VOYELLES
II. Les vo)^elles, comme leur nom l'indique, sont le produit de la voix proprement dite. Leur caractère commun est d'être proférées avec une vibration des cordes vocales. Quant à la diversité de leurs timbres, elle résulte essentiellement des mouvements de la langue qui donne une forme et un volume spécial à la cavité buccale jouant le rôle de résonateur.
T2. On peut dresser des principales voyelles le tableau suivant :
PALATALES
VÉLAIRES
Fermées
Ouvertes
Le son de ces onze voyelles est celui qui s'entend respectivement dans les onze mots français suivants : Nid [ni'] ; dé Idê] ; sel [seï] ; patte [pat] ; pas [pà] ; port [por] ; pot [po] ; tour [tnr] ; fleur [flœr] ; peu [pœ]\ mur [/«wr].
13. Voici, d'autre part, les explications essentielles qu'appelle le précédent tableau :
a) Dans la tranche horizontale du bas a été placé Va (avec sa variété vélaire â), qui est la voyelle la plus pure, fondamentale en quelque sorte : c'est celle qui se prononce la bouche grande ouverte, avec un point d'articulation entre le palais dur et mou.
h) Pour les voyelles de la première colonne verticale (i, e, f), le point d'articulation est près du palais dur : ces voyelles sont donc dites palatales. On les appelle aussi voyelles d'avant ; ou bien aiguës, parce qu'au point de vue acoustique elles produisent un son aigu. C'est uniquement par leur timbre qu'elles diffèrent entre elles, autrement dit par le degré d'ouverture : / par exemple n'est qu'un e plus fermé, etc.
c) Pour les voyelles de la dernière colonne verticale (w, 0, g), le point d'articulation est près du voile du palais : ces voyelles sont donc dites vélaires. On les appelle aussi voyelles d'arrière; ou bien graves, parce qu'au point de vue acoustique elles produisent un son grave. C'est uniquement par leur timbre qu'elles diffèrent entre elles, autrement dit par le degré d'ouverture : Il par exemple n'est qu'un ç plus fermé, etc.
d} Restent encore les voyelles de la seconde colonne verticale (û, œ, ce). Au point de vue de la localisation, elles se rapprochent de celles de la première série, et sont aussi des voyelles palatales. On les appelle d'ordinaire palatales anormales ou arrondies, parce que, tout en étant formées avec application du
dos de la langue contre le palais, elles le sont en même temps avec une ouverture arrondie des lèvres en quelque sorte contradictoire (la même que celle qui accompagne les voyelles "vélaires). Pour prononcer û par exemple, la position de la langue est la même que pour i ; mais les lèvres sont arrondies comme pour prononcer n. Le timbre de ces voyelles n'est pas aussi net que celui des autres, et beaucoup de langues (notamment le latin) ne les possèdent pas. — Observons que les cases de la troisième colonne verticale sont ici restées vides : elles pourraient être occupées par des vélaires anormales. Mais ces voyelles (ainsi que les moyennes, intermédiaires entre les palatales et les vélaires) sont assez rares ; elles ne se rencontrent ni en français, ni généralement dans les autres langues romanes.
t') Enfin, conformément à l'aspect que présente le tableau, les voyelles des tranches horizontales du bas sont ouvertes, et celles du haut sont fermées : on les appelle aussi quelquefois respectivement voyelles basses et voyelles hautes, par rapport à la position que prend la langue pour les articuler.
14. Toute voyelle est susceptible d'être nasalisée, si, en la prononçant, on abaisse le voile du palais, de façon à laisser passer par le nez une partie de la colonne d'air. Ce phénomène se produit d'ordinaire
par suite du voisinage d'une des consonnes n, m (cf. 19, d). La résonance du nez s'ajoute alors à celle de la bouche et la modifie : mais ces deux résonances se combinent, elles sont simultanées, et une voyelle nasale ne se compose pas de deux sons.
Les quatre voyelles nasales les plus ordinaires sont à, è, ô, œ, qui s'entendent dans les quatre mots français : Sang [sa\ ; vin [ve\ ; son \s6\ ; brun [brcî]. Ces voyelles nasales (par rapport auxquelles les autres sont dites pures ou orales^ correspondent respectivement à â, e, 0, œ., voyelles ouvertes et basses qui se nasalisent plus facilement que les autres, étant donné que l'élévation de la langue gêne toujours un peu l'abaissement du voile du palais.
Comme la position de la langue est la même pour à eto, pour ^ et à ; comme d'autre part à et e doivent se produire sans avancement des lèvres, mais ô tl œ avec un avancement, il en résulte que : 1° si l'on avance les lèvres en prononçant à, on obtient ô ; 2° si l'on n'avance pas les lèvres en prononçant œ, on aboutit à è.
15. Les sons différant entre eux non seulement par leur qualité mais aussi par leur durée (voir plus haut 3, r), toute voyelle est susceptible d'être longue, milongue ou brève : ce qui revient à dire qu'on peut la prononcer en la prolongeant plus ou moins. On ne
distingue d'ordinaire que deux degrés de quantité pour chaque voyelle : en latin, par exemple, Va de Jiâsus était long, celui de mare était bref.
i6. Enfin deux voyelles successives peuvent se juxtaposer très étroitement et être prononcées d'une seule émission de voix : il se produit alors ce qu'on appelle une diphtongue. La diphtongue est dite décroissante, si le premier élément y est articulé avec plus de force que Tautre (italien //// « lui »); elle est croissante, si c'est le dernier (italien pieno « plein »). — Une triphtongue est la réunion de trois voyelles en une seule syllabe (italien buoi « bœufs «).