Il y a ici trois cas à distinguer
1° Les labiales sont suivies de l'une des vibrantes
2'=' Elles sont suivies d'une autre consonne quelconque ;
3° Elles sont suivies d'un yod.
168. Les groupes latins prêt br, précédés d'une voyelle, passent en français à vr; le groupe originaire vr persiste (les labiales se sont donc comportées ici comme entre deux voyelles, § 165). Ex. : rt) Capra, chèvre; aprile,â!t'n7 ; lep(o)re, lièvre ; recup(e)rare, recouvrer. — /^)Labra, lèvre; febre, fièvre; *colôbra, couleuvre ; lib(e)rare, livrer. — c) Viv(e)re, vivre.
Remarque I. — Dans dpre, afr. aspre (=r asperu), vêpres, afr. vespresÇpz vesperas), pourpre (= purpura), etc., pr a persisté parce qu'il était précédé d'une consonne. De même br dans arbre {=: arbora), onihre (= umbra), ?7ZfOT^/-^ (^ membru), etc. Abri vient àt abriter, afr. fl/^rfer (=apricare), où la conservation entre voyelles de /';■ représentant pr indique une provenance méridionale.
Remarque II. — La transformation du groupe pr dans sur, afr. sore, sour (= super) est due à l'emploi proclitique de cette particule; cf. sourcil{-=z superciliu), tandis que conformément au § 72, III, les composés de création française qui ont ce préfixe sont surprendre, surpasser, surface, etc. L'afr. savrai ou sarai (=■ *sapêre-hâbeo) est devenu saurai ;ci. plus bas aurai.
Remarque III. — Le mot palpebra était en lat. vulg. *palpL'tra, d'où le fr. paupière (d'après le 5 144, 2°). Le b du
groupe br s'est vocalisé anciennement dans fabrkii, devenu *favriga, *faiirga, d'où le fr. loro-e (§83). L'ancien français avait le futur régulier avrai ou arai (= habêre-hâbeo), qui a été remplacé vers le xv^ et le xvie siècle par aurai forme originaire du Midi ; cf. aitrone (abrotônu) qui est aussi un emprunt fait au provençal. Dans les infinitifs hoivre (= bibere) et escrivre (= scribere), remplacés par boire, écrire, le v du groupe vr s'est perdu pour des raisons d'analogie proporuonnelle(é;'cr;Ve étant à écrit ce que dire est à dit, etc.).
Remarque IV. — Le mot hyhùdc .paraveredus(;gx. :io(pâ-|veredus)était devenu de bonne heure *palafrcdu (d'où le îr. palefroi). Le groupe vr précédé de / remplace le v par une dentale sonore (absolvëré, afr. assoldre, absoudre ; pulvère, afr. poldre, pondre'), cf. 5 189, rem.
169. Le groupe latin pi est passé à bl en français, et le groupe bl originaire est resté intact (yl ne se rencontre pas). Ex. : a) Duplu, double; cap(u)lu,afr. chable, câble. — ■ h) Tab(u)la, iable ; stab(u)la, elable ; eb(u)lu, hièbJe; culpab(i)le, coupable ; sab(u)lone, sablon ; *affib(u)lare,.a^i!//^/('r.
Remarque I. — A côté de double, câble, on rencontre en trançais les mots peuple (==. populu) et couple (= copulu), qui sont à demi savants : le premier est poblo dans les Serments de 842, et la forme co///;/(' employée par Rabelais est encore fréquente dans le français provincial. La forme éteule est dialectale (afr. estoble = *stupula,cl. stipula). Q.uant à scophlum, par un intermédiaire *scotàlum (se produisant sous l'influence de côtes), il était devenu en lat. vulg. *scôclu, d'où le fr. écucil d'après le § 133, 2° (cf. *veclu pour vetâluni, § 145, hist.).
Remarque II. — Le mot siffler remonte aulat. vulg. sijilare (d.sibilare), forme dialectale attestée par les grammairiens et
d'origine sahellique (cf. le mot Z)»^!^, emprunté à l'italien bufah=: bufalu, cl. bubalum). Le ^ du groupe W s'est vocalisé anciennement dans parabôla (gr. rapaêoXrî), devenu *paraiiJa, d'où le fr. parole; dans tôle ^= *taula (à côté de table = tabula), on a une forme venue de l'Est ou du Nord-Est, régions où le b de bl s'était vocalisé, et où les adjectifs latins en -abïlis notamment apparaissent au moyen âge sous des formes estaidc, ami r au le (a.n lieu du fr. -able de aimable, durable, etc). Enfin dans le mot eusoiiple {j=. insubûlu), la finale paraît s'être altérée sous l'influence de l'adjectif iOî^/'/t' (supplice, § 15, 1).
Remarque III. — Par suite d'une évolution très spéciale (due peut-être à l'emploi interjectionnel dans les commandements militaires des formes comme ambulemus ! ambidate .'), le verbe aiubulare, qui a donné d'autre part en fr. ambhr, paraît aussi dans l'usage général s'être réduit au Nord de la Gaule à *alare (attesté pour le viiie siècle dans les Gloses de Reichenau), d'où l'afr. aler, aller.