‹ Précis historique de phonétique françaiseChapitre 37 sur 68 · III. — C, G devant O, U · texte numérisé non relu

III. — C, G devant O, U

a) C, G (+ o, u) à l'initiale.

124, — Le c et le ^ latins, placés à l'initiale devant 0, u (voyelles vélaires), sont restés intacts en français. Ex. : fl() Cor, cœur ; corpus, corps; coxa, cuisse ; cubitu, coude; cumulare, combler; curare, curer. — b) Gobione, goujon ; gula, gueule; guitâ, goutte ; gubernare, gouverner ; gomphu, gond.

Remarque. — Quelques mots, où le c s'est affaibli en ,<,% sont des emprunts faits à l'italien : gonfler (ital. gonfiare = conflare), gouffre ou golfe (ital. goljo =: *colpu, gr. ■mIt.o;). 11 faut d'ailleurs observer que des tendances analogues remontent très haut en latin, où le gr. /.jpspvàv s'était introduit sous la forme guhcrnarc. ■. — Dans gourde, afr. coourde (=: cucurbïta), l'initiale paraît avoir subi l'influence de la forme provençale cougourdo. \Dans chœur, ah. cuer (^=z chôru), la notation ch est une graphie savante qui sonne h.

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b) C, G (-^ o, u) intérieurs derrière consonne.

125. Le r et le g (-[- o, u), placés dans le mot derrière une consonne, se maintiennent intacts en français comme à l'initiale. Ex. : a) Rancore, rancœur; \^asconia, Gascogne. — b) Angustia, angoisse.

Remarque. — Dans vergogne (= verecundia), le c s'était affaibli en g avant de se trouver précédé du /■. — Pour le cas spécial de se devant o, u finals, voir 5 136, II.

c) c, 6(-!- o, u) intérieurs derrière voyelle.

126. Le c et le g (-)- o, u), placés dans le mot derrière une voyelle, se sont complètement effacés en français. Ex. : a) Securu, afr. séur, sûr; *placutu, afr. p!ëii, plu ; *lucore, lueur ; Sa(u)ccnna, Saône. — /') *Agustu (cl. augustum), août; *aguriu (cl. augurium), afr. ëur, heur.

Historique. — Le c entre deux voyelles, s'est d'abord affaibli en çr (cf. C 125, 1° hist.). Ce g d'origine primaire ou secondaire (dans *seguru comme dans *agnstii) paraît avoir pris d'abord le son fricatif y ; puis, ne pouvant se développer en voi/ devant une voyelle vélaire, il s'est complètement effacé avant les premiers documents écrits du français (comparez le sort de d entre voyelles, § 142).

Remarque I. — La forme verbale régulière dieiif (= dicunt) est devenue disent au xiii^ siècle, sous l'influence des formes comme iîia»/ (=:dicente). Cf. conduisent (conducunt), détruisent

(*ciestrugunt, cl. destruunt), etc., qui sont également des formes refaites.

Remarque II.— Les mots où lec s'est conservé sous forme affaiblie de^, sont des mots refaits ou d'emprunt. Ainsi ilraooti (draconem) et cigogtte (afr. ccoigne = ciconia) sont venus du Midi ; ciguë (pour afr. cëiie = cicuta) est une forme refaite, ainsi que langouste (pour afr. laoste = *lacusta) ex. second (secundum) qui se prononce sçgô. Toutefois dans aigu (= acutu) et aiguille (=r *acucula), on doit avoir un cas analogue à celui des mots du type aigre (cf. § 132, I). — Légume (afr. làin = legumen) est également une forme refaite.

d) C, G à la finale.

127. Le c et \eg peuvent se trouver à la finale par effacement de 0, it. Le ^ y était déjà en latin dans quelques mots.

128. Devenus finals derrière une consonne, le 6" et le g (ce dernier sous la forme renforcée de c) ont d'abord persisté en français : ils se sont ensuite partiellement effacés dans la prononciation moderne. Ex. : a) Arcu, arc; porcu, porc; cler(i)cu, clerc; saccu, sac ; ceh. *soccu, soc; celt. beccu, bec; juncu, jonc. — b) Longu, afr. lonc, long; burgu, afr. bore, bourg.

Historique. — En ancien français, le c sonnait à la finale dans tous les mots précédemment cités. Mais, d'autre part, il s'effaçait devant un s de flexion : on avait donc concurremment des formes arc et ars (=z arcus), clerc et ckrs (= clericos). Il en est résulté dans l'usage des divergences, accrues encore par le fait

que ces mots dans la phrase pouvaient se trouver à la pause, ou devant une initiale tantôt vocalique, tantôt consonantique (cf. 5 109, III). Le c à l'époque moderne a été conservé ou rétabli dans arc (pi. arcs), parc, sac, bec, bouc, soc, suc, duc ; il ne se prononce pas dans cler(c), mar(c), cro(c), ni après n dans jon(c), tron(c), banÇc), Man(c),fran(c),flan(c), ni dans les mots savants ou étrangers comme cstonia(c), tabaÇc), escro(c), et quelques autres. On dit por(c) et porc ; au xviiie siècle, on disait encore co(^), sa{c), etc. Le c se maintient d'ailleurs dans certaines liaisons étroites (^c roc-en-jambe, franc- archer'), tandis qu'il s'est effacé au contraire devant consonne dans un mot composé comme béjaune (= bec jaune). — Le «^ final était remonté à c, d'après une tendance générale des sonores (§ 109, 5°) : l'orthographe l'a rétabli dans long, bourg, mais il y est muet, sauf dans quelques cas de liaison étroite, où il sonne /?. Cf. Bourg-en-Bresse \bur'k-à-bres'\ ; //;/ loi'g espoir [œ Idk espivar]; voir aussi § 157, 1° III.

Remarque I. — Le groupe se -f- o, u (dans nasco, discu, etc.) étant devenu es avant de se trouver final, le c s'v est résolu en vod. Voir Ç 1 36, II.

Remarque II. — Un certain nombre de formes verbales, telles que plains (pour "plane ^= plango), /t^/'^i" (pour *fenc =: fingo), etc., sont dues à l'analogie. — L'adjectif masculin large (pour *larc = largu) a été tiré du féminin ; cf. longue refait au contraire sur le masculin (§ 122 1°, I). Le c final dans carrefour (^en provençal caireforc = *quadrifurcu) paraît s'être perdu sous l'influence de four (=:furnu,§ 200, III). Enfin il yaeu adaptation du suffi.Ke-rt/(§ 3 5, II), dans les mots ma rèchal,sé)h'chal, qui. remontent à des types germaniques niarahskallc, siniskalk.

129. Derrière une voyelle (qui est a, e, i), le c passant par g s'est résolu en yod avant de devenir final, et sest combiné par suite avec la voyelle. Ex. :

*Veracu (cl. veracem), vrai ; Camaracu, Cambrai ; préco, 2lÏx. pri, pri[c\; amïcu, ami; spicu, épi.

Remarque I. — Z,(rc (lacum) est un mot d'emprunt. Derrière u, le c s'est eflfacé sans laisser de trace d^ius fétu (==*festùcu, cl. festûca). Sur la transformation de fôcii, jôcii, Iccti, cf. § 69, III ; sarcelle du suffixe -atïcii, cf. § 149.

Remarque II. — Dans jùgu, qui est en zh.joii (écrit joug par réaction étymologique), et fagii qui est en afr. fou (d'où le dérivé fouet), la gutturale doit s'être effacée de bonne heure, et Vu final a été conservé par suite de l'hiatus (cf. § 13, I).

130. Le c, qui en latin se trouvait déjà à la finale derrière une voyelle, s'est effacé en français. Ex. : Illac, là; ecce-hac, çà; née, afr. ne, ni; sic, si.

Remarque. — L'impératif /aw, afr. fai (fac), est peut-être une forme analogique, à moins que la vocalisation du c en v ne s'y soit produite dans des séries phraséologiques comme fac lotum. La préposition aiw semble remontera un type *ab-bôque, pour apiid-hoc (cf. l'afr. 0 de hoc, conservé dans oïl, oui) : le c final de avec avait du reste au xviie siècle, une tendance à s'efi'acer contre laquelle a réagi Vaugelas.

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