‹ Précis historique de la Révolution française. Assemblée législativeChapitre 23 sur 25 · BE LA REVOLUTION FRANC · texte numérisé non relu

BE LA REVOLUTION FRANC

passagers. Au moment même où la plupart des militaires et des politiques de l'Europe croyaient voir entrer Frédéric Guillaume à Paris, il était arrêté dans les plaines de la Champagne , par les rigueurs d'un ciel ennemi, par ses propres incertitudes , par une armée privée à la vérité de toute expérience et de toute discipline^ mais qui se grossissait de* toutes parts ; enfin par rhabileté et la fortune de Duxnouriez , et par les talents de Kellermann.

Fier d'exercer l'autorité de généralissisme, Dumouriez rassembla les faibles débris de nos armées , qui se trouvaient à une distance considérable les unes des autres. Lafayette, avant lui , avait songé à opérer une réunion si nécessaire; il avait ordonné à Dumouriez y qui était alors sous ses or«

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dres, d abandonner Je camp de Maul« de , pour venir se joindre à lui , sous les murs de Sedan. Celui-ci avait désobe'i avec une audace qui tenait de la révolte ; il ne persista point daus cette faute, lorsque la perte de soa rival fut assurée. 11 abandonna la Flandre française à ses places fortes ; il se rendit à Farmée de Lafayette , qu'il trouva dans la confusion et le désespoir où l'avaient laissée la proscription et réloignemfnt de son cbef. Cette armée ne lui offrait un secours que de di?i-sept mille bommes, mais les troupes les plus exercées que nous eussions alors. U entreprit, à leur léte, »'ae marcbe bardie ; de vaines solennités , des fêtes frivoles avaient retenu à Verdun , le roi de Prusse et son armée , après la conquête peu importante de cette ville. Les défilés de

DE LA RÉVOLUTIOW F&ANÇ. 427 * l'Argonne étaient une position redoutable ; le duc de Brunswick songea , deux jours trop tard , à s'en emparer : cinq mille hommes de Tarmée de Dumouriez, commandes par le général Dillon y y étaient déjà : de nouveaux renforts vinrent l'y fortifier. C'en fut assez pour gêner tous les mouvements des Prussiens. Ils eurent à attaquer successivement plusieurs défilés, et ne montrèrent pas la supériorité que l'opinion attribuait alors à Ja tactique allemande. Ces différentes attaques se passèrent du 10 au i5 septembre. Du* mouriez fut enfin forcé dans ses positions, et se tint fort heureux d'avoir pu les disputer quelque temps. Deux secours assez considérables allaient se joindre à lui; Fun venait de la Flandre, sous la conduite' de Bournon— -ville ; l'autre, plus imporUnt , arrivait par la Lorraine ; il avait Kcller-

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tirann à sa tête. Dumourîez n*osaît espérer de faire ces jonctions sans obstacles ; il n'en éprouva cependant que de peu sérieux.

Ses mourements rétrogrades l'a- Yaientconduit)usqu*à peu de distance de Châlons; c'est dans cette TÎlle que se rendaient, avec la dernière confusion , ces nouveaux soldats qui avaient été levés à Paris , sous les affreux auspices du 2 septembre. Dumouriez qui sollicitait vivement de tels renforts , ne les appréciait qu'à leur juste valeur. Il n'y voyait qu'unmoyen d'en imposera l'ennemi , par une apparence de forces. Mais il ne put longtemps soutenir cette illusion. Quinze cents hussards autrichiens qui allaient \ la découverte;» rencontrèrent 10 mille hommes de ces troupes nouvelles , les chargèrent , les mirent dans une dé*

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route qui n'avait d'exemple que celle de Mons ; leur fuite les entraîna jusqu'à Châlons, et Ik ils répandirent la terreur dont ils étaient remplis. St Du mouriez ne fût arrivé à temps, pour arrêter ce désordre , Paris eût bientôt vu revenir autour de ses murs ces troupes qui en étaient sorties aveo la peur du massacre , et qui rappor« taient la peur du combat.

Ce léger succès ne fut propre qu'à •divertir un moment l'armée du roi de Prusse > mais ne put la distraire longtemps des cruels obstacles que le ciel lui-même semblait mettre à sa marche. Depuis son entrée sur le territoire français , le temps n'avait pas cessé d'être pluvieux ; l'automne^ celle de toutes les saisons qui offre dans notre climat la sérénité la plus constante , n'était marquée que par de cou-

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tinuels ouragans. Le pays où campait uneannéesi considérable, est ci té dans la France pour sa stérilité. Présageant une conquête facile, le duc de Brunswick s'était peu assuré de vivres; ses communications étaient devenues extrêmement difficiles : de toutes les pla* ces fortes dont notre frontière était hérissée , il n occupait que celle do Longwy. L'armée prussienue , répandue dans une longueur de plus de quarante lieues, n'avait en largeur presque rien ouvert devant elle» On avait été obligé de détacher tm corps de i5 mille hommes pour faire le siège deTbionville^ou plutôt pour faire ua simulacre de siège ; car on s'attendait à une reddition semblable à celle do Longwy. Cette place était mal approvisionnée; mais les assaillants Tétaient plus mal encore. Le générid

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Wiinpfen > cx-député de rassemblée constituante , et du parti deLafayette ^ commandait à Thionville. Son courage dut s'accroître encore par l'indignation du traitement que les e'tran* gers avaient fait avec tant d'impolitique et tant de barbarie , à des constitutionnels' proscrits. Il déconcerta toutes les attaques de M. d'Autichamp , et ceiui-cî sentit avec amertume l'embarras de faire unsiégesans avoir de quoi faire brèche à un rempart. Un député de l'assemblée législative, Merlin de Thionville , qui se trouvait alors dans sa ville natale, contribua beaucoup 11 sa défense.

Frédéric Guillaume, comme toutes les âmes qui sont à la fois exaltées et faibles , avait bientôt passé deTexcèi de la présomption au plus morne découragement. Il appelait autouic

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d6 lui les chef» des éinigre's , et leur faisait de yîù reproches. Voilà doue, leur disait-il , Teffet de ces promesses, çie ces espérances par lesquelles vous xn'avez séduit* Où sont ces colonnes de Français qui devaient d'heure en heure Venir grossir notre camp?

quelles acclamations entendons-nous sur notre passage ? quel secours trouyons-nous dans les campagnes ? eu quoi difiPérous-nous d'unir armée de couquérans^ reçue partout avec terreur ? que nous sert d'avancer lorsque nous laissons derrière nous des périls plus grands que ceux -mêmes qt:^ nous sont apposés ? Les frères da roi n'osaient répondre que les émigrés |i*étaient point les seuls qui eussent envisagé , comme si facile , Finvasioa de la France. Ils suppliaient qu*on tentât un cQup plus décisif, qui mît dam

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unecutière déroute les arme'es des révolutionnaires. Cest alors , disaientils f qu*oa pourra déserter leurs rangs, et que tous les Français oseront prononcer leurs affections pour nous.

Le duc de Brunswick frémissait do voir sa gloire compromise dans une expédition dont il avait mal calculé les chances. Ses talents militaires ne pouvaient lui apprendre à triompher d'une saison et d'un climat qui mois* sonnaient ^chaque jour, ses soldats affamés. Autant il s'était abandonnéaux premières promesses des émigrés, autant il se tenait aujourd'hui en garde contre leur présomption. Il consentit cependant à tenter un effort pour s'ou- Trir un espace plus libre au travers de la France.

L'armée de Kellermann était venue, le 17 septembre, se campe r "à la gau-

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Che de Dumouriez, sur les hauteurl de Walmy. Le duc de Brunswick sentit rimportance de le forcer daus cette position. Nous voici arrîve'sà la premièi-e journées glorieuse i^ni ait an* ^oncé les Français dans cette guerre.

Le 20 septembre, il s'engagea ^ depuis 9 heurtes du matin jusqu'à ib heures, une vive catiodnade d'avaiit-garde.

Les Français la sbutitireht avec vigueur; mais furent cependant obligés de se retirer deux fois des premières sommités qu'ils occupaient. A dix heures, Faction devint générale; l'armée ennemie développa des forces inhniment supérieures à celles de Kellermann , qui n'avait pas plus de vingt mille hommes.. La cavalerie prussienne attaqua la cavalerie français»

sur trois colonnes. Les deux premières vinrent s'enfoncer dans des marais

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qui ne leur permirent pas d'avancer.

Rellermann s'assura par leur désordre et leur confusion , qu'il leur était in> possible de faire aucun progrès : ildi-« rigea presque toutes ses forces vers la troisième : ce fut encore une longue et terrible canonnade. Le roi de Prusse et son lils , qui règne aujourd'hui, montrèrent la plus grande-intrépidité:

ils ne cessèrent de rester exposés au feu : Tartillerie française montra dans cette journée toute sa supériorité sur Tartillerie prussienne. Nos soldats s'aperçurent que la plupart des boulets qui leur étaient lancés passaient au dessus de leurs têtes : ils en. firent un objet de plaisanterie , et se tinrent inébranlables dans leur posiiiou. Les Prussiens lancèrent une quantité innombrable d'obus ; il y en eut un qui tomba sur un caisson. L'explosion fut

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terrible, et coûta aux Français leur plus grande perte. Les Prussiens , par dcgre's , ne pouvaient plus mettre la même activité dans leur feu, et cependant se soutenaient encore. Partout le duc de Brunswick trouvait obstacle àfaire usage delà supériorité de ses troupes. Cette canonnade dura treize heures, sans produire aucun avantage au roi de Prusse,

Le lendemain fut une journée de désolation dans son camp ; ce n'était pas un millier de tués ou de blessés , par Tafiaire de la yeiilc , qui excitait cette profonde consternation , mais toute cette armée manquant de Tiyres, n'ayant pour s'abreuver que des eaux infectes^ livrée aux plus cruelles maladies , et dévorée par les rigueurs de la saison et du climat. Les Prussieus , extéuaés et mourants ) sentaient

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leur fureur se rallumer à Faspectdes émigrés qu'ils accusaient d'élre les auteurs de tous leurs inaux. Un grand conseil de guerre est assemblé ; le roi de Prusse y paraît avec abattement, le duc de Brunswick ne dissimule plus aucun des dangers de sa position. Il vient d'apprendre qu'une armée française , aux ordres de Biron et de Custines, se tient prête à agir sur le Rbin ; que rien n*est préparé dans le Palattnat , pour repousser sort invasion ; que le siège de Tbionville ne peut plus se continuer ; que le corp« d'armée autrichienne qui menace la Flandre française , n'a point eu de succès décisif, et qu'il va être arrêté devant les murs de Lille ; que Dumou- Txez reçoit continuellement de nouveaux renforts; il conclut qu'il faut traiter avec lui , pour s'assurer la re^

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traite. Le roi de Prusse se rauj^e de cet avis. Cette nouvelle retentit comme un coup de foudre parmi les émigrés, commandés par les deux frères du roi , par les maréchaux de Broglie et de Castres; ils formaient un corps d'armée séparé. Ils supportaient de grandes fatigues , de continuels dégoûts , dans Tespoir d'obtenir enfin la bataille décisive qu'ils appelaient depuis si longtemps. Ils s'entendent proposer une fuite sans combat , une fuite qui les dévoue à la misère , à l'opprobre ^ à la mort, Le comte d'Artois se rend l'organe de leur désespoir ; il vient trouver le roi de Prusse et le duc de Bruns«« wick. Il les supplie d abjurer cette résolution funeste. On semble l'écouter avec mépjris ; on ne plaint plus le malbeuc des émigrés ; on ne

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Toit plus que leur imprudence. Eh bien , reprend le eomte d'Artois y je TOUS demande en mon nom , au leur , une dernière grâce , c^est de nous laisser à nous seuls les périls d*une nouvelle attaque. Nous nous flattons qu'elle nous ouvrira enfin un passago vers la ville, où des brigands vont peut-être répandre le sang de notre auguste et malheureux frère. Cette grâce lui est refusée; on prétend qu'il fut appuyé , dans sa demande , par le général Clairfait, qui commandait uu corps autrichien de i5 mille hommes.

Déjà le roi de Prusse a envoyé vers Dumouriéz ; celui-ci se montre disposé à entrer en négociation. Le gé** néral Kalkrepth et lui sont déjà con* venus de plusieurs points. Les mystères de cette négociation n'ont pas eucore été bien dévoilés par le temps;

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quand on lit avec irapartiaiité ceqnî a cté rapporté à cet égard , on peut croire que ces mystères sont réduits à très-peu de chose. La plus in vrai* semblable des suppositions a été quel»

que temps accréditée; on disait que les révolutionnaires avaient ofiPert au roi de Prusse^ et au duc de Brunswick des sommes considérables pour les décidera la retraite. On a été jusqu'à faire un rapprochement insensé de l'époque du vol du Garde - Meuble , avec celle de la capitulation. It est certain que les révolutionnaires n'avaient point de sommes considérables à offrir ; que s'ils les eussent eues f ils en auraient fait tout autre emploi. Le caractère du roi de Prusse ne peut le faire soupçonner d'un tel excès de bassesse , et surtout cette imputation dirigée çoutie k duc de

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