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CHAPITRE IV. — TRAITEMENT DES VOYELLES ACCENTUÉES

A accentué

{â ET à EN LATIN CLASSiaUE).

a; A libre.

35. Va latin accentué et libre devient en français e devant une consonne qui conserve son articulation, e lorsqu'il est final ou suivi soit d'une consonne qui ne se prononce pas, soit d'un e muet . Ex. : «) Mare, mer; sal, i-t'/; taie, tel; pâtre, père; sapa, sève; faba, fève; celt. *gvd.yi{, grève ; labra, lèvre. — b) Pratu, pré; bonitate, bonté; cantare, chanter; nasu, ne:{ ; *adsatis, asse:^^; c\a.ve,clef; fata, fée; *contrata, contrée.

Historique. — Le changement de \\i accentué libre est un des faits capitaux de la phonétique française. Il atteint un nombre considérable de mots, notanmient tous les infinitifs en -are, fr. -er (portare, porter), les formes de participes en -alu, -ata, fr. -c, -e'e (povtâtu , porté ; porXâta, portée), les 2^^ pers. pi. en -atis, fr. -e:^ (portatis, ^or/g;{), les 5^5 pers. pi. du parfait an-arunt (portarunt, portèrent). De plus, il caractérise nettement le français par rapport aux autres langues romanes littéraires, y compris le provençal. — Cet obscurcissement de l'a paraît s'être produit, dans le nord de l'ancienne Gaule, vers la fin du viiie siècle, et

n'a pas lieu dans les proparoxytons comme àshiu, male-hdbUii, devenus âne, malade (les Serments de 842 offrent encore des graphies Jradre, salvar, returnar, mais qui sont sans doute archaïques ; la Cantilène d'Eulalie, écrit déjà uniformément spede, getterent, preseiitede, etc.). L'évolution s'est propagée au Sud jusqu'à une ligne qui part approximativement de l'embouchure de la Gironde, passe au-dessus de Limoges, longe les premiers contreforts du plateau central, puis coupe la Loire vers Roanne et la Saône vers Mâcon pour aboutir au lac de Genève. La valeur qu'avait en ancien français le son issu de a accentué est douteuse. Tout ce qu'on peut affirmer c'est que des mots comme uier, bonte(t), chante:^, etc., n'apparaissent d'abord groupés qu'entre eux ; ils n'assonaient point avec les mots comme tei-re, messe, dont l'i; ou Ve étaient brefs. Comme on doit supposer théoriquement que Va a dû passer d'abord par un son a très ouvert, il est possible que, dans mer et semblables, on ait eu au xiie siècle un ç long. Vers la fin du moyen âge, la prononciation a commencé à se scinder d'après le principe énoncé plus haut, qui a fini par prévaloir, mais après certaines fluctuations. Il semble qu'on a eu quelque temps un e non seulement dans les finales directes, mais aussi devant certaines consonnes et notamment r. Au XYii"^ siècle, les grammairiens demandent en général qu'on écrive ^(;V«, mère, frère, et en 1736 d'Olivet maintenait cette orthographe ; l'Académie hésitait encore en 1740, et ce n'est qu'à partir de l'édition du Dictionnaire publiée en 1762 qu'elle a indiqué uniformément un è pour les mots de ce genre.

Remarque I. — Dans les mots écrits en français moderne aile (= ala), clair (= c\3.ru), pair (= pare), braise (= germ . *brasa), on a un fait purement orthographique, la substitution à è du groupe ai qui a le même son simple : l'ancien français écrivait régulièrement ele, cler, per, brese. Cf. aussi ^an (afr. J« = sapis) et sait (afr. set = sapit), qui sont dus à l'influence de sais, afr. sai (=: *sayo, cl. sapio, § 171, III).

Remarque II. — Les mots où a accentué libre se trouve

conservé sont de provenance méridionale (rave, tmiscat, salade, dorade, et tous ceux dans lesquels une finale -ade correspond au (ï. -ée = -ata) ; ou bien ils sont des emprunts savants (lac, cas, cave, rare, avare, état, consulat, et autres mots avec une finale -at=z -atu). Il faut surtout noter dans cette seconde catégorie les adjectifs comme loyal, royal, égal (à côté de mortel, charnel, formel, etc.) : le suffixe -al, employé par les clercs au lieu de -el, a été adapté de bonne heure même à des mots d'origine populaire (cf. loyal à côté de légal), et inversement une forme du xiie siècle telle que personal a été remplacée dès le xiiie par personnel. Dans quelques mots comme fronteau, linteau, pour afr. frontel (= frontale), lintel (= limitale), il s'est opéré en moyen français une substitution du suffixe -eau (= -ëllus, § 48) ; dans quelques autres comme poitrail, portail, pour afr. poitral (= pectorale), portai (z= *portale), on a eu vers la même époque une action analogique du suffixe -ail {z= -alïu, -acùlu, § 40), qui s'est produite d'après la similitude des formes au pluriel (afr. sospirail, sospiraus, comme portai, portaus, d'après le § 191, hist.). Quant à la longue hésitation entre coral et corail qui l'a emporté vers la fin du xviie siècle, elle remonte jusqu'au latin où coexistaient les deux types cora////;// et coralliuni.

Remarque III. — Dans la conjugaison, des formes originaires levé (= lavât), père (= parât) étaient devenues lave, pare, dès le xiie siècle, sous l'influence de laver, parer, (^ lavare, parare, § 88). Dans vaut, afr. valt (=^ valet), le maintien de Va semble dû à l'influence de valoir (z= valëre) ; dans chaut, afr. chalt (^ calet), à celle de l'ancien adjectif r/;fl// (= caldu). On trouve aussi en afr. la forme régulière chielt. — Quant à la flexion -a(f) des 5es pers. sg. du parfait comme porta, chanta (lat. vulg. *portaut, *caiitaut, pour portavit, cantavit), elle paraît due à l'analogie de a (= *at, cl. habet).

Remarque IV. — Un certain nombre de formes ont conservé a (conformément au § 88) par suite d'un emploi procli-

tique ancien. C'est ainsi qu'on a dans la conjugaison : as (=:*as), a (=*at), z'a (= *va), cf. §8, 5°, et peut-être aussi vas (■-= vadis), va (=: vadit). Parmi les formes pronominales : la( = iHa), ma, ta. sa. Parmi les formes adverbiales ou prépositionnelles : à (=: ad), [ih']jà (= jam), là (= illac). Il faut aussi noter car (j^= quare) et ma! (=: maie), qui l'ont emporté sur les formes accentuées, quer, niel, usitées dans le plus ancien français. Sur tous ces faits, voir le § 8.

Remarque V. — L'adjectif graveÇm) devenu *grëve en latin vulgaire (sous l'influuice de lève) aboutit xgrîef, d'après le § 46. — La terminaison -î«'(§ 39) pour-^r dans des mots comme écolier (afr. escoler = scholare), bachelier (afr. bacheler =z *baccalare), sanglier (afr. meugler =z singulare), collier (afr. coler = collare), /'///Vr (afr. ^/Vt'r =1 *pilare), soulier (afr. soler = *subtelare), etc., est due à une substitution de suffixe qui s'est opérée en moven français. L'afr. tarerc (=: celt. *taratru) est passé de même à tarière.

Remarque VI. — L'a accentué de la finale -dvu appelle enfin une observation spéciale (clavit aboutissant à cloii, tandis que r/rftr donne régulièrement clef). Dans cette terminaison, \ç.v, n'ayant pas perdu en latin sa valeur vocalique, s'est combiné avec Va pour donner 0 devant 1'// final maintenu par l'hiatus (§ 13, I): on a donc obtenu ou, et par réduction u (écrite;/). Ex. : Clavu, clou ; Andecavu, Anjou ; Pictavu, Poitou (tandis que les noms de villes Angers et Poilicrs remontent aux anciens locatifs Andecavis, Pictavis). On a eu le même processus dans *papavu (cl. papaver) qui est en afr. puivu (passé ensuite k pavot par changement de suffixe), et dans un type *blavu (germ. blâw) d'où est sorti Tafr. blou, plus tard bleu (cf. afr. pou devenu peu, à côté Aa'trou, § 84, II); le lat. fagu avait également abouti à l'afr. fou (d'où le dérivé /oMc/). On retrouve enfin cette évolution devant uni/ final dans les types germaniques baivu devenu bouc, hnva devenu en afr. choue{<yoi\ le dérivé choucllc), et aussi dans

la flexion de l'imparfait -aba(ui) qui, à l'ouest de la France, a été à l'origine -oe, -oue (sur son sort ultérieur, voir § i66, II). Pour eau (=r aqua), cf. § 38, V.

Jb) A entravé.

36. Va latin accentué, devant une entrave d'origine latine ou romane, reste intact en français. Ex. : (7) Arbore, arbre; germ. *warda, garde; quartu, quart; carru, char; caballu, cheval; *vassallu (celt. gwas), vassal ; cappa, chape ; vacca, vache. — h") Lar(i)du, lard; tab(ù)la, table; male-hab(ï)tu, malade ; nav(i)gat, nage.

Remarque I. — ^11 faut observer toutefois que Va correspondant à un a latin entravé est en français moderne tantôt palatal comme dans les mots cités plus haut, tantôt vélaire {a ou d, avec certaines différences de quantité). Le trait le plus notable, c'est que le son est toujours vélaire, lorsque Va se trouvait à l'origine devant un 5 {ss double, qui se conserve orthographiquement au milieu des mots ou s'efface à la finale ; s -j- consonne qui s'efface d'après le § 157, mais est en général remplacé dans l'orthographe par un accent circonflexe sur Va). Ex. : Quassat, caise\kds^; crassu, gras [grd] ; b.TSSu, bas \bd] ; bastu, hdt \lui] ; pasxa, pdte[pdt]', as(ï)nu, dne [du]. Le mot masse (=1 massa) se prononce vias par confusion avec masse (= *mattea) ; fiasse (= nassa) s'est prononcé nds jusqu'au milieu du xixe siècle ; enfin crasse (crassa) qui sonne kras est d'introduction savante. — Cf. aussi la prononciation de chdsse [Ms] =: capsa, dme [dm] = an(ï)ma.

Remarque II. — L'afr. achate (= *accaptat) est devenu aibète (cf. acheter, afr. achater), sous l'influence des verbes en

-eti-r ; la forme ancienne du radical se retrouve dans le subst. verbal achat.

Remarque III. — D'une hésitation qui s'est produite dans la période du moyen français entre la prononciation ar ou çr -\- consonne (cf. §47, II), il est resté dans la langue littéraire serpe pour afr. sarpe (= *sarpa), gerbe pour afr. jarbe (z= germ. *garba), chair [sçr] pour afr. charii (^ carne), et aussi aspergée pour afr. esparge (asparagus) qui est un mot savant. Quant à l'hésitation entre serge et sarge (encore préféré par M'^^ de Rambouillet), elle pourrait remonter jusqu'à un type du lat. vulg. *sarka (cl. sërïca).

37. L'a qui se trouvait entravé devant / -|- consonne, aboutit en français par combinaison à 0 (écrit an). Ex.: Talpa, taupe; alba, aube; malva, mauve; salvu^ sauf ; alteru, autre; Lal(i)(Ju, chaud; valles, vaux ; palnvà, paume ; alnu, aune.

Historique. — Vu provenant de la vocali.sation de / (§ 188) s'était combiné avec Va pour former une diphtongue qui, au moyen âge, était réelle et se prononçait au, aiu (assonant avec les mots en a simple). Cette diplitongue (contrairement à au latin originaire, § 83) est devenuec dans la période du moyen français, sans doute par ao, oç : Palsgrave, vers 1530, et Meigret un peu plus tard, parlent encore de cette prononciation ao (dans aolre, etc.), qui semble déjà à ce moment avoir été dialectale.

Remarque I. — Le mot balneum, par effacement de /, était déjà enlat. vulg. */'(i/u'«, d'où le fr. bain (f;4)). — De noms propres germaniques très répandus, comme Ausiuald, Grimwald, etc., on avait tiré de bonne heure en Gaule une finale péjorative -atcljt, qui est devenue en afr. -ait, -aut puis aud, et qui se trouve dans maraud, courtaud, noiraud.

Remarque II. — Le mot pieu, provenant de palus (où Va ne s'est trouvé entravé qu'après être passé à e), offre un cas spécial. On a eu d'abord en afr. comme régimes un sg. pel (= palu) et un fl.pels (:= palos) : c'est sur cette dernière forme, devenue pietis, par un développement peut-être dialectal de el -|consonne en ieii (cf. en afr. tiens -r^ talis), qu'on a refait ensuite un singulier.

c) A sous l'influence du yod.

I" Cas : a + y.

38. Lorsque Va accentué est suivi d'un yod d'origine latine ou romane, qui peut se combiner avec lui (§ 29), il résulte en français de cette combinaison un ^g écrit ai. Ex.: a) Maju, mai; major, maire ; ba(d)iu, hai; Sivéa., aiir; variu, vair ; pîihiiu, palais ; basïatj baise; *bassïat, baisse; *crassïa, graisse. — Z') Baca, baie; plaga, plaie; celt. saga, saie ; lacté, lait; hc(é}re, faire; laxat, laisse; Ax(ô)na, Aisne; pascere, paître ; pace, paix.

Historique. — Dans tous ces mots français on avait à l'origine une diphtongue ay décroissante, c'est-à-dire accentuée sur a : au xi^ siècle les mots comme faire se trouvent en assonance avec message et analogues. Vers iioo ay devint ey, et dés le milieu du xii* siècle cette nouvelle diphtongue se réduisit à ç simple devant un groupe de consonnes (paistre par exemple assone avec heste). Devant une consonne simple la prononciation diphtonguée se conserva plus longtemps, et il en fut ainsi surtout lorsque ai se trouvait en hiatus. Dans ce dernier cas, lu prononciation av subsistait en hioven français à côté de l'autre.

A la fin du xvie siècle Th. de Bèze, pour un mot comme plaie, indique encore les trois prononciations pJaye, plçye et pJee: la dernière n'a complètement triomphé qu'au xviie siècle.

Remarque I. — Lorsque ai eut pris le son de ^, les scribes commencèrent à écrire indiflféremment faire ou fere, etc. L'orthographe étymologique l'emporta cependant à la longue, sauf dans quelques xnois: frêne (afr. fraisne = fraxinu) ; frêle (afr. fraile =z fragile) ; grêle (afr. graisle = gracile) ; allègre (afr. alaigre =i alacre) ; giu'ret (afr. guarait = vervactu) ; ^m«/ (afr. guait, de gnaitier = *wactare, germ. wahten). Cf. une orthographe inverse dans aile pour ele,etc. (§35, I)-

Remarque II. — La diphtongue graphique ai a une prononciation qui flotte encore entre e et e dans certaines formes verbales : ai (^= habe'o), sais (=z sapio), les parfaits comme portai (=*portai, cl. portavi), et les futurs comvae porterai (= portare-habeo). Cf. aussi l'adjectif o"(7î [ge] dont l'origine est d'ailleurs incertaine.

Remarque III. — Le mot air provenant de aer, où il y a eu combinaison de deux voyelles originairement en hiatus, n'est point un mot d'origine populaire. Sur cerise remontant à *ccresia' pour cerasia, voir §49 ; sur glaive (gladiu), cf. § 148, IL

Remarque IV. — Dans un certain nombre de mots savants d'emprunt ancien, le groupe ai semble être passé à oi (prononcé -'ua, § 54) sous l'influence d'une consonne labiale qui le précédait. C'est ainsi qu'on a eu : armoire pour armaire {= armariu), grimoire forme divergente de grammaire (= grammatica, § 149, IV), poêle [pivàl] pour afr. paile (= palliu) ; de plus les substantifs verbaux émoi pour afr. esmai (de esmaier = *ex-magare, germ. magan), et ahoi pour afr. abai (de ahaier = *abbadiaie). Cf. le cas de moins qui a remplacé l'afr. meins, S 60, L

Remarque V. — Voici, d'autre part, quel a été le développement phonétique de aqtia pour aboutir au français eau [()]. La forme *aqwa (par un effacement ancien de l'élément guttural, § 137, 2°) s'est d'abord réduite à *dwa, où Va se trouvant libre est devenu e. Dans l'afr. eiue (cf. cve conservé par plusieurs patois, et le dérivé évier) il s'est dégagé un nouveau son a, entre e Qt w\ d'où *eawe qui, par vocalisation du iv, devient eaue et eau (effacement de Ve final au xvie siècle, § 12, 1).

39. Le sutfixe latin -anit, -ana a subi une transformation importante et qui lui est propre : il est devenu en Irançais ye, yer, écrits -ier, -ière. Ex. : Panarïu, panier; cellarïu, cellier; denarïu, denier; "pomzrm, pommier; argentarïu, argentier; caballarïu, chevalier ; pumanu, premier ; *sortiarïu, sorcier; riparïa, rivière; caldarïa, chaudière; luminaria, lumière.

Historique. — Cette transformation, qui n'a eu lieu que dans les mots où -arîu, -aria étaient sentis commes suffixes (cf. vair =. vanu, paire =1 paria, etc., conformément au § 38), est un des faits obscurs et discutés de la phonétique française. On a supposé qu'elle s'est produite vers la fin de la période mérovingienne, sous l'influence de la prononciation germanique et des nombreux noms propres comme Bertharius, Guntharins, etc., d'abord latinisés sous cette forme, puis devenus par suite de r« Umlaut » Bertheriui, Guntherius ou Bertherus, Guntherus. Ce qui est certain, c'est qu'au viiie siècle l'évolution de -ariu en -èriu, et même -éru au nord de la Gaule est attestée par des (ormes ponierius {= pomarius) dans les Gloses de Saint-Gall, sorcerus (= *sortiarius) dans les Gloses de Reichenau : dès lors cet -éru pouvait aboutir en français à -ier d'après le § 46. — Relativement à la prononciation du français moderne, il importe d'observer qu'au cours du xyii^ siècle -ter, par diérèse, est devenu

dissyllabique derrière consonne -j- r,l. Les mots comme owfnVr, meurtrier, tablier, néflier se prononcent donc uvriye, niœrtriye, tabliye, nefliye (de même au féminin uvriyp-, etc.), tandis qu'on continue à dire ^îrarvf, S^valye.

Remarque I. — Sur la substitution de -ter à -er dans les mots comme écolier, pilier, etc., cf. 5 35, V. Sur les mots de l'afr. clochier, hergier, réduits en fr. mod. à clocher, berger, etc., cf. § 41, hist.

Remarque II. — Il faut observer que les mots comme contraire (contrariu), adversaire (afr. aversier = âdvetsmu), primaire (doublet de premier := primariu) sont, en français, des emprunts savants, et que le suffixe -aii-e y correspond à -ter.

40. Lorsque Va accentué est suivi d'un yod qui se combine avec une autre consonne (groupes^^i?y,^3'jî'/7 sur wjy cf. § 45^), oth qui se consonnifie derrière une labiale (§ 171), il en résulte une entrave devant laquelle a reste intact en français conformément au §36. Ex. : a) Brac(h)ïu, bras ; brac(h)ïa, brasse; *glacïa, glace ; aliu, ail ; paléa, paille ; muralïa, muraille ; germ. *thwahlia, louaille ; mac(ù) la, maille ; divinac(û)la, devinaille ; gubernac(ù)lu, gouvernail ; *suspirac(ù)lu^ soupirail). — b) Sapia(m), sache ; rabïa, rage ; cavéa, cage.

Remarque I. — ISa qui s'est conservé dans les mots cités plus haut, est généralement un a palatal en français moderne, mais plus long dans bras, rage, que dans brasse, glace. Le trait le plus notable est que cet a est palatal dans la finale de gouvernail, soupirail, mais devient un d vélaire dans la finale féminine de paille, iiiiuaille, etc. Cf. 5 36, I.

Remarque II. — L'important suffixe -ulïcti, qui aboutit à -âge en français (fromai^n'=i *forniatïcu, village = villatïcu, etc.), rentre lui aussi dans ce cas : sur sa transformation, voir § 149. Toutefois, dans les régions de l'Est et du Nord-Est, au lieu de -âge on avait ordinairement en moyen français -aige [flf], prononciation dont il a subsisté des traces jusqu'au xvie siècle. — Sur les formes verbales /aw, plais, tais, et les subjonctifs ^/tîw, taise (à côté de fasse =: faciam), cf. ^ 1 19) 1° II-

2^ Cas : y -f a.

41. Si 1'^ accentué est précédé d'une consonne sur laquelle agit un yod, il aboutit en français à ye (écrit />'). Ex. : *Piytate (cl. pïétatem), pitié ; *meytate (cl. medïétatem), moitié; *amic(i)tate, amitié; dign(i)tate, afr. deiîitié, daintier.

Historique. — Nous n'avons dans ces mots pitié, moitié, amitié, daintier (cf. aussi chien ■=. cane), qu'un faible reste d'une action qui avait été très générale à l'origine. Lors de la formation première du français, tout a accentué précédé soit d'une gutturale' (résolue ou non en yod'), soit d'une consonne palatalisée par un yod, était devenue ie. On avait donc dans l'ancienne langue : chievre = capra, chier = caru, inarchie(t) = mercatu, congie(f) = commèi.tu, paiier =z pacare, mangier = manducare, traitier =^ tractare, laissier = laxare, aidier =r adjutare, baisier ^ basïare, iaillier^ talïare, /-oo^j/àv := *retundiare, etc., etc. C'est pendant la période du moyen français, au xive et au xve siècle, que cet état de choses s'est profondément modifié. Derrière cb, g [s, ^], ainsi que derrière l ou n mouillés, la diphtongue s'est réduite à è, é par absorption de 1'/ : on a eu alors chèvre, marché, congé, manger, tailler, rogner, etc., et il en est même résulté que des noms comme houchier, hergier,vergier.

oreillier, etc. (où \'i appartenait en réalité au suffixe -ter § 39) ont suivi la même voie et sont devenus boucher, berger, verger, oreiller. Au xvie siècle les formes par k ne sont pas encore rares dans les mots de ce genre, mais elles ne semblent plus être à ce moment-là qu'une tradition orthographique. Le y dégagé par c devant a n'a persisté que dans le mot chien (= cane), où il se trouvait dans des conditions spéciales, faisant partie d'une diphtongue nasale (cf. § 43, II). On peut considérer comme survivant encore, dans les mots du type payer, noyer[peye, nu'dyç], celui qui provenait de la résolution d'une gutturale. D'autre part, en moyen français, lesverhescndier, traitier, laissier,baisier, etc., se sont transformés par voie d'analogie (et non par voie phonétique, puisque ien'w était précédé ni de ch,g, ni de /,n mouillés). Un verbe comme traitier avait quelques formes (traitie, traitiei, trailierent), qui semblaient anormales dans l'ensemble de sa conjugaison : il a donc été assimilé à porter, tarder, etc.

Remarque. — Piété est le doublet savant àt pitié. A côté de amnistié l'ancien français avait mendistié (= mendicitate), refait en mendicitéplus tard. Le mot daintier aujourd'hui très déformé, et réduit à un sens tout spécial, a comme doublet d'emprunt dignité.

r Cas : y -f A -f y.

42. Si Va accentué se trouve placé entre deux yods, "il aboutit en français à /'. Ex. : Jacet, afr. gisi, gît ; cacat, chie.

Historique. — Ce changement s'explique par la production d'une triphtongue iay, réduite par effacement de l'élément médial à iy, puis i simple, avant les premiers documents écrits (cf. la réduction de iey à i, § 49). Le mot jacet a donc passé en théorie par les étapes "d^iayst, *d\iysl pour à^vQmr g ist, gît.

Remarque I. — Jactat devrait aboutir à gite, qui se trouve quelquefois, mais a été remplacé de bonne heure pur jette sous l'influence d'un autre radical (cf. § 155, II).

Remarque II. — Les exemples assez rares d'un a placé entre deux yods, deviennent très nombreux, si l'on fait entrer en ligne de compte tous les noms géographiques où le suffixe gallo-romain -iacu(m) aboutit à / (écrit y) dans la région française proprement dite. Ex. ; Clippiacu, Clichy; TloriAcu, Fleury ; Liniacu, Ligny ; Victoriacu, Fitry, etc.

d) A suivi dune nasale.

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