‹ Précis historique de phonétique françaiseChapitre 38 sur 68 · IV. — c, G devant consonne · texte numérisé non relu

IV. — c, G devant consonne

a) Groupes initiaux.

131. Les gutturales explosives ne présentaient en latin d'autres groupes initiaux que ceux où elles sont suivies d'une des vibrantes r, l : ces groupes {cr,cl,

— IJI —

gr, gf) sont restés intacts en français. Ex. : Credere, croire ; crine, crin ; clave, clef; claudere, clore ; grana, graine; glande, gland.

Historique. — L'ancienne Gaule est une des rares parties du domaine roman où le groupe cl initial n'ait pas été palatalisé de bonne heure, partant de kly pour aboutir à ky ou ly (ainsi clavemesien italien chiave, en espagnol Uave, etc.). Toutefois, depuis le moyen âge, une tendance analogue s'est manifestée dans diverses provinces de la France, soit à l'Est, soit à l'Ouest, où une prononciation vulgaire kîyç pour clef n'est pas rare.

Remarque I. — Le r initial des groupes cl, cr, est passé à la sonore g dans quelques mots : Glas (=*classu, cl. classicum), glaire (= *claria), grille (=: graticula, cl. craticula), gratter (= *crattare, germ. kratten), gras (= crassu). Dans ce dernier mot (aussi afr. cras), on peut supposer que le changement de l'initiale s'est produit sous l'influence de gros (=: grossu) ; quant à grotte (afr. croûte), il a été emprunté au xvie siècle de l'italien gratta (= crypta). Pour des cas analogues où c passe à g devant a ou o, voir § 120, II, et § 124, rem.

Remarque II. — Un g initial est tombé dans le mot loir (= *lîre, cl. glïrem, cf. § 63, II). Pour le mot grenouille, voir § 177, rem.

Remarque III. — Sur nu (qu, co) à l'initiale, cf. 5 I37> 1°; sur o'îti d'origine germanique, cf. § 163, hist.

Jb) Groupes intérieurs.

132. Groupes CR, GR. — Dans ces groupes précédés d'une voyelle, le c (passant en principe à g, cf. § 123) et le g se sont résolus en un yod, qui se

combine en français avec la voyelle. Ex. : a) Sacramentu, afr. sairement, serment ; lacrima, afr. lairme, larme. — F) Flagrare, flairer.

Remarque I. — Dans quelques mots qui contiennent le groupe Li\ le r, au lieu de se résoudre vocaliquement, a persisté sous forme atïaiblie de g tout en dégageant un yod . Ex. : Acre, aigre; macru, maigre ; alacre, afr. alaigre, allègre (ci. le cas de aigu, aiguille, § 1 26,11). Ceci tient sans doute à ce que ces mots, tout en étant populaires, ne se sont introduits dans l'usage courant qu'à une époque assez tardive.

Remarque II. — Il semble que nigni (provençal iiegre) aurait dû aboutir en français à *noire : l'adjectif noir remonte donc sans doute à une forme vulgaire *iilru (cf. italien iiero). Il est probable en revanche que l'afr. aire (distinct de aire = arëa, et conservé dans débonnaire) représentait le lat. agni. — D'autre part le g du groupe gr s'est efï"acé, de bonnt heure probablement et sans laisser de trace, dans paresse (= pigritia) et pèlerin (= *pelegrinu, cl. peregrinum). Dans les proparoxytons latins comme légère, frigëre, devenus *leyëre, *friyére (d'après le § II 8, et avant là chute de la pénultième) pour aboutir au fr. lire, frire, il n'y a jamais eu en réalité de groupeur. Cf. la transformation de f acéré, etc., § 117, hist.

Remarque III. — Dans les groupes complexes et d'origine secondaire ix'r, rg'r, Ig'r, la gutturale a été remplacée par un élément dental (cf. §§ 181, III, et 189, rem.). Dans le groupe ng'r, le g se résolvant en y a mouillé n et il y a eu également production d'une dentale ( cf. § 197).

133. Groupes CL, GL. — Ces groupes ont subi, suivant la nature du son précédent, un double traitement en français :

1° Derrière une consonne, ils se sont conservés intacts. Ex. : Circ(u)lu, cercle; cooperc(n)lu, couvercle; sa.vc(\i)\a.re, sarcler ; bucc(u)la, boucle; avunc(u)lu, oiick ; cing(u)la, sangle;ung(^u)\3., ongle ; sing(u)lare, sanglier ; strang(u)lare, étrangler ; sang(ui)lentu, sanglant.

2" Précédés d'une voyelle, ils ont passé, par résolution de la gutturale en yod, à / mouillé (qui se réduit à V en français moderne, § 190). Ex. : Mac(u)la, maille; auric(u)la, oreille; *solic(u)lu, soleil; peric(u)lu, péril ; *quac(o)la (germ. *quatila), caille ; coag(u)lare, cciller ; vig(i)lare, veiller.

Historique. — L'altération entre voyelles des groupes cî, gl (probablement par une étape yj, -(1) s'est produite en Gaule pendant la période romane primitive. On a relevé le mot d'origine germanique quacolas écrit quaylas dans un manuscrit de Reichenau du viiie siècle ; et la graphie hotilia (= *buttic'la) dans un texte de la Loi Salique, transcrit à la lin du même siècle, prouve encore plus nettement que le mouillement de / était accompli dès cette époque. Sur l'évolution ultérieure, voir § 190-

Remarque I. — Dans le groupe complexe sd, la gutturale entre deux consonnes disparaît en français. Ex.: Masc(u)lu, afr. maslc, nidle ; mûsc(u)lu, moule; *misc(u)lare, w^'/er. La forme racler (= *rasiculare) n'est pas originaire du Centre, mais de la région du Sud-Est, et le verbe rdkr (quoiqu'il n'apparaisse qu'au milieu du xvie siècle) semble en être le doublet vraiment français. Comparez la disparition du i;^ dans immie (afr, marle= celt. *margila) .

Remarque II. — La conservation du groupe cl entre voyelles, sous forme affaiblie de. gl, dans seigle (= *sècà\e, cl. sècàle), aveugle (=*3i.hocù\u), jotigletir, ad.jogîcor (= joculatore), et ))iarguillier, afr. marreglier ( := matriculariu), prouve que ces mots ne sont pas de formation populaire primitive. Il en est de même pour siècle (=^ saecùlu), miracle (z=: miracûlu), et i-èole (= régula). Le mot graciila a donné en fr. graille qui est régulier, et une seconde forme groUe ou grole (par un intermédiaire *graviila, *graiila, sous l'influence de ravus). Sur la transformation de tuile (= tegCda), cf. § 49, IL — Quant à l'adjectif/rflo-î/e(w), il est devenu frêle (afr. frailc ; et aussi fraisle sous l'influence de o-m/^/t' =: gracile, § ii7,hist.), par un développement anormal.

134. Groupe GN. — Dans ce groupe le g se résout en un yod, qui se combine avec n pour le mouiller (cf. ng -|- e, i, § 1 16, II) : à la finale, ce y mouillé disparaît dans la prononciation moderne en nasalisant la voyelle précédente (cf. § 200, I). Ex. : a) Agnellus, agneau ; dignare, daigne?- ; *insignare, enseigner. — b) Signu,5gf«[^];pugnu, poin[g].

Remarque I. — Dans les mots d'emprunt (digne, règne, signifier, etc.), le groupe gn a aujourd'hui la valeur de tj comme dans les autres : mais en ancien et en moyen français ces mots se prononçaient avec n simple, prononciation restée usuelle jusqu'au début du xviiie siècle à Paris, où l'on disait aussi aneau pour agneau. Une trace de cette réduction nous a été conservée parlemot signet [sine],et par aine, qui est pour aigne, afr. eigne, eitigne (= inguïna) ; quant au verbe connaître, il remonte à une forme du lat. vulg. *conoscere (cl. cognoscere). La prononciation latine par gn ne se trouve que dans quelques mots savants d'emprunt récent (igné, stagnant).

Remarque II. — Le suffixe -ai^îne (par des étapes *-ayîne, '-iiyiic, *-iTyu) aboutit à -aiii dans plantain (= plantagïne), /•^orm, afr. provain (z= propagine), fnsain (= *fusagine), parpaing (^ *perpagïne). La finale du mot avertin (r= vertîgïne) a subi une transformation analogue.

Remarque III. — Le groupe gm a eu des destinées très distinctes de celles de gn. Le g (passant probablement par la fricative y) tendait à s'y vocaliser en u dès le latin vulgaire, et VAppenâix Prohi recommande déjà vers le iii^ siècle de prononcer « pegnia non peunia ». On a eu, par suite : Sagma, afr. some, somme; *phantagma(cl. phantasma),/rt«/owg ; phlegma,afr./e«wc, flemme ; pigmentu, afr. piument, piment.

Remarque IV. — L'explosive sourde c s'était en général déjà altérée avant de se trouver rapprochée d'une consonne nasale (sur décima, acïnu, *cecinu, etc., cf. § 117, hist.). Le- mot diacre, qui par un intermédiaire *diacne remonte à diacônus,QS\. un mot savant. Dans pect{i)nare (fr. peigner) on avait un groupe complexe ct'n, qui, en se simplifiant, a donné le même résultat que gn .

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