‹ Précis historique de phonétique françaiseChapitre 36 sur 68 · Le traitement de c et o^ (-|-a) placés dans le · texte numérisé non relu

Le traitement de c et o^ (-|-a) placés dans le

mot derrière une consonne, a été le même qu'à l'initiale (cf. §§ 120, 121):

1° Lorsque la consonne les précédait immédiatement dans le mot latin, ils ont abouti respectivement à s (écrit cb) et à ;^ (écrit g). Ex. : a) Arca, arche ; furca, fourche ; mercatu, marche ; bucca, bouche; *toccare, toucher; musca, mouche; *piscare, pécher; planca, planche; pervinca, pervenche; *scabinu (germ. *skapin), échevin. — F) Virga, verge; larga, large; purgare, purger; germ. *meisinga, nicsaiige.

Remarque I. — Parchemin remonte à un type vulgaire *parciuinnu (cl. pergamënum), qui s'est peut-être constitué sous l'influence de V expression pari (h i)ca pellis . La forme de l'adjectif féminin longue pour *loni;i' (= longa) a été refaite sur l'ancien masculin loue, ou remonte peut-être jusqu'à un iat. vulg. *loiioini ; le mot vergue, à côté de verge (= virga), est un terme maritime emprunté au dialecte normand. Les formes de subjonctif, telles que /«/55f pour *fenische (= *finiscam) et plaigne pour *plange (= plangam), sont ducs à l'analogie.

Remarque II. — 11 faut noter le cas des mots comme bucca, vacca, aboutissant en français à bouche, vache (tandis que baca y devient baie, § 123, 1°) : dans ces mots, le second c du groupe ce (-)- a) est devenu régulièrement i, puisqu'il se trouvait derrière consonne ; mais le premier s'est fondu avec lui sans se résoudre en v, comme le fait ordinairement c devant une autre consonne (cL par exemple fada qui devient /flî7e, § 135). — L'adjectif riche (=: *rîcca) paraît être la forme féminine, étendue de bonne heure aux deux genres, d'un type *r'iccu (germ. rihhi).

2° Lorsque ^ (-|- a) s'est trouvé derrière consonne

seulement par suite de l'effacement d'une voyelle atone, il aboutit en français tantôt à i, tantôt à ~ (écrits cb, g). Ex. : a) Man(i)ca, manche; pert(i)ca, perche; *nat(i)ca, nache; basil(i)ca, basoche; die-domin(ï)ca, dimanche. — U) *Berb(i)cdriu, berger ; cler(i)cdtu, clergé; *û\([)càrh, fougère.

Historique. — Cette divergence apparente est en corrélation avec les lois générales de l'effacement des atones (cf. ^ 15, et § 18 rt). Dans la première série de mots, qui étaient en latin des proparoxytons, la voyelle atone placée entre l'accent et une finale claire est tombée de bonne heure, sans doute au cours du ye siècle : mànïca, pértïca, etc., réduits à *W(7« Va, *perl'ca ne différaient plus dès lors par leur structure de planca ou arca, et le c y a été traité de la même façon. Dans la seconde série de mots au contraire, la voyelle atone placée devant l'accent a persisté plus longtemps, et le c se trouvant entre voyelles s'est affaibli en g: ainsi *herbicànu est devenu d'abord *herbigdriu au cours du vie siècle, mais s'est ensuite réduit à *berb'gariu (d'où le fr. berger) vers le vue siècle, c'est-à-dire avant que g entre voyelles passât à son tour à y (sur ces faits, voir § 123, 1° hist. ; de plus comparer le traitement de t qui, dans la nlême situation, tantôt reste intact, tantôt s'affaiblit en d, § 141, 2°).

Remarque I. — La transformation de fabr'ica (devenu en fr. forge, par des intermédiaires *favrîga, *faurga, § 83) s'explique par la nature du groupe qui précédait la pénultième atone, et l'a maintenue plus longtemps. Celle de serïca aboutissant au Ir. serge n'est pas normale ; tandis qu'à côté de grange, on avait régulièrement en afr. granche (=; *granica).

Remarque II. — D'après les principes exposés plus haut dans V Historique, on s'explique facilement les résultats divergents qu'offre la conjugaison : d'une part des infinitifs charger (= *car-

ricâre), bouger (== *bullïcâre), venger (rr vindicâre), mcmger {= mandùcàre), plonger (= *plumbïcâre) ; d'autre part coucher (= collôcâro), chevaucher (:= caballicàre), nidcher(= masticâre), fâcher (r^= *fasticâre), ccorcher (=r excortïcare), clocher {=. *cloppïcàre), pencher (= *pendïcàre). Ce sont les premiers qui sont réguliers. Mais, si collôcdre aurait dû aboutir à *couger, la forme couche (= côUôcat) est régulière ; et inversement cdrrkal aurait dû donner *charche en face de V'm'nmxM charger (= carrïcdre). Il y a donc eu de très bonne heure une influence réciproque de ces formes les unes sur les autres, et dans chaque verbe le radical a été unifié (cf. cependant le vieux verbe revancher, d'où revanche à côté de venger). — Les verbes comme prêcher et empêcher (afr. pr'cechier = praedicàre), eiiipPechier = impedicâre), qui avaient indûment conservé 1'/ d'une syllabe non initiale devant l'accent (cf. § 18 fl), et où le changement de c en s s'est opéré entre voyelles, sont des mots d'emprunt introduits de bonne heure par les clercs.

c) C, 6 (+ a) intérieurs derrière voyelle.

123. Le traitement qu'ont éprouver et ^^^ (-|- a), précédés d'une voyelle, est distinct, suivant la nature de cette voyelle :

I" Derrière a et derrière e, i (voyelles palatales), les gutturales latines se résolvent en un yod, qui se combine partiellement ou complètement en français avec la voyelle précédente . Ex.: a) Pacare, payer; baca, haie; celt. braca, braie ; decanu, doyen; necare, noyer; précat, prie; amica, amie; pïca, pie. — /?) Paganu, païen ; plaga, plaie ; ossifraga, orfraie ; germ. *haga, haie; regale, royal; castigat, châtie.

Historique. — Entre deux voyelles, l'explosive sourde c était passée à la sonore g dès le VF siècle : on prononçait donc en Gaule à ce moment-là *pagare (pacare) aussi bien que ^flo-^w?/. C'est ce g originel ou secondaire (conservé au Midi dans le provençal mod. paga, nega, etc.), qui, au Nord de la France, est devenu fricatif par un nouveau relâchement dans l'articulation, vers le viiie. siècle (à l'époque où les autres explosives sonores passent par un changement analogue, i à o, et h à. v, §Ç 142, 165). — Sur la façon dont le v résultant de c,g, s'est combiné avec les voyelles précédentes, cf. notamment les ǧ 58 ; 49 ; 90, III; 95, II."

Remarque. — Le subjonctif dicavi était devenu régulièrement en afr. die (encore employé vers 1650), qui a été concurrencé assez tôt, puis remplacé par dise, sous l'action analogique des autres formes {disant, disais). Les mots Jigue (afr. fie =*fîca, cl. fïcus), cigale (cicada) et viguier (vicarius) sont des emprunts faits au provençal. — Il faut observer aussi que la terminaison 'Icare a été rendue par -ier dans des verbes d'origine savante, comme édifier, justifier, supplier, etc.

2° Derrière 0, 11 (vo3'elles vélaires, et par là impropres au développement d'un yod) le c et le ^ latins (-|- a) se sont complètement effacés en français. Ex.: a) Jocare, jouer ; locare, louer; zàvocuiu, avoué; îoczcïz, fouace ; *bucare (germ. hukôn), buer ; carruca, charrue; lactuca, laitue; verruca, verrue; *mattéuca, massue. — /') Sanguisuga, sangsue ; ruga, rue.

Remarque I. — Le subjonctif row^H/ie (pour *coi!due =^condùcam) est une forme due à l'analogie. L'afr. essue (r= exsûcat) semble au contraire être devenu essuie sous l'influence d'un subjonctif originel qui était normalement *essin\ (^exsûcem),

et c'est de là qu'un y transitoire a dû se répandre dans toute la conjugaison de essuyer. Dans les mots conime/o)'^/- (=: focariu), loyer (^ locariu), «ovc/- (= *nùcariu), \t y appartient au suffixe -ariu devenu -ier (§ 39). Enfin la forme de novau (= niicale) a été refaite, et celle de voyelle (vocalem) n'est pas populaire. Pour oie (= auca), cf. § 84, I.

Remarque II.— Dans le mot*corrogata réduit à *co;TOfl/i', il s'est développé un i' transitoire: de là *corrovata, *corvada (fr. corvée). Il en a été de même plus tard dans l'afr. doue (:= doga, gr. ooyrj), devenu douve.

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