‹ Précis historique des opérations de l'armée de Lyon en 1814Chapitre 18 sur 40 · PRÉCIS HIST0R1QI1R · texte numérisé non relu

PRÉCIS HIST0R1QI1R

L'important était donc bien plus de les gagner de vitesse dans le pays de Vaud, que d'aller chercher un à un tous leurs détachements pour les attaquer et les battre? Si, enûn, Âugereau avait poursuivi avec vigueur l'exécution de ce plan tant défectueux qu'il fût, s'il n'eût pas arrêté trois jours le mouvement de ses troupes au moment décisif, peut-être cût*il pu réahser en partie les espérances de l'Empereur... Mais n'anticipons pas sur la marche des événements et passons aux faits.

Le 1 7 février, le duc de Castiglione ordonna au général Musnier de partir le même jour avec sa divi* sion forte de 4,000 hommes d'infanterie, six bouches à feu et 200 chevaux des 1*' de hussards et 31" de chasseurs, pour se porter sur Meximieux ; d'en chasser l'ennemi et de le poursuivre, soit sur la route de Genève, soit sur celle de Pont-d'Ain ; de marcher le 19 sur Pont-d'Ain en laissant un fort détachement à Meximieux , pour observer l'embranchement des deux routes, et quelques chevaux pour éclairer le pays et faire des reconnaissances, de s'avancer ensuite sur Bourg et de s'en emparer, après, toutefois, s-'ètre assuré que l'ennemi était en pleine retraite.

Le maréchal prescrivit également , le même jour, au général Pannetier de partir le i8, à 6 heures du matin, avec sa division, forte de 4,500 hommes d'infanterie, une compagnie d'artillerie légère elle 13* de

DES OPÉRATIONS DE l'aRMÉI: DE LYON. 47i

cuirassiers pour se porter sur Mâcon par Villefran* ehe 9 balayant tous les bords de la Saône , de s'etnpa^ rar de Mâcon et d'entrer immédiatement en com* munication avec la division Musnier.

Le général Bardet reçut Tordre de se rendre à Lyon, avec la division de Nîmes. Les généraux Marchand et Dessaix , maîtres des Echelles et de Montmeillan, devaient, pendant ces opérations de l'armée du Rhône, se porter sur Chambéry et menacer Genève.

Musnier attaqua et enleva Meximieux que Teniiemi occupait avec 1,000 hommes d'infanterie, 300 che^ vaux^, deux pièces de canon et un obusier. Les Am* trichiens se replièrent sur le village de Loyes, situé sur un mamelon , et présentant une excellente position militaire. Ils avaient réuni là 1,500 fantassins, 500 chevaux et six pièces , résolus à y tenir le plus longtemps possible , mais notre infanterie n'eut pas plus tôt fait mine de tourner le village, en filant par les hauteurs, qu'ils se mirent en retraite, couverts par. leur cavalerie, supérieure en nombre à la nôtre.

L'avantage du terrain rendit la perte de l'ennemi, en tués ou blessés, peu considérable De notre côté , nous perdîmes une trentaine d'hommes. Le général de brigade Ordonneau , les chefs d'escadrons Pl6s>^ sac, du 3 r de chasseurs, et Jourdan, du 1®' de bus»

sards (1), se distinguèrent dans cette journée. Ce dernier eut un cheval tué sous lui. Le 19, Musnier entra à Bourg, et le 30 au matin, il marcha sur Pontd'Ain y par la route de Bourg, tandis que la brigade Pouchelon, détachée à cet effet, prenait dans le même but celle de Meximieux. L'ennemi, qui paraissait s*être concentré dans cette position importante, où il avait réuni une nombreuse artillerie, ne voulut pas y attendre nos colonnes d'attaque. Il se hâta de l'évacuer, en se retirant précipitamment sur Nanlua, où se trouvaient des magasins considérables.

Le 22, la brigade Pouchelon s'avança sur cette ville, les Autrichiens l'abandonnèrent également sans combat et nous y fîmes notre entrée le jour mèmoj sans coup férir.

De son côté, le général Pannetier, conformément à ses instructions, s'était porté sur Villefranche, après avoir culbuté sans peine quelques postes ennemis le long de la Saône II se présenta le 19 devant Màcon. 3,000 Autrichiens essayèrent de défendre cette ville. Il y eut là un combat fort vif à la suite duquel nous pénétrâmes dans la place.

L'ennemi perdit beaucoup de monde tué ou blessé

(1) Le chef d'escadron Jourdan, depuis colonel d'un régiment de chasseurs, et plus tard colonel de la garde nationale de Limoges, est parent du maréchal Jourdan, et existe encore au moment oîi nous écrivons.

DES OPÉRATIONS DE l'AAMÉE DE LYON. 173

et 300 prisonniers. Pour nous, notre perte, bien que légère comparativement à la sienne, fut rendue plus sensible par la mort du chef d'escadron du 13* de cui-^ rassiers, Scarampi, oftîcier de grand mérite.

Sur les bords de l'Isère nos armes obtenaient des succès importants :

Le 6 février, comme nous l'avons dit (1), nos conscrits avaient devant Bellecombe et Fort-Barreaux lutté énergiquement contre un ennemi supérieur (2). Dans la nuit du 1 2 au 1 3, le général Marchand fît préluder à l'attaque du passage des Echelles, par la prise de la position de Saint-Pierre-d'Outremout. Situé en avant de la Chartreuse, près du col qui sépare la vallée du Guiers de celle du Grésivaudan, Saint-Pierred'Outremont pouvait servir à favoriser une tentative sur les Echelles. D'ailleurs l'ennemi profîtait journellement de ce poste pour jeter des partis jusqu'auprès de la Tour-du-Pin, et paralyser, par. des réquisitions énormes, nos ressources dans cet arrondissement. Le

(i) Chapitre i«' de Ia2« paille.

{i) Nous n'avom pas vu sans étonnement, le colonel Koch confondre, dans son ouvrage, le combat du 6, avec la fausse attaque faite le 31 janvier sur Fort-Barreaux. C'est le 6 février et non le c31 janvier qu'eut lieu la démonstration contenue devant laChavanne par notre artillerie, et pendant laquelle on vit les enfants du village de Barreaux porter dos vivres et des munitions à nos soldatg, sous le feu des Autrichiens.

i74 FHSCIS UlSTOMftUK

capitaine Brun, commandant une compagnie f ranche^ fut chargé de ce coup de main. Il descendit des montagnes de la Chartreuse à la tête de ses volontaires, surprit les 25 hommes qui s'y trouvaient, fit treize prisonniers et s'empara du village.

Le 15, Marchand avait fait ses dispositions pour la reprisa des Echelles. Le général Chabert reçut Tordre de partir de Yoiron, de réunir tout ce qu'il avait pti organiser de gardes nationales et de se porter à leur tête sur le pont de Ghailtes, afin d'appuyer le mouvement de la troupe de ligne sur la Grotte et les Echelles. Pendant ce temps-là, le général de Barrai devait diriger une colonne du 18* léger, ayant pour chef le commandant Roberjeot sur la droite, tandis que le major Thiloriè, avec un bataillon du 1*''' de ligne, se porterait sur la gauche de la position.

D'un autre côté il avait été prescrit au général Dessaix de forcer, le i6, le passage de l'Isère, l'intention de Marchand étant, sices divers mouvements offensif réussissaient, de se mettre en communication directe avec les troupes de Lyon et de s'emparer de Chambéry.

La plus grande difficulté était la reprise des Echelles. L'ennemi avait coupé la route, et le poste n'était attaquable que par le chemin dit de la Grotte, passage souterrain, taillé dans le roc, ne donnant accès qu'à trois hommes de front, et dont l'entrée avait été barricadée avec le plus grand soin.

DES OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE LYON. 175

Dès le point du jour, le général Chabert se porta avec les gardes nationales sur le pont de Chailles, il l'enleva à H heures du matin avec assez de facilité^ y établit immédiatement trois cents hommes, tandis qu'il faisait prendre position au reste de sa troupe sur le plateau qui domine la rive gauche du Guiers, de telle sorte que l'ennemi ne put recevoir de renfort de ce côté, ni opérer sa retraite sur ce point (1).

Retardée par les difficultés du terrain et la glace qui couvrait le sol, la colonne du commandant Roberjeot n'arriva près des Echelles que sur les huit heures du matin.

300 hommes du iS^ léger franchirent la rivière à gué, ayant de l'eau jusqu'à la ceinture, et se dirigèrent sur la Grotte tandis que les voltigeurs du 1" de ligne attaquaient de front. 150 hommes du même régiment étaient en réserve. En même temps, le major Thilorié après avoir passé le pont Jean-Lioud se dirigeait à gauche pour tourner les Echelles et couper la retraite à l'ennemi. Les Autrichiens abordés franchement et aux cris de vive l'empereur, ne firent une vive résistance qu'au passage de la Grotte. Nos volti-

(I) Après la prise des Echelles, l'ennemi ayant été chassé du département de Tïsère, Sain t-Vallier autorisa les gardes nationales à rentrer dans leurs foyers. Le général Chahertfut mis à la disposition du comte Marchand pour contitraer l'expédition.

geurs s'élancèrent vers la coupure, s'engagèrent, malgré un feu bien nourri, dans le souterrain, renversèrent les barricades, et parvinrent à déboucher du côté opposé après un rude combat.

Le lendemain, 16, le général Dessaix somma le commandant autrichien de Montmeillan de rendre sa place, fit passer l'Isère à ses troupes sur deux points, Conflans et Saint-Pierre d'Albigny. Le chef de bataillon. Gros- Lambert, commandant le détachement du mont Cénis franchit la rivière au premier point, Adine fils, au second. L'ordre était donné en même temps au major Bois, du 8* léger, commandant les troupesdeFort-Barreaux, de se porter surlesMarchi^s. Ces mouvements combinés contraignirent l'ennemi à la retraite, et dès le 1 7 au soir les trois colonnes firent leur jonction et s'établirent en arrière de Chambéry aux faubourgs de Montmeillan et Muclié. Les Autrichiens occupaient les faubourgs opposés, tandis que leurs patrouilles sillonnaient la ville.

La journée du 18 fut employée par Marchand, qui avait rejoint Dessaix, en dispositions nécessaires pour s'emparer de Chambéry et rendre cette ville le moins possible victime des événements. Les deux généraux français, voyant l'ennemi faire mine de défendre la place qui pouvait souffrir beaucoup, s'accordèrent à différer l'attaque. Dans la nuit les Autrichiens se replièrent derrière le pont et couronnèrent les hauteurs.

DKS OPÉRATIONS DE LARiMEE BE LYON. 177

Le pont et les hauteurs, attaqués à la bayonnetle et avec une grande résolution par nos troupes, furent emportés après les combats les plus vifs et qui durèrent une grande partie de la journée. Le château de Monlagny, situé sur la droite, fut pris et repris plusieurs fois, nos jeunes soldats déployèrent une rare valeur, s'emparèrent d'un obusier et bivouaquèrent sur le - champ de bataille.

Le 20, Tennemi au lieu de continuer son mouvement rétrograde parut vouloir prendre l'offensive, au grand effroi de Marchand et de Dessaix, car nos troupes avaient épuisé la veille presque toutes leurs munitions et n'auraient pu soutenir le feu pendant plus de deux heures. Heureusement les Autrichiens, que l'entrée en ligne des divisions d'Augereau commençait à effrayer, renoncèrent à toute tentative, et le lendemain Marchand, auquel était arrivé des munitions de Barreaux, ayant feint de les tourner par leur tlanc droit, ils se mirent à deux heures du malin en pleine retraite sur Annecy.

Le général Dessaix ne perdit pas de temps pour se mettre à la poursuite des Autrichiens, mais la marche de ces derniers était tellement rapide que le 22 seulement il atteignit leur arrière-garde à Aix.

Cependant , les renforts en marche continuaient à arriver à Lyon.

Le 19, le 2"" régiment de Toulon fort de 700 hom-

i78 PRÉCIS HISTORIQUE

mes, un bataillon du 145% 2 bouches à feu et 80 chcvaux arrivés la veille, partirent pourVejoindre la division Mfîsnier. Le 4* de hussards et une batterie d'artillerie légère se dirigèrent également le 23 sur Bourg, tandis que le 12* de hussards et le reste de Tartillerie venant d'Espagne se portaient sur Mâ( on pour renforcerle général Pannetier.

Enfin le 25 , la division de Nîmes, organisée et armée, tant bien que mal, et commandée par le général Bardet, reçut Tordre de se trouver le 27 en avant de Nantua sur la route de Saint-Claude , d'occuper ce dernier point le 28 et d'y attendre de nouveaux ordres. Il avait été enjoint à Musnîer de laisser à Nantua six bouches à feu et 200 hommes du 1 " de hussards et 3 1 • de chasseurs destinés à renforcer celte nouvelle division.

Ces dispositions faites et les trois chefs-lieux de département, Bourg, Mâcon, Chambéry étant rentrés à la fois en notre pouvoir par un mouvement , sinon rapide, du moins assez heureux, notre ligne se trouvait solidement établie, nos communications assurées^ et il était encore possible au duc de Castiglione, en réunissant toutes ses troupes et en marchant à leur tête sur Genève, sans perdre une minute, d'atteindre en partie le but de l'Empereur, mais la fatalité semblait prendre à tache de couvrir ses yeux d'un bandeau. La fortune avait beau seconder les armes de

DES OPÉRATIONS DE l'ARMÉE DE LYON. 179

fios soldats , leur chef restait insensible aiix lois de l'obéissance et de la nécessité. Il arrêtera tout-àcotrp la marche de ses diverses colonnes et perdit trois jours encore (du 25 au 28) pour aller, de sa personne, reconnattfe remplacement de ses troupes, leur donner sur le terrain des ordres qu'il aurait pu tout aussi bien leur envoyer de Lyon, puis il revint tranquillement dans cette ville.

Rien ne peut donner une idée du mécontentement de l'Empereur lorsqu'il connut toutes ces lenteurs du maréchal ; il désapprouva complètement et avec raison se§ premières opérations. En effet, ce n'était nullement là suivre les instructions qu'il avait envoyées, données, réitérées pour ainsi dire, à satiété, au duc de Castiglione. Aussi écrit-il le 22 à son ministre de la guerre : « Monsieur le duc de Feltre. € écrivez au duc de Castiglione que je vois avec peine, « par ses lettres, qu'il a disséminé ses troupes; il faut « au contraire les réunir,- marcher de l'avant et cul- « buter ce ridicule Bubna, qui avec ses mauvais sol- « dats ne soutiendra pas son approche. » Et par une lettre du lendemain, 23 : « Monsieur le duc de Feltre, « écrivez de nouveau au duc de Castiglione, que je « ne suis pas satisfait de ses dispositions, quHl vacher^ « cher tous les points où sont les forces de V ennemi « au lieti de frapper au cceur. Réitérez-lui Tordre de « réunir ses troupes en une aeule colonne et de

180 PKÉCIS HlS'i'ORlUUE

« marcher, soit sur le pays de Vaud, soit sur le Jura « et la Franche-Comté, en poussant devant lui le a corps de Bubna. Que ce corps n'est pas fait pour « lui résister, et qu'un succès de ce côté serait décisif « pour le reste des affaires , qu'il est fâcheux que le « général Musnier se soit battu n'ayant pas toutes ses « forces réunies. »

Or, est-il possible de donner des instructions plus précisés, des ordres plus formels? Que dire, que penser de la conduite d'Augereau ?

En vain le maréchal, dans ses dépêches du 28 (1), adressées au ministre, cherche à justifier ses opérations préliminaires, en disant que sans doute 1 Empereur ignore que les troupes qui étaient à Chà- Ions et à Màcon , ne font point partie du corps de lîubna, mais bien de celui du prince de Hesse-Hombourg; qu'il fallait donc d'abord dégager le point de Màcon avant de se porter en masse sur la Suisse ?

Qu'importait que les Autrichiens, occupant Ghàlons et Màcon, appartinssent au corps du prince de Hesse ou à celui du comte de Bubna? Ces troupes n'étaient pas assez nombreuses pour inquiéter la marche d'une forte colonne sur Genève, puisque la seule division Pannetier avait pu, en un jour, les rejeter de Màcon î Pourquoi d'ailleurs ne pas se borner à suivre les in-

(1) Voir pièces justificatives n*» 12.

DES OPÉRATIONS DE 'l'arMÉE DE LtON. i8l

structions de l'Empereur? Pourquoi surtout le maréchal restait-il à Lyon de sa personne, lorsque tout lui faisait un devoir de marcher avec ses troupes ? Aurait-il eu besoin d'arrêter le mouvement de ses colonnes pour aller reconnaître leurs positions ^ s'il se fût trouvé à leur tête ?

Devant de pareils faits il est difficile d'absoudre le duc de Castiglione, il est difficile même de ne pas se laisser aller à des réflexions pénibles pour la gloire de son nom.

Augereau partit de Lyon le 25 , traversa rapidement Meximieux, Pont-d'Ain, Bourg, Màcon, et revint le 28, après avoir reconnu l'emplaœnient des divisions Bardet, Musnier et Pannetier , et réglé leur marche sur Genève. Son projet avait été, d'abord, de laisser à Màcon la division Pannetier avec mission de garder cette ville et les deux rives de la Saône, mais il n'osa résister plus longtemps aux ordres si positifs qu'il recevait chaque jour. De son côté, Napoléon inquiet de la perte de temps du maréchal , reculant encore, malgré sa désobéissance et ses fautes, devant la mesure énergique et indispensable de son remplament, Napoléon qui ne savait comment arriver à l'intelligence du duc de Castiglione , pour lui faire comprendre ses projets, et obtenir de lui l'exécution du plan conçu sur Genève , imagina de faire écrire par le duc de Feltre au comte de Bondy, afin que ce

182 PftEClS HISTORIQUE

dernier vit Âugereau, et lâchât de lui persuader qu'il ne devait pas différer davantage à se mettre de sa personne à la tète de ses troupes pour marcher sur la Suisse.

Nous allons transcrire ici cette dépêche qui motiva entre le préfet du Rhône et le maréchal, le 28, un entretien fort important^ à la suite duquel Àugereau sembla se décider enfin à secouer son apathie, et partit pour se rendre à Lons-le-Saulnier.

Le ministre de la guerre au préfet du Rhône, comte Taillepied de Rondy :

^3 février 1814.

c( Monsieur le comte, conformément aux ordres « de l'Empereur , je dois vous faire connaître qu'en « réunissant un corps de troupes sous les ordres de « M. le duc de Gastiglione , l'intention de S. M» a « été de les faire agir en masse contre le général au- « trichien Rubna, qui, du point où il est rcstéi a di-* « rigé de faibles colonnes dans tous les départemenUr « voisins, où il est parvenu â jeter l'alarme, et dont c( il a paralysé les ressources. 11 est évident qu'en a marchant directement sur Genève, où est le noyau « de ses colonnes éparpillées, on parviendra facilece ment à les couper, si elles ne se retirent en toute « hâte ; puis en suivant cet avantage et culbutant le « corps qui couvre la gauche de l'ennemi, on peiil

DES OPERATION» PE L ARMÉE DE I.YON. i83

« menacer son flâne et ses derrières, attaquer ses « communications et faire une diversion avantageuse « en faveur de la grande armée. C'est dans ce sens <x que j'ai écrit à M. le duc de Castiglione, et non « seulement je lui ai développé toutes ces idées, mais a je les lui ai réitérées journellement, de toute ma-.» « nière, en l'invitant à ne pas perdre un instant a pour les exécuier. Sur ces entrefaites, et à la vérité « avant d'avoir reçu mes dernières lettres qui sont ce les plus formelles et les plus pressantes, M. le duc « de Gastiglione a disposé des premières troupes qui « lui sont arrivées pour les envoyer en expédition « dans plusieurs départements contre le gré et Tina tention formelle de l'empereur, qui n'a vu qu'avec « peine cette déviation des principes qu'il avait po-^ « ses, et qui m'a ordonné d'écrire à M. le duc de « Castiglione, pour lui rappeler ses véritables intente tioas, qui sont de ne point disséminer ses troupes, a de marcher en avant et d'attaquer vigoureusement « les Autrichiens.

« A cette occasion, l'empereur me prescrit devons « écrire sur le même objet, pour que vous puissiez a en.parler coniidentiellement à M. le maréchal, et « l'engager à agir dans le sens que je vous ai indiqué « ci-dessus. S. M. parait croTC que des idées de cette a nature gagnent à être développées et approfondies ce dans uq^ entretien particulier, et qu'elles s'incul-

^^i PRKCIS HISTORIQUE

« queront mieux de cette manière que sur un ordre « écrit, où Ton ne peut entrer dans tous les détails « nécessaires, et qui peut quelquefois avoir lui-même « besoin d'être répété. Quoi qu'il en soit, Monsieur « le comte, je vous prie de vouloir bien faire ce qui c< dépendra de vous pour répondre à cette marque « de confiance de l'Empereur, et à vous entretenir de « cet important objet avec M. le maréchal de la ma- « nière dont S. M, le désire. Vous pouvez lui dire que « l'Empereur jugeant, d'après Tordre qu'il en adonné « à M. le duc de Castiglione de quitter Lyon pour se « mettre à la tète de son armée, qu'il avait besoin de « voire coopération pour plusieurs objets de détail, a c< trouvé convenable de vous faire connaître ses vues « et les directions données à M. le duc de Castiglione, <c afin que vous puissiez d'autant mieux les seconder c< et vous en entretenir avec lui. Je vous engage, « Monsieur le comte, à ne pas perdre une minute « pour vous conformer aux intentions de l'Empereur « à cet égard, ayant soin de m'informer le plus tôt « que vous pourrez du résultat de votre démarche. » Une telle lettre, une semblable démarche auprès d'un préfet, prouve, selon nous, jusqu'à l'évidence, que l'Empereur tenait le duc de Castiglione ou pour un général inepte ou pour un soldat rempli de mauvaise volonté. Dès-lors il n'y avait plus d'hésitation à avoir; il fallait le remplacer dans son commaade*

DES OPÉRATIONS DE l'aRMÉE DE LYON. i85

ment, fût-ce par le général comte Marchand, fût-ce par un des divisionnaires venant de Tarraée de Catalogne, si le temps manquait pour envoyer à Lyon un maréchal.

Àugereau, néanmoins, n'osa celte fois désobéir complètement ; il fit partir pour Lons-le-Saulnier les équipages, le parc de l'armée, et y transporta son quartier-général le 2 mars.

Mais pendant ces quelques jours, Bubna avait eu le temps de se reconnaître. Seules, les troupes autrichiennes qui faisaient face à Marchand et à Dessaix, avaient été poussées avec vigueur. Celles des généraux Klopstein opposées à Musnier, et Scheiter opposées à Pannetier, n'avaient été nullement inquiétées après la prise de Nantua et de Mâcon , puisque les divisions françaises avaient reçu l'ordre d'attendre dans Jeurs positions les nouvelles instructions que le duc de Castiglione voulut leur donner sur les lieux mêmes.

Le comte de Bubna put donc replier ses brigades et ses détachements épars, leur assigner des points de réunion. Scheiter se retira sur Châlons avec ordre de défendre cette place à outrance, et de se réunir, s^il était forcé de l'évacuer (1), au corps du prince de

(i) Le mouvement de la division Pannetier et la prise de M« con le 19, ayant forcé Tennemi à se replier, la brigade Scheiter

PEÉCIS HISTORIQUE. i3

180 PRÉCIS lIlSTORiOUE

Lichtenstein occupé au blocus de Besançon. La brigade Klopstein fut dirigée de Saint-Claude sur Genève pour renforcer et rallier la brigade Zeischmester aux prises avec Marchand, occuper en force la ville et la défendre. Le prince de Schv^arzeraberg, prévenu immédiatement du mouvement du corps du Rhône,

opéra sa retraite sur Châlons, vivement inquiétée par trois raille gardes nationaux de Saône-et-Loire qui s'étaient réunis spontanément sous les ordres du général en retraite Bard, et par un coi-ps de partisans levé par Fadjudant-commandanl Damas. Crai^^ gnant d'avoir affaire à forte partie, le général Scheiter évacua Châlons le !26 au matin, et se retira sur les hauteurs environnantes. Les partisans de Damas à cette nouvelle occupèrent la ville, mais les Autrichiens reconnaissant bientôt qu'ils n'étaient pas poursuivis par les troupes de la division Pannetiér, revinrent à Châlons, que les partisans, trop peu nombreux, s'empressèrent de quitter pour tenir la campagne, inquiéter les détachements ennemis, tendre des embuscades et faire la petite guerre.

Puisque nous avons été amené à parler des partisans de Damas nous dirons qu'on a reproché à tort au duc de Castiglionede n'avoir pas encouragé la levée de ce genre de troupes irrégulières. Sans doute, les 2 ou 300 qui se réunirent, rendirent des services à l'armée de Lyon, notamment du 14^ au 23 février, oîi ils reconnurent et inquiétèrent l'ennemi sur la route de Tarare à Roaune, et servirent d'éclaireurs à la division Pannetiér^ mais on n'a pas réfléchi que pour avoir des corps irréguliers, il fallait leur donner des armes, et que le maréchal Augereau n'avait pas même de quoi armer les gardes nationales qui se trouvaient à Lyon venant des départements voisins, et consommaient dans cette ville des

tnSS OFÉRATIOTÏS DE l'aRMÉE DE tYON. <87

s'empressa de convoquer un conseil des souverains. La formation d'une armée nouvelle dite du Midi fut à l'instant résolue. Bubna, informé de cette détermination , reçut l'ordre de tenir le plus long tetrips possible pour donner le temps de marcher à son secours. Il lui fut enjoint surtout de ne rien négliger pour la défense de Genève (1).

Les trois jours perdus par Augereau du 14 au 17

vivres sans rendre aucun service. On n'a pas réfléchi non plus que l'ennemi occupait alors presque tous les départent ents des 8^ et \9* divisions militaires, el que dans ceux d'où nous pouvaient venir encore des ressomces en argent et en hommes, la levée des conscrits et Torganisation des gardes nationales présentaient des diflicultés immenses à cause de Tapathie des populations, de leur fatigue de la guerre et des craintes que leur inspiraient les vengeances de l'ennemi. Le tiers au moins des jeunes soldats et la moitié des gardes nationaux désertaient dès qu'on les avaient mis en route. Si donc nous devons citer une exception honorable, celle des habitants d'une partie du déparlement de Saône-et- Loire, toujours est-il que le maréchal, devant l'esprit qui animait les paysans, ne pouvait pas raisonnablement sacrifler le peu de ressources qu'il avait en armes et argent, afin d'arriver à dcb résultats pour le moins très douteux.

(i) Bubna en voyant les premiers mouvements de Tarmée d' Augereau, el surtout les succès de Marchand, avait été tellement inquiet pour Genève, que tout en orJonnant de construire sur les hauteurs voisines des ouvrages de canipagne, il avait prescrit Fëvacuation par le lac de 80 bouches à feu, laissant seulement sur les remparts de la place 30 pièces de moyen calibre.

i88 PRKCIS HISTORIQUE DES OPÉRATIOISS DE l' ARMÉE DE LYOX.

février, sa mollesse^ la dissémination inopportune de ses troupes, le temps d'arrêt du 25 au 28, en un mot sa conduite tout entière depuis l'arrivée des vieux et braves soldats de l'armée de Catalogne portait donc leur fruit. Ses fautes allaient devenir irréparables.

Page 1