II. — C, G devant A
aj C, G (+ a) à l'initiale.
120. Le c initial, placé devant un a latin, a pris en français le son de la fricative prépalatale sourde s (écrite clj). Ex. : Carru, char \ caru, cher ; cattu, chat; c2iY\àvi, chaud ; cake, chaux; c:\msz, chose; capistru, chevêtre; caballu, cheval, celt. *caminu, chenii}i; cantare, chanter; cancellare, chanceler.
Historique. — • Cette transformation, qui est un des traits les plus caractéristiques de la phonétique française, s'explique par une influence, palatale analogue à celle qu'a subie c devant c, i (cf. § 114 hist.). Mais elle s'est produite bien plus tard, vers le VIP siècle ou au début du viif, à ce qu'il semble, et ne s'est propagée ni dans les régions que baigne la Manche, ni dans le midi de l'ancienne Gaule (au-dessous d'une ligne qui, en partant de l'ouest, longe la Dordogne, passe par Murât, Saint-Flour, Mende, Largentière, Pont^aint-Esprit, et contourne le mont Ventoux pour aboutir à Digne). Dans la région centrale, le h (c)
a commencé par être légèrement palatalisé devant un a et l'on a eu hi ; l'élément palatal est ensuite devenu distinct {kya), et sous son action l'explosive a changé de lieu d'articulation {tya) : mais le résultat final a été Isa (et non pas *tsa). Un mot comme carru a donc passé théoriquement parles étapes *^rtn7/, *kyarru, *tyarra, pour aboutir à tsar. Le changement était accompli avant que a libre accentué se fût obscurci en e (dans cher = caru), et que au se fût réduit à o simple (dans chose =. causa), c'est-à-dire avant la fin du viiie siècle (§§ 35, 83). D'autre part, il n'est pas antérieur à l'introduction d'un assez grand nombre de mots germaniques (marche = marka, Charles = Karl, etc.). En ancien français, le son noté ch se prononçait ts (on disait donc tsar, tsçval, etc. ; cf. la prononciation anglaise de certains mots comme channel, chief, etc., importés lors de la conquête normande) : au cours du xiii^ siècle siècle, ts par chute de l'élément dental s'est réduit à s, son conservé depuis (cf. la réduction de ^5 à 5, § 1 14). — Dans certains dialectes du Nord, en Picardie et dans une grande partie de la Normandie (au-dessus d'une ligne qui part à l'est de Mons, passe par Valencienues, Cambrai, Saint-Quentin, Novon, Beau vais, Evreux, Lisieux et Coutances, enveloppant donc à peu près la région où l'on prononçait tsfrfet tsite, § 114, hist.), le c ne s'étant pas altéré devant a, on continua à écrire et à prononcer mr, canter, kgval, etc. Très caractéristiques sont pour cette zone les noms de villes tels que Cambrai (= Camaracu), Caen (= Catumâgu), et autres.
Remarque I. — Les mots où le r est conservé devant i( sont des mots dialectaux, venus de Picardie et de Normandie, comme cage (= câvea.), carpe, caillou, camus, caboche; du Midi de la France comme cabane, cadet, cadeau (cf. les doublets cap et chej, cape et chape, caisse <ti chasse, carguer et charger, etc.) ; ou bien des mots empruntés à l'italien surtout au XVF siècle, ca»//), campagne, cavalier, cadence (cf. les doublets d'origine française champ, ChaïHpagne, chevalier, chance); ou enfin des mots tirés du latin des livres, cadavre, caduc, capital, candide, etc. (quoique dans
certains mots savants anciens, comme chapitre, cljarité, un ch ait été substitué à r).
Remarque II. — Dans quelques mots on trouve à l'initiale le son \ au lieu de ï {geoh = *caveola, jante = celt. *cambita), ce qui suppose un changement antérieur de cen^;
cf. 5 121.
121. Le if initial, placé devant un a latin, a pris en français le son de la fricative prépalatale sonore ;( (écrite y , g). Ex. : Gamba, jambe ; galbinu, jaune ; gaudia, joie ; *gauta., joue ; *galina, geline.
Historique. — Ce changement a eu lieu à la même époque que celui de c (+ a) et par un processus analogue (d. § 120, hist.). On a eu également une série théorique ga, ga, gya, dya, et enfin d^a (noter qu'ici le point d'aboutissement est le même que pour o- -|- e, i, § 115). En ancien français on prononçait d^àmbi, d\aiiJii, etc., et d^ s'est réduit à ^ simple pendant le xiiie siècle. Dans la région picarde et normande, on avait continué à faire sonner le g dur (glinbç, ganng, etc.) : c'est de là qu'était venu le verbe archaïque gahei- (anc. norois gabb « plaisanterie »).
Remarque. -^ Les mots où un g originaire (mais voir à ce sujet 5 163) a conservé le son dur devant a sont venus du Midi (garigue, gabelle, gabarre), d'Italie (galère, galée, afr. galie = bas-gr. faloLÏT.), ou bien sont des emprunts savants (gamme, Gaule) et souvent d'origme incertaine (gai, galant, galet). Dans le mot d'emprunt giingrènc (gangraena), le 0- initial se prononce d'ordinaire/: par dissimilation.
b) C, G (+ a) intérieurs derrière consonne.