le départpmeqt des. contri butions. Né,et perseçi^lé, 4a*iS uob répub1iq[u6 , 'il avait un amour ardent de la li-.
Inerte. Ou yanialt beaucaùp son babU IcAe' poc^i* les^^^panees: Ou lui èttrU' ^uait y à cet jDganl , 'des «y^tèiues hat-^i
DE Là RÊYOLUTIOH FRASÇ. l53
dis, qao ces temps de désordre ne lui permirent pas de mettre ¥ exécution.
Il était Tami de Brissot. Seryan eut le départementde la guerre , Roland ce« lui deTintérieur. Ce dernier joignait k des connaissances administratives , ua earactère ferme jusqu^à Topiniàtreté:
il affectait Taustérité ; le peu d*éti-« qùette qui restait à la cour , Toffensait. U portait ^ dans les conseils du roi , les chagrins d*un censeur farouche. 11 eût cru trahir ses principes et son caractère , en prenant de raSectiou pout^ liOuis. 8on influence sur les éyéne^ ments était agrandie par celle qu'a* Tait sur lui sa femme. Elle seule av-ait conduit dans les routes de Tambîtion, un homme qui n'était fait que pour exercer» avec probité et avec intelligence, des emplois subalternes. Ëllo avait Taine d'une romaine , et les gra**
l54 PRECIS HIS*rORIQUB
ces d'une française. Une édacatîon* triste et solitaire , les épreuves les plus rigoureuses de la fortune , un pen<chant naturel à la méditation avaient ibrtlfiéson caractère. Ellesentaît, avec regret , que la gloire n entrait pas dans le partage des femmes. £tie se cousch»
lait^ en préparant celle de son marf.
Passionnée pour la republique, ello Toyait des êtres supérieurs dans toua eeux qui ise présentaient à elle, commo républicains. Elle était enthousiaste dans ramitié; née sensible et même tendre, les fureurs révolutionnaires qu'elle avait pu d^ cotitempler, avaient épouvanté son cœur. Cepeo-* dant elle ne craignait pas de braver et d'ei^ciler même de nouveaux orages, pour réaliser les espérances de grandeur et de félicité qu'elle attachait au seul mût de république. Tons
DE LA AETOLUTIOV FRANC. l5S
les chefs du parti de la Gironde se rassemblaient chez elle ; et là, mêlant quelques combinaisons politiques à des tableaux romanesr'ies, ils s'exaltaient ensemble sur le but de leurs entreprises, et se tranquillisaient sur le chois des moyens^
Dumouriez qui croyait que chacun des nouveaux ministres allait se subordonner à lui , découvrit bientôt dans Koland un rival dangereux, un observateur inquiet; mais tout s'unit à lui , lorsqu'il proposa de déclarer la guerre.
Léopold venait de mourir. L'idée qu'on s'était généralement formée de son caractère pacifique , avait loiig« temps entretenu uue sorte de calme dans les esprits. Les partisans de la guerre n'avaient su comment s'y prendre j pour l'irriter suffisamment. Sou
l56 PRéciS HISTORIQUE
successeur était jeune : tout donnait à croire qu'il serait plus sensible aux provocations ^uî lui avaient déjà été faites. Dumou^iez flattait les républi^ CAÎns y en leur promettant la conquéto facile et soudaine des Pays-Bas autricliieds. La révolution théocratiquequi SLvà^t éclaté dans ce pays, et qui , par une bizarrerie de la destinée , avait été presque simultanée avec la révolution philosophique de France , offrait à Duiuouriez une ciixonstance favorable à ses plans. 11 est vrai que Léopold avait étouffé cette insurrection par le moyen d'une faiblo armée.
Mais les provinces Belgiques qui déjà avaient implot^élesecours de laFrance, semblaient disposées à tendre les bras au premier libérateur qui se présenterait. EHeà n'offraient plus, d'ailleurs, aucune de ces forteresses qui avaient
DE LA REVOLUTidW F&AK Ç. 167
longtemps arrelélesarines triomphantes de Louis XIV et de LouisX V; Joseph II les aTaitfait démolir. L'arme'c autrichienne qui cou vrai t les Pays-Bas était aguerrie, mais peu nombreuse.
Déjà les Fratiçais avaient rassemblé des forces considérables. Une déclaration de guerre, faite avant que Tempereur eût rassemblé des moyens suffisants de défense , garantissait , ani yeux de Dumouriez, cette conquête dont il voulait faire le début éclatant de son ministère.
Ce n'était pas seulement Fespoir de pes triomphes qui passionnait les dépiitës de la Gironde pour la guerre ; ils espéraient faire une heureuse réyolutiottdanslesmœurs, par le moyeu de l'enthousiasme militaire. Cette prfe'para tionleursemblaitnécessaire pour disposer les Français à Tordre , à laus-
DvGoO!
opk
l58 PRECIS HISTORTQtrE
téritë des institutions républicaines; Brissot n'avait cessé de répéter aux )a cobins^ que les victoires ou les défaites devaient également tourner au profit de la liberté ; les victoires épou-^ vanteraient tous les rois de l'Europe^ les défaites abattraient le trône du roi fie France. Il fallait bien , disait-il , se résoudre è tenter l'épreuve et les chan« ces de la fortune , et les trahisons de» hommes. Manquerait-on et d'indignation et de bras pour punir les traîtres? manquerait-on de chefs habiles pour |es remplacer ? Il citait, avec complai* ^ance^ l'exemple des Américains, qui avaient triomphé de leurs oppresseurs^ avec des armées ignorantes, indisci** plinées^ manquant de tout, hormis de ces vertus qui sont compi^gnes de la liberté.
Que pou vait opposer Louis aux yœui:
DEIiA&ivOLUTIONnAKÇ. l5^
empressés d'un parti qui avait proscrit Fun de ses ministres, et qui Tasservissait maintenant à toutes ses vo-' loutes? Ni lui, ni la reine ne laisséïent point pénétrer leurs pensées au sujet de la guerre. On affecta de répandre que i'uu et Tautre avaient à craindre les pensées ambitieuses def princes français; que ceux-ci songeaient h se prévaloir de Fétat d'abjection où vivait l'infortuné monar-* que ; que , parmi les émigrés , la rcinç avait plusieurs ennemis dangereux et TÎndicatifs. On citait le cardinal do Rohan qui avait rassemblé une légioii à ses frais. Les jacobins se gardaient Bien d*adopter ces suppositions officieuses : ils affirmaient, au contraire^ que la cour entretenait des intelligences avec le cabinet autrichien. Matgré tous les soins qu'on a pris ^ depuis
biiit années , pour éclaircir ce fait , on. n*a encore obtenu aucune révélation qui prouvât le concert de Louis avec ceux qui parlaiei^t de le yenger. Ou «ait seulement, par les mémoires d<»
Bertrand de Mol le ville , que Louis ^ lorsqu^il vit la guerre engagée, s'éf-* fraya des dangers que <}0vaient lui faire courir les trioi|i|)hjrï; des armées étrangères (^d), Il.Qspéra pouvoir obte-* uir de l'empereur et du roi de Prusse ^ qu'ils ne âssent contre la Frauce qu^une guerre défensive, et qu^ils attendissent, pour agir offensi vement, qu'ils y fussent absolument forcés. Il desirait, par dessus tout^ que les deux puissances fissent , avant d'entrer sur Itf territoire français , une décUratioa qui rentrerait absolument dans les in?> tentions exprimées par le prince Kauliitz^ au nom de l'empereur LéopolfL
BE LA RÉVOLWrOR FK4VC. l6l
Il s^agissaitde trouver uo négociateur habile qui parvînt^ faire dntendreco Tœu de Louis> aux deux rol9 ^ui se proiiiettajei;it de prendre 3a défense.
On fit choix de Mdlet-Dupan qui , dans ses écrits, s'était montré un détracteur véhément de la révolution française, et qui cependant était sans fiaveur dans le parti opposé , parce qu^ en condamnait toutes les fau tes ^ et parce qu'il était d'ailleurs parti-- San des principes de la liberté an-* glaise* On eut recours à de pc tit^^espé* dients bien timides , pour accri^diter ce négociateur. Oa liii avait donné ^^ pour instruction , de recommander fofUment aux puissances de ne point iwettre à la tête de leurs armées les émigrés français. La mission de Mallet- Dupan n'obtint aucune espèce de suc«'
l62 PRéCTS HTSTORfQtyB
ces. Les émigrés parvinrent aisément»
par leurs intrigues , h lui ôter touto espèce de crédit et de confiance. Oa peut conclure de ce fait, que Louis n^avait aucune correspondance éta-«> blie avec les cabinets étrangers , puisqu'il était obfigé de se servir d*ua moyen si faible et si incertain, pour faire connaître ses intentions. On ea peut conclure encore qu'il aétait|yf Sans ombrage sur les desseins de quel* ques émigrés^ ou du moins sur les dangers ane leur imprudence pouvait lui faire courir. Enfin, cette révélation fait présumer que la note confidentielle du prince de Kauuitz , conteaait tous les secrets de la politique de LoH On ne peu t parcourir toutes 1«8 i <ion8 qui existaient alors en France, «ans y trouver des partisans de U
DE LA RÊTOtCTlOWFHAKÇ. l63
guerre. Les contre rrévolulionnaîre»se croyaient arrivés aux termes de leurs souffrances ; leurs ennemis secondaient parfaitement leurs rœuir* L'opinion de la supériorité de la tactique alteinande ^ s'était singulière-* ment accréditée en France , depuis la fatale guerre' de- Hanovre.
On voyait les armées étrangères arrivant, presque sans obstacle , h Pari«i Les constitutionnels, lassés de la lutte ' pénible et inégale qn*ils soutenaient au dedans , espér^jeot que les Français allaient étre'rainâplt,"par le be- Îoin de la discipliné militaire^ au sen^ iment de Tordre. Les revers ne se-?
raient «attribués qu'à la turbulenco anarclflque des jacobins , et Ton son-« gérait enBn^ les contenir. D'ailleurs, les'généraux et Tétat-majorde chacune dOs années ^ tenaient aujSà-tv.
D„itizedl,G00gle
t64 PRÉCIS HTSTORlQITK
ooAstitutioilDel. Quelques succès pou* vaieiit rétablir leur popularité , et rendre leur iufluénce dominaiiie.Cett ainsi que les yœux des partit opposés appelaient ensemble la guerre^ et plaçaient leurs espérances sur oel épou^ Vantablç fléau , quia surpassé de beaucoup en horreurs, en massacres , ea dévastations , tout ce que Ton oonuatt des guerres les pluscalaniiteuses.Cefat le 20 avril 1792 > que Locûs, entraîné par la fatalité, vint^ au. sein de Tas-* semblée législative 9 proposer de dé« clarcr la guerre au roi de Hongria et de Bohême. Il laissa lire sur sou front^ et témoigna , par raltérationclf sa voix, lespcesseutnuents funestes qui le*dévoraieii|;. Des cris > faiblement ré-* pétés de vive le roi, ne purent soutenir son courage chancelant. On acceptai t a vec empresseiueut » mais saus re^.
PE I«A RévoLUTion FEAnç. l65 connaissance, le moyen qu'il venait offrir d'avancer sa ruine. Peu s'en fallut que y par une acclamation subite ^ la guerrç ne fût décrétée sur le champ* On accorda cependant à Pimportance d'une telle délibération , un délai de quatre heures^ et le soir même l'assemblée se répuit pour décider du sort de la France et de l'Europe. £Ue fit de grands efforts pour s'imposer da calme , mais son enthousiasme éclatait par des mouvements impétueux. QueU ques-uns des hommes les plus ardents^ qui avaient appris de Robespierre k combattre toutes les vues de Brissot, proposèrent encore quelque délai, leur voix fut étouffée par des murmures* On interpella ceux qui avaient ii s'opposer ïl la guerre , de monter à la tribune : un seul y monta, ce fut Becquet.ll tenait au parti coustitutionneL
l66 1PRBCI8 HISTORÎQITB
Le discours qu'il prononça y est encore très- remarquable aujourd'hui par de»
pressentiments que la destinéea vérifiés. On Técouta avec cette froideur qui caractérise une bienséance observée à regret. Pastoret, lun des ora-^ teurs les plus distinguée parmi lescon»
stitutionnels, réfuta , en peu de mots, les considérations politiques qui venaient d'être présentées, etfitdcnoui- Teau retentir le cri de guerre. Bazyr^ prophétisa des trahisons de la part de la cour; des murmures étouffèrent sa voix. Merlin de Thionville eut peine, au m.ilieu des mouvements qui agitaient l'assemblée , à faire entendre, ces mots : « Vous admettez souveut «des délais, quand il s'agit de rcm- « dre un décret d'accusation contre « des individus; eh bien, celui que « vous allez rendre est un décret
DE I.A K^VOLUTIOir FKANÇ. l&f
m d'accusation contre l'faumanitc ente tière. » L assemblée, obéissant enfin 9U transport le plus général qu'elle eût jamaiséprouvé, rendit à Tunanimité, moins sept opposants , le décret qui déclarait la guerre au roi de Bohême et de Hongrie. La foule impatiente qui occupait toutesles avenues de rassemblée , accueillit, avec des trans-»
ports dejoie, cette décision. Mais Je plus impétueux délire de lespérance ii*eût jamais pu aller aussi loin que les triomphes extérieurs qui ont rassasie Torgueil français ; la plus sombre pré- TOjaace n'eût )amals pu aller aussi loin que les calamités intérieures dont ^ous avons été frappés.
Bientôt nousaurons à rendre compte des premières opérations de la guerre , et des premières ignominies que la France essuya à l'entrée d'une carrière
de gloire. Mais ne perdons pas de viîe le concours des événements révolutionnaires qui conspirèrent pour la chute du trône.
Le roi se sentait, chaque jour, importuné de ses ministres républicains.
Il les regardait plutôt comme les espions de sa conduite que comme sei conseils.lt était sombre et timide arec eux; ils étaient menaçants avec lui. H les voyait préparer les décrets qui lui étaient les plus opposés, et il n*osaît les contredire. Cette situation passive et humiliante complétait son avilissement aux yeux des Français. Les constitutionnels qui n'avaient pu le défendre contre les entreprises de l'assemblée, n'osaient et ne savaient lo défendre contre ses propres ministres»
Déjà il n'était plus désigné dans les elubs, dans les groupes, que par H
3vGoogl
DE LA fk&roiumton rs^irç. 169 6obriqaelplat€ttujarieuxdeM.^«/o, qui lui avait été donoe , au sein deTas^ ^mblce ^ par un député nommé Laproi5. II ne pourait plus^ ni lui ni 9oa épouse^ sof tir de sou palais y sans recevoir les imprécations et les ou« tragesy que le peuple aime à prodin.
guer à celui qui- fut puissant* Jusque* dans sdn palais , il était poursuivi par des clameurs menaçantes. Le jardin des Toileries était iacessaounent rem*^ pli de vociférafceurs féroces ^ occupés à lui répéter tontes les invectives que Tomissaient contre lui Marat., Martel, le père Duchesne, dont le peuple li-<> «ait, avec fureur, les feuilles sanguinaires. j!)an8 cette position presque désespérée , Louis se composa un co« mité secret qui servit plutôt à le con-^ scier qull k diriger. Que de précautîoas il fallut employer pour cacher»
aux yeux des ministres études fëpnbHeains^ Texistence de ce comité! Les trois hommes qui le oot];i posaient ^ étaient chacun Tobjet de Ta version populaire. Oétaient les ex^raiuistres iMontmorin et Bertrand , et Malouet qui, dans rassemblée constituante , combattant déu Impartis extrêmes ) re^ çut la haine de chacun , mais plus particulièrement celle du parti patriote.
Bertrand assure aToir proposé, dans ce comité , plusieurs eipédients bar-* dis. Macs Louis ^re^etait ^'quelquefors par ficriipule , et le plus souvent par faiblesse, fouteé les résolutions qui demandaient de l'adresse et de la -yi^eur. En dernier résultat , il nd lui restait de moyen actif ^e défense, que sa liste civile. Dès qu'elle parut étrp ouverte, aux intrigants , ils ^t^courureut en foule pour se par-
DE LA BEVOJLUTIOlf FRAKÇ. 171
tagef eette dépouille. On paya queU ques meneurs de groupes^ qui n« réussirent jamais qu'à se faire chasser honteusement; ou paya des affiches qui étaient bientôt arrachées ; on paya quelques chefs de jacobins, et ceux-là mettaient leurs services à un prix très* clevé. On ne peut même concevoir de quelle nature étaient ces services^ car ils ne firent jamais que des mo-^ lions atroces , et dirigées contre Ja eour. La Fisie civile s'épuisa bientôt ^ dans ces profusions inutiles et dangereuses. Danton et Fabre d'Eglantine furent ceux des jacobins qui reçurent le plus de la cour. (Si l'on en croit Bertrand de MoUevitle j Danton reçat jusqu'à cent mille écus. } Nous Terrons , au lo août, quel usage ils firent de cet or. Cependant l'indignatioii Gommencait à rendre un peu dd
1J2 . t»llicï9 HISTORIOUE
forces au parti constitutiodàel; les jacobins ne uégligeateot rien pour épou<^ vanter leurs adversaires.
On allait instruire le procès des assassins d'Avignon. Les jacobins du midi prirent un vif fntërétàleuroause; ceux de Paris s'annoncèrent bientôt comme leurs défenseurs. L^assembléo frémit , en écoutant les premières péti^ lions qui lui parlaientd amnistie pour un tel crime* Elles redoublèrent, elles devinrent plus pressantes, et l'asseni-* blée se familiarisa avec cette idée. Lo parti de la Gironde se trouva dans un grand' embarras : il avait naturellement rhorreur du crime ; de pins il sentait que toutes ces fureurs révo«> }utionnaires allaient le^ subordonner^ lui et la révolution , à l empire des as» s^ssins. Sa politique et sa morale plaidaient coutre Tamuistie ; mais eu par-
DE t A B.ÊVpi.UTiQTf FRAJVÇ. J^^
laiiit contre elle , U perdait tout espoir de crédit auprè8(dUe3 jacobins. Touj.oun^ pJ,U5jpnvç;nimc contre la cour , il crai-^ gp^it de se détacber de ces auxiliaires, dont U 4urait bientôt à implorer le s^onrs : pour ne pas perdre sa popularité , il se résolut à défçndre des assas* sin^ t,a^ufce et Vergniaud fureul les, orateurs 4« Tamnistie : Dumas , "Vaublfiuc jcI:^ Irardin s'élevèrent « veo force CQ^trç, cette scandaleuse et crin in.inelle indulgence. Ils eu reu t , contre leurs adversaires, le terrible avantage de proph^içer le grand crime qni fut, * " sans doute inspire' par l'impunité des crimes d'Avignon. Ils cbercbèreut * reproduiire , par des tableai^x terrible^ le çenJtiment d'Jiorreur qu'avait îust^ pire à rassemblée le pr^p^if^ récit det ce DLiassfiore. Cette borreur.n'eixistait plus, puisque l'ou, agitait unç^ telli^
174 VRiÉfcFé' nis^à^jQée ^ discMssîon. h^àihtii^le fiH acàùrdéè' t avantinéinëcluelanôtjvcneenfùtpar- Tenues A vigiit)rf, les assassins êfèîent clé/a libres. Leurs' côm^^Tîces eribowrti^ ge% a^aierrt bi'îséle's fyoitesdëktir&pri-» sons.'lj-odî^uii Joardan , ses exécra^ blés compognons étaient promenés en triomphé dans la ville qu'ikava-iétit rempHe'dè sanj;; Ltfs couronnes civique^ c<Hrê*tt^doninees à Rome à cens^ qitiar aient «au vé la vie de leurs feon- Ôitoyte^is ;•&' Avignon /elles furent doniiées à des assassins.
,. Cepcnda-nl'^ Pârîk , la populace agi-' téé vivait dans de continucHes Satiir- Aa les: Les jacobins imaginèrent de lui doniier urte*'f^te , où se trouva touf le àéiïfé^ët Éoute la grossièreté de ce^ temps Aiâthréii*i*eux; Us avatetit dé;a^ obtenu un décvet qui rendait la liberté* aux «old^ts'tie Gb^tèàùvieux.Oii a yu^
DE LA aÉTOMTTTOH FJtJTWÇ. îyS
dans la première partie de* cette his^ toire,les suites désastreuses de leur révolte fcontre leurs officiers; ils s'étaient défendus jusqu'à la dernière es* tréhiitc. Les conseils de guerre suisscy les avaient condamnés ^ut fers.) On I £^ proposa de solenuiser leur retour, et de leur rendre tous les honneurs dus à d'intrépides martyrs, de la liberté^ OttQ fête avait un double objet : elle •ttfit un reproche à rassemblée constituante j, qui avait osé punir cette Rébellion , et qui avait approuvé Ja conduite de Bouille , bientôt après fauteur du voyage deVarennes; elle rappelait h la cour ce que les jacobins lui feprocb aient comme un de ses plus grands crimes^ la sanglante journée de Nanci. Le parti de la Gironde fut phétià'perdre patience , qi^^and il vit se tuccéder , sans ihtei valie ^ ces extra*
vagantes propositions. II -sentait qu'ati moment où l'on venait d'engager la guerre, ^'etait le comble de Timpro* dence et de la folie , que de célébrer^ comme tm exploit civique, un fait d*insubordinatfon militaire. Robes^ pierre se disait une joie de sonmettro h ces bumiliantes épreuves ses rivaux en popularité. I) ne pouvait pas leur pardonner d*a voir fait: lancer un dic-i cret d accusation contre Tatroce Ma«rat, qui écrivait d'après jbob inspira-^ tion. Un comédien , ColIôM^Herbois , plutôt un tigre qu'un homme, oozn^ xncnça sa carrière politique , en se déclarant Tardent promoteur de cette féte^ L'opinion publique éclata contre un pa-reii encouragement donné h 1^ licence militaire. André Cbénier et Rouchcr , deux écrivains pleins de feu , d'énçcgie et de moi^alité^ jaou<«
DB LA MTOlITTIcm TKATÎÇ. I77
tinreat^ aveoavaotage, la lutte contre les iacobtns. Ceux-ci se souyrnrciit de leurs noms , lorsqu'ils eurent atteint la toute puissance du crime, et vengèrent, dans leur sang, le ridicule trop impuissant dont ils les avaient ' eouverts. La* fête eut lieu. CoHotd*Herbois parut ^ monté sur un cbar, avec ces soldats étonnés du culte qu'on leur rendait. On ne peut décrire toutes lesextraraganccsaux«[uellesil se livra.
Xid garde nationale refusa de prendre parth cette fête; elle resta tout le joui: rassemblée dans les différents quar-*»
tiers. Les jacobins nes'enf tinrent pas Ih ; ils vouluricnt qiie rassemblée rendit nussi bommage il leurs nouveaux Mro3. lU les lui pr^ntèreut: Le parti conKtitutionuel leur disputa vivement les bonneurs de la séance ; celui de la Gironde crut encore devoir faire un
178 PRéCîS HISTORÎÇUE
nouveau sacriBoe; et ies soldats de Cliàteauvieux furent reous avec lioaneur dans rassemblée. Pendant toute cette jom-née, la cour crut être dans un îiuiuineut péril; elle craignit que cette troupe tumult'ieuse neseportât au château des Tuileries; mais les ja-^ cobins aimaient à procéder par des essais successifs; il leur suffisait d*avoir donne une première épouvante.
Peu de temps après, les constitu-* tionnels conçurent Fidée d'une cérémonie aussi touchante , que celle des soldats de Château vieux avait été ab- •«urde. Ils voulurent honorer, par une fête funèbre-, le.dévoaementdeSîmo* neau , maire d*Etampes. Ce magistrat courageux, avait opposé H loi à des paysans séditieux qui voulaient arré-^ ter et piller jun convoi de grains. Il était resté seul exposé à leurs fureurs^
DE LA RÊYOLtJTION FRANC. I79
et il invoquait encore la loi, lorsqu'il reçut le coup mortel. Le roi concourut an plan de cette fête; le département de Paris en ordoùnd la pompe d'une manière lioble et religieuse.' Une foule de citoyens paisibles vinrent honorer la mémoire de Simoneau : on le loua , od ne sut point Plmiter.
Cependant on attèndaityâvec impatience , l'issue de Ifexpe'dition de la Belgique projeféé par Dumonrîez ; il y mit une éxti^bie précipita iion. Le général Rochambeàu Wtart loin de partager sei e^pérattcèsY ?1 demandait des délais pouif • ^tercet ses troupes , ou du moins pour les plier à ^ilelque -tubordmationiEn efiBet, findiscipline était extrême dans cette armée. Dana chaque ville de garnison, les soldats assistaient ^ux «lubs, et ils délibé- Tai^at Ht^ leur propre discipline V
l8o PR&CIS BIBrPHIQIJB
c'est *à -dire qu'ils n'en obsçr^aîen^ aucune. On prenait ccttelicence po^i* un heureux enthjousiastne. D'après tes ordres re'itcrés é^u ministre , l'avrantgarde softit des murs de Lille , ^\lt rencontra à quelques lieues Tarmcc autrichienne , qui lui était inférieure en nombre. I^es Français avaient u»
tel désordre dans leurs disppsitioDs, qu'ils se laissèrep^t attaquer. Une tei}ircur paniq^€î!)e r/é^andit «urle champ parmi eux,, le premier choo les mit en dérou^Cjr jpe tpm pôtéson entendit crier dati^ ^es r^pgs ^ à la trahison , on abandonna les cat^Qns^t les hag(iges. Le .général sortit des murs de Lille pour yeniiT ^u devant des fugi*.
tifs. Mais à p^ine fufent-ils rentrés dans cette ville que Iç sentiment de leur honte les rendit furieux. Ils accu:,t;rcnt Théobald - DiUon qui avatt
DE lA RÉVOLUTIOW PRAWÇ. l8r
eommaadé cette expéditioa^ de les avoir trahis. Livres à d*odieux agi* tiitéurs, ils eurent la cruauté de mastaçrer un chef, brave et loyal , qu'ils avaient eu la lâcheté d'abandonner.
Une autre attaque qui devait seconder celle-ci , et qui fut confiée an général Biron, fut aussi honteuse pour les armes françaises. Elle était dirigée ^ur Mons ; lennemi se présenta à peu de distance > les mémos cris de trahison se firent entendre , et répandirent le même désordre^ la même terreur.
Cette défaite fut inéhie un peu plus sanglante que l'autre , parce qu'on s'était approché de plus près de Tennemi. Deux ou trois régiments protégèrent la retraite , avec une valeur qui pouvait rendre quelque espérance.
Cependant le camp du général Birou fiit abandonné aux Autrichiens, et
ï82 PRECIS IfTSTORîQÛB.
î*armée se retira jusques dans Valcnciennes.
La nouvelle de ces échecs vint flétrir les espérances prématurées qu'otf avait conçues de la valeur française.
XiC parti constitutionnel les imputa à raudace présomptueuse du ministre Dumouriez , qui avait refusé d*eit croire à la vieille expérience du général Rochambeau. Robespierre triom^ pha de ce premier accomplissement:
de ses prédictions. Les républicains commencèrent à s'alarmer de Tétat d'indiscipline qui régnait parmi nos troupes; mais^ en même temps, ils se confirmèrent dans la pensée, que la direction de la guerre ne pouvait plus être confiée à un monarque dont les intérêts les plus pressants se trouvaient liés avec ceux des ennemis. Dès ce moment , ils conçurent le projet de Vê
DE LA RÉVOLUTION VEANC. i83
forcer à l'abdication ; ils youlurent Fenvironner de tous les dégoùjts et de toutes les terreurs , convaincus que sa faiblesse naturelle lui ferait quitter un tr6ne chancelant et avili. Us espé* raient par-là éviter le danger d'uno attaque , à laquelle ils seraient forcés d'appeler les chefs sanguinaires d*uu6 populace dangereuse. Dans cette pensée, ils rassemblèrent, en peu de t«mpSj tous les genres dWtrages et d'avertis** céments sinistres.
lis provoquèrent d'abord la dissolU'»
tion de la garde constitutionnelle du roi. Déjà ils avaient répandu , dans ce corps , un germe de divisions intestines. Plusieurs des gardes sVtaient rendus délateurs de leurs camarades et de leurs officiers. Toutes les impru*- 'dences qu i pouvaient échapper à ceuxei y étaient recueillies avec soin. On
184 l?RiCI8 HISTORIQUE
tentait vainement d'éprouver , par ce»
manœuvres, le zèle du ci -devant duc de Brissac qui commandait cette garde : Louis avait en lui un ami plus dévoué que circonspect. Sa franchise le livrait sans défense , à tous ceux qui étaient chargés de surveiller ses pas et ses discours. On répandit, dans le public, que les chefs de la nouvelle garde du roi répétaient les funestes provocations qui furent faites à Versailles dans le trop fameux festin des gardes-du-corps. Les clubs répétèrent cette calomnie, et bientôt elle retentit dans l'assemblée. Pour modifier une demande formellement contraire è la constitution , on demianda la dissolution de la garde actuelle du roi, sous la condition qu'elle serait remplacée sur le champ. Cette conditioa fut décrétée, et ne fut point remplie^
»B LA RivOLtrTIOW TUATSÇ, l85 L'assemblée législative eut peu de discussions plus orageuses que celle-ci :
les deux partis se renvoyèrent mille invectives et mille menaces. Enfin, 8*écriaGirardin, c^est donc sans voile et sans obscurité que s'annonce Tin* ^surrection projetée contre le trône.
On veut lui ôterles défenseurs que la constitution lui accorde ; on ébranle ses fondements , ou brise sgs barrièret. Pourquoi ne nous présenter jamais qu*ime partie de nos dangers , que les entreprises d'une faction, de ces roya« listes furieux et insensés qu'il serait si aisé de vaincre ? Je vois deux dangers , >c vois deux factions : il en est une qui marche à grands pas vers le régicide. Les républicains parure» t frémir d'horreur à cette expression , et demandèrent que l'orateur fût tenu de justifier son assertion ou de la rétrac-
l86 PRÉcrs HISTOIIIQITE • f
ter» Je la justifie , reprit l'orateur, d'a^ près la mesure même qu'on vous pro-* pose. J'évoque ici un sourenir de Thistoire , et ;e soubaite que sa frappaute analogie vous serve d'un avertisse-* ment salutaire. Oui , je crains qu'on ne fasse un rapprochement de votre conduite avec ceik du parlement d'Angleterre. A une époque trop fi* meuse des révolutions de ce royaume ^ ou licencia aussi la garde dHinde ses rois. Quel sort lui était réservé ? Quel sort réserve«t-On au roi cônstituttonnel des Français ? L'assemUée décréta .à une faible majorité , le itcenoiement qui lui était demandé ; et, pour rendre ce coup eneore plus terri Mé^^Louis.^ elle le frappa dans Brissac , qui fut envoyé à la haute -oour d'Orléa«s^ Louis employa tous les moyens pour le déterminer à (fuir. Je vous oonin
BË IrA RÉVOLUTION FRANC. iBj
fXrouiettrais^ lui repoudit^il, on yieiir drait me chercher jusques dans yotre palaU ; je ne puis souffrir que les jours de mon roi répondent des miens. 11 partit, et se rendit ^ux prisons d'Orléans.
Bientôt il n'y eut plu^ un des conseillers de Louis y qui ne fût menacé du xnéme sort. Le comité. dont j*a| déjà parlée et -qui était composé de Bertrand , Montmorin et ifl^alouet , s'était yainement entouré de. ton tes lespré-f cautions du mystère. On soupçonna ^ ou on supposa son existence , et ses dclîbécattons secrètes furent présentées comme de profonds complots. On in- Tenta ^ pour le désigner, la dénomination de comité -autrichien. D'abord , ce fut un journaliste nommé Carra qui fit cette révélation. Les ex-minista^es Montmorin et Bertrand qu'il,
î88 PRECIS HISTORIQUE
avait noininatirement accusés y le sommèrent, devant le )uge-de-paix Lariyière , de soumettre tous les rcnsergnements qu'il pouvait ayoir à cet égard , sons peine d'être poursuivi comme calomniateur. Carra se contenta de répondre qu'il n'avait rien écrit que d'après les faits qui lui avaient été rapportée par Ba«ire , Chabot et Merlin , membres du cchjnité de surveillance. Le juge-de-pair Tint demander à l'assemblée ; quelle conduite il avait à tenir. On lui répondit par un ordre du jour. C'en était asiez pour avertir ce magistrat d'une extrême circonspection.Comiae si la fatalité eût décidé que la cour devait périr par tous ceux qui avaient intention de la seconder , lu mal heureux Larivière commença la procédure par un mandat d'arrêt lancé cou*
Bl LA RÉTOLUTIOV TRANÇ. 1S9
tre les trois membres du comitë de sunretllance. L'assemblée s*irrita do voir attaquer, paruneautoritésubalterne, Finviolabilité de ses membres.
Elle décréta d*accusation Timprudent jugc-de-paix. Il fut envoyé aux prisons d'Orléans Je frémis chaque
fois que j'écris ces mots : envoyé aux prisons d^ Orléans» Ce que le journaliste Carra avait avancé, dans ses feuilles, sur rexistence d'un comité autrichien, Brissot et Gensonné vinrent bientôt Tafiirmer à la tribune :
ils manquaient de faits , ils abondèrent eu suppositions. A ce mot de comité autrichien, les soupçons se portaient naturellement sur la reine. On présumait ses intelligences avec sa famille ; on attendait, avec une ardente curiosité, que Brissot et Gensonné fissent part des découver tes importante&^^'ila
ÏÇO PRECIS HISTORIQUB r<
annonçaient d^un jour à Tautre. Ils curent à se repentir de s'être trop ayance's : ils répétaient toujours Jes mêmes conjectures , et ne pouvaient rien ofiPrir que des conjectures. Dans rembarras où. ils se trouvaient de soutenir leur accusation , ils créèrent une maxime qu'on fit entrer dans la morale révolutionnaire. Les conspirations, dirent- ils, ne s'écrivent pas.
Depuis, quand Robespierre et Danton les firent condamner comme conspirateurs, le tribunal révolutionnaire leur disait : les conspirations ne s'écrivent pas. Enfin l'assemblée s'importuna d'entendre parler du comité autrichien.
Le parti de la Gironde se détermina à faire attaquer le roi par ses propres ministres. Chacun d'eux agissait séparément , sans soumettre ses travaux
BE i;lL RBVOLtrTIOW FRi^lfÇ. iÇt
àti conseil-général. Le roi n'osait demander à ceux-ci compte de leurs opérations; ils ne lui permettaient de suivre son vœu dans aucuue affaire; ils objectaient leur responsabilité. Le roi , dit*on, Toulait s'opposer au décret qui licenciait sa garde : les mi-* nîstres déclarèrent qu'aucun d'eux ne contre-signerait l'acte du t^r/o; il fallut obéir et se taire. Le ministre de la guerre, Servan, vint, peu de jours après, proposer à rassemblée législative , la formation d'un camp de vingt mille hommes à Paris. Cette mesure était présentée comme un moyen de défense pour l'extérieur; mai; il était aisé de voir qu'elle menaçait plus la cour que l'ennemi. Elle fut reçue avec enthousiasme, et bientôt adoptée. Le roi se trouva dans la position la plus bizarre et la plu^ difficile ; c'était da-
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yoir à refuser sa sanction à un décret sollicité par Tun de ses ministres. La cour et Paris même étaient en alarmes. Personne ne doutait que ces vingt mille hommes ne fussent appelés pour la destruction du trône. Arrêtonsnous un moment pour considérer quelle pouvait être ici l'intention des girondins. Sans doute ils étaient impatients de terminer cette lutte; ils sentaient combien il était odieux de procéder toujours par des mesures révolutionnaires. J'ai déjà dit que le but de leurs attaques se rapportait à l'abdication de Louis. Ils commençaient à craindre qu'il ne voulût point s'y prêter. D'un autre côté, ils voyaient la populace de Paris entièrement livrée aux jacobins ; ils n'osaient pas lui èonfier une grande révolution , dont ils ne seraient plus les .directeurs et les
SE LA REVOLtrTION FRANC. IçS
maîtres. Ils espéraient frapper ce coup a^ec moins de violence, et surtout avec des suites moins funestes , par le moyen d*une milice départementale.
Robespierre et Danton découvrirent le projet de leurs rivaux. Le premier s'éleva avec force contre le camp de vingt mille hommes, qui aurais transe ]iiisàd*autres l'action révolutionnaire; mais sa troupe ne le comprit pas , et écouta ses représentations avec défa- Tcur. Louis trouva quelque faible secours, pour Tenhardiràune nouvelle résistance. La garde nationale de Paris s'indigna de ce qu'on appelait d'autres qu'elle à la défense de cette ville. Toute la classe industrieuse fut avertie , par les dangers particuliers dont elle se formait l'idée , de prendre part au danger du roi. Huit mille citoyens signèrent une pétition pour demander I. 17-
i^^ I»RÊCIS HISTomiÇUB
la réFOcatioa du décret ; rassemblée affecta de couvrir de mépris ceux qui furent les organes de cette pétition :
on alla même jusqu'à demander qu*oa prît des informations sur cette nou- Telle manœuvre de la cour.
Deux hommes rivaux et ennemis offrirent^ chacun de leur côté, leurs ^ services au roi, qui les craignait Tua et lautre : Pun était Dumouriez, et l'autre Lafayettc. Parlons d abord da dernier. Son nom ralliait encore tous les amis de la première révolution, qui en voyaient avec effroi une nouyelle s'avancer. Soit par estime pour ses vertus , soit par le souvenir de ce qu'il avait fait pour la liberté nais« saute , plusieurs des républicains les plus distingués le ménageaient encore.
Ses ennemis les plus opiniâtres étaient à la cour; mais la cour était menacée
SE LA RSTOLUTION VEAVC. I9I
du plus affreux désastre. Lafayette «ongeait à la défendre. L'enthousiasme populaire s'était longtemps fixé sur lui ; mais déjà Tinconstaute multitude écoutait les cris de ceux qui parlaient de yenger sur lui la journée du Champ-de-Mars. La jeunesse parisienne , qu'il avait soumise à des institutions militaires , avait perdu , depuis son absence , le zèle actif qu'il lui avait communiqué. Cependant elle semblait invoquer le retour de son chef. Le roi qui cherchait partout un bras protecteur, eut cependant désiré un tout autre appui que celui de Lafayette. La reine s'obstinait à ne voir en lui qu*un des premiers auteurs de son humiliation actuelle (e). Maintenant Lafayette était à la tête d'une armée considérable ; il y était aimé, il l'avait soumise à une discipline assez exacte. Du-
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mouriez lui ^^it commandé d'atta»
quer ]e& Autrichiens; il avait eu avec eux deux rencontres qu*on ne pouvait^ présenter comme des succès ; mais du moi lis ce n'étaien t pas des défai tes ignominieuses comme celles qu'on venait d'apprendre. La bravoure de quelques régjments, et surtout d'un bataillon de Ja Côte-d'Or, s'y était de'ployée avec éclat. Dans i'une de ces affaires, Lafayette avait perdu le plus cher de ses compagnons d'armes , Gouvion.
Député à l'assemblée législative, Gouvion y avait observé t^us les symptômes du mouvemi;;it qui se préparait : depuis loi^tenips il était obsédé de noirs presseuliments. Le jour où les soldats de Châteauvieux entrèrent dans l'assemblée, Gouvion en «ortit indigné. Ces soldats lui rappelaient un de ses frères qui avait péri par leurs coups^ dans l'affaire deNanci«
Bî LA mivOLtJTIOK FRAVtf. 197
n prit le parti de se rendre à Tannée, et dy chercher la mort. Il annonça cette intention à ses amis , qui cherchèrent vainement à modérer son désespoir. A la première occasion , il s'exposa avec témérité , et resta aveo obstination dans un poste dangereux ; il fut enlevé par un boulet.
Lafayettese plaignait vivement du pVin de campagne qu'avait ordonné 'Dumouriez,leur correspondance n'était remplie que de reproches amers.
La cour pencliait plutôt pour le premier qui lui faisait plus de promesses.
Les amis de Lâfayette crurent que son intervention pouvait protéger le roi contre les complots dont il était menacé. Lâfayette se rendit à leurs prières, et écrivit, de son camp, à l'assemblée, une lettre où il s'efforçait de la faire rougir des at^^eintes qu'elle avait portées à la constitution. Il par-
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lait avec mépris et avec menace ûéi jacobins. Son armée , disait-il , s*iu-^ dignait des maliietirs et de Topprobre^ qu'ils répandaient Sur la nation; ell»
était déterminée à châtier' ces fac^ tieux y si rassemblée ne se délivrait pas de leur jou^. Un étonnement, qu*on pouvait prendre pour de \m crainte , se répandit dans l'assemblée , quand on entendit cette lettre. Les constitutionnels obtinrent qu'elle fut renvoyée à l'examen. des comités, mais elle ne contribua qu^à accélérer l'insurrection du 20 juin ,■ pour la* quelle elle était dé;a: disposée, yoici quel en fut le prêtée te :
Du mouriez voyait chaque jour la roi profondément affecté des censures outrac;eantes qu^il recevait de ses ministres. Il saisit une occasion de lui parler avec confiance , avec seusibi* iité. Ne croyez pas , Sire , lai .dit*ii »