‹ Précis historique de phonétique françaiseChapitre 39 sur 68 · Groupes CT, GT, GD. — Dans ces · texte numérisé non relu

Groupes CT, GT, GD. — Dans ces

groupes, il y a eu devant la dentale résolution de c et g en un yod, qui s'est combiné avec la voyelle précédente. Ex. : a) Factu, fait ; lacté, lait ; \2iCX.\ic2i, laitue; péctus, pis; tèctu, toit ; vectura, voilure; nôcte,nuit; trûcta, truite. — b) LégCi)!, ///; *frïg(i)du,/m^ ;iïg(i)da, raide.

Historique. — La transformation de et en yt (sans doute par un intermédiaire 7/) a des origines lointaines. Il est probable que de très bonne heure les Gallo-Romains ont été inhabiles à faire entendre le son explosif du c latin devant une den-

taie : ils l'ont altéré en un son fricatif, et dans leur bouche factum est devenu *fci-/Ui (d'où ensuite *faytu, et fait). — Dans les groupes de formation secondaire g't, g\i, le g devait en réalité être déjà à l'étape y, quand il s'est trouvé rapproché de la dentale.

Remarque I. — Le groupe et précédé de n offre un c^s spécial, où le c se résolvant en yod a servi primitivement à mouiller la nasale. Ex. : Sanctu, saint ; punctu, point ; tinctura, teinture (cL § 199, IV). — Sur le développement du groupe et -{y, voir§ 147, III).

Remarque II. — L'afr. luitier (:= luctare) est devenu au xvie siècle lutter (peut-être sous l'influence de l'italien lottare). Jeter qui remonte au lat. vulg. *jectare (cl. jactare) fait difficulté, a moins de supposer qu'une forme *jettare s'est introduite de bonne heure en Gaule. Pour flotter et roter, on peut admettre que, dans les primitifs ht.fltietfiare et *ructûare(c\. ructare), le changement de et en tt est en relation avec l'effacement normal de l'rt consonne (§ 174, 2°) iflot et rot sont des substantifs tirés de ces verbes. — Vietuaille est une forme refaite au wi^ siècle pour l'afr. vitailte (= victualia), conservé dans ravitailler, et où le V provenant du c s'était fondu dans 1'/ initial. Les mots tels que facture (factura), doctrine (doctnnâ), victoire (victona),rcspect (doublet de répit = respéctu), etc., se trahissent par leur forme comme des mots purement savants; il en est de vnèîne de sujet (subjectum), objet (ob\cctun^), contrat (contractum), etc.

Remarque III. — Le mot dlgltum s'était réduit dès le latin vulgaire à *dltii (d'où l'afr. t/oz, écrit ensuite doigt par réaction de l'orthographe latine). La forme de amande (par des intermédiaires *atnandle, *aîmandé) remonte à amandûla, altération populaire de aiiiygdaîa (gr. àauYoâÀT,) ; cf. le doublet savant (iniygdale.

136. Groupe CS. — • Ce groupe est essentiellement représenté en latin par a: (c -{-s) qui était une consonne double. Dans es, il y a eu devant la sifflante résolution du c en un yod, qui s'est combiné en français avec la voyelle précédente (la sifflante sourde s'orthographie s, ss, x,et s'efface à la finale ou devant une consonne dans la prononciation). Ex. : Axe, ais ; laxare, laisser ; frax(i)nu, afr. fraisne, frêne ; côxa, cuisse; bùxu, buis; séx, afr. sis, six; *sexanta (cl. sexnginta), ziv. soissanie, soixante.

Remarque I. — Dès l'époque du latin vulgaire, x s'était réduit à s simple dans la particule ^.v-, devenue es- devant consonne. Ex. : Exclusa (*es-clusa), afr. escluse, écluse; *t\\egtrt, afr. eslire, élire ; extendere, afr. estendrc, étendre ; *expaventare, afr. espoenter, épouvanter (sur l'effacement de 5 -f- consonne en français, cf. § IS?)- Devant voyelle, il v a eu assimilation des deux éléments de .v en ss {essaim = examen, essai = exagiu, essorer = *exaurare) ; dans exire, où la particule n'était plus sentie, x est passé à vss (afr. eissir, oissir, puis issir, § 95, II) ;cf. aussi lessive (^ lixïva), qui doit être pour une forme antérieure *leissive. Le x du groupe complexe xt s'était de même réduit ordinairement à 5 simple. Ex. : Extraneu (*estraneu),afr. estrange, étrange ; *dextrariu, destrier ; *juxtare, afr. joster, jouter; sextariu, afr. sestier, setier ; mixtura, afr. niesture, méture ; *tax(i)tare, afr. taster, tdter. Enfin les verbes tâcher, lâcher, afr. 'taschier, laschicr, supposent de même des formes *tascare, *lascare = *tax(i)care, *lax(i')care. — Les noms comme exemple, exact, les verbes conmie exclure, extraire (dans lesquels le préfixe a conservé sa forme latine au lieu de passer à es, é-) sont etnpruntés ou ont subi des réactions savantes.

Remarque II. — Dans le latin de la Gaule du Nord, le

groupe se paraît avoir subi d'assez bonne lieure une transposition de ses deux éléments devant les voyelles vélaires o, n finales ; le résultat a donc été le même que pour .v. Ex. : Nasco, tuns ;dïscu, afr. dois, dais ; *boscu, bois; mariscu, marais ; *conosco, afr. conois, connais (cf. § 54, hist. /'). A la i^epers. sg. de l'indicatif présent, dans les verbes inchoatifs du type de *finisco, il y a eu fusion du y avec Vi accentué (fr. finis) ; de même à la 3= pers. pi., -75a/n/ aboutit au fr. -issent (cf. connaissent, aîr.conoissent = *conoscunt). — L'ancien français avait un adjectif /ow(=lùscu), dont la forme féminine losche (:= lùsca) puis louche s'est généralisée pour les deux genres. Quant au mot vièclM il paraît remonter à un tvpe vulgaire *nncca remplaçant le lat. cl. 7nyxa.

Remarque III. — Dans le groupe c + 5 de formation secondaire à la finale, le c s'effaçait en ancien français devant un s de flexion (afr. ars ■=. arcus, clers = clericos, etc.) : l'orthographe moderne l'a rétabli, et il est tantôt sensible (arcs), tantôt muet (clercs), ce qui est en relation avec la façon dont s'est formé le nombre dans les noms (cf. § 128, et § 191, hist.).

137. Groupes CW, GW. — Ces groupes sont représentés dans l'orthographe latine, par qti (quelquefois cil, cii) et par g 11.

i"" A l'initiale et à l'intérieur du mot derrière une consonne, ces groupes ont perdu leur élément labial ■w, et la gutturale est restée intacte en français (où elle est écrite c ou gn, i^ ou gn\ Èx. : a) Quare, car; quadratu, carré; quadragesima, carême; quassare, casser; quomo(do), comme; *quetu (cl. quietum), coi; qui, qui; quando, quand; quale, quel ;*quâtiov (cl. quatuor), quatre; *quarranta (cl. quadraginta), quarante ; coagulare, cailler ; *coacticare, cacher (sur

les mots comme gué = *gwadu, cl. vadum, cf. § 163). — h) Unqua(m), onques ;* pascuaticu, pacage; lingua, langue; unguentu, onguent ; languore, langueur.

Historique. — L'élément labial de ces groupes était certainement encore sensible au viiie siècle, lorsque f -|- a passa kts, § 120 (carru devient enfr. clmr, tandis que (///arc aboutit à car). Il ne parait pas s'être effacé complètement, devant a du moins, avant la tin du xii^ siècle. C'est seulement à l'époque moderne et dans certains mots savants qu'a reparu une prononciation g-iu, f kzo {lingual, éqiiatioti), et parfois Icï'u (équestre).

Remarque I. — Les noms de nombre quinqxic et quinqua- ^/h^i7 étaient devenus par dissimilation régressive en lat. vulg. / "ciiigiie, *ciiiquanta (h. cinq, cinquante). Le mot qnerquediila, passé d'abord par dissimilation à *cerquedula , puis à *cerceditla par assimilation progressive, donne en fr. sarcelle. Enfin le pronom chaciDi remonte à un type *cascumi, pour quisque-uniis avec une initiale modifiée sous rinfluence de *catiinu (afr. chèun =z gr. /.axd — unum), expression qui paraît s'être répandue en Gaule de bonne heure sous l'influence des marchands grecs.

Rei^iarque II. — Sur tordre (= *torcëre, cl. torquëre), cf. 5 iJ^i, ni ; sur éteindre (=: *exstingëre, cl. exstinguëre) et aine {= inguïna), cf. §§ 62, 2°, et 134, I.

Remarque III. — Le son de la gutturale devenue finale persiste ordinairement dans donc {= *dunque) mot après lequel la voix fait une pause, et partiellement dans cm// (= *cinque) ; cf. cinq enfants[sèk àfà\, j'en ai cinq [^à ne sèk], mais cinq sous [se su]. Il s'est effacé dans sang [su] (= sangue, cl. sanguinem), qui est en afr. sanc, et où l'orthographe moderne a rétabli un g étymologique. Cependant, dans quelques cas de liaison étroite, le son k

a été conservé ; cf. sang impur [sàk èpiir], suer saug et eaulsïve sJk f <>]■

2° Placés à Tintérieur du mot entre deux voyelles, les groupes cw eigii' semblent avoir en général perdu de bonne heure leur élément guttural. Ex. : a) Aqua, eau(jpa.r une série *eive, *eawe, eaue, § 38, V). Toutefois on a d'autre part suivre, afr. sivre (c'est-à-dire *sieivre = séquere, cl. sequi) ; cf. de plus l'afr. ive (=; ëqua). — b) *Legua (celt. leuga), lieue ; *tregua (germ, treuwa), afr. trieve, trêve.

Remarque I. — Les mots coquêre et coqulna étaient devenus par assimilation progressive en lat. vulg. *cocère,*coâna, d'où en fr. cuire, cuisine (cf. § 100, I, et § 117, hist.). Le verbe lacer, afr. lacier, reporte aussi à une forme */fla'rtre(cL laqueare).

Remarque II. — L'afr. aiguë (=z aqua), ainsi que son dérivé aiguiîre, sont des formes dialectales originaires du Midi. Les mots égal (= aequale) et aigle (= aquila) ne présentent pas des transformations purement populaires, ce qui s'explique pour le second, désignant l'emblème officiel des légions.

I consonne.

138. Vi consonne des Latins (écrit postérieurement/) était semi-vocalique, et équivalant à la fricative palatale }' ; il se trouvait soit à l'initiale du mot, soit à l'intérieur entre deux voyelles.

En français :

1° L'i consonne initial aboutità ^ (écrit y, o-).Ex. :

Jocu (*yocu), jeu ; jugu, joug; jungere, joindre ; jurare, jurer.; jumentu, jument; ^jeniperu, genièvre ; jacet,

Historique. — Cette transformation s'explique comme celle de g (+ e, i) initial par une série jy, dy, d^ (cf. § ii5,hist.), et le résultat a été le même : on a prononcé un mot comme jeu d'abord d^œ, puis ~œ au xiii^ siècle.

Remarque. — On peut rapprocher de ce traitement celui qu'a éprouvé hy (Jii) au début de certains mots savants tels que jacinthe (hvacinthus), Jérusalem (Hierusalem), Jérôme (Hieronymus).

2° L'/ consonne à l'intérieur des mots, ayant la valeur à'viW yod (prononcé /y), s'est combiné avec la voyelle précédente. Ex. : Maju, mai; raja, raie; major, maire ; *péjor, pire ; *trôja, truie.

Remarque I. — Entre e et u, un /consonne s'est effacé dans jeûner, afr. jëutier (r= jejunare), soit pardissimilation, soit pour des raisons analogues à celles qui ont transformé securu en s'éiir, sûr (cf. § 126). De là est venu notre verbe déjeuner (= des- -|- jeûner), tandis que d'autre part le lat. vulg. *dîsjejunâre, devenu pardissimilation *dJsjuncire, aboutissait à l'afr. disner, dîner.

Remarque II. — On sait qu'en latin vulgaire tout /ou c atone en hiatus avait pris la valeur de y, et que plus tard cet élément palatal s'est aussi dégagé en certains cas des gutturales. Sur ces faits et sur leurs conséquences, cf. §§ 4, III ; 26-31, et le Précis passim.

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