‹ Précis historique de phonétique françaiseChapitre 32 sur 68 · ALES · texte numérisé non relu

ALES

BlLA- BL'^LES

Explosives

Fricatives

\'i bran tes

Nasales

Remarque I. • — Le >■ latin était en réalité un R, c'està-dire un son fortement roulé et différent de notre r français actuel (cf. § 176, et le tableau général des consonnes dans l'/w- Iroduclion, p. xxvi). Le /latin avait été à l'origine une fricative bilabiale, mais devenue labiodentale de bonne heure. Sur it (z') et / (/), voir § 105.

Remarque II. — Le latin possédait encore deu.N. variétés des sons 11 et /, qui n'ont pas été notées dans le précédent tableau : un n guttural («), celui qui s'entendait dans ancora, plangere, et dans les mots du type de signum ; un / vélaire (/), celui de alha, pulnioiic. Sur ce dernier son, cf. § 188, hist.

Remarque III. — Si nous comparons les consonnes latines avec celles du français moderne, nous constatons d'abord que le français possède les quinze sons du latin {r pour r ; y

dans yeux; \v dansowî, etc.). Le français a de plus six nouveaux sons : une fricative dentale sonore :^ (dans maison) ; deux fricatives prépalatales s et ^ (dans chambre, jambe) ; une fricative bilabiale w {à^ns puits); enfin une nasale et une vibrante palatales, ■dites n et / mouillés, n et [ (dans vigne, fille). Toutefois, le dernier de ces sons tend à disparaître et s'est réduit à y dans la prononciation générale (cf. § 190).

107. Les consonnes latines, dans le passage du mot au français, restent intactes ou se modifient. Les modifications dont elles sont susceptibles peuvent se ramener à deux chefs principaux, V affaiblissement et V assimilation.

a) L'affaiblissement se présente lui-même sous différents aspects : 1° affaiblissement proprement dit, qui a lieu d'ordinaire entre consonnes de la même famille, notamment par le passage d'une explosive à la fricative (p et b devenus v dans rive z= ripa, avoir == habere); 2° résolution vocaliqne de la consonne, par exemple de c en i, ou de / en u (dans lait -=. lacté, aube =: alba) ; 3" enfin aflfaiblissement complet, c'està-dire effacement ou chute de la consonne (t a disparu dans naïf:z=. nativu, mari = maritu).

/?) L'assimilation est un changement qu'éprouvent les consonnes sous l'influence directe des sons avoisinants. D'après les principes précédemment exposés (voir Introduction, II, 29), elle est partielle (dans sache = sapiam) ou totale (dans nourrir :=: nutrire) ; de plus, elle est progressive ou régressive. Le phénomène inverse de l'assimilation est la dissimilation.

Qu'il y ait aft'aiblissement ou assimilation, les changements des consonnes latines se sont en général opérés d'une façon graduelle et par des étapes transitoires (voir hilroduclion, II, 25, h). Ainsi le /) de ripa est devenu b avant d'aboutir à v (forme intermédiaire *riba) ; le ^ de nalivii était devenu d avant de s'eft'acer (forme intermédiaire *nadivii). De même le / de nutrire s'est affaibli en d avant de passer à r par assimilation (forme intermédiaire *nodrire). Sur la corrélation qui se manifeste entre ces divers phénomènes, voir /;//;W//c/w«, II, 25, f.

108. Les consonnes latines doivent être considérées d'après la place qu'elles occupent dans le mot, où elles sont soit initiales, soit intérieures, soit finales (ainsi t dans terra, vita, venit). De plus, les consonnes intérieures peuvent être situées : 1° derrière une autre consonne (/ dans porta^; 2° entre deux voyelles (/ dans vita); 3° devant une autre consonne (t dans pâtre'). Pour une consonne, la position la plus forte consiste à se trouver soit à l'initiale du mot, soit à l'intérieur derrière une autre consonne.

109. Le degré de résistance qu'ont offert les consonnes latines, a essentiellement dépendu de leur position dans le 'mot. On peut, avant d'entrer dans le détail, poser quelques principes généraux sur la façon dont elles passent en français:

1° Les consonnes initiales restent intactes (sauf les gutturales, qui se modifient devant certaines voyelles);

2° Les consonnes intérieures placées derrière une autre consonne se comportent comme les initiales (le / de por-ta est dans une situation analogue à celui de terra, donc en position forte) ;

3° Les consonnes intérieures placées entre deux voyelles subissent un affaiblissement qui est de divers degrés suivant la flmiille à laquelle elles appartiennent, et leur traitement peut à certains égards être considéré comme le trait caractéristique de cette famille ;

4° Les consonnes intérieures placées devant une autre consonne ne persistent que si les groupes sont faciles à prononcer, ou protégés eux-mêmes par une consonne précédente ; autrement elles subissent soit un affaiblissement, soit une assimilation ;

5° Les consonnes /«fl/é"^ ou devenues finales, si elles persistent et se prononcent, sont généralement en français des sourdes.

Remarque I. — Ces principes ne s'appliquent complètement ni aux vibrantes /', /, ni aux nasales m, ii .

Remarque II. — Les consonnes doubles se comportent en principe comme celles qui constituent d'autres groupes : à l'intérieur du mot elles se sont simplifiées par assimilation d'assez bonne heure en français (sauf 55 et rr, §§ 155, II, et 181); devenues finales, elles se simplifient dans tous les cas.

Remarque III. — Le sort des consonnes, à la finale, a grandement varié en français aux différentes époques de la langue. Leur évolution naturelle y a été contrariée par diverses circonstances, et surtout par la présence d'un s de flexion dans les formes du pluriel des noms. Beaucoup de consonnes qui se prononçaient en ancien français même devant une initiale consonantique, ne se sont plus prononcées vers le xv^ et le xvie siècle que devant une initiale vocalique, ou lorsqu'elles se trouvaient à une pause dans la phrase (les noms de nombre citig, six, sept, huit, neuf, dix, et l'adjectif tous, offrent encore une trace de cette étape). D'ailleurs la tendance populaire était d'effacer toutes les consonnes finales. Dans la langue moderne, où les prescriptions des grammairiens ont fait prévaloir pour les mots isolés certaines anomalies, ce qui a subsisté régulièrement ce sont les cas dits de « liaison étroite ». Devant une initiale vocalique, on prononce en français les consonnes finales (surtout s sonnant :;;, et /, «) lorsque les mots constituent entre eux des groupes unifiés par un accent dominant : ainsi entre déterminatif -|- substantif (Jes-homnies, wow-fl?«î);! entre adjectif -\- substantif (c;/;(7rniant-£Spoir) ; entre pronom sujet ou régime -f verbe (oii-ira, je l'ous-aiwe) ; entre verbe -f- pronom sujet ou régime (vient-elle, prends-en); entre auxiliaire + attribut ou participe (î7 est-imprudent, les Perses ont -été vaincus); entre adverbe -|- adjectif (trèsheureux, hien-écrit) ; entre préposition -f- régime (en-hiver) ; entre les conjonctions quand, mais et le mot suivant (quand-elle viendra , nidis-à quoi bon) ; enfin dans les locutions toutes faites (tôl-ou tard). Les témoignages des grammairiens comme Thomas Corneille ou Hindret prouvent que, vers la fin du xvil^ siècle, l'usage était déjà sensiblement le même, et que dans la conversation courante on disait les g rondes -actions, mais plutôt des tromperi(es) inutiles. Sur ces faits, cf. notamment 5S 128, 152, 160, 172, 183, 191 et 200.

110. Pour étudier le traitement des consonnes latines, on suivra ici leur classification par familles.

On étudiera donc successivement les gutturales, les dentales, les labiales. Il y a toutefois avantage à réserver pour une section spéciale les vibrantes dentales r, l, la nasale dentale n et la nasale labiale m ; ces consonnes, souvent appelées liquides, seront examinées à part dans un dernier chapitre.

A propos de chaque consonne, il faudra tenir compte de l'influence qu'a eue sur son traitement le voisinage d'un yod (voir ce qui a été déjà dit sur cette influence, § 26 et suiv.).

Enfin il convient d'exposer tout de suite le sort de l'aspirée laryngienne h, qui a été laissée en dehors des précédentes classifications, et ne figure pas au tableau des consonnes.

111. Le /.' latin s'étant eff"acé de bonne heure dans la prononciation, au début des mots, il en résulte que d'ordinaire en français :

1° Il a disparu même dans l'orthographe. Ex. : Habere, avoir ; *hirunda, arondc ; hordeu, orge ; homo, (^7/; *hoc-illi, oui ; horridu^ ord.

2'' Il n'a plus qu'une valeur graphique, celle du h dit muet, lorsqu'on l'a rétabli. Ex. : Herba, atr. erbe, herbe ; hora, afr. eure, heure; hibernu, afr. iver, hiver;

heri, afr. ier, hier; homine, afr. oine, boni Die ; hospitale, afr. ostel, hôtel.

Historique. — Le /; latin avait eu sans doute à l'origine une forte aspiration, mais il l'avait déjà perdue, dans la prononciation populaire, vers la fin de la République : quoique conservé quelque temps encore par la société polie et le public des écoles, il a disparu dans toutes les langues romanes. Vers le ve siècle, les Germains réintroduisirent ce son dans le Nord de la Gaule, et les mots importés par eux ont encore en français le h dit aspiré {haie := *haga; haïr = *hatire, gcrm. hatjan ; hardiz= *harditu, germ. hardjan ; hache =z *hapja ; haire = *harja ; hau- /'«r/zr: *hal(s)bergu, germ. halsberk; /;o«^f=*haunitha ; héron = *hagirone, germ. haigiro ; houx ^*hu\\s, etc.). En réalité, même dans ces mots, /; n'a été bien sensible que jusque vers la fin du moyen âge : au xvie siècle, Th. de Bèze dit déjà qu'il ne faut pas le proférer « du fond du gosier » (non aspere ex inio gutturé), et les grammairiens du xviie siècle constatent qu'au début des mots son unique effet est d'empêcher l'élision de la voyelle précédente (cf. l'insertion de /; destiné à maintenir l'hiatus dans trahir, envahir, cahier, § 91, 30 I). D'après Ménage, l'habitude de ne pas prononcer /; s'était introduite du Midi à Paris, où il entendait souvent des personnes de qualité dire r(h)asard, mon (h')aqiience; en revanche, dans le Menteur, Corneille écrivait ne hésitei jamais. Au milieu du xvilie siècle, il y avait encore certaines- habitudes contraires aux nôtres : les grammairiens autorisaient alors dans la conversation l'hideuse figure, et Voltaire a fait à diverses reprises une élision devant haïr. Actuellement, l'aspiration ne se fait plus sentir que dans certaines provinces (en Normandie, en Lorraine), ou accidentellement, surtout au théâtre, dansdes phrases comme quelle honte ! je te hais ! La prononciation populaire tend au contraire à supprimer h complètement et à établir une liaison dans les cas comme des (h)aricots, des (h)ardes, c'est (h)onteux, etc.

Remarque I. — Un /; graphique (muet) a été ajouté au début de hermine (= armenia), et de heur (= ^agûriu, cl. augurium), sous l'influence de heure = hora (cf. § 96, hist.). Dans les mots hièble (= ebulu), huis (= *ustiu), huître (= ostrea), huile {= olea), son addition remonte au moyen âge, et a été amenée par le besoin d'indiquer la valeur vocalique de / et u dans les groupes ie, ui. — Les mots savants (habile, humble, histoire, humanité, etc.)* reproduisent en général la graphie latine et ont /; muet.

Remarque II. — Un /; dit aspiré a été conservé dans herse (= *herpice, cl. irpicem), par tendance à l'onomatopée, et dans les verbes hennir (= hinnire), hucher = *huccare (d.hier qui est sans doute une onomatopée, et hurler, afr. uller — *urulare, cl. ululare). 11 se trouve ajouté: 1° dans haut sous une influence germanique (altu devient *haltu en prenant l'initiale du francique *hauh), et peut-être aussi dans huppe (= upupa), hérisson (= ''ericione); 2° dans huit (= octo) sans doute pour indiquer un u vocalique (cependant on trouve déjà la graphie hocto sur des inscriptions chrétiennes de la Gaule). — Il faut aussi remarquer que le /; aspiré se fait sentir dans certains mots savants, harpie, hernie, héros à côté de (hyroine, {hyroisme.

Remarque III. — Dans les groupes latins ch, th, ph, qui étaient savants et destinés à la transcription des mots grecs, h était ordinairement tombé dans la prononciation populaire : ch; th se réduisaient à c, t {caria — charta, lesauru = thesauruni) ; ph tantôt se réduirait à p {colapu = colaphum), tantôt avait le son simple àef(sulfnr = sulphur, cf. § 173).

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