‹ Précis historique de la Révolution française. Assemblée législativeChapitre 17 sur 25 · DE LA EÉVOLUTIOW FRANC · texte numérisé non relu

DE LA EÉVOLUTIOW FRANC

royalistes , qui avaient dédaigné de «e faire iriscrire dans la garde nationale , et qui , réunis à elle , eussent été d'un plus grand secours pour le roi. Chacun d'eux s'était armé do sabres , de fusils , de pistolets. On remarquait , parmi eux , beaucoup d'anciens militaires; ce qui restait encore de l'ancienne garde du roi , et quelques débris de la garde constitutionnelle que l'assemblée avait licenciée.

IjC roi reconnut , avec attendrissement, plusieurs de ceux qui avaient eu fijtrefois les grades les plus élevés. Le tîeux maréchal de Mailly parut, et SUIT le champ un vœu unanime lui déféra le commandement de la troupe des gentilshommes ; c'est le nom qu'elle se donnait. Cependant leur destination restait encore incertaine, leur ^Quvomeut tumultueux 9 la diversité

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de leurs armes ne permettaient pap même une organisation, lis entouraient la famille royale , et seiiTblaîent trouver leur consolation à lui donner le dernier témoignage d amour et de fidélité: Tétiquette delà cour fut presque conservée au château dans cette nuit désastreuse. On flattait le roi d*u ne TÎctoire certaine : mais la consternation qui était au fond de son ame so laissait lire sur son visage. Tout cet appareil nouveau sollicitait de lui des résolutions courageuses , ou qui n*étalent point dans son caractère, ou q«i*it n^osaît prendre contre desFran»* çais, ou que les périls de tous les siens Tenaient ébranler. La reine , au con* traire, montrait de la sérénité^ du courage. Des flots de courtisans te pressaient encore autour d'elle pour lui faire entendre , à chaque instant^

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cûmbîea ils admiraient sa magnanime confiance. Cependant les gardes nationaux murmuraient de voirse mêler parmi eux , une troupe dans laquelle ils ne voyaient que d'opiniâtres enne« mis de la révolution. Elèves de La<^ layette , ces grenadiers auraient or a faire un crime, si, en défendant le roi y ils avaient mis la constitution en danger. Ils s^offensaient aussi de ce que la troupe des gentilshommes recevait de la famille royale plus de témoignages de confiance qu*on ne leur en montrait. La rein^ ^it avec alarme cette disposition fâcjeuse des esprits; elle fit tout pour la calmer.

Point d*ombrage , point de défiance, disait-elle , ehtre ceux qu'unissent des sentiments si généreux. Ces messieurs ont droite par leur zèle , h courir les mêmes dangers que tous } tous les

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Terrez soumis aux ordres qui leur se-* root donnés. Jamais leslois ne leur furent plus sacrées que dans ce moment où ils viennent les défendre contre des furieux; ils brûlent de mourir pour leur roi , et tous savez que la destinée de tout ce qui vous est cher , est aujourd'hui attachée à la sienne^ ^insi parlait la reine; et les regards que chacun tournait Ters cette maU heureuse famille , contribuaient au»

tant que ces discours, à calmer les di** Tisions de ses défenseurs. Madame Elisabeth ^ le cœur dévoré de crainte , se contraignait assez pour exprimer et pour inspirer la confiance. Dans un moment d'enthousiasme > il fut pro^ posé de ne pas se tenir sur la défen-^ si ve , d*alier ag-devant des insurgents , de couper eu différents endroits leurs coloimes , et de les faire poursuivra

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par la gendarmerie à cheval. On es- .

perait, par cette surprise , s'emparer de leurs canons. Des militaires distingués par leur brayoure , tels que messieurs d'Hervilli et Vioménil ^ ap* puyaieut TÎyement ce plan d'attaque.

Il fut un moment résolu. Le commandant delà garde nationale , Ma n« dat , s'était , dit-on , chargé de le faire exécuter ; mais le roi n'approuva pas longtemps un parti aussi téméraire.

Pendant qu'on le discutait encore , les événements ne permirent bientôt plus deFaccompUr. On doit mémecoii/ec^ turer qu'il eût été sans succès , puif * qu'on était obligé de faire agir dans cette attaque la gendarmerie , dont la prompte défection contribua beaucoup au désastre de la cour. A chaque instant, des membres de la muuicipa* iitéou du départexaent se présentaieni

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au cbâtean , et peignaient les dangei9 toujours croissants. Pétion y parut ; un cri mêlé d'horreur et de joie s^éie va i son aspect : on s*éoria qu'il fallait se saisir d'un homme si cher au peu»

pie, et le faire serrir d*ôtage aux iours du roi. Cet ayis fut géuérile-* ment adopté, et Pétion fut gardé aa château. On ignorait avec quelle faci« lité et quelle complaisance les prinei* paux des conjures eussent sacrifié un homme qui leur était dé;a odieux. On cessa bientôt de prodiguer les outrages à cet important prisonnier : on songea h eu tirer parti d'une manièro plus utile. On lui proposa designer un ordre aux troupes , de repousser la force par la force : il fit une fait ble résistance; il signa. Jamais il n« put se justifier aux yeux du parti f atnqueur^ de oetta coudesceadaac»

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^ui lui fut reprochée , comme unacto de lâcheté et de perfidie.

Cependant rassemblée législative avait repris sa séance, au bruit des toc* sins qui se répondaient de tous côtés» Ses premières solltcitudes furent pour Pétion. £lle voulut Farracher aux inains de ceux qui le retenaient. Elle lui ordonna , par un décret , de se rendre à rassemblée, pour y rendra compte de la situation de Paris. Ce décret fut sur le champ )>orté au cbâ» ieau , et y répandit La consternation.

Les plus emportés voulaient braver ©et ordre ; te roi craignit d'irriter , par un refus ^ l'assemblée législative , * dont les dispositions n'étaient pas en« core bien connues Les défenseurs da château rendirent la liberté à leur prisonnier , eu le chargeant d'imprécations. Il est temps que le roi se mon»

3o4 fr£ci8 histo&iqits tre , criait-on de tonte part; qu'il vienne enflammer le zèle de ces compagnies de gardes nationales , qui accourent pour sa défense , et qui déjà remplissent le jardin et les cours. Louis se mit en marche pour cette revue ; il ne s'y présentait point avec cet air d'intrépidité que demandait Texcès de ses périls. Il était accompagné de RœdC'* rer , de deux autres membres du département^ de quelqnes-uns de ses jxiinistres , et de plusieurs militairef. ïl trouva au premier poste les compagnies les pins affîdées qui le reçurent avec acclamations ; mais à me- •ure qu'il s'avança vers de nouveaux bataillons , un morne si|(enoele glaça dMpouvaute. Bientôt derrière lui des murmures éclatèrent > il entendit retentir tous ces mots, que des journalistes sans frein et sans pudeur avaient

D8 rA KlTOtUTIOU FRAWÇ. 3o5 appris au peuple. Deux bataiHous du faubourg Saint-Marceau yenaieut d^arriyer ; quand le roi passa devanteux il ne put se croire en sûreté. Les ca-> nonniers surtout éclatèrent en menaces; interpellés 8*îls défendraient le roi , pour toute réponse , les uns affectaient de TÎder la charge de leurs canons, les autres les dirigèrent contre le château même. Bientôt le rot n*osa plus continuer cette fatale revue. Eu revoyant sa famille , sa malheureuse famille , lé peu qu*il lui reste de forces paraît Fabandonner. Tout se tait, tout est morné dans le château ; les sinistres pressentiments ont succédé aux bruyantes acclamations. Voilà donc, s*écrie Louis y les secours que je puis opposer à cette multitude de furieux qui s'avancent ; mes plus mortels ennemis veillent à la porte de moa

9o6 pfticis HisTomtc^trv palais. Il coQsuUe Roederer ^ qui a été témoin de la teyue ; H le conjure d^indiquer un moyeh de salut. Celuici ouvre alors le conseil d*abandon-* ner le projet d'une défense inutile ^ qui livre les jours du roi à la catas* trophe la plus terrible, la plus inévi« table. Qui peut prévoir où s'arrêtera la fureur des insu rgents irrités par uno résistance ? Je vois , de tous côtés , des canons prêts à foudroyer le château ; il sera bientôt leur conquête ; le roi et sa famille seront on leurs captifii ou leurs vioilmes. Il nest plus qa*ua asile oîi les jours du roi puissent en-** eore être en sûreté, c*est rassemblée nationale. ^- Eh quoi , dit Louis, tous les fauteurs de Tinsurrection n'y siègent^ n'y dominent^ils pas ? Quels que soient leurs opinions et leurs sen-* timents , répond Rœderer , il u'ew

Dt LA REVOLUTION ÏMAIf Ç. 3o7 eU aucun qui ne frémisse d^uue ca* tastrophe tragique , dont il est impossible de calculer les suites dësas* treuses; ils vous rendront grâces do ravoir évitée. — Puissent-ils se souvenir , dit Louis , que nul sacrifice ne m*a jamais coûté pour empêcher l'effusion du sang ! Je me rends à votre avis y i'irai à rassemblée avec toute ma famille , du moins mes alarmes pour elle seront moins vives. Marie-Antoinette , qu'on a représentéo eomme indignée de cette résolution , la reçut au conttaire avec empressement. Madame Elisabeth ^ elle seule , s^approcha de Rcederer, et lui ditd*UQ ton de voix très- ému : Répondez^ vous ^ monsieur y des suites du con« seil que vous venez de donner au roi ^ répondez-vous de ses jours? — Je réponds, madame , de le mener au lieu, oii il y a le moins de péril pour lui.

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On apprit au château , avec une consternation muette, la nouvelle du départ du roi et de sa famille , pour rassemblée nationale. On leur avait vu donner à cette résolution un si prompt assentiment , que nulle voix ne s'éleva d*abord pour les contredire. En s'éloiguant de ceux qui s'offraient à mourir pour lui , Louis parut éprouver vivement le regret de les abandonner. Le reproche secret qu'il se faisait à cet égard , acheva sans doute de troubler ses esprits ; il n'osait ply^ interroger personne , prévoir aucun événement y ordonner aucune mesusc. Nul n'osa lui dire : Et nous , quelle sera notre destinée ? où est notre refuge ? attendrons - nous , combattrons-nous pour le monarque absent ? et Louis n'osa pas même y *ouger ! La reine , pour calmer la dou«-

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leur de ceux qui Fentouraieat y leur dit , d un ton affectueux : Nous revieadrons bientôt ; et ,dans le fond de son cœur 9 chacun répondait : Nou , ils ne reviendront pas au palais de leurs pères.

Ce départ cependant n'était pas sans danger. La revue avait manifesté par quelle foule ennemie le jardin des Tuileries était occupé. Il fallut priver le château d'une partie de ses défenseurs les plus intrépides , pour les faire servir d'escorte au roi. On choisit un détachement des gardes suisses et des grenadiersdes Filles Saint-Thomas^ pour ce court et périlleux trajet. Lo jardin retentit de cris épouvantables , quand on vit le roi et sa famille s'avancer vers l'assemblée, à travers une double haie. La mort , la mort ! s'écriaient des hommes féroces qui s'a-

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Tançaient avec des gestes furieux. L'escorte y en les repoussant , craignait encore d'irriter leur rage. Il y eut un moment où la foule se porta avec tant de violence , que la marche fut ar-* rétée. Deux ou trois canonnierssur-tout semblaient impatients de verser le sang du roi. Rœderer , qui lui donnait le bras , employa tous ses efforts pour calmer le groupe furieux.

La marche put enfin reprendre ; mais Louis , éperdu , laissai t)t ses ennemis le cruel ^aisir de lire sur son visage la terreur qu'ils lui inspiraient. Une députa tion de plusieurs membres de rassemblée vint enfin au-devant du roi.

Rœderer le précède, et demande de faire entrer les gardes nationaux qui ont servi de cortège : on objecte à cette proposition qu'elle était inconstitutionnelle. L*amour du peuple, dit

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un député , nommé Duhem ^ doitétr« la seule garde du corps législatif. Le roi entre enfin ; il était ^uivi de la reine , de madame Elisabeth , de madame royale, de madame de Tourzel, de deux autres dames de lacour , com-^ pagnes fidelles de la reine ; un grenadier portait le prince royal. Le sen-* timent du respect pour un si grand malheur, se manifesta d*abord dans le 'âmes les plus farouches , h l'aspect des augustes suppliants. Le roi avait repris du calme en entrant dans l'assemblée ; il se plaça h cô(é du président^ et il dit : Messieurs, je suis venu Ici pour prévenir un grand crime $ je me croirai toujours en sûreté aveo ma famille , au milieu des représentants de la nation ; j'y passerai la journée. Sire, répondit Vergniawd, ^i

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