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Envisagée dans son ensemble, l'évolution pho

nétique paraît s'être produite avec une tendance à économiser l'effort. Si les générations successives — surtout aux époques d'ignorance où la discipline grammaticale est nulle — laissent les sons s'altérer, c'est par une paresse instinctive, et pour rendre la prononciation plus facile. Si, à un moment donné, ripa est devenu dans la bouche des Gallo-Romains *riba, c'est qu'il est plus commode, entre deux voyelles, de faire entendre une sonore b, qu'une sourde p, pour laquelle doivent être interrompues les vibrations du larynx ; *riba est ensuite passé à rive, par un nouveau relâchement dans la tension des muscles destinés à barrer le passage au souffle. Lorsque, vers le xii'^ siècle, les Français ont réduit à e le son ay du mot mai (majum), c'est qu'il était plus aisé de prononcer une voyelle simple qu'une diphtongue. 11 y a eu diminution de travail dans tous ces changements, et la dégradation peut aller parfois si loin qu'un mot nécessitant le jeu d'articulations complexes, comme le latin aiigustum, s'est réduit pour nous au simple son // (écrit août).

31. Tout cela prouve d'ailleurs, loin de l'infirmer, la constance des lois phonétiques et leur régularité. Cette régularité serait absolue (pour un groupe de population parlant un idiome donné), si elle n'était entravée par Vactioii de l'analogie, qui modifie parfois

les résultats de l'évolution mécanique des sons, en faisant intervenir une force d'ordre intellectuel, et en instituant des rapprochements plus ou moins légitimes, souvent fortuits. C'est ainsi que, dans la conjugaison surtout, les diverses formes ont fréquemment en français réagi les unes sur les autres : le vieil infinitif fl;;;^r(= amare) a été remplacé pur aimer, sous l'influence de aime (transformation régulière du lat. amat) ; la forme preuve (= prôhat) par prouve, sous l'action de prouver (=^ prôbâre), etc. Dès l'époque latine, un mot comme gravent avait été changé par le peuple en *grevem (fr. grief), à cause de Jëvem dont le sens était opposé ; de même reddere était passé à *rendere (fr. rendre) sous l'influence de prendere. Plus tard en français, le mot perier (^= pïrârium) est devenu poirier, à cause de poire (= pïra) ; le substantif ///^î^rg (=môra) est devenu mtîre par suite d'un rapprochement avec l'adjectif mûre (=^ matûra). L'orthographe elle-même peut quelquefois réagir sur la prononciation, surtout dans une langue comme le français, où elle a cessé depuis longtemps d'être phonétique pour obéir de plus en plus à des préoccupations étymologiques : ainsi, dans le mot oscur (transformation régulière de obscurum), les scribes et les savants ayant réintroduit graphiquement le h latin, ce b a fini par se faire entendre dans notre forme obscur. Bref, les faits adventices sont

multiples, et d'allure parfois capricieuse : mais ils ne servent, en un sens, qu'à faire mieux ressortir les grandes lois de l'évolution.

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