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il en est au contraire qu'elle laisse inlacts. C'est ainsi que dans le mot latin tdla, devenu en français toile (prononcé tiual), les deux consonnes t et / ont gardé leur prononciation primitive, tandis que IV accentué aboutissait au son complexe tua, et que Va final s'affaiblissait en un e dit muet. Dans le mot chat [sa], venant du latin cattum, nous pourrions inversement constater que la voyelle a qsi restée intacte, tandis que le c initial passait au son s, et qu'un t devenu final s'effaçait dans la prononciation.
2.7. Les phénomènes par lesquels se manifeste l'évolution phonétique sont : i" \:\ transformation à'un son en un autre; 2° \q dédoublement d'un son; 3° la production d'un son nouveau ; 4° ï effacement d'un son.
a) Les sons peuvent se transformer par un changement dans la façon dont ils sont articulés : l'explosive labiale p, qui se trouvait au milieu du mot latin saponem, est devenue la fricative v dans le français savon. Ils peuvent aussi subir une modification de place, ce qui est le cas pour 1'// latin de dura, devenu il dans le français dure [dilr\, ou pour le c de cera [kera], passé à s dans cire [sir]. Les consonnes sont susceptibles de se transformer parfois en voyelles (tr, aube, du latin alba), -et les voyelles en consonnes (fr. sache, du latin sapïam).
/») Pour articuler un son, les organes vocaux
prennent d'abord une certaine position, puis la maintiennent, et enfin la quittent : de là trois périodes articulatoires qu'on appelle d'ordinaire la tension, la tenue, la détente. Si, par rapport à la période centrale qui est essentielle, le mouvement préparatoire de tension, ou le mouvement final de détente viennent à se prolonger, il en résulte que le son peut se dédoubler soit en avant, soit en arrière : chacun des éléments composants prend alors une vie à part, tout en se diflférenciant de l'élément voisin. C'est par ce processus que les voyelles latines (du moins celles qui étaient prononcées avec intensité) se sont fréquemment diphtonguées au cours des siècles : ainsi le mot niël a été peu à peu prononcé *ni(el puis *nieel, et miel par une différenciation plus forte. Les consonnes elles aussi peuvent se segmenter, si quelque hésitation ou quelque retard se produit dans leur articulation, et c'est pour cela que le îu initial s'est modifié dans le mot germanique iverra devenu *oiverra (fr. guerre).
c) A ce processus du dédoublement par segmentation est très intimement lié ce qu'on appelle la production d'un son nouveau. Ainsi dans le mot latin scutum, devenu en fr. escu, écu, il s'est développé à l'initiale une voyelle e qui provient en réalité de la difficulté d'articuler le groupe complexe se, et n'a été à l'origine qu'un souffle énergique. Dans notre adjec-
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ï\î tendre, qui remonte au latin îenërum par un intermédiaire *tenre, il s'est développé entre n et r une consonne transitoire d, dont la nature dentale a été conditionnée par le ;/, et qui n'en est en réalité qu'une sorte de segmentation ou de prolongement différencié.
d) Enfin les sons, par suite d'un relâchement dans la prononciation portant sur un point donné, en arrivent souvent à n'être plus qu'un souffle vain et à disparaître complètement. C'est ainsi que la seconde voyelle du verbe latin vendère s'est effacée dans le fr. vendre, et que le / du mot nativnm n'est plus représenté par rien dans la forme correspondante naïf.
28. D'un autre point de vue les changements phonétiques peuvent se répartir en deux grandes classes, suivant qu'ils sont spontanés ou dépendants. Un changement est dit spontané, lorsqu'il se produit en dehors de toute influence des sons voisins : tel est le passage de îi à il, dans le français J/^r^ \dur] remontant à. dura. Il est dit dépendant, lorsqu'il est, au contraire, conditionné par la nature des sons environnants : tel est le passage dec à.ç dans le français cire [sir], remontant au latin cera [kera].