‹ Précis historique des opérations de l'armée de Lyon en 1814Chapitre 3 sur 40 · CHAPITRE P · texte numérisé non relu

CHAPITRE P

Dénuement des places-frontières des 6*, 7* et 19® divisions militaires à la fia de 4843. — Causes de ce dénuement. — Neutralité de la Suisse. — Esprit des populations dans ce pays. — Conduite des alliés. — Détails SUT l'organisation militaire des départements de la 7* division. — Mesures générales prises par Napoléon. — Leur peu d'efQcacité. — Passage du Rhin parles alliés. — Marche de Buona sur Genève. — Situation critique de cette ville. — Conduite du générai baron de La Roche, commandant la V division militaire. — Mesures ordonnées par lEmpereur pour renforcer la garnison de Genève. — Conduite du baron Capelle, préfet du Léman. — Conduite du général Jordy. — Entrée des Autrichiens dans la ville. — RéQexions.

Lorsqu'on étudie avec soin les documents ofBciels relatifs à la campagne de 1814, on est stupéfait en reconnaissant combien le Gouvernement impérial, à la fin de 1813, avait négligé la défense des départements situés au sud et à l'ouest de la Suisse.

On peut affirmer que le 21 décembre, jour où les premières colonnes des alliés franchirent le Rhin, les départements du Jura et de l'Ain, dans la 6® division militaire ; ceux du Léman, du Mont-Blanc, de Tlsère, de la Drôme et du Simplon, dans la 7® ; celui du Rhône,

DBS

fftl4.

dans la 19*; étaient presqu'enlièrement dégarnis de troupes, et dépourvus de moyens de résistance.

Nous ne parlons pas ici des trois départements des Alpes, ni de celui du Var, parce quMls se trouvaient, les uns et les autres, couverts par la ligne des montagnes, ainsi que par les provinces défendues par l'armée du prince Eugène, et que l'ennemi ne pouvait, par conséquent, s'en approcher sans envahir l'ancien Piémont.

Cette imprévoyance du Gouvernement ne saurait s'expliquer autremeet que par deux causes : la première, l'espoir que Napoléon conserva jusqu'au dernier moment, de voir les alliés respecter la neutralité de la Suisse ; la seconde, l'urgence de garnir d'abord, avec les soixante mille hommes, seuls et nobles débris de l'armée française , les lignes de l'est et du nord-est de l'Empire , plus sérieusement menacées que celle du sud-est.

Nous nous efforcerons toujours d'éloigner de notre récit, les considérations politiques qui ont pu influer sur les événements généraux, notre but étant d'écrire une relation purement militaire. Cependant, nous ne saurions passer sous silence ce qui a trait à la neutralité de la Suisse , puisque, selon nous, on ne peut raisonnablement attribuer qu'à l'espoir du maintien de cette neutraUté, le dénuement dans lequel furent lais* ses nos départements limitrophes, et surtout Lyon, la seconde ville de l'Empire.

Napoléon mit, à cette époque, dans ses relations avec les puissances étrangères, une bonne foi dont il fut la victime. Telle est du moins notre opinion à eet

DES OPÉBATIONS DE l'aRMÉE DE LYON. 5

égard. Abusé par les notes, les tergiversations des conférences de Francfort, il crut longtemps à la sincérité des négociations. Dès-lors, il pensa que seul, sans le secours de la nation, il pourrait conserver à la France ses limites naturelles, le Rhin, les Alpes, les Pyrénées. Il recula devant la convocation des corps législatifs, commit la faute de ne pas faire de la cause impériale la cause de la patrie, et s'aperçut trop tard qu'il avait été joué par les souverains coalisés, trahi peut-être par quelques-uns de ses agents.

Comment lui faire un crime d'avoir cru à la loyauté des empereurs de Russie et d'Autriche, lorsqu'avant l'ouverture des conférences, ces princes posaient euxmêmes les bases des conventions immédiatement adoptées par la France? N'est-il pas naturel qu'il ne se soit point aperçu de suite que les négociations entamées et la feinte reconnaissance de la neutralité n'étaient que des leurres pour lui inspirer une fausse sécurité, retarder ou ralentir ses préparatifs de défense, donner aux armées ennemies le temps de se concentrer sur le Rhin, et le détourner de l'idée de prendre lui-même l'initiative, en occupant la Suisse? C'était, de la part

de ces mêmes souverains, singulièrement reconnaître la belle et généreuse conduite que Napoléon avait tenue à leur égard , le lendemain de la bataille d'Austerlitz !.....

Vers le commencement de décembre, un des principaux agents de la France en Suisse , ainsi que les préfets du Simplon et du Léman (1), prévinrent TEm*

(1) Voir Pièces justificatives, n*»« i et 2.

4 PRÉCIS OISTORIQUE

pereur que si les puissances faisaient une démonstration un peu sérieuse pour violer la neutralité, elles rencontreraient de la part des cantons, à l'exception de cinq, plus de sympathie que d'opposition. Que ce fait résultait de l'état de mollesse et d'apathie qui régnait dans les populations autres que celles qui s'étaient prononcées fortement pour l'acte de médiation, et que si la Suisse faisait mine de résister, ce serait pour la forme seulement.

Toutes les correspondances affirmaient ^n outre qu'on ne pouvait compter sur plus du tiers de la population totale, c'est-à-dire celle des cinq cantons que l'acte avait soustraite à la domination des autres.

Celui de Berne avait un parti très prononcé pour rrîndre aux anciens patriciens l'exercice exclusif de l'autorité. Il était mécontent et, par cela même, très enclin à se laisser faire violence par les armées ennemies. On assurait même qu'il avait envoyé à Francfort deux agents secrets, ayant pour mission de présenter des demandes contraires à celles des députés de la Confédération.

Mais, tandis qu'on écrivait dans ce sens à Napoléon, les puissances agissaient de manière à le rassurer. Elles voulaient, atout prix, lui donner de l'espoir, endormir sa vigilance, et lever le masque le jour seulement où il ne serait plus temps pour la France de contre-balan- <;er leurs projets. Pour atteindre ce but, tous les moyens leur furent bons ; ainsi , ils laissèrent intercepter à dessein une lettre de la princesse de Weymar, sœur de l'empereur de Russie, par laquelle aucun doute

n'était élevé sur la non-vîolation du territoire suisse.

Ainsi, le 16 décembre, on vit arriver d'Arau à Berne, en courrier, le colonel de LuterneaUy annonçant officiellement que la neutralité était admise et serait respectée.

Mais, le 19, c'est-à-dire trois jours après, les choses avaient bien changé d'aspect. L'instant du passage du Rhin était fixé; de nombreux corps de troupes se trouvaient réunis sur la rive droite du fleuve ; Napoléon ne pouvait être informé de la violation des traités, assez à temps pour s'opposer d'une manière efficace à Tenvahissement des cantons, les souverains crurent inutile de déguiser davantage leurs piK>jets.

Le comte Senft de Pilsach amva à Berne dans la matinée. Un conseil secret, composé d'une partie des membres du petit conseil , fut aussitôt convoqué pour entendre la lecture d^une note , par laquelle les puissances déclaraient que le même jour 19^ de grand matin, leurs troupes traverseraient- la Suisse pour se poi^ ter vers k France; M. de Pilsach ajouta que les souverains alKés ne voulaient pas traiter avec ceux des cantons qui reconnaissaient l'acte de médiation , qu'en conséquence^ le Gouvernement actuel était invité^ ou à se démettre- de ses pouvoirs et à les concéder à une commission provisoire composée de membres de l'ancien Gouvernement, ou à réintégrer ce Gouvernement lui-même.

A celte nouvelle , le grand conseil du canton s'empressa de s'assembler pour entrer en délibération, et la fermentation devint très vive. Un grand nombre de

députés et surtout ceux des campagnes, réunis aux membres du petit conseil s'élevèrent avec force contre un pareil acte de violence, on traîna alors les délibérations en longueur afin d'altendre le courrier qui devait venir annoncer le passage du Rhin, et rendre ainsi toute discussion sans objet.

Pendant ce temps, on négociait à Bâle contre la neutralité. Le 20, le général Bubna (que nous allons voir bientôt prendre une part si active dans les opérations dirigées contre l'armée do Lyon), fut envoyé au commandant de la force armée à Bâle , et aux boD!^mestres, pour demander formellement le passage des troupes autrichiennes. II déclara que la Suisse ne pouvait refuser aux alliés ce qu'en 1809 elle avait accordé à Napoléon. Le conseil de guerre s'assembla^ et les troupes de la Confédération reçurent l'ordre de se préparer à la retraite. Le passage des Autrichiens devait commencer le soir même, mais le colonel jHerrenschwand, qui commandait les bataillons suisses, cantonnés à Bâle, déclara que, n'ayant pas des instructions suffisantes , il défendrait le passage tant qu^il le pourrait, si on ne laissait pas le temps d'envoyer au quartier-général à Arau, pour avoir des ordres formels. Le quartier-maître général de Langenau consentit au délai demandé, et quelques heures après le colonel Herrenschwand reçut l'injonction d'accorder le passage.

Tels sont les faits qui ont précédé la violation de la neutralité helvétique. L'histoire a déjà apprécié et appréciera encore la conduite des puissances alliées dans

DES OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE LYON. 7

cette circonstance ; pour nous^ nous croyons devoir nous borner à raconter.

II sera curieux d'entrer maintenant dans quelques détails sur les moyens de défense alors à la disposition de l'autorité militaire dans 7® division et le département du Rhône.

La 7'' division y formée par les six départements du SimplaUf du Léman , du Mont-Blanc , de ï Isère, de la Drôme et des Hautes^ Alpes ^ était, à la fin de 1813, sous les ordres du général de division baron de La Roche. Cet officier, d'un caractère peu agréable, d'un commerce difBcile , ainsi que cela semble résulter de tous, les rapports adressés à cette époque au ministère, n'avait aucune influence dans le pays. Nous le verrons du reste bientôt à l'œuvre, au commencement de l'invasion, et l'on pourra se faire une idée exacte de ses talents comme militaire et de son énergie dans un moment aussi critique. Le général de brigade Daumas, était sous ses ordres immédiats , à Grenoble,^ chef-lieu de la division. Deux mille conscrits des dernières levées, armés, mais à peine habillés, formaient la garnison de la ville où se trouvait un matériel assez considérable, des munitions de guerre en assez grande quantité, cent cinquante pièces , soit de siège soit de campagne, la plupart en mauvais état, pas un seul canonnier pour servir, pas un seul attelage pour les traîner, et mille fusils. Il y avait en outre un directeur de l'artillerie, le colonel baron Fiercck, et un directeur du génie, le colonel d'Haupoult. Le préfet, le baron Fourier, savant actif et plein d'énergie, était fort dispose à seconder les

deux généraux de tout son pouvoir. La population de risère comme celle de presque tous les départements de l'ancienne France, aurait concouru avec chaleur à la défense de ses foyers, si elleavaiteu pour encouragement matériel , des armes , des canons , des troupes prêtes à la soutenir, pour encouragement moral, des chefs influents lui parlant au nom sacré de la patrie en danger.

Le fort Barreaux, situé à quelques heues de Grenoble, sur risère, seule place forte du département, était à peu près abandonné et sans garnison*

Le Simplon avait pour préfet, M. de Rambuteau, pour commandant de la force armée, l'adjudant commandant d'Hénin de Cuviller, pour garnison un capitaine d'artillerie , un adjudant de place de première classe, un détachement de cinquante fantassins» et pour matériel et munitions de guerre dix pièces en batterie sur les remparts, et cinquante mille cartouches à

balles.

Ce département, formé par les deux versants et la vallée du Haut Rhône dont il renfermait les sources, s'avançait en pointe du sud-est au nord-ouest vers la Suisse. Très fortement accidenté, d'un accès difficile, il était propre à la guerre de chicane, aisé à défendre, mais ses habitants qui regrettaient leur incorporation à la France, montraient des dispositions hostiles, et ce n'était pas avec cinquante hommes que l'on pouvait espérer les contenir d'une part et de l'autre faire face à l'ennemi.

Le Léman avait pour préfet le baron Capelle, pour commandant le général Jordy^ vieux et brave soldat

couvert de blessures, âgé et malingre. A Genève, souô ses ordres, se trouvaient : un directeur de Tartillerie, le colonel de Montfort, et cinq cents hommes des dépôts des 23% 60« de ligne et 8* léger. De Tartillerie en assez grande quantité, garnissait les remparts, mais il n'y avait pas un seul canonnier dans la place. L'approvisionnement était suffisant. La garde nationale, nombreuse et bien armée , paraissait très décidée à maintenir l'ordre, ainsi qu'à s'opposer à toute disposition de défense contre l'ennemi.

Le fort l'Ëcluse, poste des plus importants, puisque, situé à quelques lieues de Genève, sur le Rhône, il commande la navigation de ce fleuve, avait t;in^^ hommes de garnison, pas de canonniers, et pour commandant le capitaine Le Camus, militaire âgé, dont le changement fut ordonné trop tard. Il fallait, pour occuper un poste aussi périlleux, un homme qui en comprit l'importance, ferme et décidé à sauver son fort ou à s'ensevelir sous ses décombres. Les remparts étaient armés de deux pièces de seize, approvisionnées à neuf cent cinquantequatre boulets ; deux de douze , à mille boulets ; deux de six , sans gargousses ; un mortier de six pouces ayant cinq bombes sans fusées. La poudrière contenait, outre des cartouches à balles, treize cents grenades à main, non chargées.

Chambéry, chef-heu du département du Mont- Blanc, renfermait sept cent soixante-douze hommes d'infanterie, savoir: deux cent soixante-et-onze du 8i* de ligne, deux cent un du 19' et trois cents non habillés des 5®, il® de ligne et 18^ léger.

Le département de la Drôme se trouvant en secomie ligne^ nous ne nous en occuperons pas pour le moment.

Dans celui des Hautes-Alpes il y avait bien quelques places^ quelques forts tels que Queyras, Embrun, Mooir Dauphin y Briançcm ^ mais ces postes étaient presqu'dbandonnés et ne renfermaient pas à eux tous six cents hommes d'infanterie.

Quant à Lyon, voici ce que le général de brigade Poneet^ commandant par intérim la i 9® division militaire, écrivait, le 27 décembre, au ministre delà git^re le duc de Feltre. a II m'est extrêmement pénible de « n'avoir dans la division aucune force réeÙe. Je n'ai « dans les dépôts du 24® de ligne et du 1®' hussards que H six cents recrues valides. Je cache soigneusement ce « résultat aux habitants de Lyon ; etc,. etc. »

Nous devons ajouter ici, cependant, que la veille, k général Poncet avait, d'après l'ordre du ministre, dirigé sur Genève deux détachements^ l'un du 32® léger, l'autre du 24® de ligne, formant environ six cents honhmes.

C'était donc avec trois à quatre mille conscrits à peine habillés, presque sans instruction militaire, n'ayant jamais vu le feu, et dissémina dans les places de cinq à six départements qu'il fallait contenir des populations peu bienveillantes en plusieurs endroits, et faire tête à une armée nombreuse et pourvue de tout?., quelques douaniers, quelques brigades de gendarmerie furent bien mis en réquisition, et les gendarmes à cheval, surtout, rendirent comme ordonnances et même comme cavalerie d'importants services, mais en suppo-

DBS OPÉRATIONS DE l' ARMÉE DE LYON. 11

sant même que le général de La Roche fût parvenu à réunir sur un seul point toutes les forces dont il pouvait dis|M)ser, il était évident que, manquant d'artillerie et de cavalerie, et lui eût été difficile de s'opposer longtemps avec succès à un ennemi entreprenant. Son rôle devait donc se borner à disputer une à une toutes les places qui lui avaient été confiées, à se retirer pas à pas, en occupant toutes les positions propres à une bonne défense sur la ligne de Genève, Chambéry, Grenoble, afin de couvrir Lyon et de donner le temps d'organiser une armée dans le sud-est de l'Empire.

Les troupes alliées ne pouvaient heureusement croire à un si fâcheux état de choses. Craignant de se faire couper de leurs Ugnes de retraite si elle avançaient trop rapidement, elles mirent dans leurs premières opérations, ainsi qu'on le verra bientôt, une prudence qui fut taxée à tort, par quelques auteurs militaires, de timidité.

Par un sénatus-consulte du i 2 novembre. Napoléon avait bien ordonné la levée de trois cent mille hommes dont la moitié devait être mise en activité sur-le-champ pour être incorporée dansl'armée deligne, et l'autremoitié tenue en réserve. Par un décret impérial de 1 7 du même mois, il avait bien ordonné également la formation de quatre cent cinquante-sept cohortes de gardes nationaleset de cinquante-quatre corn pagniesd'artillerie, ce qui faisait un total de cent soixante-seize mille cinq cents hommes, non compris six mille sept cent cinquante canonniers. Mais entre ces mesures ordonnées et ces mesures exécutéesj il fallait un temps plus considé-

12 Mincis historique

rable que celui qui restait avant l'invasion des armées ennemies.

Aussi, à la fin de décembre, ces levées n'avaient-elles encore reçu qu'un commencement d'exécution, surtout dans le sud- est de la France? Les hommes de l'armée de ligne qui avaient pu rejoindre étaient absolument à l'état de recrues, et quant aux cohortes de gardes nationales la plupart n'existaient que sur les contrôles. On n'avait pas un fusil à leur donner. En outre les alliés en envahissant l'est de l'Empire rendirent inexécutables dans les départements frontières de cette ligne, les deux mesures adoptées.

On ne saurait se faire une idée de l'inquiétude qui se répandit tout-à-coup parmi les populations, à la nouvelle du passage du Rhin par l'armée de Schwarzenberg. Les ordres, les contre-ordres se croisèrent de toutes pàils. Le ministère fut accablé de demandes d'armes, de munitions, de chevaux, d'hommes, de canonniers. Il répondit, non pas en envoyant ce qu'il ne pouvait donner, mais en adressant aux généraux, aux fonctionnaires civils des reproches fondés ou non , des blâmes , des injonctions qui n'étaient souvent pas exécutables; en imposant des plans de campagne offensifs ou défensifs reposant sur des hypothèses devenues fausses depuîfe l'occupation de positions ou de places sur lesquelles on basait les données de ces projets impossibles.

Nous allons essayer de débrouiller ce chaos. Nous chercherons, en nous appuyant sur des documents officiels, à rendre le plus clairement possible les premières opérations militaires dans le sud-est, jusqu^à la concen-

tration de nos troupes sous Lyon et l'organisation définitive du corps d'armée du maréchal duc de Castiglione.

Le 20 décembre 1813, le cordon de neutralité ayant été retiré; le jour suivant, à huit heures du matin, le corps du prince de Schwarzenberg commença à franchir le Rhin. La V^ division légère autrichienne, aux ordres du comte de Bubna, composée de cinq bataillons et trente escadrons, en tout dix mille cinq cents hommes traversa le pont de Bàle et se dirigea sur Soleure. Arrivée dans cette dernière ville, elle appuya fortement à gauche, se porta sur Berne où elle pénétra le 23, et s'apprêta à prolonger son mouvement sur Lausanne. Mais parvenue dans le pays de Yaud, elle fut retardée deux jours dans sa marche par la menaco d'une insurrection^ Le peuple se figurant qu'il allait devenir sujets bernois fit mine de se soulever, et les magistrats ne purent l'apaiser qu'en Tefirayant par la crainte de la vengeance des alliés. Bubna, continuant sa route, atteignit Lausanne le 27 et se présenta le 29 au soir aux portes de Genève laissant son arrière-garde à Versoix et Lyon. Sa colonne n'avait avec elle que de Tartillerie de campagne. Elle montrait beaucoup d'ordre et de discipline, mais frappait le pays de nombreuses réquisitions. — Son but était de couper nos communications avec l'Italie et le Piémont.

Le même jour 21 décembre, cinq autres colonnnes passaient également le Rhin, trois à Bàle, celles commandées par le prince Aloysde Lichtenstein, le comte de Giulay, et le général de Wrède. Une quatrième, celle

du prince de Hesse-Harabourg le franchissait à Sdiaffouse ; le cinquiènic aux ordres de CoUorédo, à Laufcnburg.

Nous ne nous occuperons de ces divers corps ennemis, qu'autant qu'ils détacheront des troupes contre Tannée de Lyon.

Ainsi que nous l'avons fait pressentir, Genève était loin d'avoir les moyens de résistance suffisants pour s'opposer au brusque mouvement d'une division de dix mille hommes. N^qpoléon qui comptait sur cette ville et comprenait son importance, placée qu'elle est à Fex- (rèmité d'un lac et à l'entrée des montagnes, Napoléon avait prescrit par un décret daté de Mayence, du 6 novembre, de l'approvisionner pour trois mois et quatre mille hommes de garnison. Ce décret d'abord peu explicite, commenté par l'ordonnateur en chef comté Daru, renvoyé au ministre de la guerre, n'avait le 19 décembre reçu qu'une demi-exécution, et le 23, seulement, 55,000 francs furent mis àla disposition du préfet. La ville, cependant, sous le rapport des subsistances et des munitions de guerre, était parfaitement en état de soutenir un siège puisqu'elle renfermait des provisions pour trois mois, vu sa faible garnison. Mais c'était là son seul côté brillant. La population nous était entièrement hostile* On en jugera par l'extrait d'une lettre confîd(întielle écrite au ministre par le préfet du Léman le 21 décembre.

« V. E. est sârement informée que rien n'est prêt à « Genève, ni pour la défense, ni pour l'armement do 4( la place etc., etc. Il est de mon devoir de vous si-

« gnaler une autre espèce de danger pour cette place « frontière, danger que j'ai, dans mes précédentes leta très, fait pressentir à V. £• ; ce sont les dispositions « de la population^

a Elles ne sauraient être plus mauvaises. Des Genè- « \ois expatriés depuis longtemps se trouvent, en ce <K moment, employés auprès des puissances coalisées. « Des lettres écrites par eux^ ont promis à leurs conci- « toyens Fintérét de celles-ci ; les ont flattés du prompt ^ retour de leur indépendance, de l'espoir de devenir « un canton suisse, et ce projet a tourné toutes les « têtes.

€ Or, la population genevoise offre une masse de « 3 à 4,000 hommes armés depuis longtemps, habite tués aux séditions, capables d'un coup-de-main, et a qui, encouragés par l'exemple de la Hollande, se flat- « tent de pouvoir au besoin l'imiter.

« Les extravagantes idées seraient plutôt faites pour <x inspirer la pitié que l'indignation, si la place ne se « trouvait en ce moment critique aussi dépourvue de a troupes qu*eUe test.

n Tout désarmement serait, dans ce moment, une « haute imprudence. D'abord, parce que les Genevois c qui tiennent à leurs armes au delà de toute expresa sion, ont, dès longtemps, pris tous les moyens « pour les cacher et y sont parvenus quelques re- <x cherches qu'on ait, à différentes époques, tentées « pour les désarmer. Ensuite, parce que cette mesure « qui réunirait contre nous tous les partis, pourrait « produire une sédition que nous n'aurions pas les

« moyens de contenir. Sans doute elle deviendra inc< dispensable, mais il faut attendre que la garnison soit « plus forte qu'elle n'est. Voilà pourquoi les disposi- <i tions ordonnées parla lettre de V. E., du 14 du mois « dernier, n'ont pu avoir qu'une exécution presqu'in- « fructueuse. »

Le préfet de Genève terminait sa lettre en disant que de concert avec le général Jordy, il avait retardé les visites domiciliaires ; que la ville renfermait bien des citoyens amis de l'ordre, mais que si i'ennemi approchait^ leurs dispositions changeraient par crainte d'un siège, et espoir de l'indépendance. Enfin, que la partie avoisinant l'ancienne Savoie, était contraire au gouvernement.

Et c'était le 21, le jour même où l'ennemi envahissait la Suisse, lorsque déjà ses avant-postes n'étaient plus qu'à qurante-huit lieues de Genève, qurante-huit lieues d'un pays où il ne devait trouver aucun obstacle, que cette lettre était écrite!.... Certes, nous sommes loin, en parlant ainsi, de vouloir déverser un blâme sur le préfet du Léman et sur le général Jordy, et nous leurrendrons au contraire la justice de dire, que, dans toutes les lettres adressées par eux, soit au ministre, soit au général de La Roche, la vérité n'a pas été atténuée une seule fois. Ils ont toujours exposé franchement la situation de la ville, son dénuement, leurs craintes, mais nous ne pouvons nous empêcher de faire ressortir ici combien peu avaient été exécutés les ordres de l'Empereur !

Dans ce péril, dans ce cas extrême, lorsque le 23, par

DES OPÉRATIONS DE l'aRMÉE DE LYON. 17

une dépêche de Jordy, le commandant de la division baron de la-Roche apprit le passage du Rhin et la direction prise sur Genève par la colonne de Bubna, que fit-il ?

Il écrivit au ministre de la guerre pour lui demander des instructions. Des instructions, lorsque l'ennemi n'avait plus qu'un pas à faire pour mettre le pied sur le territoire dont la défense lui était confiée ! Des instructions, lorsqu'une heure de retard pouvait compromettre le salut d'une place aussi importante que Genève ?....

Puis il enjoignit à un détachement de soixante-dix canonniers du 2* régiment d'artillerie à pied, de partir de Valence pour se rendre moitié dans le Léman, moitié dans le Simplon ; à 472 fantassins de Chambéry de se porter également au secours de Jordy; il autorisa ce dernier à faire évacuer les caisses des dépôts des 23e, 60c de ligne et 8e léger sur Nanlua (Ain). Quant à lui, il resta tranquillement à Grenoble, attendant, sans doute, les instructions qu'il venait de demander. Ceci se passait le 24 décembre.

Etait-ce là ce que l'on pouvait attendre d'un ancien officier-général, du chef militaire d'une divisipn prête à être envahie î Ne devait-il pas, à la première nouvelle de la marche de Bubna, partir avec ses deux mille conscrits de Grenoble, rallier en passant les huit cents hommes de Chambéry, donner l'ordre à tous les détachements de sa division de se hâter de le rejoindre sous Genève ? Se porter alors au-devant de l'ennemi, s'il se croyait assez fort pour lui tenir tête ; dans le cas contraire, occuper une forte position près de la

PRKflS HISTORIQUE. 2

18 PRÉCIS HISTORIOOE

ville pour l'inquiéter, déjouer, ou au moins traverser ses projets ? Et il le pouvait d'autant mieux, et, selon nous, il est d'autant plus blâmable de ne pas l'avoir tenté, que, par un hasard providentiel, ce jour même 23, une brigade italienne, aux ordres du général Saint- Paul, traversait sa division, venant de l'armée de Catalogne par Perpignan, et se rendant en Italie par le Mont Cénis. Vu l'urgence, le général de la Roche ne pouvait-il donc arrêter cette colonne forte de mille deux cents hommes, et profiter de ce noyau de vieilles troupes pour grouper autour d'elles ses conscrits ? '

Au lieu d'agir ainsi, de La Roche se borna à def. demi-mesures qui n'aboutirent qu'à des déplacements inutiles de troupes.

On trouvera peut-être notre jugement sévère, et on objectera que la 7* division n'ayant pas été encore mise en état de siège, à cette époque, son chef n'avait pas osé agir sans instructions, sachant d'ailleurs que Napoléon aimait que tout se fil par ses ordres, mais de telles excuses, admissibles à la rigueur en temps ordinaires, ne sauraient l'être dans ce cas. Le général de La Roche devait bien voir que l'ennemi ne lui laisserait pas le temps de recevoir les ordres du ministre. Son devoir était donc d'aller au plus pressé, de prendre l'initiative : en rendant compte de ces dispositions, l'Empereur n'aurait pu le trouver mauvais.

Napoléon, au reçu du courrier qui lui annonçait (le 23) la marche d'un corps sur le Léman, prescrivit à l'instant, par dépêche télégraphique, les dispositions

DES OPÉRATIONS DE l'aRAIÉE DE LYON. 19

les plus sages? et les plus vigoureuses, mais il était trop tard, l'ennemi l'avait gagné de vitesse.

Il fut enjoint au commandant militaire de Chambéry de faire partir de suite pour Genève toutes les troupes dont il pouvait disposer. Au général Poncet, à Lyon, de mettre en roule pour la même destination deux détachements des 32* léger et 24« de ligne. Au préfet de l'Ain, de diriger sur la même ville deux cohortes de gardes nationales, et d'extraire des quatre autres cohortes, deux cents hommes avec de bons officiers, pour garder le fort de l'Écluse ; de faire occuper Seyssel, et de se tenir prêt à couper les ponts sur le Rhône, si l'ennemi se présentait avec des forces trop considérables pour qu'il fût possible de les défendre.

Plusieurs aides-de-camp du ministre de la guerre partirent en poste pour se rendre dans les départements menacés. Le chef de bataillon Verdun fut désigné pour se porter à Genève. Ses instructions lui enjoignaient en substance : de requérir le concours des autorités civiles et militaires, pour mettre cette place en état de défense, et réunir de suite les approvisionnements de tout genre;

De porter son attention sur le fort TÉcluse;

De se procurer des renseignements sur les mouvements de l'ennemi par la Suisse;

D'annoncer partout des renforts nombreux eumar-che sur Genève ;

De prendre des renseignements sur l'état de l'habillement et armement des gardes nationalas ;

Enfin, le même jour, le général de division baron

20 PRÉCIS uistokiqle:

Musnier de la Converserie reçut Tordre de visiter la ligne des places de Bedfort à Genève, pour en organila défense.

Toutes ces dispositions étaient fort judicieuses, mais il n'était plus temps. La rapidité de la marche de Bubna, l'apathie du général de la Roche, le retard mis dans les ordres de Napoléon de renforcer la garnis(m de Genève, ne permirent pas de la sauver.

Les canonniers de Valence n'arrivèrent à Grenoble que le 30, jour de l'investissement de Genève. Les trois cent dix-sept hommes de Grenoble, et les huit cents conscrits de la garnison de Chambéry, ne parvinrent à quelques heues de leur destination que le jour même où la place fut évacuée ; les deux détachements de Lyon, apprenant à la hauteur de Nantua que le Léman était envahi, rétrogradèrent sur Cerdon.

Voilà sans doute ce qui a donné lieu à l'erreur de quelques auteurs militaires, entre autres le général de Vaudoncourt (1), qui prétendent que Genève avait une garnison de mille huit cents hommes de troupes de ligne, et pouvait se défendre quelque temps.

La garde nationale de Bourg ne fut pas envoyée parce qu'elle n'était pas même armée, la ville ne renfermant que trois cent quarante-sept fusils, dontqfwaraw^e seulement en bon état.

Nous ne voudrions pas incriminer la conduite du préfet de Genève, le baron Capelle, qui, après avoir été ministre du roi Charles X, en 1830, vient récem-

(1) Il y avait à Genève une garnison de dix-liuit cents hommes. (>'^wdoncouTt, volume l^f, page 212).

DES OPÉRATIONS DE l'aRHÉE DE LYOX. 21

ment de terminer sa carrière, mais nous devons cependant dire ce qu'il fit en celte circonstance. Nos lecteurs tireront de notre récit les inductions qu'il leur inspirera.

f.e 23 décembre, le baron Capelle ayant reçu l'ordre d'exécuter le décret du 6 novembre, relatif à l'approvisionnement du Léman, sort de Genève pour ravitailler le fort l'Écluse. Le 28, après avoir organisé les moyens de résistance de cette place , il revient à Genève. Là, il est informé que, le jour même , les éclai-reurs ennemis se sont montrés à Versoix et Nyon (six lieues de la ville) ; que, le lendemain, la colonne de Bubna sera sur notre territoire, et probablement devant Genève. Le 29, cependant, dès le malin, il sort de nouveau de cette place, y laissant le général Jorcy, et écrivant au ministre : quil se porte sur plusieurs points de la Savoie menacés d'insurrection. Le 31, il écrivit de nouveau de Bellegarde^ près de l'Écluse, mais c'est pour annoncer à Paris et à Grenoble que Genève est au pouvoir des alliés (1).

Le 4 janvier, paraissait au Moniteur le décret qui suspendait de ses fonctions le baron Capelle, préfet du Léman.

Il est hors de doute que sa présence n'aurait pas sauvé Genève, parce que Genève n'avait pas les moyens d'être sauvée, mais son préfet devait-il l'abandonner, et l'Empereur eut-il tort en donnant un si grand retentissement à sa destitution? voilà ce qu'il faut se

(1) Pièces jasliticalives, n« 3.

22 PRÉCIS IIISTOBIQCJE

demander Nous ne déciderons pas la question.

Le 29 décembre, les avant-postes de la division Bubna furent poussés jusqu'auprès de Genève, et les communications de la place interceptées de tous côtés, excepté avec la route du sud, celle de Chambéry. Le général Jordy venait de recevoir deux nouvelles : une du baron de la Roche qui lui annonçait l'envoi de /iiibles détachements^ l'autre du commandant Verdun l'assurant (conformément à ses instructions particulières) que de5 renforts nombreux marchaient à son secours. Il lui était malheureusement trop facile de deviner laquelle de ces deux assertions était la vraie.

Le général Bubna le prévint le soir même qu'il allait être attaqué, et lui fit des propositions pour qu'il eût à rendre la place qu'il commandait.

V honneur seul dictera ma conduite^ répondit le vieux soldat.

Mais, comme il l'écrivait lui-même en ce moment à son chef le général de la Roche, que pouvait-il avec les moyens dont il disposait ?....

Le 30, dès le matin, l'ennemi se rapprocha de la place et déploya des forces considérables. Jordy, voyant que les renforts annoncés ne se présentaient pas, camprenant que différer d'un instant l'abandon de Genève c'était perdre à la fois la ville et sa faible garnison; Jordy, la douleur dans l'âme, se décida enfin à donner l'ordre fatal de l'évacuation. Il prescrivit au major Blois, du 8^ léger, de prendre le comtnandement des troupes et d'effectuer sa retraite sur Grenoble par Aix et Chambéry, en prévenant le général de la Roche par

ordonnance et le plus promptement possible dès qu'il serait hors des murs.

Lui-même, afin de maintenir l'ordre, annonça hautement rintention d'attendre l'ennemi. A neuf heures, il courut avec le colonel de Monfort à la porte Cornavin, afin de reconnaître si le comte de Bubna ne faisait pas entrer de cavalerie pour se mettre à la poursuite du major Blois. Voyant que les Autrichiens n'occupaient pas encore la porte, il pria le colonel de Monfort de s'assurer immédiatement que la garnison tout entière avait franchi la Porte Neuve, puis il se rendit à son logement pour faire ses préparatifs de départ, et rejoindre ses troupes. Mais il n'y fut pas plus tôt arrivé que la douleur agissant sur lui d'une manière violente détermina une attaque d'apoplexie terrible. Lorsqu'au bout d'une heure il reprit l'usage de ses sens, lorsque sa mémoire lui retraça la perte de Genève, il éprouva une réaction qui détermina d'affreuses convulsions au milieu desquelles, se débattant en furieux, il s'écriait d'une voix de stentor : iVow, Jordy n'est pas un traître. Le colonel deMontfort, revenu près de lui, assistait à cette scène déchirante, tandis que sous les fenêtres la division autrichienne défilait pour aller se mettre en bataille sur la place.

Bubna s'empressa d'envoyer deux aides-de-camp auprès de l'infortuné commandant de Genève dont il connaissait la bravoure, s' étant rencontré avec lui sur les champs de bataille en Allemagne, et il l'autorisa ainsi que le colonel de Montfort à quitter la ville dès que sa santé le permettrait, sous la condition que ni l'un ni Faulro ne serviraient pendant la campagne.

Le baron Capelle ne s'était pas trompé sur les sentiments de la majeure partie des habitants de Genève, car l'ennemi ne fut pas plus tôt dans la ville que les notables demandèrent à être présentés au général Bubna. Ce dernier les acceuillit très bien, mais refusa d'obtempérer à la prière qu'ils lui Brent de caserner ses troupes. La veille de l'entrée des Autrichiens, Jordy n'avait pu réussir à rassembler quelques gardes nationaux ; le lendemain, quatre mille vinrent se mettre àla disposition des alliés.

Nous nous sommes étendus beaucoup ^ et à dessein, sur la prise de Genève. Plusieurs raisons nous ont engagé à en agir ainsi :

D'abord, parce que cet événement eut un grand retentissement en Europe. Genève était pour la France, en 1813, d'une haute importance politique etmihtaire.

En second lieu, parce que tous les auteurs, trompés par les apparences de secours envoyés et non arrivés, d'ordres réitérés mais non exécutés de l'Empereur de mettre cette place en état complet de défense, ont commis la grave erreur de lui donner dans leurs ouvrages une garnison et des moyens de résistance qu'elle était loin de posséder (1).

Enfin parce qu'on a attribué fort à tort à l'accident arrivé au malheureux général Jordy, lors de l'entrée des

(1 ) Les auteurs militaires sont excusables, jusqu'à un certain point, d'avoir porté un jugement errouné sur la force de la garnison de Genève, et sur la prétendue faute de son chef de n'avoir pas défendu la ville, puisqu'ils ont pu baser leur opinion sur une lettre confidentielle, écrite de Lyon le 7 janvier 1814, par l£ commissaire extraordinaire, sénateur Chaptal, eomte «te Chanleloup, au ministre, et dans laquelle il dit:

DES OPÉRATIONS DE L'ARBlÉt: DE LYON. 25

Autrichiens, la cause unique delà prise de la ville, ce qui est faux, car cet accident n'y contribua même pas.

Nous avons donc pensé qu'il était bon, les preuves officielles en main, de^ rétablir les faits, et nous pouvons affirmer que nous n'avons avancé dans notre récit que des choses scrupuleusement exactes.

Genève ne pouvait être sauvée , nous le répétons , que par une démonstration rapide et hardie du général deLaRoche.il ne Ta pas tentée, mais nous lui rendrons la justice de dire que, n'imitant pas en cela la conduite du gouvernement qui, plus d'une fois, à cette époque fit retomber sur ses agents les fautes dont seul il était coupable, il s'empressa, après la prise de Genève, d'écrire au Ministre (le 1*' janvier 1814):

« J'ai toujours craint ce qui est arrivé, parce que, « avec une garnison aussi faible et sans un seul canon- « nier pour le service des pièces de position, il est dif- « ficile de défendre une place de guerre. »

Voilà selon nous la justification la plus complète pour le commandant de Genève.

• Le commandant de Genève qui avait vingt pièces de canon sur les rcui-

< paris et au moins autant qu'il aurait pu y placer, qui avait en outre « dtX'huit cents hommes de ligne sous ses ordres, parait avoir cédé

< 14cbemeut aune vile populace. Les militaires prétendent qu'il pouvait te- « Dir aa moins trois sen>aines. »

D'après cela il n'est donc pas extraordinaire que le général Vaudoncourt, par exemple, soit tom^é dans l'erreur que nous signalons ici ; mais le colonel Koch qui avait entre les mains les documents du dépôt de la guerre, dacBiaents auxquels nous avons eu nous-mêmes recours si souvent, aurak |tt mieux apprécier les faits.

Page 1