‹ Précis historique de phonétique françaiseChapitre 28 sur 68 · h\j latin accentué, placé devant une entrave · texte numérisé non relu

h\j latin accentué, placé devant une entrave

reste ordinairement intact en français. Ex. : Porta, porte; morte, mort; c(h)ôrda, corde; pôrcu, porc; cornu, ^o;-; dormit, dort; côllu, col; *côccu, coç/.

Remarque I. — Il faut toutefois observer que, devant un -s- qui s'efface ou non, Vo est devenu o en français moderne (sur le sort de a dans la même situation, cf. § 36, I). Ex. : Co7e (afr coste — Costa), hôte (afr. este = hôspite), tôt (afr. tost = tôstu)', 05^(afr. ç« = ôssu), fosse (afr. /p^^e = fôssa), grosse (^h. grosse — grôssa). Le mot crosse (afr. cror^, qui se prononce kros, remonte à un t}-pe bas lat. *cr6cta. - Les pronoms jiôstru "ei 'vdstrn (cl vëstrum) ont pris respectivement en français deux formes divergentes (nôtre et notre, vôtre et votre), suivant qu'ils étaient employés seuls ou devant un nom : c'est au cours, semblet-il, du xvie siècle que cet état de choses a commencé à s'établir, et Th. de Bèze fait une distinction quantitative entre nos fre maison et la nostrc.

Remarque II. — Dans tôrta de\'enu tourte conformément au^^, 73 (et dont tarie ne paraît être qu'une variante phonétique), il faut supposer que, dés le latin vulgaire, Vo était passé à 0 sous des influences obscures. - Dans rôle {= rôtulu), qui Jst un mot savant et s'écrivait autrefois roolle, le son fermé provient de la contraction des deux 0. Pour quelques termes dont l'origine reste obscure (wo/ = *môttu, cl. mùttire: pot = *pôttu, cLpôtum : sot = *sôttu, cl. stùltum), le passage récent de 0 à p a été consécutif de l'efl^acement du / final dans la prononciation (cf.

68. LV accentué, qui se trouve entravé devant / + consonne, par combinaison avec / vocalisé (§ 188), aboutit en français à ii écrit on. Ex. : *Cô](a)pu, afr. colp, coup; *vôl(ù)ta, afr. voile, voûte; sôl(i)-

dus, afr. 5t)/^, son ; môl(e)re, atr. iiioldre, moudre ; fôllis, afr. fols, fou ; pôll(i)ce, afr. poJce, pouce.

Remarque. — A côté des formes savantes /jo/y/'e et poulpe, afr. polpc (= polypu), le mox. pieuvre ((\ui semble avoir passé par des étapes *pueleve, *pitelve, *pueuve et *pieiive, cf. yeux § 70, I) est une forme d'origine normande, popularisée par V. Hugo vers 1862.

c) 0 ouvert sous linfluence du yod.

69. Lorsque Yo accentué est suivi d'un vcc? d'origine latine ou romane, qui peut se conibiner avec lui (§ 29), il résulte de cette combinaison en français le son complexe ïvi (écrit ///). Ex. : a) Côriu, cuir; pô(d)iu, afr. pui, puy; m6(d)iu, viiiid ; inô- (d)iat, ennuie ; hô(d)ie, [anjourd']bui ; *posseat (cl. possit), puisse; ôstrea, huître. — /') Nôcte, nuit; ôcto, huit; côxa, cuisse; noces, nuis.

Historique. — Cette transformation s'explique facilement (cf. celle de e -)- y, § 49). Ici, après la diphtongaison normale de 0 libre (§ 66, hist.), on a eu uo + y, c'est-à-dire une triphtongue tioi, plus tard u§i, où l'élément médial s'est effacé : côriii par exemple est passé par les étapes théoriques *kuoyr, *kiqir, pour abautir à kuir. Ce changement s'est produit, au nord de la France, dans une zone sensiblement identique à celle où iey s'est réduit à i. A la fin du xi^ siècle, /// était encore une diphtongue décroissante assonant avec 1'» simple : un peu plus tard, l'accent s'est déplacé, et ui (par progression wï) à rimé avec les mots en /.

Remarque I. — La particule puis n'a pas une origine absolument certaine : elle semble représenter un type vulgaire *pôsteo ou "pôstcis, pour le classique pôstea (de même que la particule archaïque ains, afr. ain:{, paraît reproduire *a«/(?o ou "anteis, pour le cl. antea). Mais elle pourrait aussi, ayant été préposition autrefois, remonter directement au latin archaïque poste (cl. pôst) : un groupe phraséologique tel que pôste-niiuni anmini devait aboutir à puis un an (comme ante-unnm anmnn aboutissait à ain\ un an) . La formule conjonctive puisque semble se rapporter plutôt à *pôsteo quid (cl. postquam, posteaquam).

Remarque II. — Dans l'afr. vuide (rzr*vôcita) l'« a été absorbé par le v qui précédait, d'où le fr. vide. — L'ancienne forme verbale muir (== *morio, cl. morior) a été remplacée en moven français par tueurs, sous l'influence de la 2^ et de la 3e personnes (meurs = *môris, meurt = *môrit). De même en concurrence avec le régulier puis (= *possèo, cl. possum), il s'est produit une forme analogique ^«/jc (d'après peux = pôtes, peut = *pôtet, cl. potest), qui n'a pas encore complètement triomphé de l'autre.

Remarque III. — Les trois mois feu, jeu, lieu remontent ■kfàcu, jôcu, lôcu, où le c s'est effacé (sans doute à l'étape g) au lieu de passer à y, parce qu'un élément palatal ne pouvait pas se développer entre deux voyelles vélaires. De là des formes primitives *fou, *jou, *lou, où la finale en hiatus s'est conservée (cf. 1 1 3, I. et le mot dieu =z dëu, § 46, I), et qui par la diphtongaison normale de Vo sont passées à *Juou, *dïuou, *}uou. Le mot *fuou est ensuite devenu *fiuyu', puis *fa'iv (absorption par la labiale / du premier élément de la triphtongue), et enfin fœ (effacement de l'élément final, fermeture de tr en œ). Dans les formes *d{!uyic et *lilœw, l'élément ii a persisté tout en passant par dissimilation au son plus aigu /' (cf. le développement de ocnlos en yeux, § 70, 1) : mais l'ancien *d^iœw (afr. gieu fréquent à côté de jeu) a fini par perdre son / qui s'est fondu dans le { initial, tandis

que *l!œiu a conservé le sien (d'où le fr. mod. ïq', lyo-). — Le mot côciis (cl. côquus) a subi sans doute un développement analogue pour aboutir au fr. queux.

70. Lorsque Vo accentué est suivi d'un yod qui se combine avec un / pour le mouiller (groupes ly, cl, gl), il en résulte une entrave d'une nature spéciale devant laquelle o s'est développé comme s'il était libre (§ 66). Ex. Fôlia, afr. jiœille, feuille; dôliu,. deuil ; sôliu, seuil; *orgôliu (germ. *urgôli), orgueil; ôc(u)lu, oeil ; *trôc(u)lii, treuil ; celt. *brôg(i)lu, breidl.

Historique. — A un moment donné, sous des influences dialectales, il semble y avoir eu en français une tendance à confondre les finales -eidl et -eil, prononcées sans doute uniformément (7. Dans la seconde partie du xvi^ siècle et au début du xviie, certains poètes faisaient volontiers rimer des mots comme œil, orgueil, avec soleil, pareil, etc . — Il faut observer que le son œ a conservé la graphie œ dans œil, l'ancienne graphie ue derrière c et o- ézns cueille, afr. cueil (= *cÔlligo), ècueil, cercueil, orgueil. Cf. § 66, hist.

Remarque I. — Le développement du pluriel ôc(u)los a été le suivant : ûflj, puis (/ -(- consonne se vocalisant comme /, 5 190, I) i'iaus, iiœs, et enfin par le passage de ii au son plus aigu / (et. lieu, § 69, III) iirs et yœ, écrit yeux.

Remarque II. — Le mot huile (= ôlea), où le y au lieu de mouiller / s'est combiné avec 0 pour produire iii (§ 69), est un mot d'introduction tardive, venu par la liturgie. Quant à la forme du fr. mod. fauteuil, elle représente une forte altération de l'afr. faudestuel (germ. faldastôl).

d) 0 ouvert suivi dune nasale.

7 1 . Tout 0 ayant pris de bonne heure dans \x plus grande partie de l'ancienne Gaule un son fermé devant une nasale, il n'y a pas ici de distinction à faire entre () et (' : leurs destinées ultérieures seront donc exposées en même temps. Voir §§ 77 et 78.

Historique. — Déjà en latin vulgaire ïo était devenu 0 devant les groupes de consonnes comme 11 1, nd . Toutefois, même pour la Gaule, certaines réserves sont nécessaires. 11 semble que, dans quelques parties du nord de la France, Vo devant une nasale avait conservé plus longtemps sa valeur propre, comme le prouve la forme diphtonguée biiona (-=; bôna) dans la Cantilène d'Eulalie, composée au Nord-Est, et aussi Zir/^; dans des textes normands (cf. l'italien buàno, l'espagnol buetio). Ce fait est surtout notable pour 0 -j- m : des formes hueui (= hômo), cticns (=z cômes), se rencontrent au moven âge, et la dernière spécialement est ordinaire un peu partout, même dans l'Ile-de-France. — On doit aussi supposer que t(ii)ûm, s(ti)ût?i, ont passé par *tovi, *soni, pour aboutir à l'afr. tuen, suen (§ 51, rem.); et que la f^ pers. suis, afr. siii, remonte à *sô (c.-à-d. *sôm pour sûm), devenu *sôyo sous l'influence de *a\o (§ 171, III).

O fermé accentué

(ô ET Ù EN LATIN CLASSiaUE).

a) 0 fermé libre.

72. L'çî latin, accentué et libre, devient en français a- (écrit eu, œii), qui est œ devant une consonne

articulée et œ à la finale. Ex. : a) Flore, fleur ; hôra, heure ; sapôre, saveur; (il)lôru, leur ; sôlu, seul ; gûla, gueule. — b) Vôtu, vœu ; nepôte, neveu ; nôdu, nœud; *prôdis, preux ; otiôsu, oiseux; duos, afr. cious, deux.

Historique. — L\.i libre a abouti en français au même résultat que l'p, mais par une voie sensiblement différente. Au nord de l'ancienne Gaule, vers la fin du viii^ siècle sans doute, en même temps que ç se diphtonguait en <;/(§ 54, hist.), la voyelle vélaire c a dû d'une façon très symétrique passer à ou : en théorie, flore par allongement et dédoublement delà voyelle accentuée est devenue *foçr, puis *f!ou7- par dissimilation entre les deux éléments. La preuve de ce fait est dans des graphies de la fin du ixe siècle, telles que k'//c:{Oi/r = *bellatiôre (Caniilène d'Eulalie), correcious =: *corruptiôsu (Fragment de Jona^). Il faut reconnaître toutefois que cette notation n'a pas prévalu : les manuscrits du xie et du xiie siècle écrivent généralement par un 0 simple les mots /or, sol, glon'os, etc. (ou par un /( en Normandie, Jïur, sul, glorius, etc.). Mais il est permis de supposer que cet 0 avait légèrement le son d'une diphtongue, car c'est devant un élément labial ti, lu (effacé ensuite) qu'il a dû devenir ir, écrit eu : le f;iit semble s'être produit dans la seconde moitié du xiie siècle, d'abord au Nord-Est, puis . avoir rayonné delà vers les provinces du Centre. Quant à la distinction entre ((■ devant consonne et ly en finale directe, elle date de la période du moyen français, mais n'était pas encore bien établie au xvie siècle. Devant s d'ailleurs, Wr est resté fermé au féminin comme au masculin dans l'important suffixe -eux, -euse =: -ôsu, -osa (herbôsu, herbeux ; herbôsa, herbeuse ; cf. les nombreuses créations analogiques telles que poudreux, honteux, courageux, etc.).

Remarque I. — H faut observer d'abord qu'en latin vulgaire Tn suivi d'une labiale s'était ouvert dans un certain nombre

de mots. Ex. : *CoIôbra (cl. colùbra), afr. coliievre, couleuvre \ *ôvu (cl. ôvum), afr. nef, œuf ; *iôvene (cl. jùvenem), afr. juene, jeu)ie \*nidbUe (cl. mobile), afr. nnichlr, meuble; *côperit (cl. côperit = côôperit), afr. ciievre, couvre (sut *côpreii , cf. § 75^ I). Par contre en français, devant la labiale v, le développement de ou en œ n'a pas eu lieu. Ex. : Lûpa, louve; Lùpara, Louvre • cùbat, couve ; rôbur, rouvre. Le mot h'ipu est en afr. lou[p] ou Jeu (conservé dans à la queue leu leii) : la première de ces formes semble avoir prévalu sous l'influence du féminin louve. Cf. aussi le mot *ddga (cl. dôga, gr. 00/ rj), devenu en afr. doe, doue (conservé dans doiielh), et douve par dégagement d'un -i'.

Remarque II. — Les autres exceptions à la règle ne sont qu'apparentes, et se laissent expliquer par des actions analogiques ou des emprunts. D'abord dans la conjugaison l'afr. tteue (= nôdat) passe à noue sous l'influence de nouer (=r nôdâre), qui est régulier, § 99 ; de même avoue (cf. le subst. verbal aveu), coule (nîv. keule), épouse, sont refaits d'après ai'OMe/', couler, épouser. C'est à ce dernier que sont dus aussi les subst. époux, épouse. L'adj . jaloux (encore jaleus parfois au xvie siècle) repose sur jalousie, et amour (parfois afr. ameur) sur amoureux ; mais on a supposé aussi que ces deux mots pouvaient être dus à une influence provençale et à la Ivrique des Troubadours (d'ailleurs des formes telles que flour, douleur, savour, d'accord avec celles de la Champagne et des dialectes de l'Est, étaient encore très usuelles chez les auteurs du xv^ siècle). Les formes ventouse (^ ventôsa) et pelouse (^ pilôsa) sont originaires du Midi, ainsi que le nom de Toulouse (= Tolôsa) et velous (=: villôsu) devenu au début du xviie siècle velours par addition d'un r parasite ; proue est un emprunt à l'italien (génois prua = prôra). — L'afr. meure (= môra) est d'autre part devenu mûre, par confusion avec l'adj. nuire, afr. meure (:= matùra). Dans prud'homme qui est pour l'afr. prcu d'onie, eu s'est réduit à u parce qu'il s'est trouvé en syllabe initiale ; de là vient aussi \'Sià]QCX\{ prude. Quant à dévéït (devôtum), noble (nôbilem), rude (rùdem), etc., ce sont des mots savants.

Remarque III. — Tout, toute (= *tôttu, *tôtta, cl. tôtum, tôtam) avaient un ç entravé, § 73. Nous, vous (;^ nos, vos), pour (rr *pôr, cl. prô) et oii (=z ùbi) proviennent de ce que ces mots s'employaient proclitiquement : l'ancienne préposition sour (= super) est devenue sur, sous l'influence de sus (= sûsu). Le même emploi proclitique explique les formes pronominales ce, le, affaiblissement de l'afr. ça (=^ ec]ce-hôc), lo (= il]lù), qui s'est produit vers le début du xii^ siècle : les pour *los (= iljlôs) est antérieur. Cf. mes, tes, ses (r=*môs, *tôs, *sôs), et les formes identiques du féminin pluriel.

Jb) 0 fermé entravé.

73. L'() accentué entravé est devenu en français //, écrit 011. Ex. : Côrte, cour ; *tôttu (cl. tôtum), tout ; cô(n)stat, coiUe ; crùsta, croûte ; tûrre, tour ; ùrsu, ours ; sûràu, sourd ; cûrtu, court : hùWn, boule ; bùcca, bouche; gûitA, goutte ; cûhÇi)tu, coude ; germ. *krùppa, croupe; *mùssa (germ. mos), mousse.

Historique. — Il est probable que, dans la zone française proprement dite, cet o entravé était encore intact au xii« siècle (dans cort, for, goie, etc.). C'est vers le xiiie siècle qu'il s'est modifié en passant directement au son qu'avait u en latin, et que le français ne possédait plus (cf. § 79) : le changement est déjà noté assez souvent par des graphies ou dans les manuscrits de cette époque.

Remarque I. — D'anciens mots populaires fournie (z=z forma), ourne {= ôrdine), ont été remplacés par des mots savants forme, ordre.

Remarque II. — L'.advcrbe deôrsum, devenu deôsu, aboutit à l'afr. jus (d'où le dérivé jusant) sous l'influence de sus (= sii-

su, cl. sursum) ; dlidrsum à ailleurs (afr. aillors), peut-être par une forme vulgaire *a//ôr^^ et avec addition postérieure du s adverbial. Le mot gorge remonte à un type *gôrga (cl. gùrges). Dans l'afr. meole (= medùlla), il s'est produit anciennement une transposition sous l'influence du suffixe -ele (-elle), d'où la forme mode, moelle (prononcée aujourd'hui miual, § 54).

74. L'o entravé par / -|- consonne se combine avec / vocalisé (§ 188), et aboutit en français à //, écrit ou (le résultat est donc le même que pour 0 devant / -j- consonne, § 68). Ex.: A(u)scùltat, afr. cscolte, écoule ; ultra, afr. ollre, outre ; cùltru, afr. coltre, contre ; pûlv(e)re, atr. poldre, poudre.

Remarque. — Dims foudre, qui est en afr. foldre ou foildre (^ *fulgëre, cl. fùlgur), / a été primitivement mouillé, mais le résultat identique. — Dans pouls (= pûlsu) l'orthographe étvmologique a rétabli un / qui ne se prononce pas ; on fait au contraire sentir celui de moult (pour afr. inolt, puis iiiout =: mûltu), qui est du reste un adverbe archaïque et réservé au st\,'le marotique. — Sous sa forme actuelle, le mot oivie (afr. omue =z ùlmu) semble venu d'un dialecte du Sud-Est où / était passé à r devant une labiale. Enfin le latin singuUum était devenu *singlfittu (sous l'influence de glattus), d'où afr. senglout, et par changement de suffixe sanglot.

' c) 0 fermé sous l'influence du yod.

75. Lorsque Yo accentué est suivi d'un yod d'origine latine ou romane qui peut se combiner avec lui (§ 29), il résulte de cette combinaison en français le son complexe wa (écrit 0/ par tradition, cf. § 54)- Ex. :

a) Dormkôriu, dortoir ; rasôriu, rasoir ; dolatôricî, atr. dolcoirc, doloire ; angùstia, angoisse ; côfea, coijje. — h) Voce, voix\ nùce, noix ; crùce, croix; *bùx(i)da, afr. boisle, boîte.

Historique . — Dans la période ancienne du français, oi provenant àt ç -\- y assonait avec les mots comme flor, sol : il a donc été distinct tout d'abord de la diphtongue oi provenant par ('/ de e latin libre (avoir =: habêre), diphtongue où Vo était ouvert (ainsi que dans oi = au -\- y, § 84). Il ne s'est confondu avec elle que vers le début du xiii^ siècle, et en a depuis subi toutes les vicissitudes (cf. § 54, hist.).

Remarque I. — Dans quelques mots Yç était devenu en latin vulgaire soit 0, soit 11, qui par combinaison avec y donnent tous les deux ni (§§ 69, 81). C'est ainsi qu'on a eu : cuivre (= *côpreu, cl. cùpreum), pluie (=r *plôja, cl. plùvia), truie (== *trôia, cl. Trôja) ; d'autre part : kiiis (= *ûstiu, cl. ôstium), cuide (^= *cûgitat, cl. côgitat), puits (= *pùteu, cl. pùteum),////5 (in *fûgio, cl. fûgio). Sur augilrium, également passé à *agûriu. voir ^ 81, hist.

Remarque II. — Le mot gloire (gloria) est un mot d'emprunt, ainsi que viénioire, histoire (memôrla, historia). Sur ces mots, cf. § 182, hist.

76. Lorsque Vo est suivi d'un yod qui se combine avec un / pour le mouiller (groupe cl), il en résulte une entrave devant laquelle 0 passe à u {ou) d'après la règle générale du § 73. Ex, : Fenùc(u)lu, fenouil; .*conùc(u)la, quenouille; *ranù(n)c(u)la, ^r^nouille.

— roi —

Remarque. — Les mots *genûc(u)lu, pednc(ii)lu, *verrûc^uyii, avaient abouti de même aux formes geiiouil, pèouil, verroiiil (devenues en fr. mod. genou, pou, verrou, cf. §§ 190, I, et 191, hist.).

d) 0 fermé suivi dune nasale.

77. L'o accentué suivi d'une nasale (qui peut aussi provenir de 0 latin, § 71) aboutit en français, suivant les cas, à deux résultats distincts :

1° Il passe à 0 devant une nasale originellement simple, et qui conserve son articulation (étant suivie d'un ancien ç sourd). Ex. : Pôma, pomme; corôna, couronne ; persôna, personne ; bôna, bonne ; sônat^ sonne ; tônat, tonne .

2° L'p, soit libre devant une nasale qui devient finale, soit entravé par nasale + consonne, se combine avec la nasale pour produire à (écrit on, ont). Ex. : d) Nôme(n), no})i; dônu, don ; latrône, larron; barône, baron ; mentône, menton ; hômo, on ; bônu, bon; sônu, son. — b^ Monte, mont; fùndus, fonds ; rùmpere, rompre; Kindtre, fondre; ponte, pont; contra, contre ; côm(i)te, comte.

Historique. — L'o a été nasalisé un peu plus tard, semble-t-il, que a, e, e. A la fin du xi^ siècle, il y a déjà dans la Chanson de Roland une tendance à rapprocher entre eux les mots terminés par l'important suffixe -ou (= -ône): toutefois on y trouve encore baron, ghton, etc., assonant avec honor, contrarios, etc. C'est seulement au cours duxii^ siècle que la nasalisa-

tion de o a éttj complète : on sait qu'au moyen âge elle n'empêchait pas la nasale de s'articuler à la finale ou devant une autre consonne (larron, rôviprç), et qu'elle s'étendait aux mots où »/, n, sont suivis d'un § sourd (pôtng, hirànç). On n'est arrivé à la prononciation larrô, rôpij, que vers la fin de la période du moyen français (cf. § 195)- C'est aussi l'époque où ô a commencé à se dénasaliser dans pômg, luirônç : l'orthographe actuelle par (// ou n redoublés {pomme, couronne) n'est plus qu'un souvenir de l'érat ancien de la langue. Il faut remarquer enfin que de ô (voyelle nasale ouverte) est sorti naturellement un 0. Toutefois il V avait eu, et cela est sensible en plein xyii^ siècle, un autre courant de prononciation qui n'a pas prévalu (provenant de la dénasalisation d'un ô fermé pour aboutir à o, n) : à l'époque de Balzac et de Vaugelas, plus tard même, on hésitait encore entre homme et houmc, Rome et Rotime, etc.

Remarque I. ■ — Le changement exceptionnel de domina en danie (cf. danioiselle) s'explique par l'emploi proclitique de ce mot devant les noms propres : la forme masculine correspondante existait autrefois (cf. afr. dame-Dieu = dômine-Deu ; vidante = vice-dôminu). Sur le cas des mots paon, fîan, faon, cf. §91, 3° IV. Le nom de ville Rouen, qui apparaît sous la forme Roem dés l'époque carolingienne, remonte par des intermédiaires Rodonto, Roiomao, à Rotomàgus (celt. Ratumagus). — Humble (hùmilem) est un mot savant, d'introduction ancienne.

Remarque II. — La particule négative non s'est conservée sous sa forme accentuée (fr. non), et sous une forme affaiblie (afr. nen, réduit de bonne heure à ne, d'abord devant les consonnes).

78. Devant n mouillé par un yod, ïo accentué : 1° Est aujourd'hui représenté en français par 0, si. le son ij (écrit !:^n) s'articule étant suivi d'un ancien

e sourd. Ex. : *Carônea, charogne ; Bonônia, Boulogne; verecùn(d)ia, vergoone ; *bisônia (germ. sunja), besogne ; Vascônia, Gascogne.

2° Se combine avec n devenu final ou suivi d'une consonne, pour aboutir à wè (écrit o/«). Ex. : a^ Cùneu, coin ; testimôniu, témoin ; *sôniu (germ. sunja), soin; iônge, loin. — /;) Pùnctu, point; jûng(e)re, joindre ; ùng(e)re, oindre.

Historique. — Les mots tels que vergogne (afr. vergôytj^) ont actuellement un o comme ceux où IV accentué était devant une nasale simple (§77, 1°), mais il semble bien qu'à un moment donné le yod a eu tendance à s'y combiner avec Vo. Cf. des formes verbales comme soigne, témoigne, éloigne, où oi se prononce wa, et voir à ce sujet § ici, II. — Dans les mots tels que coin, joindre, Vo du groupe orthographié oin portait encore l'accent à la fin du xi^ siècle Qoin:^ assone avec plort dans la Chanson de Roland). L'accent s'est ensuite déplacé (Rutebeuf fait rimer jointes avec saintes) : on ne doit cependant (par une étape ôè parallèle au changement de oi en oç, § 54, hist. a) avoir abouti à oè, ivè, que par une évolution qui n'était pas encore terminée au milieu du xvi^ siècle. — Dans le mot groin (= *grùnniu), îi'è est devenu dissyllabique derrière le groupe gr.

Remarque I. — Le lat. vulg. *escaldnia (cl. ascalônia) était régulièrement en afr. cschaloigne, devenu échalote vers le xve siècle par changement de suffixe. L'afr. mençoigne (= *mentitiônea) s'est transformé de bonne heure en mensonge (sous l'influence du mot songe).

Remarque II. — Les mots chanoine (canonïcu) et moine (monàchu) sont d'origine ecclésiastique et d'introduction tardive : ils ont sans doute passé par des intermédiaires *canon'iit,

'"monïu, daus le plus ancien fr. chanonie, monte avec un / noi syllabique.

U accentué

(m en latin CLASSiaUE).

79. Par suite d'une évolution générale et ancienne, tout II latin, portant ou non l'accent, est passé en français du son grave // (celui de notre diphtongue graphique oiî) à un son aigu // (qui a continué à être noté «).

Historique. — ^ Il y a là un fait qui distingue nettement les langues de l'ancienne Gaule des autres langues romanes littéraires : l'italien, par exemple, et l'espagnol ont conservé dans inuro le son qu'avait Vu du latin niûrmii, tandis que le français et le provençal prononcent mît?'. Il n'a pas été possible jusqu'ici de déterminer exactement à quelle date eut lieu ce passage de la voyelle vélaire n à la voyelle palatale iï, qui suppose un déplacement du point d'articulation d'arrière en avant. Le latin ne possédait pas ce son aigu voisin de i, mais c'était celui de l'upsilon des Grecs. Comme cette transformation se retrouve non seulement sur le territoire de l'ancienne Gaule (sauf en un coin du pays wallon), mais aussi dans les dialectes de l'Italie du Nord et dans les cantons rhétiques de l'Ouest, — c'est-à-dire dans des régions où les Celtes formaient le fond de la population, — on a supposé, non sans apparence de raison, qu'elle était due à une influence ethnique : les langues celtiques modernes ont en effet largement développé ce son //. Toutefois, si le changement de // en iï avait été complet en Gaule dés l'origine, il semble que le c d'un mot comme cûpa (en fr. cuve) aurait dû se palataliser; et d'autre part, vers le viiic siècle, le nouveau son ne devait pas

être répandu dans tout le midi de la France, puisque c'est l'époque où s'est détaché du provençal le catalan qui a conservé ou rétabli Vu dans dur, mula, etc. Tout ce qu'il est permis de présumer, c'est que l'évolution en question s'est produite et généralisée avant l'apparition des premiers monuments écrits du français.

a) U libre ou entravé.

80. Vu latin libre ou entravé, après avoir passé du son u à û (§ 79), reste intact en français. Ex. : a) *Grûa (d. grùem), grue; mûru, mur; adventùra, aventure ; mûla, mule; cûpa, cuve ; rûta, rue; virtûte, vertu; glûte, glu ; nûdu, nu ; plus, plus. — F) Pûrgat, purge; nù\\n,nul ; fûste, fût ; *de-ûsqua(m), jusque'; celt. *rûsca, ruche.

Historique. — Le nouveau son ïi (pour u latin) s'est généralisé dans les mots d'emprunt comme dans les autres : mUire (natûra), juste (jûstum), lustre (lûstrum), etc. Pendant la période du moyen français, il y a eu tendance dans diverses régions (en Bourgogne, Normandie, Gascogne) à prononcer ce pour û, surtout devant un /- (inversement en Picardie on prononçait // pour œ). Il en résulta qu'au xvie siècle les poètes se permettaient des rimes comme dur et cœur, mur et rumeur, etc., rimes admises par Tabourot qui était de Dijon, et encore par Lanoue dans son dictionnaire de 1596, mais condamnées à partir de Malherbe sous le nom de « gasconnes » ou « normandes ),. Sur l'élément de confusion introduit par les mots comme mûr, afr. mêur, voir § 96, hist. — D'une de ces régions ou u + /-sonnait a? est venue sans doute au xvie siècle la forme heurre, à la place de l'afr. hure (= *bûtîru, cl. bûtyrum, gr.

pOUTUpov).

— io6 —

Remarque I. - Les participes en -iVu, -nia, fr. -», -ue (consûtu, ro//5«; consûta, cousue) étaient assez rares dans la langue classique, mais ils avaient pris en latin vulgaire une grande extension ; de là *vendmu, *perdniu, *vidûtu, etc., en fr. vendu, perdu, vu. On trouvait également ce suffixe -ûtu dans quelques adjectifs comme conuitu, d'où le fr. cornu, et par création analogique hossii, pointu, moussu, etc.

Remarque IL - Dans quelques mots, dès l'époque du latin vulgaire, Vu emravé s'était changé en Q. C'est ainsi qu'on a en français (conformément au § 73): moule = *mûsculu (cl. mûsculum; cf. muscle forme d'emprunt) ; joute = *)ùxtat (cl. jûxta) ; lourd = *lûr(i)du (cl. lùridum). Dans le mot noces (=: *nôptias, cl. nùptias), le passage de » à o semble dû à 1 mfluence soit de nôctem., soit de l'expression consacrée nova nupta (par assimilation nova nôpla).

h) U sous l'influence du yod.

81. Lorsque Vu accentué (passant du son u hû, § 79) est suivi d'un yod d'origine latine ou romane, qui peut se combiner avec lui (§ 29), il résulte de cette combinaison en français le son complexe ïvi, écrit ui. Ex. : a) *Pertûsiu, pertuis ; minùtia, menuise ; celt. *sû(d)ia,5w/>. — ^)Frûctu, /r///7 ; trûcta, truite; laces, luis ; condûcere, conduire ; bûxu, buis.

Historique. - Cette diphtongue ni était primitivement descendante, c'est-à-dire accentuée sur u (à la fin du xie siècle, luist par exemple assone encore avec les mots comme venut, escut etc ). Mais, dans la France centrale, l'accent a passe sur ;. au cours du xii^ siècle, et plus tard»/ est devenu w/par progrès-

— loy —

sion (cf. § 69, hist.). — Dans le mot heur, afr. ctir (-- *agûriu, § 104, rem.), la diphtongue ni avait disparu dés l'époque romane primitive par réduction à u.

Remarque I. — Le latin vulgaire ûi.($ 4, I) aboutit également à ibi dans le pronom lui (= *il]lûi) et celui (= *ecce-illai) ; cf. par analogie autrui. Noter aussi les formes de l'afr. fui (= *fiii), cui (= cûi), devenues respectivement /tes, qui [ki].

Remarque II. — Dans les mots où une consonne gutturale se trouvait entre u accentué et a, cette gutturale s'est complètement effacée, et il n'y a pas eu développement d'un yod ' (verrue = verrùca, etc.). Cf. § 123, 20. — La diphtongue ui s'est réduite à u dans afr. lutte (= lùcta), ruit (= *rùgitu, cl. rûgitum) et sauviuire(= *saiemûria), devenus respectivement lutte, rut et saumure vers la fin du xvie siècle.

Remarque III. — Le cas de « placé devant un c qui se combine avec y existait dans l'afr. lu:^ (= lûciu), auquel on a rattaché quelquefois le mot merlus. — Le cas de w devant / mouillé par y se rencontre dans l'afr. aguille (= *acùc(u)la), pro nonce régulièrement agiilj : ce mot est devenu dans la langue moderne aiguille (prononcé çgibiy), soit par réaction orthographique, soit sous l'influence du verbe aiguiser (= 'acûtiare).

c) U suivi d'une nasale.

82. Vu accentué devant une nasale, après avoir passé du son u à li (§ 79), aboutit en français, suivant les cas, à deux résultats distincts :

1° Si la nasale suivie d'un ancien e sourd conserve son articulation, Vu reste intact. Ex. : Pluma, plutne ; brûnia, brume ; *scmna. (= cl. spûma -f- germ. skûm), écuDte ; ùna, une; lûna, lune.

— io8 —

2° Si la nasale devient finale, 1'// se combine avec elle et passe à cr (écrit //;/). Ex. : Alïiine(n), alun ; ûnu, un; commune, commun; *bmnu (germ. brun), brun .

Historique. — Les faits sont symétriques de ceux qui ont été déjà exposés pour i ~- nasale (§65). Au moyen âge, les mots comme un, brun assonent avec plus, vertut, etc., ce qui prouve que la nasale finale n'avait encore agi sur Vu que faiblement. C'est au xvie siècle seulement que cette action semble être devenue intense : comme Vii est une voyelle « haute », en se nasalisant il doit être descendu à œ, d'où le son ce d'abord, puis bientôt (T- (dans à', hrœ), étape atteinte sans doute dés le début du xviie siècle. Ces faits s'étant produits à l'époque où toute voyelle avait une tendance à se dénasaliser devant une nasale non finale, les mots tels que lune, plume, n'ont pas été atteints, et ont conservé la prononciation qu'ils ont encore. C'est seulement parmi le peuple de Paris qu'on trouve au xyii^ siècle une forme leune pour lune (provenant d'une dénasalisation de lœnf), et Hindret la reprochait aussi à certains provinciaux. Aujourd'hui, dans beaucoup de régions, et notamment à Paris (surtout parm'i les classes populaires), il y a tendance à prononcer c pour à' dans les mots du type brun, ce qui provient de ce que les lèvres ne s'arrondissent plus assez (cf. Introduction, II, 14).

Remarque I. — Vu latin, suivi de nasale -f- consonne, n'a pas été conservé dans OH;^t' (= *ùndece, cl. ûndecim). A côté de la forme classique pûniiceni, le latin vulgaire en connaissait une autre, d'origine sans doute ombrienne, *pdmice d'où le fr. ponce. Le suffixe celtique -dûnu a donné lui aussi, dans les noms géographiques, des résultats divergents : d'une part Autun (=r Augustodùnu), Verdun (= Virodûnu) ; d'autre part Lyon (=r: Lugudùnu), Laon (= Laudùnu). — Sur le changement du suffi.xe -ûdine en -ûmine (dan^ coutume, etc.), cf. § 19^. II.

Remarque II. — Le cas de n latin suivi d'un n mouillé par y se rencontre dans le nom de mois jUniu, devenu en fr. juin (prononcé ^luè, et aussi :(*).

Diphtongue AU accentuée.

a) AU libre ou entravé.

83. La diphtongue latine au, libre ou entravée, s'est réduite en français à ç (écrit 6). Ex. : Auru, or ; thesauru, trésor; claudere, clore; *paraula (cl. parahoXdi^, parole ; *faurga (cl. fabrïca), forge.

Historique. — La diphtongue au s"est conservée dans le midi de la France, où elle est encore généralement intacte. Dans le Nord, au contraire, elle est passée à o par un intermédiaire ou (cf. le portugais ouro, etc.) : théoriquement, un mot comme auru est devenu d'abord *our, puis *oiur, enfin or. Cette évolution ne semble point avoir eu lieu avant la fin du viiie siècle, et ce qui le prouve, c'est que c est devenu s dans chose (^ causa), chou (= caulis), transformation qui ne pouvait se produire que devant Va encore intact de la diphtongue (cf. § 120). Dans le plus ancien français. Va provenant de au était toujours un () : plus tard, cet état de choses a été troublé dans diverses conditions (voir les remarques qui suivent, et aussi les §§84, 85).

Remarque I. — Devant un s (prononcé :^ entre voyelles, ou s'eflfaçant à la finale) Vo provenant de au est devenu ç (cf. § 67, Y). Ex.: *Ausat, afr. ose, ose [ç:(\; pausat, pose ; causa, chose ; celt. alausa, alose ; clausu, clos. Vç dans cette situation est devenu si fermé que dialectalement il passait à u. Au xvie siècle, les grammairiens attribuent cette prononciation aux Lyonnais, aux habitants de la Touraine et de l'Orléanais :

— no —

H . Estienne et Tabourot constatent qu'à la Cour aussi on dit choiise, j'ouse, de même que groiis pour gros (= grôssu, § 67, I). — D^r\s pauvre (afr. povre z= *paupëru, cl. pauperem), le son ç est dû à une réaction orthographique et certaines provinces ont conservé l'ancienne prononciation. Cause est le doublet savant de chose. Quant à tôle (= *taula ; cl . tabula, tahie), c'est un mot que le français littéraire a emprunté vers le xvir' siècle aux dialectes du Nord-Est.

Remarque II. — L'o provenant de au, qui se trouvait en hiatus devant un f sourd (plus tard muet), est passé dès le Xiiie siècle à ç puis u (écrit on). Ex. : Laudat, afr. loe, loue ; alauda, afr. aloe, aloue[tte] ; *nauâi, âfr. noe, noue; *gauta (cl. gavâta), air. joe, joue. — Dans chou (afr. chois = caulis) le son u provient de la combinaison de 0 avec un / vocalisé (cf. § 68). Quant au mot queue, il ne remonte pas au lat. cauda, mais à une forme vulgaire ancienne coda (qui s'est transformée d'après le

Jb) AU sous l'influence du yod.

84. Lorsque la diphtongue au est suivie d'un yod pouvant se combiner (§ 29), IV issu de au se combine avec ce yod pour produire oy, qui se développe suivant les principes exposés au § 54, et aboutit en français moderne à -lua (écrit oi par tradition). Ex. : Gau(d)ia, joie ; nausea, noise ; *claustriu (cl. claustrum), cloître.

Remarque I. — Le mot auca (= *avica), où le c doit normalement s'effacer (cf. ^ 123, 2°), avait donné en afr. oe, oue (encore employé par Marot). La forme oie, qui s'est répandue vers le xvi^ siècle, est en rapport avec oison (§ 119, i" II), ou peut-être dialectale (Touraine, Poitou).

Remarque II. — L'adverbe paitcii(ni), par effacement du c et maintien de I'm final, avait donné en afr. pou (série *pauu, pou), qui est devenu peu [/>«"]. On a eu de même trou (= *traucu) et l'afr. rou (= raucu), conservé dans enrouer. Sur cette évolution, cf. celle de/ô^M, etc., 2! 69, III.

Remarque HI. — Dans le mot germ. *lauhja devenu loi^e, il y a eu un cas d'entrave, le y s'étant consonnifié derrière b(l 171, 20).

c) AU suivi dune nasale.

85. L'p issu de au (§ 83) placé devant une nasale : 1° Se retrouve intact en français, si la nasale conserve son articulation devant un ^ sourd (cf. § 77, 1°). Ex. : *Sauma (cl. sagma), somme.

2° Se combine avec la nasale pour aboutir à à (écrit o)i), si cette nasale est elle-même suivie d'une autre consonne (cf. § 77, 2°). Ex. : *Auncùlu (cl. avunculum), oncle ; germ. *haun(i)tha, honte ; *aunt (cl. hahem), ont ; *vaunt (cl. vadunt), vont; *faunt (cl. hc\un{),font ; Catalaunis, Chàlons.

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