PRÉCIS aiSTORlQÇE
armes françaises se soutint quelque temps avec gloire ; mais ensuite les guerres furent entreprises sans raison » continuées sans conduite 9 et terminées sans honneur. La nation française devint le jouet et le mépris de toutes les autres. Tandis que les impôts , et les emprunts , qui sont aussi des impôts , desséchaient les sources de l’agriculture, le commerce était soumis à mille entraves ; la cour l’environnait de mépris. L’industrie repoussée allait chercher dans d’autres climats des encouragemens et des récompenses. Le gouvernement ne songeait qu’à se maintenir., les ministres qu’à intriguer, la cour qu’à piller pour dépenser , les grands qu’à .obtenir des places et des dons :#a gloire et la force de l’état n’entraient pour rien dan.s toutes ces combinai -
DE LÀ BBVOLrTION PRANÇ. 21
sons faciles et méprisables de Tiâtérêt particulier. ' ^
Ainsi s’avançait vers la décadencé riin des plus grands royaumes de - l’Europe. Le caractère national était effacé, et le Français n’était si propre à prendre les forpaes des autres nations que parce qu’il n’en avait point lui-même de déterminées. La langueur du gouvernement se communiquait à tous les états de la société , comme la cour leur communl-
qualt toutes ses modes. La servitude morale,' cette espèce de nullité des âmes dénuées d’indépendance et de liberté , enchaînait toutes les pensées , à une pensée, toutes les volontés à une volonté, L’opinion avait aussi" son despotisme, et son trône était à la cour ; car l’opinion publique n’é’ • tait pas encore née , son tribunal
sévère n’était pas dressé. On appelait i)on ton cette loi , capricieuse souvent, et tou jours despotique, que des femmes et des hommes efféminés faisaient exécuter impérieusement par l’arme puérile du ridicule. L’imitation était devenue le caractère distinctif des Français , c’est-à-dire qu’ils n’avaient point de caractère.
^ C’est peut-être à cette mollesse d’àme , qui exclut toutes les idées grandes et fortes, qu’il faut attribuer la décadence des beaux-arts chez une nation qui avait eu de si beaux com-
mencemens. On accordait aux Fran- « .
çais le talent de perfectionner et d’embellir les inventions des autres peuples j mais on leur refusait ce génie créateur qui ne^se laisse point asservir par la tyrannie de l’habitude. . I
C’est écrire l’histoire de la révolution que de tracer cette marche insensible des esprits vers le néant politique. Plusieurs régions de l’Europe sont une preuve que des ho ni- ' mes peuvent croître et végéter en , corps de nation sans que pour cela cette nation ait une existence. La France, faite , par sa grandeur , par sa population et par le génie de ses habitons, pour tenir un rang distingué dans l’Europe , n’y avait plus de prépondérance. Aucune de ces âmes fières qui, de nos jours , ont préparé la révolution , et qui ont vu la fin de ce règne de Louis xv , n’a oublié quelle était alors la nullité du roi, du gouvernement et de la nation.
Cependant c’est dans ce règne même que se forgèrent les armes qui ont brisé les fers de la tyrannie.
a4 PBÊCIS HISTORIQUE •
11 est dans la marche de l’esprit humain (jue le siècle de la philosophie succède nécessairement à celui des beaux-arts. On commence par imiter la nature , on finit par l’étudier : on observe d’abord les objets, ou en recherche ensuite les causes et les principes. Sous le règne de Louis xv,‘ les gens de lettres prirent un nouveau caractère ; et lorsque la poésie , l’architecture , la peinture et la sculpture eurent produit un grand nombre de chefs-d’œuvre ; lorsque le nouveau , qui donne un si grand prix aux beaux-arts , fut épuisé , et que les grandes conceptions furent devenues plus, difficiles , les esprits se tournèrent naturellement vers la recherche des principes mêmes. Le ' siècle de la raison, qui examine, succéda à c«lui de l’imagination , qui
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DB LA BÉVOLVTION BRANÇ;
peint. Cette première inlluence de la raison avait amorti le feu des que< relies religieuses, qui, depuis deux siècles , avaient retardé les progrès de la France* On commençait à ne plus s’occuper autant de ces idées abstraites qui ne servent qu’à enrichir ou à illustrer la classe des hommes qui en vivent. Les sciences, les arts, et les iouissances qu’ils procurent , avaient changé la direction des esprits ; et quelque ridicqle importance qu’eussent donnée Louis xiv lui-même et son hypocrite cour à des disputes saintement' frivoles, ils ne purent parvenir à en composer le caractère du siècle.
1 1 es t importa n t de remarquer qu’à cette époque il s’établit une communication de la France avec les parties septentrionales de l’Europe , où ré-
a6 PRÉCIS BIÉTORIQVE-
gnait plus (le liberté et d’indépendance d’opinions. C’était le midi qui jusqu’alors nous avait gouvernés par son faux savoir, ou qui avait influé sur nous par sa politique. Rome nous avait donné sa foi , l’Italie son machiavélisme , son luxe et ses arts , et l’Espagne des guerres civiles. Toutes nos opinions et nos disputes prenaient naissance au-delà des monts.
Depuis les croisades et les guerres d’Italie, juSqu’à la bulle, Rome nous avait toujours dirigés; le reste de l’Europe n’existait pas pour nous.
Mais lorsque la véritable et saine philosophie eut éclairé le nord, et qu’en France on eut commencé à penser et à réfléchir , il se forma un commerce entre les esprits supérieurs. L’Angleterre , la Hollande , la Suisse et l’Allemagne étaient cou-
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DE LA BÉVOLUTION FRANÇ. t’]
vertes d’universités , où , malgré quelques restes de pédantisme , la raison tenait école de^ philosophie.
Ces régions du bon sens regardaient en pitié des contrées plus favorisées' de la nature , mais où des préjugés grossiers rendaient ses présens inutiles. La partie excommuniée de l’Europe en était la plus éclairée.
Nous voyons qu’on regardait alors comme un progrès admirable de l’esprit humain la correspondance de Locke , de Clarke , de Newton , avec Leibnitz et quelques savans de France et d’Italie. On s’étonnait que des philosophes qui différaient dans leurs opinions religieuses communiquassent ^entre eux avec autant de tolérance. Ce' commerce s’étendit bientôt. Nous ‘avions une si haute idée de nous-méraes et de notre lan-
a8 PBECld HISTORIQUE
gue , que nous regardions les idiomes des étrangers comme des jargons de barbares ; on négligeait de les apprendre. Locke fut traduit; Locke, l’instituteur de la pensée , et qui , le premier , a prouvé par ses ouvrages que , la philosophie n’est autre chose que la raison ; c’est ce Locke , sans lequel peu^ètre nous n’aurions jamais eu Condillac. Bientôt on rechercha les autres ouvrages excellens qu’avait produits l’Angleterre , cette région de l’indépendance; et Voltaire a eu raison de se glorifier de nous avoir fait connaître le premier les productions philosophiques de la Grande-Bretagne.
Les Français en étaient déjà dignes, car Montesquieu avait paru. La critique fine , et audaciense alors , de ses Lettres persanes avait donné de la
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hardiesse aux esprits; son Esprit des Lois leur donna de la profondeur.
Dans ses Réflexions sur les gouverneluens sont renfermés tous les principes de liberté que la raison , le temps et les fautes heureuses du despotisme ont fait éclore. Mais un homme ,plus que tous les autres, avançait les progrès de la raison en France : e’est celui qui, jeune encore, séduisit tous les esprits par les charmes d’une poésie brillante , qui réunit tous les talens , qui perfectionna tous les genres , qui combattit tous les abus , qui prit la défense de tous les opprimés, et qui, durant soixante ans , dirigea ou commanda l’opinion publique. Je demande à toute la génération présente, à tous ceux qui du moins ont appris à penser par eux-mêmes et à s’élever au-dessus des préjugés , s’ils n’en
5o PBÉCI8 msroRiQùt ’
sont pas redevables à Voltaire. Son infatigable persévérance réveillait la paresse ménae , et jamais il ne permit à son siècle' de s’endormir sur la vérité. Ses leçons judicieuses, ses critiques fines et' ses piquantes satires furent le continuel fléau des préjiigéé , jusques au temps où , après avoir terrassé tour à tour millé athlètes de la sottise , il domina seul sur l’arène. ' . ' ^
Le protecteur infatigable des malheureux aimait la liberté , parce qu’il aimait avec passion l’humanité. Tous les principes de la liberté-, toutes les semences delà révolution , sont renfermés dans les écrits de Voltaire. Il l’avait prédite , et il la faisait. Il minait sans cesse le terrain sur lequel le despotisme édifiait toujours. Heu-’ reux de ce que la nature lui laissa
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DE l\ BÉVOlUTION FRANÇ. 5l
le temps d’éclairer deuxgénéraüoris!
car J la liberté de la pensée faisant • chaque jour autant de progrès que les pouvoirs arbitraires faisaiènt de fautes, les Français arrivèrent beaucoup plus tôt au moment où les esprits devaient être changés.
C’est alors que se forma une école d’hommes supérieurs dont les écrits répandirent une foule de vérités utiles ; et ceux-ci formant à leur tour une multitude de disciples, il s’établit un tribunal éclairé qui devint le juge des ministres et des rois : c’est celui de l’opinion publique. Ce'tribunal a été inconnu aux anciens, parce qu’ils n’avaient pas l’imprimerie , et que les hommes étaient formés par les lois et par les usages. . Les peuples qui n’ont qu’un livre , comme les Juifs, les Musulmans, les
53 PKÉGIS BISTOAlQUB
Guèb.res, ne changent iamais d’opinion. Ils iraient ainsi jusqu’à la fin des siècles; sans que les lumières* fissent chez eux les moindres progrès : leurs docteurs ont toujours raison , car ils ne sont pas contredits. C’est une.des causes de la prospérité du despotisme en Asie.
Il n’a pas tenu aux tyrans de la pensée que nous aussi n’eussions point.de livres. Nous nous souvenons tous à quelles persécutions furent exposés les premiers écrivains qui osèrent nous dire la vérité ; les cachots de la Bastille les engloutissaient vivans , et les parlemens les ' honoraient de la flétrissure. .Mais lorsque leur multitude fut accrue, et que , forts à leur tour de leur réunion , ils ne craignirent plus des sentences que le public condamnait , la
DE LA RÉVOLUTION FRINÇ. 33 vérité pénétra partout ; les livres passèrent par toutes les frontières du royaume ; ils entrèrent dans toutes les maisons;. et enfin Tinquisition , lassée, s’arrêta. Les ennemis les plus violens et les plus habiles de Ta liberté d’écrire , les jésuites , avaient disparu, et personne depuis n’osa déployer le même despotisme et la même persévérance.
Quand une fois lesespritsdesFrançais furent tournés vers les lectures instructives, ils portèrent leur attention sur les mystères des gouvernemens. L’Encyclopédie eut cet avantage particulier, que, traitant toutes les sciences, elle fournit auxsavans qui en firent le dépôt de leurs pensées l’occasion de parler de la politique , de l’économie , des finances.
Une école, ou dirai-je une secte?
qui invoquait toujours les oracles de son maître , occupa quelque temps les esprits. On a reproché aux économistesuii langage mystique, peu convenable aux oracles simples et clairs de la vérité. On a cru qu’ils ne s’entendaient pas eux-mêmes , puisqu’ils ne savaient pas se faire entendre.
Mais nous devons à leur vertueuse opiniâtreté d’avoir amené les Français à réfléchir sur la science du gouvernement. C’est à leur constance à nous occuper long-temps des mêmes objets que nous devons la publication de ces idées, si simples, qu’elles sont devenues vulgaires ; que la liberté de l’industrie en fait seule la prospérité ; quelestalens ne doivent être soumis à aucune entrave ; que la liberté de l’exportation des grains est la source de leur abondance ; qu’on
DE LA BÉTOLUTION FRàNÇ. 35 ne doit pas jeter l’impôt sur les avances de l’agriculteur , mais sur ce qui lui reste après qu’il en a été remboursé. Sans doute on avait dit toutes ces choses avant eux ; mais ils les ont redites et répétées , et ce n’est qu’ainsi que se forment les opinions.
Mais le gouvernement, qui feignait de les ignorer , se conduisait par des maximes contraires ; et il était vertueux d’éclairer , d’animer scs concitoyens.
Ainsi les oreilles s’accoutumaient au mot doux et flatteur de liberté, sans que le despotisme pût encore s’en effaroucher. Un philosophe digne des Grecs et des Romains , à l’école desquels il s’était instruit , fit parler à la liberté un plus mâle langap;e. J. J. Rousseau présenta à la TénératioD des âmes Aères, à l’amour
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des âmes sensibles cette liberiédont ridole était dans son cœur. Il en peignit les charmes, 'et l’enthousiasme enchanteur, et les saintes austérités , et les éternels sacrifices. Jamais il ne la sépara de la vertu , sans la.^iielle la liberté n’a qu’une existence passagère. Enfin il en traça le code dans ^ Son Contrat social; et ce livre im- “ mortel fixa toutes les idées. Là se 'trouvèrent réunis dés principes autour desquels vinrent se rallier tous les bons esprits ; là devaient puiser un jour tous ceux qui , en rendant libres les nations , voudraient leur donner une liberté durable et consacrer éternellement leurs droits.
Après lui, Raynal tonna contre tou- • tes les tyrannies. Il dénonça le despotisme à ses concitoyens : brisant touslesliens, dénouant tous les jougs,
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Di.;,' .>J i ■ VjUllÿlc
démasquant ave& audace toutes les hypocrisies , il fit partager à son siècle son indignation contre les tyrans.
Nous n’avons pas oublié quelle fut»' en France l’influence de son ouvrage dans un temps où le despotisme , déshonoré encore par le vice , semblait chercher à mériter toutes les sortes de haine. Telles étaient les dispositions des esprits lorsque Louis xvi monta sur le trône.
11 y portait un cœur bon , de l’attachement pour ses peuples « et une répugnance pour la tyrannie , dont il a donné des preuves toutes les fois qu’il a agi et parlé par lui-méme. Dès sa jeunesse , il avait annoncé du goût peur la réforme des abus , et les courtisans en avaient frémi. Mais l’usage de la cour de France était d’écarter les héritiers du trône de la A. C. " 4
58 '' PBÉCIS R18TOB1QVE ■ connaissance des affaires, afin de les tromper plus aisément et de gouverner sous leur nom. Telle a été la principale cause des sollicitudes qui ont affligé la vie de Louis xvi : avec de rinstruction , il aurait pu sauver l’état; car il était naturellement économe ; et c’était sur les déprédations du tré.sor royal que portait en grande partie l’indignation publique.
Il voulut s’entourer de conseils :
il les chercha parmi les amis de son père. 11 fit venir auprès de lui Maurepas, et crut avoir appelé un sage parce qu’il avait appelé un vieillard:
mais il n’eut qu’un vieux courtisan , qui ne s’occupa qu’à garder un pouvoir tranquille.
On a dù observer, dans tout le cours du règne de Louis xvi , qu’il a constamment cédé à ce qu’il a cru
DE LA RÉvotmoN Fftivç. 5g le vœu de la nation ; et comme chaque homme a dans sa conduite une idée habituelle qui le dirige , on peut dire que le. roi a toujours été guidé ' par celle-ci. Il le montra dès son avènement au trône, eii appelant les parlemens exilés , et en renversant l’ouvrage de la vengeance de Maupeou. Les parlemens étaient regardés par une partie de la nation , sinon comme son appui , au moins comme son espérance. Leurs faibles et inutiles , et souvent fallacieuses remontrances offraient du moins une barrière au despotisme , dont tout le monde était lassé.' Leur exil avait occupé trois ans tous les esprits , et donné naissance à une multitude d’écrits sur le gouvernement. Il était impossible qu’avec les principes qui avaient éclairé cette géné-
40 PaÉCIS HISTOBIQVE
ration , les droits des peuples et les devoirs des rois ne fussent recherchés , approfondis , publiés , et que des hommes entassés dans une grande ville , où la communication des idées est si pronqpte, n'invoquassent la liberté, souveraine desti^ctrice de tous les abus.
Les abus , en effet , subsistaient encore. Le roi avait appelé M. Turgo.t à l'administration des finances ; c’était les confier à la vertu. Formé aux affaires dans l’intendance- du Limousin , il y avait acquis une de ces réputations solides qui attiVent l’eslime. La fécondité de ses princi-' pes le conduisait à accroître le commerce par la liberté , l’industrie par les droits rendus à chacun de l’exercer, l’agriculture par la simplification de l’impôt , l’aisance par le sou-
DE LA RÉVOLDTIOU EBANÇ. 4>
lagement de la classe pauvre des citoyens, la perfection de l’administration générale par la popularité des admiilistrations particulières.
, Capable de tout voir, et déjà persuadé de cette -vérité dont l’assemblée constituante nous a convaincus,^ qu’il fallait reconstruire toute la machine , il voulut tout faire. On le lui reprochait : Ôam ma famiite , dit-il , on ne passe pas cinquante ans : y ai peu {Vannées à vivre , je dois. rien laisser d^inierrompu 'après moi. C’était soulever contre lui cette foule d’hommes en crédit dont l’existence se compose des malheurs publics. Les ennemis parurent de partout ; il fut obligé dé se retirer.
M. de Clugny lui succéda , et fut remplacé par M. Necker. Ses lu-
43 PEÉCIS BI9TOBIQVE
mières en économie et en finances Tannoncaient à Paris : car la nation
ne le connaissait pas encore. Passionné pour la gloire et pour le bien public, dans lequel il la plaçait , il • médita des réformes et des écono- • mies que les dissipations d'une cour dévorante rendaient impossibles.
‘ L’honorable erreur de son cœur a toujours été de croire à la vertu.
Mais enfin ,'soit que l’amour de la gloire qui l’animait l’eût convaincu qu’on n’ei^obtient de solide que par l’estime publique , soit qu’il voulût être soutenu par la nation contre la cabale active des courtisans, au milieu desquels il était étranger , il publia l’état des finances du royaume.
Son compte rendu produisit l’effet d’une lumière subite au milieu des ténèbres; L’enthousiasme’ fut nni- \
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DE Lk RÉVOLUTIOÎT PRANÇ. 4^
versel. Ce livre pâssa dans toutes les mains ; il fnt lu dans les villages et dans les hameaux. On parcourait avec curiosité*, on dévorait ces coui*tes pages où enfin étaient: consignées les dépenses et les ressources de la France. On mouillait de pleurs celles qu’un ministré citoyen avait empreintes de réflexions lumineuses et consolantes , où il s’occupait du bonheur des Français avec une sensibilité digne de toute leur reconnaissance. Le peuple le bénissait comme son sauveur ; mais tous ceux t|ue les abus aliùientent se liguèrent contre un homme qui semblait vouloir leur ravir leur proie. Nous lui devons, sur les administrations provinciales , des essais heureux, qui prouvaient ce qu’avait dit d’Argen- 8011 , que la gestion des affaires
domestiques n’est bien qu’entre les mains des citoyens. Mais M. Necker avait composé sur cet objet un mémoire qui n’était que*pour le roi, et qui fut publié par ses ennemis : il y exposait les abus de la finance, le régime oppressif des, intendans , l’esprit de corps des parlemens.
Mille ennemis se soulevèrent. M. de Maurepas, qui avait appelé M. Necker , ne le soutint plus. Alors, fatigué par mille dégoûts , celui-ci donna sa démission. Les vampires de l’état respirèrent, et la cour, débarrassée de ses craintes, vit partir avec une maligne joie celui que le peuple accompagnait de ses larmes.
Utile Êncore dans sa retraite , il éclaira l’opinion , ne pouvant plus gouverner l’état , et publia son célèbre ouvrage de l’Administration
DE LA BÉVOUJTION FBAKÇ. 4^
des financés. Ce livre fit plus de bien peut-être qu^une longue et sage administration ; car il répandit les lumières dans tout le royaume , et fut le premier germe de la passion du bien public.
C’était déjà une question , si un homme était capable de guérir des maux de l’état. Les étrangers, auxquels on a présenté notre révolution comme une étourderie d’un peuple inconstant , ne connaissent pas les plaies profondes dont tout le corps politique était couvert. Personne n’ignorait dans l’Ëurope que, de tous les états qui la composent , le royaume de France était le plus mal gouverné. Mais cette idée , si vague lorsqu’elle ne frappe que de loin, ne pouvait qu’affecter vivement les peuples qui souffraient depuis si
46 PRECIS BISTORIQUK
long -temps : la pensée que leurs maux étaient sans remède , et que nulle main humaine ne pouvait les guérir, ajoutait à la douleur générale : on se voyait plongé dans un gouffre de dettes et d'engagemens publics dont les intérêts seuls absorbaient le tiers des revenus, et qui, bien loin de se liquider, s’accroissaient toujours par les emprunts et par les anticipations. Les anticipations, qui n’étaient connues qu’en France , sont la science de se ruiner en mangeant à l’avance ses revenus , comme un jeune liomnae insensé qui ne songe point à l’avenir. La France offrait sans doute de grandes ressources; mais c’était une douleur de plus de penser qu’elles étaient inutiles : car il aurait fallu eora-
mencer par des économies, afin d’en
Cl H igle
PE LA RévOLVTlÔn FRANÇ.
venir au moment où l’on aurait vécu de ses revenus^ Mais la cour ne vouf’ lait point y entendre;. le faste était devenu son nécessaire : on y croyait toujours que la magnificence de la cour est le caractère essentiel de la grandeur d’un peuple. Toutes les parties de l’administration étaient montées sur le même pied ; c’est-àdire que tous les agens de l’autorité se croyaient obligés à faire de gran^ des dépenses : on eût dit des satrapes du grand-roi. Le faste de la cour de Louis XIV n’avait été que parcimonie en comparaison de bi. prodigalité de celles de Louis xv et ' de Louis xvi.
L*insouctancesur l’avenb* Aaipèchait ^ d’examiner et d’où provenait tant d’argént, et ee qu’ilon coûtait aux peuples pour le donner , et comment on pourrait continuer tant de dé-
48 FBÉtilS HISTOBIQUE
penses , ou combien serait déplora* ^ble la chute générale, quand il serait devenu impossible de pourvoir même au nécessaire. L*état en était aux expédiens ; car les emprunts.et les anticipations ne sont pas autre chose.
Cependant la complication de la fiscalité était telle , que personne ne pouvait en débrouiller les fils. Sous trente ministres successifs, la cour , toujours avide et toujours pauvre , avait imaginé de nouvelles ressources. L’invention d’un impôt était un trait de génie , et l’art de le déguiser marquait l’habileté de l’administrateur. Le# Italiens nous avsrieni dé^à apporté sous Médicis la fameuse ressource des traitons, dont la science consiste à donner le moins qu’ils peuvent à l’état 9 pour lever le plus qu’ils
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DE LA. BfiVOLüTlON FBANÇ. 4(|
peuvent sur les peuples. La vente d<^s charges et offices était encore un impôt levé sur l’orgueil et sur la sot- . lise. On en créait chaque jour de nouvelles. Il faut apprendre aux peuples étrangers , entre les mains de . qui pourra tomber cette courte et rapi% histoire , que l’on vendait chez nous le droit exclusif d’exercer telles ou telles professions , et que ce droit devenait un titre. On créait des charges de perruquier., de mesureur de charbon , de langueyeur de porc ; et ces métiers étaient dèslors exclusifs : on les appelait des privUéges. Les gens riches les achetaient par spéculation , elles reven-' daient avec avantage. Tel financier avait dans son porte-feuille trente charges de perruquier , . qu’on lui - ' achetait chèrement du fond des pro-
' 5o' PRÉCIS HISTOBIQVS
vinces. Outre que cette basse spéculation altérait le caractère d’un peuple où tout était à vendre, jusqu’à l’honneur , puisque la noblesse était vénale . toutes ces créations de char-
ges étaient des impôts indirects ; car l’acheteur d’un office ne manquait pas de se faire rembourser gn détail parle public. Elle nuisait à l’indus-.
trie , puisque , pour exercer un métier, il ne fallait pas aVoir du talent, mais être déjà riche , ou emprunter pour le devenir. Enfin elle était une charge de plus pour l’état, qui payait les gages ou les intérêts de chaque office qu’il avait vendu. Le nombre en était énorme. Un homme qui fut chargé de les compter, et qui se lassa, les estimait au-delà de trois cent mille. Un autre homme calcula que, diuis l’espace de deux siècles, on avait
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DE K. A. RÉVOLVIIÜIï FR4NÇ. 5l
mis sur le peuple plus 4e cent millions dUmpôts nouveaux, uniquement pour payer les intérêts de ces charges. On l’a vu lorsque l’assemblée constituante , tranchant toujours dans le vif, et détruisant les abus par la racine , a ordonné le remboiursement des offices. Chaque jour en a vu sortir de nouveaux de l’obscurité ; et l’on a prévu qu’il serait impossible de les liquider qu’a veo le temps.
■ Tout ce qu’il y avait d’un peu considérable dans le royaume vivait de cette vénalité , puisque tout avait été vendu. Chaqud^jour de nouveaux impôts , dont on masquait le nom fious celui de droits, i quoiqu’il n’y eût rien de moins droit et de plus inique, tombaient brusquement sur quelque ■ objet de nécessité, et dé-
52 PBÉGIS BI8T0B1QVE
rangeaient les fortunes de tous ceux qui vivent de leur travail. Cette partie de la fiscalité avait aussi ses mystères , qui n’étaient connus que des initiés; et le peuple payait toujours. Mais , par une longue durée et par l’accroissement de ces abus, il s’était formé dans la nation une nation particulière et privilégiée :
c’était la réunion de tous ceux dont les abus composaient la vie'et l’existence. Elle vivait aux dépens de l’autre. Mais sa coalition inévitable empêchait qu’on pût faire aucune réforme : le ministre qui l’aurait tentée aurait été bientôt renvoyé.
M. Turgot, qui voulait la faire tout à la fois , fut décrié et obligé de se retirer. M. Necker voulait l’opérer avec le temps et insensiblement ; mais cinquante ans d’un ministère
DE LA RÉVOLUTION FRANÇ. 53 paisible , sans guerre et ^is besoins , n’y auraient pas suffi. Cette prodigieuse tentative était au-dessus des moyens d’un seul homme : il ne fallait pas moins que la nation entière pour l’oser ; et l’on a vu quels périls ont courus l’assemblée constituante et la chose publique dans cet immense ébranlement. Quelle prodigieuse coalition , en effet , un ministre, un roi inême auraient eue à combattre! soixante mille nobles ou anoblis , qui tenaient tous les lils de la féodalité , et la foule de soudoyés qu’elle faisait vivre : les militaires, tous nobles, ou , ce qui est encore pis , prétendant l’être :
cent mille privilégiés, dont la prérogative consistait à ne pas payer tel ou tel impôt ; deux cent mille prêtres inégalement fortunés, mais tous
54 PRÉCrS HIStORTQDE
liés par u||^iéme système , ne for- ' mant qu’un seul tout , dirigeant à leur gré la populace et les femmes, et accoutumés depuis mille ans à gouverner l’empire par l’opinion et les préjugés : soixante mille personnes vivant de la vie religieusè , «et dont plusieurs influaient puissammentsurle monde, auquel ils avaient fait vœu de renoncer : les fermiersgénéraux , tous les agens du fisc , et leur armée de cinquante mille hommes , et cette multitude de gens qui occupaient des emplois jusque dans les plus petites villes , et leurs familles , et leurs amis : enfin la robe tout entière, ces parlemens rivaux des rois , c’est-à-dire de leur puissance , défendant ou sacrifiant le peuple pour leur agrandissement, et qui, de juges , aspiraient à deve-
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DE LA BÉVOltJTION FRASÇ. 55 nir législateurs ; les cours inférieures qui leur étaient soumises, et cette nuée de gens de {pratique, qui, tous ensemble , levaient sur la nation un impôt dont l’imagination redoute ' le calcul. Cette masse effrayante d’hommes occupait toute là France ; ils renchaînaient par mille liens:
réunis , iis formaient la haute nation ; tout le reste éfhit le peuple.
C’est eux que l’on a vus depuis unir leurs voix et leurs clameurs- contre l’assemblée nationale , parce qu’avec une audace et un courage sans exemple elle a supprimé tous les abus qui composaient leur existence. .
La réforme des finances était donc impossible à un seul homme ; on ne pouvait en essayer que l’administration , qui, dans la pénurie de l’état.
n’était autre chose que l’art d’imaginer les ressources les moins alarmantes. M. Joly de Fleury , qui succéda à M. Necker, imagina les dix sous pour livre et quelques droits sur les entrées de Paris. M. d’Ormesson vint après , et n’apporta clans le ministère que des vertus inutiles et l’estime générale, qui le suivit en sortant, et qn’il a toujours conservée depuis. Enfin M. de Calonne fut appelé.
-L’opinion publique n’était pas pour lui. Cependant cette classe d’hommes confians et faciles , qui ont besoin d’espérer et de se tromper , se flattaient que ce ministre nous tirerait du gouffre dans lequel nous étions près de tomb^. Les esprits défians et clairvoyans prévi- ■ renl qu’il perdrait la France. Ce-
1)E t.4. RÉVOLUTION FRANÇ. 67
pen4ant il s’annonça d’abord avec tant de jactance, qu’il éblouit tous les yeux. Personne ne réunissait plus d’audace à plus de talens ; il avait par dessus tout celui de plaire et de séduire : c’était encore un grand mérite en France, et surtout à la cour. Mais cette cour avide et intéressée ne voulait du ministre que des complaisances et des dons ; elle en fut servie au-delà peut-être de ses espérances. Toutes les demandes étaient accueillies ; on n’entendait parler que de pensions et de gratifications. Il fit acheter au roi Rambouillet, et Saint-Cloud à la reine :
il échangeait ou engageait les domaines de la couronne. Des emprunts suûisaient atout; et, promettant de nous liquider dans vingt ans, le ministre trouvait des res-
58 PRÉeiS HISTORIQUE
sources présentes dans nos espérances futures. Liquider les dettes des princes , payer d’avance les créanciers de l’état , encourager les entreprises utiles et brillantes , tels furent les moyens qu’employa ce génie facile pour entretenir le vertige. Jamais la cour n’a eu de plus beaux momens ; car c’était elle qui retirait le plus pur de la substance publique ; aussi les fêtes et les prodigalités y surpassaient tout ce qu’on en peut dire. La cour s’amusait , et le peuple était ruiné. Mais il est, dans les états emprunteurs 7 wn régulateur secret , résultat des combinaisons de tous ceux qui spéculent sur les affaires; c’esl le crédit public:
il se compose de la confiance de chacun ; il surveille l’administration, pénètre ses intentions, et devine ses
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DE LA aÉVOLL'TiON FUANÇ. 59
pensées les plus secrètes : or le crédit public était perdu. Les emprunts, si faciles sous le ministère vertueux de m. Necker , ne pouvaient plus sê remplir sous celui de M. de Galonné :
les impôts ne pouvaient plus s'accroître ; et , touché de la situation des peuples ,^e roi prononça ce mot, qui a déterminé l’époque de la révolution : Je ne veux plus ni impôts ni emprunts. ,
Alors m. de Galonné, surchargé d’un fardeau énorme, chercha dans son esprit hardi et fécond les moyens de se tirer d’embarras et de maintenir son crédiL II s’occupa secrètement , pendant plusieurs mois , à préparer , des plans de réforme où quelques-unes des demandes du peuple étaient accordées et le clergé sacrifié, et à mettre en ordre des
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comptes où l’énormité du défiC'it retombait sur ses prédécesseurs. Ainsi §a gloire était sauvée, et il croyait s’en acquérir une nouvelle en persuadant à la nation qu’il était le régénérateur de la France.
Mais des projets qui véritablement étaient d’une assez vaste étendue ne pouvaient être déterminés par un ministre : il sentait d’ailléurs que , s’il les présentait seul et sans appui , il ne pourrait résister à la nuée d’ennemis que lui susciteraient ses réformes. 11 imagina donc d’appuyer ses projets d’une manière, de vœu national ; et , ne voulant pas convoquer les états - généraux , dont -Pidée seule l’effravait, il s’arrêta à la pensée de convoquer une assemblée de notables, et enfin il présenta ses vues au roi. Nous l’avons dity
DE LA BÉVOLDTION FRANÇ. 6l
Louis XVI a toujours désiré le bonheur du peuple : il fut ébloui des réformes utiles que lui présentait le ministre ; il s’en occupa même souvent avec -lui, et prenait plaisir à un travail dont ce courtisan habile lui dérobait toutes les épines. Le roi regardait déjà l’assemblée des notables comme la plus pure jouissance qui pût être offerte à son cœiir ; ami du bien , il en ordonna enfin la convocation.
On ne peut dépeindre la surprise de la nation à cette nouvelle Jnopinée, ni son^ indignation quand elle apprit l’énormité du déficit : les maux de la France étaient sentis , mais ils n’avaient pas été calculés.
Les notables cependant se rassen\blèrent. Le ministre , en leur présentant ses plans ; les leur donna comme
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des ordres auxquels ils, n’avaient autre chose à faire qu’à se conformer.
11 avait cru , non sans quelque apparence ) que des hommes titrés pour la plupart, ayant tous besoin de la cour et d'une nation accoutumée à fléchir , ne reculeraient pas devant les ordres du roi , et qu’ils se tiendraient'honorés de la gloire d’avoir représenté dans cette grande scène.
Il comptait aussi sur l’influence du peuple , à qui la suppression de quelques impôts désastreux et l’humiliation du haut clergé ne pourraient manquer d’être agréables : il espérait par là même que les parlemens n’oseraient pas s’élever contre les impôts qu’il proposait, de peur de perdre l’opinion publique, qui faisait. toute leur force. Enfin il comptait sur l’appui du roi , qui se mon-
DE LA ftéVOLDTlOlf ÎpRANÇ. 65 trait *très-aUaché à se» 'projets , et sur celui de la reine et des princes, auxquels il avait rendu de si grands services ; il avait d’ailleurs disposé la distribution des bureaux des notables de manière à s’y conserver la prépondérance.
Toutes ces combinaisons furent renversées. ‘ La réputation d’immoralité attachée au nom de M. de Galonné inspira une défiance générale sur ses projets. Ils étaient utiles , ils exprimaient le vœu national ; et cependant on n’en voulait pas, parce qu’ils venaient de lui. Les, impôts par lesquels il remplaçait ses réformes furent jugés désastreux : on voyait qu’en dernièré analyse c’était encore de l’argent qu’il demandait.
Ses opérations fiscales étaient trop récentes pour qu’on n’attribudt pas
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à liii-raérae une partie àw,déficit. Il ^ avait inculpé M. Necker, qui se crut obligé (le lai répondre ; et M. Necker fut exilé. Cet acte d’oppression indisposa tous les esprits. De leur côté, les notables voulurent tout voir et tout connaître ; outre que leur gloire y était intéressée , et qu’ils savaient qu’ils étaient surveillés par une nar tion éclairée et agitée , toute assemblée qui représente ou qui est censée représenter la nation se respecte et connaît l’étendue de ses droits. Ils voulurent aller au fait et rechercher ‘ la cause du déficit. M. de Galonné ne répondit qu’en disant que e’était la volonté du roi , qu’il fallait obéir.
Il fut accusé directement sur les échanges des domaines du roi et sur plusieurs de ses opérations fiscales; et , quelque adresse qu’il mit dans
DE LA EÉVOtDTlON FEANÇ. 65
ses réponses) les tergiversations nécessaires quMl employa diminuaient chaque jour son crédit. Cependant il parvint à faire renvoyer M. de Mi* romesnil , alors garde des sceaux , et à le faire remplacer par M. de Lamoignon , ennemi des parlemens. 11 voulait le leur opposer, au casqu*ils imitassent la résistance des notables.
Maître de l’esprit du roi , qu’il avait séduit dès le commencement par les grâces de sa conversation , et depuis par Tutilité apparente de ses projets, il ne le laissait pas approcher , et lui représentait i les oppositions qu’il éprouvait comme l’effet des intérêts particuliers. Un ennemi lui > restait encore ; c’était M. de Breteuil, que le crédit étonnant de M. de Caloniie avait éloigné de la faveur du roi , mais que la reine protégeait.
M. de Calonne voulut le faire renvoyer, et il sè perdit. La reine l’abandonna. Chacun se réunit pour éclairer le roi sur la perfidie de son ministre, et M. de Calonne fut disgracié. Alors il se livra aux transports de la' rage la plus violente ; fuyant dans sa terre , il fut témoin sur sa route de l’indignation qui le poursuivait ;• et ses malversations ayant été dénoncées au parlement, la crainte d’un décret l’obligea à sortir du royaume.
Les notables furent congédiés. Ils emportèrent dans les provinces leur mécontentement personnel , des lumières qui encore n’y avaient pas apparu , et quelques semences de liberté qui devaient germer avec le . temps. Leur insuffisance même à de si hautes*fonctions , pour- lesquelles
DE 11 fcévOlDTION fUkVÇ. 67 ils n^avaient eu aucune missiop légale , car il n’y en a de telle que celle qu’on a reçue du peuple , annonçait partout cette vérité, qu’il n’était pas au pouvoir de quelques hommes de guérir tarit de maux. On savait que iVÏ. de Galonné avait rejeté avec effroi l’idée de corfvoquer les états-généraux; et fous lés hommes éclairés convenaient <]^’ils étaient devenus inévitables. -Le gouvernement lutta cependant encore quelque temps contre la mauvaise fortune et fut aux prises avec sa propre impuissance. Un homme qui avait administré pendant ' quelques années quelque partie des deniers d’une province se crut en état de sauver un empire abîmé. Ambitieux audelà de la mesure de ses talens , aimable, mais faible, plus spirituel
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qu’éclairé, plus confiant que hardi; M. de Brienne , qui, toute sa vie, avait aspiré au ministère par les moyens sourds qui y conduisaient, avait.prévu la chute de. M. de Galonné , et parvint à le remplacer.
La nation se mit à espérer encore.
Mais le nouveau miiristre, arrivé sans plan et livré au torrent qui entraînait tout, ne put qu’écarter les réformes proposées par. son prédécesseur, et adopter ses impôts sous des foi’mes plus désastreuses encore.
Alors l’indignation fut générale. Paris déploya ces premiers mouvemens d’énergie dont les gens clairvoyans prévirent les suites. Le gouvernement, de son côté, voulut être obéi.
Le parlement, trouvant une occasion favorable pour justifier le nom de jytrc du peuple , qu’il faisait ser-
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vir de voile à son ambition particulière , fit des remontrances ; et la cour ayant décidé le roi à tenir un lit de justice pour forcer l’enregisr trement des impôts , le parlement trancha le nœud gordien : il déclara qu’il n’avait pas le droit d’enregistrer des impôts qui n’étaient pas consentis par la nation , et demanda la convocation des étatsjgénéraux. A ces mots terribles, le gouvernement fut déconcerté. Paris se livra aux transports de la plus vive joie ; un mouvement général d’èspérance anima la nation tout entière ; et le parlement, élevé au plus. haut degré de gloire, devint l’idole des Français.