‹ Précis historique de phonétique françaiseChapitre 22 sur 68 · On appelle voyelle libre · texte numérisé non relu

On appelle voyelle libre

1° Une voyelle suivie d'une seule consonne. Ainsi a est libre dans mare, nasu (prononcez ma-re, na-su^.

2" Une voyelle suivie de l'un des quatre groupes tr, clr, pr, br, groupes dans lesquels la liquide r s'unissait intimement aux dentales /, d, ou aux labiales p, b. Ainsi a est libre dans paire, capra, labra (prononcez pa-tre, ca-pra, la-bra).

3° Une voyelle suivie du groupe us, groupe dans lequel on ne faisait pas entendre le n en latin (§ 195, II). Ainsi e est libre dans t>u'{ii)st' .

Remarque I. — Les voyelles dans le cas assez rare où elles se trouvent en hiatus (§ 4), sont naturellement des voyelles libres. Ainsi ^ et e sont respective n:îent libres dans déu, via.

Remarque II. — Les voyelles suivies de gutturale -|- consonne se sont trouvées libres dans une certaine mesure, par suite de la résolution de la gutturale (voir § 27, 3°).

Remarque III. — Pendant la période romane primitive, les voyelles libres portant l'accent d'intensité se sont généralement allongées dans la prononciation, et cette nouvelle quantité (qui n'a plus aucun rapport avec celle du latin classique, §5 i et 2) a entraîné des diphtongaisons pour plusieurs d'entre elles. Sur ces faits voir notamment §§ 46, 54, 66 et 72.

24. On appelle voyelle entravée, toute voyelle suivie d'un groupe de deux ou plusieurs consonnes (autre que les groupes énumérés au § 23). L'entrave a une double origine :

1° Elle est dite latine, lorsque le groupe de consonnes existe originairement dans le mot latin ;

2° Elle est dite romane, lorsqu'elle est de formation postérieure et amenée par l'effacement d'une voyelle atone.

Ainsi a est entravé dans les mots parte, pasta, as(j)nu, man(î)ca. Dans parte, pasta (prononcez

par -te, pas-td), l'entrave est latine ; dans as{i)nii, )]ian{i)ca, l'entrave est romane, c'est-à-dire amenée, par l'effacement d'un / atone. Les voyelles subissent d'ailleurs en général le même traitement, que l'entrave soit d'origine latine ou romane (voir cependant §47).

Remarque I. — L'entrave dite roinaiie s'est en réalité produite quelquefois dès l'époque latine, et même de très bonne heure dans la prononciation populaire. On disait à Rome vir'de pour vindeni, etc. (cf. à ce sujet § 15, hist.).

Remarque II. — Il n'y a pas ordinairement entrave, lorsqu'une voyelle atone s'efface entre deux consonnes dans la syllabe finale du mol : ainsi rt eto doivent être considérés comme libres dans /o;7fl/(i)5, môv(e)t. Ceci prouve que dans ce cas l'effacement de l'atone a été relativement tardif (cf. § 13, II).

Remarque III. — Le fait d'être libres ou entravées a eu des conséquences moins importantes pour les voyelles de la syllabe initiale (cf. § <S6).

b) Action dun / vocalisé.

25. L'entrave d'origine latine ou romane, formée par / suivi d'une autre consonne, offre un cas spécial. Dans cette position / s'étant vocalisé en u à un moment donné (§ 188), il en est résulté que cet u s'est généralement combiné avec les voyelles précédentes, et les a altérées de différentes façons. Ainsi Va et l'() de alba, )nôl{e)re, ont abouti respective-

ment à au [o] et ou [//-] dans les mots français aube, moudre.

Remarque I. — La combinaison du / vocalisé avec les voyelles / et u n"a pas laissé de traces en français (cf. ^ i88, 1).

Remarque II. — Il faut de plus observer qu'avant de se vocaliser / -j- consonne avait exercé une action régressive sur c accentué qui s'était diphtongue en ea (ainsi hch est devenu heah avant d'aboutir à beau, § 48).

c) Action du yod.

26. On donne le nom de yod (dixième lettre de l'aphabet phénicien priinitii) à la fricative palatale qui s'entend au début des mots français yeux, yole (des mots anglais yacht, yes, ou allemands jahr, jocJi). Cet élément palatal, qu'on appelle parfois semiconsonne ou semi-voyeJIe, a joué un rôle considérable dans la transformation française des mots latins : son action complexe s'est exercée non seulement sur le traitement des voyelles, mais aussi sur celui des consonnes. Nous le désignons souvent, pour abréger, par le signe y.

27. Le yod peut être d'origine latine ou romane: 1° Il existait déjà en latin classique (écrit /, ensuite

/ vers la Renaissance) dans certains mots, soit à l'initiale {iain, jungere), soit à l'intérieur entre voyelles {major, raja^.

2° D'après la prononciation du latin vulgaire, il est en outre représenté par tout / ou è atone qui se trouve en hiatus (§ 4, III). Il y a donc un yod d'origine latine dans des mots comme parïa, vinêa, rabla,

3° Enfin, à l'époque romane, le yod provient des consonnes gutturales, r, g et x {= c -|- s), qui ont en certains cas la propriété soit de se résoudre vocaliquement, soit de dégager un yod tout en persistant sous une forme quelconque. Il y a donc eu production d'un yod d'origine romane dans des mots comme baca, pla^a, axe, factu, pace.

Remarque. — • Dans les mots d'origine germanique, le / avait en principe la valeur d'un yoi, et s'est comporté comme tel.

28. L'action du yod, quelle que soit son. origine, s'exerce sur les voyelles de deux façons essentielles :

1° En amenant une combinaison ; 2° En produisant une entrave.

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