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Lorsqu'il s'est trouvé par la chute d'une

consonne latine en -hiatus devant diverses voyelles, IV initial, après s'être conservé (prononcé ç d'après le § 92) dans l'ancienne période de la langue, a fini par s'etfacer complètement en français. Ex. : *Métâllea, afr. mëaille, maille ; *sêtiiceu, afr. sëa:;^, sas ; *aetdticu, afr. ëage, âge ; *vïdisti (cl. vîdisti), afr. veh, vis ; vïdére, afr. vëoir, voir; pëdûculu, âh\pëoiiil, poil ; sëcàru, afr. sëiir, sûr; *réfûsat, afr. rëiise, ruse; *dêbLitu, afr. dën, dû ; *vïdùtu, afr. vëu, vu ; *crêdûtu, afr. crëii, cm.

Historique. — Dés le début du xiv-- siècle, il s'est manifesté dans le Nord de la France une tendance à l'effacement de l'f' sourd en hiatus (qu'il provînt de a ou de e atones ; cf. la réduction des terminaisons -i'ii/-t', -ëeur, -eï^, § 17, /;, 10). Cependant les poésies de Froissart, écrites dans la seconde moitié du siècle, offrent d'ordinaire la conservation de l'hiatus : la forme snv'r par exemple y est constante, voir pour vi'oir n'y apparaît qu'une fois sur dix, et sûr pour si'ur une fois sur vingt, etc. Au xve siècle, au contraire, l'hésitation a cessé : 1'^ sourd s'efface à ce moment-là devant toutes les voyelles (et généralement aussi Va et Vo placés dans les mêmes conditions, §§ 91,2° et 102). Toutefois, comme les scribes conservaient l'ancienne graphie pour des mots tels que scur (=: secûru), nieur (-- matûru), comme d'autre part dans beaucoup de régions Vil devant /• sonnait œ (cf. ^ 80, hist.), il y eut tendance dans ces régions ou même ailleurs à faire disparaître l'ancien hiatus en prononçant sœr, niœr. La kngue moderne a conservé quelques traces de ces hésitations : dans jeûne (= jejûnat) qui est en afr. jnme, aussi juiie ; dans feu, afr. fëu (^ '^fatûtu) ; enfin dans beiir, afr. mr (rrz *agLiriu) qui depuis l'époque de Malherbe, peut-être par confusion avec heure (= hôra), a prévalu pour les composés hon-

heur, malheur, tandis qu'à l'atone on conservait hureux, malhurcux jusqu'à la fin du règne de Louis XIV . Quant aux participes comme afr. dëu, vëu, s'en, ils se sont de bonne heure prononcés par ïi simple (sauf parfois au midi), et cela malgré leur graphie longtemps archaïque, mais qui n'a persisté que dans eu : aussi, à la fin du xviie siècle, Th. Corneille constate qu'à Paris bien des gens disaient encore /'«/ eu. — On peut donc poser en principe que les voyelles initiales a et t; ont généralement disparu en français lorsqu'elles se trouvaient en hiatus, tandis que / et u ont persisté (fier =z *fîdàre, tniier = mùtâre, etc.). Sur o en hiatus, voir § 102.

Remarque I. — A l'initiale de l'eau (= vïtellus) et seau (r^ *sïtellus, cl. sitella), Vg s'est confondu avec celui qui provL'nait du suffixe -eau. Dans seoir (=- sëdêre), 1'^' a été arbitrairement conservé par l'orthographe. Dans reine [reji] pour afr. reine ou rome, roine (^ rëgina), il y a eu assez tôt fusion de IV avec / accentué, sous l'influence de rei, roi (= rëge), et plus tard réaction étymologique ; cf. ce qui s'est passé pour l'ir initial, § 91, 30. — A côté de iiieesme (^iz *met-ipsimu), fr. mod. Dièiiie, l'ancienne langue employait fréquemment la forme meisine, remontant à un tvpe vulg. *lpsi)uu (d'après *lpsi pour Ipse, c(.

Remarque II. — La conjugaison oftVait autrefois des termes créons, vëons, crëe:^, vëe:(, etc., qui, vers le xv^ siècle, ont été, d'après le radical accentué, remplacées analogiquement par croyons, voyons, croyez, voye\. Il en a été de même de l'afr. conr'cer (=z *con-redâre), passé ensuite à corroyer. Quant à séant, séance, créance, néant, péage (*pëdaiicu), l'initiale s'y est conservée sous forme de e par des influences savantes ; féal (fidêlis) est une vieille forme reprise par les archaïsants.

Remarque III. — Un e devant voyelle a encore persisté tout en passant à / dans pion pour *pëoii (=: pëdone), piètre pour afr. pëesire (= pédestre) influencé par pied, et aussi dans lion

(^= lëone) si cette forme est populaire. Dans pivoine, afr. pi'oine (=r paeonia) qui est à moitié savant, la voyelle initiale a passé à /, mais l'hiatus a été résolu par la production d'un v transitoire. Qtiant à liesse, pour afr. lëece (^=: laetitia), il semble dû à l'influence de l'ancien adjectif Hé (:= laetu). — La particule atone afr. ne {■= nëc, § 130) paraît être devenue ni en moy. français, lorsqu'elle se trouvait en hiatus devant une initiale vocalique.

I initial

(1 EN LATIN CLASSiaUE).

97. L'/ initial, libre ou entravé, reste ordinairement intact en français. Ex. : a) V'ûirt, filer ; celt. *brisâre, briser ; *cîséllus, ciseau ; rîpària, rivière ; hîbérnu, hiver ; vîvénte, vivant ; lib(e)râre, livrer ; ïre-hâbeo, irai. — - b) VïUânu, vilain ; cîv(i)tâte, cité.

Remarque I. — L'/ suivi de / 4- consonne a absorbé ce / vocalisé (*fïl(i)cella, ficelle). L'/ suivi d'un yod a absorbé ce yod (titionc, tison ; dïcere-habeo, dirai) ; cf. § 64.

Remarque II. — Suivi de nasale -|- consonne, 1'/ initial par combinaison est devenu c, écrit in (d'après le processus indiqué *■ 65). Ex. : Linteolu, linceul; *cinquanta, cinqmuite \ prim(u)-tempus, priiilctnps.

Remarque III. — Entre /et une autre labiale i est passé à il dans affubler (=: *ad-fibulare).

98. L'/ initial, suivi d'un autre / dans la syllabe accentuée, aboutit à ^ en français (après, être passé à (' par dissimilation en latin vulgaire, cf.

§ 92). Ex. : Divinu, devin ; divisa, devise ; finire, afr. fenir, finir ; viticula, afr. veille, i^r]ille ; *pi(t)pita (cl. pïtuïta), afr. pépie, pépie.

Historique. — Cette dissimilation paraît avoir ses origines dans une tendance très ancienne du latin à réduire ei en e, au lieu de i devant un i accentué : une forme archaïque deivino aboutissait à *devtnu en latin vulgaire, à divinum en latin classique. C'est de même à une forme *vec~inu (pour veicino, cl. vicinitni) que remonte l'afr. veisin, voisin (cf. §95). La tendance dissimilante a continué du reste à faire aussi sentir ses effets pendant la période romane primitive : des 2" pers. du parfait comme *dlxisti, *nilsisti, sont en afr. desis, mesis (devenus de bonne heure deïs, nieïs, puis en moy. fr. dis, mis d'après le § 96). L'adjectif /^e^zY semble remonter à un type d'origine celtique

*pittittu ou *pctnttu:

Remarque. — On peut noter encore un affaiblissement ancien devant un i non accentué dans merveille (= *meribïlia, cl. mîrabilia). Le mot prJmariu est devenu en ïr. premier (peutêtre par la forme intermédiaire pnimier, fréquente en ancien français). Quant à devii il ne représente pas dlmidium, mais une îormc *de~m^êdiu refaite en latin vulgaire. — A côté dt fenir, l'ancien français avait aussi un nouveau verbe finer (tiré de fin, et d'où est venu le mot finance).

O initial

(à, Ô ET // EN LATIN CLASSIOUe).

99. L'o initial, libre ou entravé, est devenu en français u (écrit 0//). Ex. : a) Coronâ au«auiiiii ; *môrîre, mourir ; *vôlére, vouloir ; môvére, mouvoir ;

jôcâre, jouer; ôperariu, ouvrier ; rôtâre, rouer; nôdâre, nouer ; côlàre, couler ; sôlâciu, soûlas ; sùhînde, souvent ; cûbâre, couver ; *nùtrire (cl. nûtrïre), ïiourrir. — /;) Tôrméntu, tourment ; pôrcéllus, pourceau ; *fôrmice (cl. formica), afr. formi:^, fourmi ; *ïôr([s)-xnre, fourvoyer ; *côné(n)se, courtois ; tôrnâre, tourner ; sùbvenire, souvenir; *pùllânu (cl. pullînum), poulain ; dùb(i)târe, douter.

Historique. — Vç de la syllabe initiale est passé à u (ou) pendant le xiii^ siècle, vers la niême époque que Vç accentué entravé (§ yj). Comme l'ancien 0 initial entravé offre encore généralement ce son dans nos formes françaises (porter = pôrtare, dormir = dôrmire, mortel =z. môrtale, corbeille = côrbicula, etc.), on a supposé qu'il n'était point devenu 0 dans le latin vulgaire de la Gaule. Le fait est cependant douteux (cf. les formes méridionales pourta, dourmi, et les mots fr. touniient, pourceau, etc.). On peut, dans la plupart des cas, expliquer l'o du français en invoquant des influences analogiques : pour porter, dormir, celle des formes accentuées sur le radical porte, dort; pour mortel, celle de mort ; pour l'afr. ostel, celle de este, etc. — D'autre part, comme la graphie ne s'était pas toujours conformée à cette évolution de 0 en » (ou), il en est résulté en moyen français une prononciation savante à côté de la prononciation populaire, et des anomalies dont quelques-unes se sont fixées dans l'usage après avoir été discutées par les grammairiens. Il y a eu depuis le xvie siècle le parti des « ouïstes » et celui des « non-ouïstes ». On prononçait encore couramment cosin, doleur au début, et iiorrir à la fin du xvii^ siècle ; couleuvre, couronne, moulin (:=. môlînu) n'ont triomphé qu'après l'époque d'Oudin. Inversement, les poètes de la Pléiade emploient souvent les formés régulières soukil (:= *sôliculu), rousée (= *rôsata, cl. rôrata), et Vaugelas blâme sans trop oser les condamner

froiiniage, pourtrait. Ont été définitivement adoptés, contrairement à la règle : forêt (^ *foreste), colombe (= côlumba), ioloimc, soleil, rosée, fromage, froment, sans compter beaucoup de mots qui, par leur nature étaient exposés à subir des influences savantes (l'olonté, volume, novembre, oraison, profil, profit, etc.). Parmi ceux où Vo se trouve entravé on peut citer corvée, portmit, ormeau, ortie (= ùrtica), /or/aî7 (=i *fôr(is)-factu). Quant à porredii (= *pôrrellus) il a subsisté à côté âc poireau, qui date du xiiie siècle et semble dû à l'action analogique de poire (= pfra). — Il résulte de ces faits que le préfixe htm pro- (§ 178, II) est représenté en français sous une triple forme : pour- populaire dans pourvoir, pourchasser ; por- semi-populaire dans portrait ; pro- savant et refait da.ns promener, proclamer, profit, etc.

Remarque I. — Eu français moderne Taucien 6 initial, conservé ou rétabli, est devenu 0 devant un 5 qui s'efface : afr. ostel, hôtel [çt^l]; afr. costé, côté \kote'\. On dit cependant coteau \hoto] par dissimilation. — Les infinitifs comme pleuvoir (afr. plouvoir =: *plôvëre), pleurer (afr. plourer ^ plôrare), demeurer (afr. deniourer = *de-môrare) ont subi l'action des formes accentuées sur le radical ; fleurir (afr. flourir = flôrïre) doit avoir été refait sur fleur. Dans jeudi, afr. juesdi (= *Jôvis-dîe), le premier terme du composé a été traité comme isolé.

Remarque II. — L'c initial peut aboutir également à u (ou) en se combinant avec un / vocalisé devant consonne (cf. [' 74). Ex. : Cùlp-ibile, coupable; *côlpare, couper ; sôl(i)dare, souder. — L!afr. mounier (j= môl(i)nariu), conservé comme nom propre, est devenu meunier (peut-être sous l'influence d'afr. n/eudre, forme concurrente de moudre = molêre).

Remarque III. — Par suite d'une influence dissimilante, Vo initial s'est parfois affaibli en § devant une syllabe accentuée contenant un autre 0. Ex. : *Cônùcula, quenouille ; *in-vôlûppat, enveloppe ; *sùbmonëre, seinondre ; sùccùssa, secousse ; sùccûrrit,

secourt ; *sùbdiùrnat, afr. sejornc, séjourne ; *sùb-longu, selon ; celt. *bùllûcea, beloce ; *sporône (gerni. sporo), éperon. Cf. aussi les formes de l'ancien français comme qiierone {■= côrôna), seror (= sbrôre), enor (=z honore), etc. — Par assimilation d'o initial avec la voyelle accentuée, l'adjectif fordstlcu avait donné en afr. farasche (devenu farouche par mutation de suffixe dès le xiiie siècle).

Remarque IV. — I.e préfixe suh- (quelquefois conservé en français sous sa forme d'emprunt, ainsi dans submerger), était passé d'ordinaire en latin vulgaire à sûbtiis (§ 170) : de là en afr. 50:^-, puis sou-, dans soulever, soiuictrc, devenus ensuite sou- | leivr, soumettre.

100. L'p initial, suivi d'un yo(1 qui peut se combiner avec lui, aboutit en français à -wa, écrit ai (comme sous l'accent, § 75). Ex. : Pôtiône, poison ; tô(n)sic)ne, loison ; ôtiôsu, oiseux ; fôcâriu, foyer ; lôcâriu, loyer.

Remarque I. — Les formes comme ennuyer (afr. envier =: in-ôdiarej, appuyer (afr. apoier = *ad-pôdiare) ont été amenées de bonne heure par l'analogie des formes accentuées sur le radical ennuie (^ inodiat), appuie (:= *adpôdiat) ; cf. § 69. L'adjectif puissant représente l'afr. poissant (= *pôssiente), originairement participe et influencé par la forme de puis (§ 69, II). — Les mots côclione et *côcina (cl. côquina) sont devenus en fr. cuisson, cuisine (au lieu de *cousson, *coistne) sous l'influence du verbe cuire (= côquere). La forme coussin est une altération de l'afr. coissin (= *côxinu) qui est encore chez Rabelais, et oi initial s'est réduit à e dans l'afr. froisséure (= *frùstiatura) devenu fressure. — Quant à usine, pour uisine (= *ôficina) avec une initiale influencée de bonne heure par user, c'est un mot dialectal importé du Kord-Est vers la fin du xviiie siècle.

Remarque IL - L'o initial, devant / mouillé par un yod nui forme entrave, passe à u, écrit ou, d'après la règle générale (et comme sous l'accent § 76). Ex. : *Môlliare, womllevdcspôliare dépouiller. - La forme r»///.r[h-^n'?/] a remplace 1 afr. a,//;.Vr (=côchleariu). L'ancien infinitif co.7Z/r (= *colligîre, cl. coUi-ère) est devenu cueillir sous l'influence des formes comme cucill, afr. cueil (= *côlligo), et le même radical s'est étendu a toute la conjugaison.

101. L'() initial suivi d'une nasale: 1° s'il est libre, devient ouvert de fermé qu'il était ; 2° aboutit Xô (écrit on, om), s'il y a entrave. Ex. : a) *Vômire, vomir ■ sônâre, sonner ; tônâre, tonner ; dônâre, donner ; rômanu, romain. — b) Fôntâna, fontaine ; *môntâre, monter ; bôn(i)tdte, bonté ; dôm(i)târe, dompter ; cùm(u)lâre, combler.

Historique. - Dans la première série de mots, Vo s'était nasalisé au moyen âge (dôner, sôner) : en se dénasahsant à l'époque moderne, il a pris la valeur de 0 : sur ce cas et celui des mots de la seconde série, cf. les faits exposés au § 77. - La réduction de monsieur à mgsyœ, msyœ, est exceptionnelle et due a l'emploi proclitique du mot.

Remarque I. - Le verbe emprunter remonte à la forme vulgaire *iwpnunutare (= *in-prômaiuare) où u avait remplace 0 par'assimilation. Le verbe trancher (afr. trenchier) remonte a une forme vulgaire *trlncare (cl. trùncare), dont l'initiale a ete diuï en Gaule à l'action analogique d'un mot germanique (a- h- ^^'ltrenncu) — En ancien français, plusieurs mots oflfraient à l'initiale un passage de on à an : la langue moderne a conserve danger (afr. dangierel dongier = Mômniariu ; et. dame, S 77, 1).

Remarque IL - LV initial, devant n (n+y) suivi d'une

voyelle, est en français moderne un o comme devant les nasales simples. Ex : Cùnêata, cognée (cf. aussi rogner, § 102, I). On a cependant le son wa dans joignant (= jûngente) sous l'influence de joindre, dans soigner (=: *sôniare) sous celle de soin, et dans les dérivés du mot poing comme poignée, poignard (cf. aussi la prononciation de éloigner, témoigner, influencés par loin, témoin). — S'ils sont suivis en français d'une consonne, Vo initial se combine avec le n pour aboutir comme sous l'accent (§ 78, 2°) au son uv, écrit o/rt. Ex. : *Lông(i)tanu, lointain ; jùnctura, jointure; pûnctura, pointure.

102. Lorsqu'il s'est trouvé en hiatus devant o, a, par la chute d'une consonne latine, l'p initial, après s'être conservé dans l'ancienne période de la langue, a fini par s'effacer complètement en français. Ex. : Côtôneu, afr. cooin, coing ; cùcûlla, afr. cooiile, coule ; rùtâbulii, afr. rouble, râble.

Remarque I. — L'absorption de 0 par la voyelle suivante a eu lieu dans la période du moyen français (cf. § ^6, hist.). Les mots rond, rogner, afr. rëont, réoignier (aussi roont, rooignier par assimilation), remontent à des formes du lat. vulg. *retundii, *retundiare, qui s'étaient produites pour rotunduni, *rotundiare, sous l'influence de retundere. Les verbes sonder et sombrer semblent représenter des formes plus anciennes *soonder, *soomhrcr (=:*sùbundare, *sùbumbrare).

Remarque II. — L'o initial passé à on persiste en français

devant un e accentué {nouer -=2 nodàre, vouer ^ *votdre) : il a même absorbé la voyelle atone suivante dans fouiller qui est pour *foeillier (=: *fôdiculare), et ébouler pour afr. esboeler, esboueler. Toutefois dans l'afr. hoel {■=. bôtellu)et;W(=*jôcàle), devenus boyau, joyau (prononcés bivayo, ^wayo"), il y a eu résolution de l'hiatus par production d'un y, peut-être sous l'influence

du sufhxe -iaii (pour -eau, 5 48, II). Le cas est le même pour hoyiiu, afr. hoel (diminutif de houe :=z germ. *hau\va). — Dans l'infinitif /'oo/V (— *pôtêre), àtMcnu pouvoir vers le xve siècle, l'hiatus a disparu par production d'un v transitoire (dû probablement à l'irifluence de avoir, devoir); quant au participe /'c/^ (=r *potûtu) devenu peu, pu, il s'est aussi réglé sur les formes comme ('H, dèu{^J^()\, 1°, et 96).

U initial

(// EX LATIN classique) .

103. L'/^ latin initial (après être passé cà // comme sous Taccent, § 79) :

1° S'il est libre ou entravé, reste intact en français. Ex. -.a) Mûrâlia, mitraille; *fûséllus, fuseau; *ûsâre, user ; dùrâre, durer ; *tijddre, titer ; fùmâre, fumer ; jiiméntu, jument. — ^) Lûm(i)nâria, lumière; *sûctiâre, sucer ; jùd(i)câre, juger.

Remarque I. — Devant la nasale labiale, u était passé à 0 dans *fril)iieiilu (cl. frûmentum) d'où le fr. froment. Le verbe nùtrire était aussi devenu *>n1trire, d'où le fr. nourrir. — Suivi d'une nasale -\- consonne, I'm initial est devenu à', écrit uii (comme sous l'accent § 82, 2°). Ex. : *Lûn(ae)-dîc, lundi ; *imprûm(u)tare, emprunter.

Remarque II. — Un affaiblissement de m en e qui remonte au latin vulgaire, entre un ; et une nasale libre, s'observe dans » genièvre, afr. genoivre (== *jenïperu, cl. jûniperum), et dans \ génisse, afr. genice (^r *jenicia, cl. jûnicem).

2° S'il est suivi d'un yod qui peut se combiner avec lui, il aboutit en français à iui, écrit ni (comme sous l'accent, § 8i). Ex. : Lùcénte, luisant; dûcénte, diiisanl ; *ùstiâriu (cl. ôstiarium), huissier'.

Remarque I. — • En syllabe non initiale on a eu de même aiguiser (=: *acûtiàre). L'afr. luitier (^r lûctire) s'est réduit à lutter, comme luite à lutte (§ 8i, II); comparer cuirêe dérivé de cuir, et passé à curée dès le xve siècle. — Les mots mûccre, fûsionem (sous l'influence respective de viiiccus et de fflndere) étaient devenus en lat. vulg. *i)iricere, *fûsione, d'où le fr. moisir, foison. Le fr. oignon remonte de même à Tinionc (cl. unionem). Cf. § lOO.

Remarque II. — Le verbe cx-sûcare, après effacement de la gutturale, était en afr. essuer, devenu essuyer par production d'un ^ transitoire (cf. § 123, 2° I) Le même phénomène se remarque dans tuyau., pour afr. tuel (cf. boyau, joyau, § 102, II).

Diphtongue AU initiale.

104. La diphtongue latine au s'est comportée à l'initiale comme sous l'accent (cf. §§ 83, 84) :

1° En français au devient p et garde ce son ouvert devant une consonne, quelle que soit l'orthographe moderne (sauf devant s où il devient 0 fermé, cf. § 6j, I). Ex. : a) Aurîcula, oreille ; *aurâticu, orage; *tauréllus, afr. loreaus, taureau; *laurâriu,. afr. lorier, laurier ; *daurâtu (cl. dcauratum), doré. ■ — Z') *Ausâre, oser ;paus-àre, poser ; *rauséllus (germ. raus), roseau;

*austrùcia (cl. avis-strûthea), afr. ostruce, autruche. Cf. la forme dialectale outarde, afr. ostarde (= *austârda, cl. avis-tarda).

2° L'(7 provenant de au, lorsqu'il s'est trouvé en hiatus devant une voyelle, est passé à u écrit ou. Ex. : Laudare, afr. loer, Jouer \ audire, zir.oïr, ouïr; *gaudire (cl. gaudêre), afr. joïr, jouir ; *ex-blaudîre (germ. *blaudjan), afr. esbJoïr, éblouir. Cf. aussi la particule atone aut devenue o, puis ou (devant les mots à initiale vocalique).

3° Par combinaison de Vo provenant de au avec un yod, on a obtenu lua, écrit oi. Ex. : Aucéllus, oiseau ; *clausiône, cloison ; *gaudiôsu, joyeux. Cf. aussi le xerhe choisir =germ. kausjan.

Remarque. — Les mots auguslum, augnrium, s'étaient dès l'époque du latin vulgaire réduits par dissimilation à *agûstn (d'où le fr. «orfijet à *agUriu, *agûru (d'où l'afr. énr, heur). Dans le verbe auscfiltare également réduit à *asci'dtare, l'initiale s*est confondue avec le préfixe es- (pour ex-, § 136, I), d'où l'afr. escoiiter, écouter.

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