‹ Précis historique de phonétique françaiseChapitre 15 sur 68 · I. — Les Voyelles latines · texte numérisé non relu

I. — Les Voyelles latines

1. Le latin classique possédait les cinq voyelles suivantes :

Ces- cinq voyelles pouvaient toutes être longues ou brèves, c'est-à-dire que leur émission était plus ou moins prolongée. Ainsi o était long dans flore, bret dans rnôla.

Remarque I. — Il est possible que ces voyelles aient eu dès l'origine des timbres distincts, les longues étant fermées, les brèves plus ouvertes : mais elles différaient surtout par la^ durée de leur prononciation.

Remarque II. — En latin, une voyelle suivie de plusieurs consonnes n'était pas longue de ce fait ; elle pouvait être brève par nature et restait telle dans la prononciation. Dans un mot

comme arista (a-ris-ta), c'est la seconde syllabe qui est longue et a cette valeur, notamment chez les poètes, parce que c'est une syllabe fermée (terminée par une consonne) : 1'/ de arista n'en est pas moins un /. On a de même un ê dans têctti, mais un é"" dans k'ctu ; un 7 dans lîlla et un ; dans ïlîa, etc.

Remarque III. — Les Latins rendaient ordinairement par le signe graphique y. l'upsilon des mots venus du grec. En réalité cet y se prononçait n dans les emprunts les plus anciens (bilrsa = byrsa, thilnmi r= thynnum), tandis qu'il a pris la valeur de / long ou bref dans les emprunts plus récents (clma = cyma, presbUeru = presbyterum).

2. Le vocnlisme du latin vulgaire ou parlé a éprouvé de graves modifications pendant la période impériale. Les voyelles ont cessé peu à peu d'être prononcées longues ou brèves, et en sont venues à différer entre elles seulement par le timbre.

Toutefois pour Va il ne s'est pas produit de distinction très sensible. De plus Vt a pris le même timbre que Vê, et 1'// le même timbre que Vô. Il en résulte qu'au terme de l'évolution, on a obtenu en tout sept voyelles («, e, ç, i, o, o, //), dont la correspondance avec celles du latin classique est la suivante :

a vulgaire ■= à, à classiques {câru, mare)

e — = ^" — {mèl)

e — =^ è, l — (^tda, pïltî)

i — = f — (^fîlu)

0 — = ô — Çiiiôia)

0 — = ô, H — iflôre, gidd) u — = û — (inûrii).

Remarque I. — Etant données ces équivalences, il en résulte que, si dans tous les exemples allégués au cours de ce Trccis, nous avons conservé d'ordinaire (et pour ne pas dérouter le lecteur) les notations classiques comme têla, môla, gûla, etc., ces notations représentent en réalité tçla, moîa, gola en latin vulgaire. On devra donc s'habituer à faire mentalement cette substitution.

Remarque II. — Le changement de / en e et de fi en o

s'est produit dans tous les pays où l'on parlait latin. C'est seulement dans les idiomes du centre et du sud de la Sardaigne (logoudorien et campidanien) que / a conservé son timbre primitif; en Sardaigne et sur les rives du Danube (roumain) que ù est resté distinct de ô.

Remarque III. — Si l'on compare les voyelles du latin vulgaire à celles du français moderne, on verra que nous possédons les sept sons latins (p. ex. dans les sept mots patie, sel, dé, nid, port, pot, tour, prononcés pat, sel, de, ni, par, po, tur'). Le français possède en outre : \° un d distinct de l'autre (dans pas, prononcé pd) ; 2° trois voyelles palatales arrondies œ, œ, il (dans lés trois mots fleur, peu, mur, prononcés Jhyr, pœ, mûr') ; 3° quatre voyelles nasales J, è, ô, œ (dans les quatre mots sang, vin, sou, brun, prononcés 5(7, vî', sd, hrd'). Cela fait donc un total de quinze voyelles bien distinctes, auxquelles il faut encore ajouter \\' sourd, dit ordinairement e muet (cf. § 20). — Les voyelles françaises ne se distinguent point aussi nettement parla quantité que celles du latin classique. Il y en a cependant qui, surtout sous l'accent, sont d'une façon appréciable tantôt longues, tantôt brèves : ainsi i( (dans page, acte), f (dimsféte, sept), i (dans dire, dite), 0 (dans pvrt, poste), u (dans dou^e, douce), œ (dans neuve, neuf), il (dans mur, duc). Pour d, ç, ç, ce et pour les quatre

voyelles nasales, la distinction est bien moins sensible. La longueur des autres, en français, est souvent due, soit à l'effacement d'un s (fête, afr. /este), soit surtout à leur position devant r, î, if V finals (ou suivis d'un e muet, ce qui revient au même). Sur l'ancien allongement de la voyelle finale des noms au pluriel, voir § i6o, hist.

3 . Les diphtongues avaient aussi subi des changements dans la prononciation. Le latin classique n'en possédait déjà plus guère que trois: au, ae, oe. Or, en latin vulgaire :

1" La diphtongue au se maintient en général, et ses transformations ultérieures seront à étudier.

2° Les diphtongues ae et oe se réduisirent d'assez bonne heure à un son simple. Le son provenant de ae fut ordinairement un f (dans caelum, quaerit, caecus, laetus, etc.), quelquefois en Gaule un e (dans praeda, saepes, blaesus, etc.). Le son provenant de oe était un e (dans poena, foenuiit, etc.).

Remarque. — Dans le passage du latin au français, il s'est formé, ainsi qu'on le verra, de nouvelles diphtongues, et notre ancienne langue en possédait un assez grand nombre. Mais ces diphtongues ont en général disparu à leur tour (p. ex. dans pieJ, moi, puits, prononcés /'}'t', niiua, pwi, et où le premier élément de ye, tua, ibi, est en réalité une semi-consonne).

4. L'hiatus est produit par la rencontre de deux voyelles qui se succèdent, sans interposition d'aucune consonne, dans deux syllabes distinctes. Les hiatus, qui existaient à l'origine, s'étaient effiicés de ditîé-

rentes façons dans la prononciation de beaucoup de mots latins. Il en subsistait encore dans des mots comme Dm, *co (cl. ego), *)}ica (cl. méa), via, *sïa (cl. sïm), *dle(c\. dïem), *plu (cl. pïum), tfia, *grfia (cl. grùem).

Remarque I. — Les mots tels que *fûi{d. fui), cîd, *illm, *portai (cl. portavij, avaient aussi des voyelles en hiatus, mais ils ont tendu de bonne heure à prendre une prononciation diphtonguée.

Remarque II. — Dans préndcre (préhendere), cdrte (côhoriem), *c6perirc (cl. côôperire), et autres mots analogues, l'hiatus avait été résolu par une fusion des deux voyelles semblables.

Remarque III. — D'une façon générale, Vl et IV qui se

trouvaient en hiatus avaient perdu leur valeur vocalique et s'étaient transformés en une consonne palatale y. Il n'y avait donc plus de différence à cet égard entre Jilîa et vinéa, prononcés *filya, *vinya : un mot comme palatïum, qui avait eu quatre syllabes distinctes en latin classique, n'en avait plus que trois en latin vulgaire (*pa-la-tyii) . Parfois cet élément palatal s'était effacé, pour diverses raisons : par contraction dans quelques mots comme *parète (cl. parïëtem), *quêtu (cl. quïêtum) ; par des actions analogiques dans de nombreuses terminaisons verbales *rectpo, *movat, *vetiunt (cl. recipio, movêat, venïuut), etc. Les polysyllabes où l'on trouve i conservant en hiatus sa valeur vocalique (christïanum, glorïosum, passïonem, etc.) sont des mots d'introduction savante, ou qui possèdent un suffixe d'origine grecque *-ta (d'après aocpia) substitué à -'la dans phantasïa et semblables.

Remarque IV. — L'/î en hiatus se prononçait lui aussi d'ordinaire comme une consonne bilabiale w, dans *vidiua (cl.

vidua), *jdim\iriu (cl. janùariuni), *li'inrt' (cl. tcnùem). Par exception il s'était renforcé en une explosive sourde dans pi t ni ta, devenu *pi(t)pita. D'autre part il avait disparu dans des mots comme *iiiortii (cl. mortùum), *febrariu (cl. febrùarium), *battere (d. banùere), *cosere Çc\ . consùere).

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