En français, les groupes latins tr et dr
!• Sont restés intacts, lorsqu'ils étaient euxmêmes précédés d'une autre consonne. Ex. : a) Mitt(e)re, mettre ; alt(e)ru, autre ; capistru, chevêtre ; ostrea, huître. — /;) Vend(e)re, vendre ; *mord(é)re, mordre ; perd(e)re, perdre.
/ 2* Entre voyelles, ils se sont par assimilation
/ réduits à rr ou r. Ex. : a) Petra, pierre; pâtre, père ; P latrone, larrsn ; nutrire, nourrir ; it(e)rare, errer ;
*but(i)ru, beurre ; Matrôna, Marne. — h) Quadratu, carré ; 'hed(e)ra, lierre ; rid(é)re, rire ; occid(e)re, occire ; claud(e)re, clore.
Historique. — Il semble que, dès l'époque du latin vulgaire, le groupe dr s'était quelquefois déjà modifié en syllabe atone, car on trouve quarranta (d'où le fr. quarante') pour quadraginta, sur des inscriptions. D'une façon générale, il faut observer qu'entre voyelles le groupe //' est d'abord devenu dr : on a eu *padre (pâtre) comme quadraiu . Ce d, que notent encore les manuscrits du xie siècle, avait devant r le même son fricatif 0 qu'entre voyelles (§ 142) : au xii^ siècle, il s'est effacé ou est devenu r par une assimilation régressive (sur le son de rr, cf. § 181).
145. Les groupes tl et dl, qui n'étaient pas originaires en latin, ont éprouvé en français un effacement de la dentale par assimilation. Ex. : a^ Spat(u)la, afr. espalle, épaule ; met(u)la, ineiile; *rot(u)lare, afr. roller, rouler. — F) Mod(u)lu, afr. molle, moule ; *cerced(u)la, sarcelle.
Historique. — Lorsque le groupe // s'était formé de bonne heure en latin vulgaire, il y avait passé kcl : au "nie siècle, VAppendix Prohi interdit déjà les formes vëclu (=: vetulum) et sida (z=. situla) devenues en fr. vieil, seUle, par une transformation qui concerne les gutturales (cf. § 133, 2°). — Dans les mots cités plus haut, il s'était au contraire formé par assimilation un groupe II, dont le premier élément devait être un / vélaire qui se sera vocalisé devant le second comme devant toute autre consonne (§ 188), et s'est alors combiné avec la voyelle précédente. Le mot meule remonte sans doute à une forme *melle ; si la finale de sarcelle est restée intacte, c'est par
suite d'un rapprochement avec le suffixe -elle, afr. -ele (=. -élla, § 48, I), et on trouve d'ailleurs au xive siècle la forme cerceulle.
Remarque. — Les mots comme épître (=r epistôla), chapitre (=-: capitùlu), apôtre (= apostôlu), où // est devenu tr, sont des mots savants d'introduction tardive (les formes epistle, chapitle, apostle, etc., sont fréquentes encore en ancien français).