CHAPITRE III. — INFLUENCES AUX- QUELLES SONT SOUMISES LES VOYELLES
21. Des faits exposés dans le chapitre précédent, il résulte que les voyelles latines qui ont persisté d'une façon régulière, lors du passage du mot en français, sont seulement : i° celle qui portait l'accent d'intensité; 2" celle de la syllabe initiale prononcée avec une netteté particulière. Tout en persistant, ces voyelles ont éprouvé généralement des modifications, soit spontanées, soit dépendantes.
Ces voyelles latines (qui dans la prononciation vulgaire sont au nombre de sept : a, e, e, i, o, o, ii, cf. § 2) n'étaient pas en effet isolées dans le mot. Elles y occupaient une certaine position, étaient contiguës à d'autres sons qui ont exercé sur leur traitement des influences de diverse nature. Ces influences sont au nombre de quatre principales :
1° Action de l'entrave ;
2" Action d'un / vocalisé ;
3° Action du \od ;
4° Action des consonnes nasales.
Nous allons définir chacune de ces influences,
dont il faudra tenir compte plus tard (ainsi que de certaines influences plus restreintes, § 34). Ce qui va être dit ici s'applique avant tout aux voyelles de la syllabe accentuée, mais' aussi dans une certaine mesure à celles de la syllabe initiale.
a) Action de l'entrave.
(voyelles libres et voyelles entravées)
22. Les voyelles sont dans tout mot latin libres ou entravées. Cette distinction est capitale : car, pour passer en français, la même voyelle subit d'ordinaire un traitement différent, suivant qu'elle occupe l'une ou l'autre de ces positions. On peut dire qu'en général les voyelles libres ont évolué d'une façon plus spontanée, et ont éprouvé des changements plus considérables : l'action de V entrave .■â. donc été essentielleinent conservatrice.