CT
-ii «^/5
rt
es
Ce tableau nécessite quelques explications, les consonnes s'y trouvant classées dans un certain ordre, suivant qu'on les envisage par tranches horizontales ou verticales. Notons tout de suite : i" que, dans chaque carreau, la sonore a été placée au-dessous de la i'own/g correspondante, lorsqu'il y avait lieu d'établir entre elles une distinction ; 2° que les consonnes, qui n'existent pas dans la prononciation actuelle du français, ont été mises entre ( ).
19. Horizontalement, les consonnes ont été classées d'après le mécanisme de leur formation. Elles sont explosives, fricatives, vibrantes ou nasales :
fl) Explosives. — Ce sont des consonnes (k, t, p, etc.) qui se produisent avec une occlusion momentanément complète du canal buccal, puis une ouverture brusque laissant échapper la colonne d'air.
^) Fricatives. — Ce sont des consonnes (y, s, s, /, etc.) pour lesquelles l'occlusion est incomplète. Le canal, qui laisse passer la colonne d'air, se trouve rétréci sur divers points, de façon à produire un frottement prolongé, d'où le nom de continues qu'on leur donne parfois.
c) Vibrantes. — Ce sont des consonnes qui sont produites avec interposition d'un obstacle tremblotant (la luette pour r uvulaire, le bout de la langue pour R dental); ou bien l'air s'échappant de chaque côté de la langue (pour /, vibrante latérale).
d) Nasales. — Ce sont des consonnes (n, m) pour lesquelles l'occlusion est complète comme pour les explosives : elles s'en distinguent seulement en ce que, le voile du palais restant baissé, l'air s'échappe par le nez. Les nasales et les vibrantes sont souvent réunies sous le nom commun de liquides.
20. Verticalement, les consonnes ont été classées d'après leur localisation dans la cavité buccale. Elles se forment en effet dans trois régions distinctes, qui comportent elles-mêmes certaines subdivisions.
21. Les consonnes de la i^" région (auxquelles on peut joindre l'aspirée lar3mgienne h, qui n'a pas été notée sur le tableau) sont les Gutturales : elles sont dites vélaires, si leur point d'articulation se trouve près du voile du palais ; palatales, s'il est près du palais dur.
a) Les vélaires, qui sont les plus intérieures des consonnes, comprennent : i° deux explosives, la sourde k et la sonore g (fr. car, gare) ; 2° deux fricatives, la sourde y et la sonore y (inconnues du français actuel ; c'est le ch allemand de ach « hélas », et le g de wagen « oser »); 3° deux vibrantes, r uvulaire (le r normal du français actuel) et / (/ guttural, inconnu du français actuel ; c'est celui du russe palka « bâton ») ; 4° une nasale ;/ (;/ guttural, inconnu du
français actuel ; c'est celui qui s'entend au milieu du mot allemand singen « chanter »).
h) Les palatales comprennent : i° une fricative y, dite parfois semi-consonne ou semi-voyelle (c'est l'élément souvent appelé yoâ, celui qui s'entend au début des mots fr. yeux, yacht) ; 2° une vibrante / (le / dit mouillé, celui qui s'entend dans l'italien figlia « fille », ou dans le mot fille prononcé par certains Français du Midi); 3° une nasale ij (le n dit mouillé, celui du fr. vigne). — Les explosives k et g doivent aussi être considérées comme pouvant en certains cas se palataliser (devant les voyelles palatales, par exemple dans la prononciation populaire du fr. qui, gui).
22. Les consonnes de la 2^ région sont les Dentales, comprenant des dentales proprement dites, des prépalatales et des interdentales.
a) Les dentales proprement dites sont : 1° deux explosives, la sourde t et la sonore d (fr. tour, dé), qui s'obtiennent avec fermeture momentanément complète du canal, lorsque le bout de la langue vient toucher l'extrémité des dents supérieures ; 2° deux fricatives correspondantes, la sourde s et la sonore ^ (fr. sang, ^èle), qui s'obtiennent par un mouvement identique des organes, mais avec fermeture incomplète ; 3° deux vibrantes, r (autrefois usité en fran-
çais, conservé dans certaines provinces) et / (le / français ordinaire, celui de ///) ; 4° une nasale dentale n (celle du fr. nid').
F) Lorsque le bout de la langue prend contact, non plus avec les dents (comme pour prononcer s, ;{), mais avec le palais dur, il se produit deux autres fricatives dites prépalatahs, la sourde s et la sonore ;( (celles du fr. chanta genre).
c) Lorsque le bout de la langue, au lieu de toucher l'extrémité des dents supérieures (comme pour prononcer s, ;{), vient se placer entre les dents d'en haut et celles d'en bas, il se produit deux autres fricatives dites interdentales, la sourde 0 et la sonore 0 (inconnues du français actuel ; c'est le th anglais dur ou doux de thin « mince », the « le »).
23. Les consonnes de la j^ région (la plus extérieure de toutes, puisque le point d'articulation confine aux lèvres) sont les Labiales, qui se subdivisent en bilabiales et labiodentales.
a) Les bilabiales comprennent : 1° deux explosives, la> sourde p et la sonore b (fr. pas, but) formées avec occlusion momentanément complète des lèvres ; 2° deux fricatives, qui se produisent avec occlusion incomplète, w et ïù (les sons qui s'entendent dans le fr. oui, puits, et qui sont très voisins des voyelles u, û) ; 3° une nasale labiale m (le m français ordinaire, celui de mort).
b) Les labiodentales comprennent seulement deux fricatives, la sourde/ et la sonore v (fr. fort, vin), qui s'obtiennent en appliquant la lèvre inférieure, non plus sur la lèvre supérieure, mais contre l'extrémité des dents d'en haut.
ÉVOLUTION PHONETIQUE.
24. Toute langue, envisagée à un moment déterminé, possède avec une fixité relative un certain nombre de sons (voyelles, diphtongues, consonnes) : chacun de ces sons cependant ne doit jamais être considéré que comme une moyenne faite entre les nuances presque infinies des prononciations individuelles. Au cours des siècles, les sons dont se composent les mots d'une langue varient et se transforment ; ils s'altèrent avec plus ou moins de rapidité, suivant les époques et la diffusion de l'enseignement public : mais on peut poser en principe qu'en se transmettant d'une génération à une autre les sons du lano;a2:e ne restent jamais exactement les mêmes. C'est dans cet incessant mouvement de transformation que consiste ce qu'on appelle Vévolution phonétique.
25. Cette évolution a pour caractères essentiels d'être inconsciente, graduelle, et de s'opérer d'après des lois constantes et corrélatives.
fl) Tout d'abord elle est inconsciente, ce qui veut dire qu'elle ne dépend pas de la volonté des individus qui parlent : ceux-ci, en répétant un mot qui leur a été transmis, recherchent toujours la correction des mouvements, mais sans parvenir à l'atteindre. Lorsqu'à un moment donné, au lieu du mot latin vita, les Gallo-Romains ont prononcé *i'ida, c'est toujours vita qu'ils croyaient faire entendre.
b) En second lieu, l'évolution est graduelle : il faut entendre par là que les sons dont un mot se compose ne s'altèrent pas tous en même temps, et que chacun d'eux pris à part n'arrive que par degrés à l'état où nous le trouvons aujourd'hui. Ainsi le mot latin pacare, qui est dans notre langue française ^ciMÛlt payer [pfj'f], n'a abouti à cette nouvelle prononciation qu'en passant par des étapes intermédiaires nombreuses, dont la plus ancienne a été une transformation de pacare en *pagare. Le mot bôvem a été autrefois en français buef[buef], avant d'être comme aujourd'hui bœuf[bœf].
c) Enfin l'évolution phonétique a lieu d'après des lois constantes, si on l'envisage dans un groupe de population réuni par des liens sociaux étroits et constituant une unité linguistique. Ce qui signifie, pour prendre un exemple, qu'étant donnés plusieurs mots où se faisait entendre en latin un même son, ce son dans les différents mots français correspondants
s'est transformé d'ane façon identique. Le c qui se trouvait entre deux voyelles dans pacare étant devenu g à un moment donné Ç*pagare), on doit s'attendre pour des mots comme necare, baca à la même transformation (*iiegare, *baga). Uô accentué du latin flôreiii ayant abouti à eu [œ\ dans le français fleur, on doit s'attendre à retrouver le même changement dans des mots comme sapôreiii, calôrein (cf. le fr. saveur, chaleur^.
Les lois ne sont pas seulement constantes, elles sont encore corrélatives les unes par rapport aux autres : il se manifeste à tout le moins une certaine symétrie entre elles. Si iuica devient *iinga, — ce qui revient à dire que l'explosive sourde vélaire s'est affaiblie en la sonore correspondante, — il faut s'attendre à voir en même temps vita passer à *vida et ripa à *riba, c'est-à-dire les explosives dentales ou labiales subir, lorsqu'elles sont dans la même situation, un changement parallèle. Dans une langue comme le français, où l'ancienne diphtongue latine au s'est réduite àp simple {or prononcé or, de aurnni)^ il ne sera pas étonnant de voir la diphtongue ai se réduire à son tour à e simple (jnai prononcé me, de uiajurri).
26. Comme on a pu le constater déjà d'après les exemples précédemment cités, l'évolution phonétique n'atteint pas forcément tous les sons d'un mot :