‹ Précis historique des opérations de l'armée de Lyon en 1814Chapitre 21 sur 40 · CHAPITRE II · texte numérisé non relu

CHAPITRE II

Entrée en ligne de l'armée du Sud. — Augereau se met sur la défensive. — Affaire de Poligny. — Retraite du cœrps du RMne de Lons-le-Saulnier sur Lyon par la rive gaudbe dé h SaAne. — * Reconnaissance ordonnée sur Mâcon. — M usnier «e laisse emporter à la suite d'un premier succès et se trouve obligé de battre en retraite. — * Belle conduite du 12* de hussards et du colonel de Colbert. — Réflexions. — * Le général Bardet laissé sur la rive gauche de la Saône est forcé de se repher de Bourg sur Meximieux devant la division Hardeck. — Du côté de Genève, Marchand et Dessaix se maintiennent derrière la ri« vière de F Arve. — Inaction de Bubna. — Napoléon vent remplacer Augercau par Suchtt à Tarmée de Lyon. <— > Réflexions.

Tandis que le maréchal Âugereau, établi deaa personne à Lons-le-Saulnier avec la division Pannetîer, la cavalerie du général Digeon et une partie de son artillerie 9 lançait sur la Suisse, pour les rappeler presque immédiatement, les troupes de Nusnîer, Bardet et Pouchelon , les corps ennemis détachés de

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la grande armée alliée pour former celle du Sud, et destinés à le combattre., se réunissaient sur les deux rives de la Saône. Le prince de Schwarzembei^ avait désigné pour la composer : le corps du général Bianchi, une partie de celui du prince de Lichtenstein, le 6® corps allemand aux ordres du prince Emile de Hesse, le corps du général Wimphen^ le corps du comte de Bubna. Le commandement en chef fut donné au prince héréditaire de Hesse-Uombourg.

Le général Bi^nchi, au moment pu cette décision (ut prise, se trouvait avçc ses troupes et ^pe partjtî de Ja4:é«erve allQEean40 à CbàtillûQ-$ur-SeiHe. Il lui fut eiijoint de se diriger sur Chàlon^rsur-iS^ûn^t l^^ g^-uéral Wimphen, occupé au blocus d'A«iK6Mie, dut se tenir prêt à le lever dès que le corps de Blanchi sie trouverait à s^i hauteur. Le Ô*" corps étqit en marche de Bedfort çqr Dôlei on \^ lais^ coutinyer son q)ouvement. Buboa, pr^vwtf d^ C^ xlispqi^tiûQs, eut ordre d'oppoiep la plus grande résûitêHc^ pASiihla.

Le 3 mars, jour où la division Musnier repliait son avant-garde de Sainte-Gei^ue et repassait les Rousses pour revenir au;ii PetitoHQhi^ttw, ifi ^^péral Blanchi couchait à Beaune. U^ \^fïéimmn 4^ il^'approab^ d^ Seqrre pour couvrir Im opénUiQcis 4u général Wimphray leqitel ne laiissant devant Am^WPe que quatre bataillons et un esc^dron^ ixiaiichii Jiain^* diatement sur JLop^-i^rSauliiier.piir la roii^fc) 4* JMAb.

DES OPÉRATIONS Wt t'àlUIÉB DE LYON. tSH

Blanchi J6ta en même ttuip» un fort détacl^mfnt v^rs Gb&loxiSy pour reoforeer la i)rigaèi Séheîter qui n'en avait |mu» bougé depuis sa retraite de M àc«n« fiofiii une de ses divisions, celle du général Hardeek» vint couchera Louhans, moitié chemin deChàlons à Lons«ler^ulnier.

Huit jours s'étai^t donc écoulés depuis le moœMRt oii la formation de l'armée du Sud avait été décidéi;, jusqu'à celui oii, en partie réunie, die marcbfHtdl^ m duo deCasti^one. Or, ce dernier m daiitaU à peine de ce qui le menaçait, L'Empereur l'avait lait seirfemeat prévenir que quelques faible corpade la grande armée ennemie, battus par lui, désorganisés et on pleine netraite, allaient peut-^étre se rabattre de son cdtéy et qu'il lui serait facile de les écraser eutiè* rement. Ou l'on était bien mal informé à Paris de ce qui se passait au quartier-général des souverains» ow Ton agis^t avec le maréchal bien légèiwoent. Ap<* peler tcoupes désorganisées et ballues une hells arpiAe de 60,000 fantassins, 10,000 cavaliers, (rainant h sa suite 1 00 bouches à feu , c'était tromper le dnc .de Castiglione d'une façon bien dangereuse». Au^i astnil ' facile de comprendre son étonnemcRt d'#lv)ipd» Min indignation ensuite, lorsqu'il connut la vérité tout entière (1).

;i) Ce fait n'est conngnë nulle part, mais rautear abieq sou-

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Le général Wimphen fit prévenir les troupes au* trichiennes qui, le 9 au matin, avaient abandonné Arbois, que le lendemain elles seraient soutenues par son avant-^rde. Cette nouvelle leur donna de Taudace, et vers le soir elles réoccupèrent la ville. La brigade du général Gudin, avant-garde de la division Pannetier, était en position àPoligny, tout près d'Arbois. Le 4, à 7 heures du matin, les Autrichiens se présentèrent en face de ses avant-postes et les attaquèrent avec détermination. Le duc de Gftstîglione avait reçu avis j^r le maire d'Arbois de la prochaine arrivée de renforts considérables destinés^à l'ennemi. Le général Gudin fit à l'instant couronner les hauteurs à droite de la route par un bataillon du 1^ l^r, et lui-même s'avança à la tête d'une autre colonne sur la chaussée. Le combat s'engagea avec fîireur, mais au bout de quelques instants, l'ennemi ne pouvant résister à notre choc se replia en désordre. Ifosant effectuer sa retraite parla grande route, il se jeta dans les marais et les ravins qui la bordent à droite et à gauche, gagna le village de Ruvilly où arrivait une de ses colonnes, et repassa précipitamment Arbois, poursuivi de si près par nos voltigeurs que 100 des

vent entendu son père, chef d'état-major du maréchal, lui en parler, et lui raconter l'impression fâcheuse quMI produisit sur le duc de Gastiglîone.

DES 0PÉR4TI0II6 OS l'AMUSE DE LYON. 241

siens restèrent sur le champ de bataille et 400 furent faits prisonniers. Nous ne perdîmes (pi'unequiiismne d'hommes, grâce aux bonnes dispositions du général Gfttdin, à Ténergie de sa brigade et au courage ées hi^itants d'Ârbois, dont beaucoup guidaient nos tirailleurs en faisant eux-mêmes le coup de feu. ^'-^ * Le soir de cet engagement, le duc de Ga^glHMie eut enfin connaissance» d'une manière positif e^ de It marche sur Chàlons et la Saône du corps du^géNtod BiaocihiitDes courriers qu'il intercepta du coratè^e Bubna enfermé dans Genève» et du prince Atoys de Lichtemtein» commandant le blocus de BesailfiM» lui confirmèrent les projets des aUiés. Il sut qu'il allait avoir sur les bras une armée nombreuse et bien ap^ provisionnée détachée de la grande armée alliée, et que déjà 20,000 Autrichiens, en marche depuis quelques jours, s'approchaient de la Saône pour ^couper ses communications avec Lyon et l'isoler eom]^ètement. Dans la nuit, il fit ses préparatifs de départ, abandonnant avec raison, pour l'instant, tous ses dt»^ seins sur la Franche-Comté. Tandis qu'il dictait ses ordres, on vint le prévenir que des troupes légères franchissaient la Saône à Tournus. C'était des Hukns et des Cosaques , ces derniers encore inconnus aux habitants de cette partie de la France, qui se répandaient sur la rive gauche de la rivière, pour quer les mouvements du corps du général Bîanclri.

34< HâCl% UiSTOTIQUE ,

Le doute n'était plus peroini et il fallait faire faee au plufi pressé.

Un de ces corps, prétendus battus et désoi||ani«* sés,»apnoneé au maréchal par l'Empereur, entrait un ligne ; il n'y avait pas un instant à perdre pour couvrir Lyon, d'autant plus que Genève n'étant pas en uotre pouvoir, toutes les forces de Teniiemi devaient naturellement se porter sur le midi de la France.

Les divisions PaAnet^er^ Musnier et Digeonj étaient i-éunies au(oui*^e Lonsle-Saulnier; Bardât et Pou-^ chelon se dirigfcaient de Farges8urPont-d-4ifl ;4c8U pians de conduite se présentaient donc au loaraehal, marcher directement k l'ennemi, forcer le passage de la Saône à Tournus ou Màcon, et se placer sur la vive droite de la rivière entre Lyon et les alliés ; ou >bien se replier par Bourg sur la ville pour faire face è Ten* uemi. Dans le premier cas, il adoptait une oSéasive vigoureuse, dans le second, il donnait la préférence à une défensive prudente. . .

On a beaucoup blâmé le duc de Castiglione d'avoir pi'éféré le second plan au premier, mais on semble avoir ignoré qu'il n'adopta ce second plan qu'après avoir vu l'impossibilité de réaliser l'autre. Il n'héûta pas, au contraire, d'abord à essayer de forcer le pa»^ sage de la Saône à Màcon et à se porter sur la rive droite, mais, pour agir ainsi, il pensa avec raison qu'il

DES OPÉRAViaHiS AE l'iJUM» DE LYON. Ml

«^«iillM^ f^'tpop deteuletaesfavcei rénnids^ i\ wiiiiit donc rallier à Bourg les troupes de Bardet et ^ouduif km. Or, anriyé àam» eette viUe, il apprit d'^iBd manière certakie que ks Atètriohi«BS ûcOMpâient iéja Màoa« , qu'ds s'y retranchaient et qu'ils étaient en mesure de faire sauter le pont du faubxMWg Saiiit-r Laurent si on les attaûpiait sérieusement. Le 4w de dastigiione vit hieu alors qu'il aenaitd^ tûitte inspnir dence de hasarder un passage de rivière de vLve fi e e a É» devaot mi eRnemi dont il oe^oonftaissftît pas le mHnbre, «t de perdre ainsi un teinps|)ré&|èux que sas adverAiresll^vaient utiliser pour détaeher sur Lyoa un €0iipi eonsidérable et s'emparer de dette place. Le mapéçh^i ne comptait nullement sur les quelques miltiem de gardes nationaux du général Rémond. 11 le^ savait mal armés et mai organisés. En outre, les ^a*^ bitants de Lyon avaient piusieufs lèis montué une hésitation de mauvais augure , aueun des renfiMrts en marche n'était encore à proximité de la ville, l'ennemi pouvait done iiscilement l'occuper détruire Ifts ponts, et alors il se trouvait, lui, avec ses i0^4MiO hom^ mes, coupé de ses commiinicatiens, ooupé de la division qui lui arrivait de la Catalogne, isolé complètement de ses dépôts, des ressources que lui offrait .a seconde ville de l'empire, et obligé, pour rentrer en ligne, de forcer le passage ou de la Saône, rivière large et profonde, ou du Rhône, 0euve desplw^W-

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gereux, n'ayant pas avec lui le moindre équipage de pont(l)«

Ces considérations étaient certes bien de nature à lui faire modifier son projet primitif, aussi résolut-il de rentrer au plus vite à Lyon, en passant la Saône à Lyon même.

Se petite armée se mit en marche de Lons-le-Saulnier sur Bourg et Meximieux, le 5 mars, dans Tordre suivant :

Le 4* de hussards formant l'avant-garde avee trois compagnies de la division Musnier pour flanqueurs ; suivaient : une batterie d'artillerie, la division Musnier s'éclairant sur ses flancs, une seconde batterie, la division Pannetier, le parc d'artillerie, les équipages, les prisonniers de guerre, le 13"* de cuirassiers, enfin le 12** de hussards chargé de l'arrière-garde, avec trois compagnies de la division Pannetier pour flanqueurs. Les généraux marchaient en tête des colonnes, ayant chacun près, du chef de l'état* major général, un officier d'ordonnance pour porter les instructions du maréchal.

Ordre avait été donné au général Musnier d'occuper

(I) Les auteurs militaires qui ont écrit la campagne de i%H paraissent avoir ignoré complètement ce fait. Gela vient sans doute de ce que le rapport en date du 9 mars, du duc de Castîglione, n'en fait pas mention. Du reste, les rapports du maréchal, à partir du mois de mars, deviennent rares et surtout très laconiques.

DES OPÉRATIONS DB l'aMUÈS I>B LYON. M5

Bourg avec ses troupes et celles du général Poueheloiii pour coopérer par la ri?e gauche de la Saône aux mouvements qui pourraient avoir lieu sur la rive droite, et surtout pour contenir la division Hardeck détachée du corps de Bianchi, Tempècher de se jeter sur la division Marchand^ et observer les routes de Lons-le-Saulnier et Màcon»

L'armée arriva à Lyon le 9. Le duc de Casti^^ione^ après avoir donné un instant de repos à ses troi^^ envoya les divisions Pannetier et Musniersur la route de MlU^on prendre position à Yille-Franche. U les renforça d'un détachement de 2 bataillons et 50 gen^ darmes placés depuis la veille au faubourg de Yaise, sous le commandement du général Rémond. Le maréchal s'occupa ensuite de détails intérieurs, de la garde nationale, et des mesures à prendre avec les autorités civiles pour la défense de la ville, choses qu'il avait négligées avant ses premières opérations, ou plutôt aîixquelles il n'avait pu consacrer que peu d'instants, ayant à presser l'armement de ses troupes» et surtout l'organisation de son artillerie (1). Deux

(I) Voici encore un reproche peu fondé adressé au duc de Castiglione. On prétend qu'il pouvait fortifier les approches de Lyon, armer la garde nationale, mettre cette place en état de résister quelque temps aux attaques même d'une armée ennemie, et i*on ne veut pas se reporter par la pensée au commencement de 1814, c'est-è-dire à une époque où les caisses de l'Etat étaient vides,

940 PKRCm «JfffOMQOI

jours 86 jMMèrent «inaî, satn que les Avtrichienii fissent aucune démonstralion afffiis^Ye sur la rî?e droite de la Saône.

Le 10, le duc de Castigiione décidé à reooBHnelicer ^m opérations, mais ne sachant eftcofe quelles forcèfif i\ avait devant lui, ignorant tûètùë iti Mftcon était ot»^ cupée par un corps nombreut, résolut, aVfftff de rren entreprendre, de faire ftlife uâe recôttMfësAïkM ^ui contraignît les alliés à déployer la fntrfeoré j^ie de kurs troupes. Il chargea le général MmAkiêr d»Mfte «pétition délicAte, dAnfs latfuette où ûiVti féfiè lo#(, le projet d'une attaqtte sérieuse sur hrvitle de MlMiHi. I> ne faut que jeter les yeux sur les itistractlons don**

dîi le mardchal était obligé d*en1{)loyér toutes Mb Ttêsbtatcês pbàf 08 créer un matériel, orgâni^r tms àrlifl^ië, Mre-eèttftctiefiMtt des munitions. On ne veut pu compriÉdre la tiddéir, podr ne |ms dire plus, que le brusque, envahissenient par rennemi, d*une [H^tie de la France, avait répandu parmi les poj[)uIalions. On ne veut pas se faire à Fidée ^u'on avait en vain cherché à Lyon et (fans les campagnes environnantes cFes vivres pour les âufaifiùér aux gardés natioiiaux réunis dans cette ville. Atmét tdB'^Arde^ nationaux 1 organisez-les en brigade! écrivait le duc de Feltre, mais quant aut moyens d'exécution^ quant à de l'argent, à des armes, rien, toujours rien. Et puis enfin, pour qui a étudié arec soin l'histoire de cette dernière période de Feniinre^ h lassitude, résultat de 20 années de guerre, n'e&t^elle pas évidentel Bit-il possible d'attribuer à une autre cause tout ce qui sa passa après rentrée des alliés à Paris ?

DFS OPÉRATlOim M l'mBÉC DE LYON. M7

nées à MUMittr^ pour eoiii{freiMbMr qu'il s'agwsinl sei»lement d*uD6 démonstratimi^

Il prescrivit à cet officier général de partir le 1 1 m p«int du jdur avec sa division renforcée de 2 batail»long du 24" de ligne et d'ua batailloti de la gdU*de nHtionale du Rhône^ pour faire uw ree(mnaiâê$nc§ fsnt Mâcon. Il lai enjoignit de lui expédier sur^e-^amp un officier daus le oaé ^ rennenu lui parajlndt et) farde^ et d'agir avec une extrême cûfeonspaotioa.É^ de ne paa se trouver engagé au poûat d'être coatraînt de tenter l'enlèvement de la ville sans avoir reeottdli l'ennemi et acquis VenHère ceriilude de réussir*

Le maréchal ordonna en même temps au généial Bardet de se porter, pour le même objets directement de Btarg sur^Màcon et de faire coïncider êa reccfitîÊaiêêënoe avec celle du général Musnier afin de parler ger l'attention des alliés (1).

La division Musnier dépassa donc ViUefranclK le 1 1 au matin, et arriva au village de Saint^jieorps à 2 lieues de cette ville, précédée par le 12'' de buawrds. L» général Scheiter dont les avant*pôsl0B s'étendaient jusque-là, surpris, eut à peine le teitfps

(1) Nous avons reproduit les termes mêmes dans lesquels Tordre fut dotif^ë atix ^ét^ut Musnier et Bardet, dlh (h* biefi hite v^r ^ilir fie devaient hasarder Une attaque sérient sur Hiadh fau'après avoie acqu» l'aasuranoé l'un sueeès coinpl<»L

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de faire fionn^r à cheval. Le colonel Golbert du 1 2* de hussards formant son régiment en colonne par escadron, sur la chaussée, se jette brusquement sur la cavalerie ennemie qui essaie en vain de se déployer. Il la culbute et la sabre tandis que le 20* et le 67* de ligne attaquent Tinfanterie autrichienne et obtiennent sur elle un succès égal. Deux canons sont enlevés par les hussards, et le général Scheiter Messe lui-même d'un coup de sabre et démonté est obligé de s'échapper à pied du champ de bataille. Pendant deux heures l'ennemi cherche à rétablir le combat sans pouvoir y parvenir, grâce à l'énergiqueconduitedu brave Golbert et de ses hussards. En vain quelques escadrons de che-* vau-légers chargent nos cavaliers harassés de fatigue, ils ne peuvent ni les entamer ni les em*pécher de faire mettre bas les armes à un bataillon tout entier qui venait de se rallier sur la gauche de la route. Les kvh trichiens se mettent alors en pleine retraite. Enhardies par ce premier succès, nos troupes s'engagent imprudemment à leur poursuite qu'ellescontinuent jusqu'à une lieue de Màcon , l'artillerie et la cavalerie marchant en colonne sur la chaussée, l'infanterie également en colonne sur la droite et sur la gauche. Le général Musnier séduit lui-même par l'espoir d'enlever la ville ne retient plus sa division et s'avance à sa tête, sans savoir si Màcon n'est pas défendue par des forces considérables, oubliant l'objet de sa mission

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toute spéciale, et plutôt que de manœuvrer pour forcer l'ennemi à paraître sans se compromettre lui-même, il ne songe qu'à attaquer pour tout de bon. Il enjoint au général Ordonneau de tourner l'ennemi par la gauche, tandis qu'il se présentera de iront et qu'à la droite les troupes de Bardet sur lesquelles il compte et qui ne viennent pas, tiendront l'ennemi en échec. Tout allait pour le mieux, lorsqu'à deux portées de canon de la place, nos troupes se trouvent tout-àcoup en présence de 1 8 mille hommes dont huit régiments d'infanterie hongroise, en position sur des hauteurs fortifiées, et garnies de quarante bouches à feu. Ce déploiement de forces aussi imposantes ne fait pas renoncer Musnier à son projet.

Au lieu de prévenir le maréchal qui était à Lyon et la division Pannetier qui était à Yillefranche, ou de se replier en bon ordre, heureux d'avojr rempli les into'ntions de son chef, il s'entête à vouloir §e rendre mattre de Màcon, prescrit d'attaquer et fait mettre en batterie ses neuf pièces. Quatre sont bientôt démontées, la brigade Ordonneau vient se heurter inutilement contre la droite du général Bianchi qu'elle ne peut entamer, et sur la gauche de l'ennemi, Bardet ne parait pas. Au bout d'une heure de tentatives infructueuses, Musnier ordonne enfin la retraite qu'il est assez heureux pour opérer tranquillement en présence des Autrichiens et sans être poursuivi par

PRKCIS HISTORIQUE. ' 47

leur nombreuse cavalerie, parce que Bianpl^i j$e figure avoir aiïaire à toute Tarmée du duc de Castiglione.

Nous eûmes dans ce combat 500 hommes tpés p^ blessés, et Tennemi en perdit 800 pris ou tués.

Cet engagement fit le plus grand honneur au courage de nos troupes et surtout aux hussards de Colbert et à leur intrépide colonel , mais il nous coûta beaucoup de monde fort inutilement, puisque Musnier avec un peu plus de prudence et en ^ borpapt à suivre à la lettre les sages instructions qu'il 4vai( reçues n'aurait pas placé sa division pendant i|i)g heure sous un feu meurtrjer. Il devait s'estiaipr fort heureux de son premier succès sur la brigade Sçheiter, et après avoir reconnu l'ennemi en position devant la ville avec toutes ses forces, se replier à l'instant sur Saint-Georges et Villefranche.

On prétend que le duçde Castiglione euttprtde chercher à enlever Mâcon , et de ne pas faire soutenir k temps la division Musnier, mais on prête ainsj aq mgréchal des intentions qu'il n'avait pas, et la preqvç, c'est que la division Pannetier resta dans sa position de Villefranche. Or, s'il eut eu le projet d'att^que^r réellement Màcon, Augeres^u aurait employé ntisçnqablement pour cela toutes ses fqrces ré^nies, ^pe e^pér dition de ce genre ne comportant pas rattaquç p^i^^ tielle d'une seule division. Mais il n'çp était rieq, comme nous l'avons dit et ()r9u^^ pa^ |e^

donnés à Musnier et à Bardet, le maréchal vQylait simplement faire reconnaître Tennemi. Concentrant à peine uqe armée fatiguée par des marches récentes, il ne pouvait essayer d^ lutter de princeabord ^vec les al,liés, sans connaître au préalable les forces qu'ils avaient à lui opposer. Une r^conn^islançe d'ailleurs n'est qu'un mouvement préparatoire et non une attaque réelle. On a donc tort de blâmer Âugereiau. L^ blâme de cç combat, qui pouvait avoir des suitei$ désastreuses, doit retomber tout entier sur le général Musnier qui n'aurait pas dû cédi^r à uq entraînement fâcheux. Un général, même pour acquérir de la gloire , pa doit pas hasarder un co^nb^t inégal s'il n'y esi forçç, lorsqu'il a reçu des instructions formelles pour l'éviter, et que de ce combat peut résulter pour les opérations postérieures de l'armée des conséquences d')ine haute grA^ité^

Le maréchal prévenu à pnze heuf^ du ^oir 8ei]||ement de l'affaire de I^fâcon et de la retraite de Musnier, craignant que l'ennemi ne prit à son tour l'offensive pour nou^ replier (]e Yillefranchei s'eqipres^ de réunir tout ce qui restait (le disponible à Lyon et à la t^te de ce renfort il se mit lui-même en routç pour rejoindre ses divisions Mai^ Bianc^i ^'^t^jt borné à faire suivre par sa qivalerie le mouvement rér trogr^de 4e Musnifsr» san« chercher i^ profiter de i^

grn»i4e supériorité <iM9»é»iflU8.

25? PRÊnS HISTORIOl'F.

Voyons maiiilenant ce qui se passait sur la rive gauche delà Saône et du côté de Genève.

Le général Bardet, en position à Bourg, ayant en arrière de lui, à Pont-d'Ain, la brigade Pouchelon, s'était porté en avant sur la route de Màcon, le 11 au matin, afin d'exécuter l'ordre qui lui avait été donné de coopérer au mouvement de la division Musnier. Il ne tarda pas à se trouver en face de la division ennemie du général Hardeck, forte de 7,000 hommes, et à laquelle s'était jointe en outre la brigade de cavalerie l^èreYieland . Cette dernière manœuvrait sur son flanc droit pour le tourner et l'acculer à la Saône. Bardet, dont toutes les troupes réunies ne s'élevaient pas à plus de 3,500 hommes, comprit le danger qui le menaçait s'il persistait à vouloir se présenter devant Màcon, puisqu'après avoir fait sur cette ville la diversion qui lui était ordonnée en faveur des troupes manœuvrant sur la rive droite de la Saône, il lui était impossible d'opérer sa jonction avec elles, dans le cas où il serait trop pressé par les Autrichiens. Il crut donc devoir renoncer à ce projet devenu impossible, et rétrograda sur Bourg; mais il ne put conserver longtemps cette ville, le général Hardeck continuait et chercher à couper sa ligne de retraite sur Lyon, il pouvait atteindre son but grâce à sa grande supériorité numérique, et surtout grâce à sa nombreuse cavalerie légère. Bardet pensa donc qu1l devait se

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rapprocher des ponts de la Saône. Il prolongea sa retraite jusqu'à Meximieux, s'y établit le soir même sans avoir été fortement inquiété pendant sa marche.

Du côté de Genève, les choses étaient toujours dans l'état où le duc de Gastiglione les avait laissées en rappelant ses divisions. Marchand, réduit à son faible corps de 5,500 hommes, avait repris dès le 41a défensive. Espérant encore voir arriver sous peu de jours la division d'Italie qui lui était annoncée et par le maréchal Âugereau et par le duc de Feltre, il prenait courage, cherchait à gagner du temps, à ne pas perdre de terrain, afin de se trouver en position dès que les renforts l'auraient rejoint, de sommer de nouveau Genève. Plus conséquent dans ses projets sur cette ville que le duc de Gastiglione, comprenant l'importance attachée à sa possession, il était décidé à tout l'aire pour s'en rendre maître. Il écrivait donc au ministre, au maréchal, au prince Borghèse pour qu'on se hâtât de lui donner quelques bataillons ; mais le duc de Feltre ne pouvait rien pour lui, Âugereau, en face de 20,000, puis bientôt de 60,000 alliés, était hors d'état de lui envoyer du secours, et la division de Toscane fatalement retardée dans son mouvement, ainsi que nous l'avons expliqué au chapitre précédent, était encore de l'autre côté des Alpes. Le comte de Bubna néanmoins malade à Genève ne bougeait pas, et se bornait à se renfotcer sans paraître vouloir nous

ib\ PRÉCIS HISTORIQUE

déposter de notre position derrière la rivière de TAfre. Sans doute il attendait le commencement des opérations offensives de l'armée du Sud contre les troupes du duc de Castiglione. Si Marchand et I>essaix étaient tranquilles pour leur flanc droit et leurs communi cations avec Fltalie, il n'en était pas de même pour leur flanc gauche et leurs communications avec l'armée du Rhône. La retraite de Bardet sur Pont-d'Ain , Bourg et enfîn sur Meximieux, laissait leur gauche entièrement à découvert. Les deux déboiichésdleNântua et de la vallée de Saint-Rambert qui conduit par une belle route jusqu'à Seyssel où il existe un pont sur te fthône, étaient ouverts à l'ennemi. Marchand sentit le danger qu'il y aurait à abandonner ces deux points, il se décida en conséquence, malgré la faiblesse de ses moyens, à détacher de sa division deux bataillons pour tes occuper et les défendre le plus longtemps possible. Laissant Dessaix derrière lArve avec 4,000 hommes, il se porta lui-même sur Frangy. De là il dirigea un bataillon sur Ghâtillon de-Michaille et un autre siir Seyssel. H avait à l'avance reconnu ces points dont là défense lui avait paru facile à organiser.

Le bataillon placé à Chàtillon eut ordre de garder avec le plus grand soin l'entrée des gorges qui s^ë-

tendent de cette ville à Nantua, et dans le cas ùii il serait forcé, de faire sauter le poiit en pierre qui se trouve vis-à-vis Éélléfârdè, sur làfèrtédù fth^ftë, et

DE$ OPÉRATIONS DE l'aHMÉë DE LYON. 2o5

dé se replier sur Dessaix. L'autre bataillon, en pareil cas, devait se replier également sur la division après avoir brûlé le poilt en bois de Seyssel.

(Jn peu rassuré sur sa gauche, Marchand prit la résolution dé ne pas bouger jusqu'à l'arrivée des troupes dé renfort, ou tant que le maréchal Augereau n'auràit pas repoussé l'ennemi et repris Bourg et Pont* d'Ain. Jusqu'au 19 mars, aucune opération ne fut tentée, aucune démonstration ne fut faite du côté de Genève, ni par nous, ni par le comte de Bubna. Cette inaction était assez extraordinaire de la part de ce derriier. On ne conçoit guère qu'ayant plus de 8,000 hommes sous ses ordres, dans la ville, il n'ait pa» essayé de nous rejeter de Carouge sur Chambéry et Grenoble, et qu'il ait attendu si patiemment le dé- " nouement des afiTaires du côté de Lyon. Il s'exposait, en agissant ainsi, à se voir chassé de la capitale du Léman, si les renforts que nous attendions nous arrivaient avant l'attaque de nos troupes sur la Saône. Selon toute apparence, c'est ce qui aurait eu lieu sans la fausse interprétation des volontés de l'Empereur par le prince vice-roi. Marchand et Dessaix se trouvant à la tête de 11 à 12,000 hommes déjà aguerris, n'auraient pas hésité à attaquer Genève, et il est permis de douter que la place eût résisté longtemps.

L'Empereur, cependant, commença enfin vers cette é);)oqiie à compi^endre que lë duc de Gastiglione n'é-

tait pas décidément l'homme qu'il lui fallait à Lyon*. Ses fautes tant de fois répétées^ ses tergiversations continuelles, la force d'inertie que pendant si longtemps il avait opposée à ses volontés, ses mouvements inopportuns et de détails contre l'ennemi, et puis comme un bruit vague qui lui revenait de toute part, accusant le maréchal, lui firent ouvrir tout-à-fait les. yeux, et il résolut de lui ôter son commandement, mais il n'était plus temps. Napoléon qui hésitait si peu ordinairement, avait cette fois montré une longanimité fatale. Le 14 mars, il écrivit au ministre de la guerre : «Monsieur le duc de Feltre, je pense qu'il « serait utile de faire venir le ducd'Albuféra à Lyon, « car je crains bien que le duc de Castiglione n'ait ni (c l'activité, ni les moyens nécessaires, son armée « étant augmentée comme elle Test. Il est vrai que >* « le duc de Castiglione serait également propre pour « commander dans les Pyrénées où il est connu.

(X Faites-moi connaître votre opinion sur ce qu'il y « a à faire à cet égard. »

En marge de cette lettre de l'Empereur, le duc de Feltre mit de sa main : Le ministre s'est réservé de répondre sur cet objet à Sa Majesté.

Maintenant quel fut l'avis du ministre? Est-ce à lui que le duc de Castiglione dut son maintien à la télé, (le l'armée du Rhône, on Napoléon crut-il devoir tem- |>onser encore? C'est ce que nous ne pourrions dire.

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Cependant il n'est pas probable que le duc de Feltre ccirabattit en faveur du maréchal, car quelques jours plus tard il rédigea deux rapports assez vrais et fort sévères à l'Empereur, sur la conduite d'Augereau depuis le commencement de la campagne.

Le fait est que le duc de Gastiglione, pour le malheur de la France, resta à la tète de ses troupes. En faisant cette réflexion, nous sommes loin cependant de prétendre que le maréchal, à cette époque, et au point où en étaient les choses dans le sud-est, pût encore rétablir les affaires. Nous pensons au contraire que cela n'était plus possible, l'armée de Lyon avait tenu entre ses mains les destinées de l'empire dans les quinze derniers jours de février, mais dès l'instant où l'armée du Sud lui avait été opposée, son influence mv l'issue de lacampagne fut complètement annulée. A partir de ce moment, son rôle se bornait forcément H lutter de tout son pouvoir, pour garantir de l'invasion les provinces confiées à sa valeur.

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