‹ Précis historique des opérations de l'armée de Lyon en 1814Chapitre 5 sur 40 · PRÉCIS HISTORIQUE I · texte numérisé non relu

PRÉCIS HISTORIQUE I

à quitter le Simplon, sans attendre les ordres de la Roche, ce qu'il avait de mieux à faire n'était-il pas de se jeter dans Genève, emmenant avec lui ses munitions ainsi que la partie la plus mobile de son matériel? Cet offfcier a prétendu, dans son rapport, qu'il s'était crû obligé de prendre la même route que le préfet, de sranvre ses traces dans les défilés des montagnes, et qu'es i marchant sur Genève, il aurait craint d'attirer l'enneiâi sur ses pas. Mais ces raisons ne nous paraissent pasvalà^: blés. Ne quittant Sion que deux jours après M. de Ram^ buteau, il n'était plusd'aucune utilité pour la colonnedu préfet. Son mouvement pouvait donc être indépendant dé' celui de ce fonctionnaire. Quant à l'ennemi, il était bien loin, puisque Rubna ne se présenta devant Genève que le 29 au soir. Le 28, à la vérité, le général autrichien détacha de sa division, à Lausanne, le colonel Simbs^! chen avec six cents fantassins et quelques cavaliers, eai lui prescrivant d'occuper les passages du Haut- Valais f le Saint-Rernard et le Simplon.Maisce colonel n'arriva à Saint-Maurice que le 29, quatre jours après le pasH^ sage en retraite de l' adjudant-commandant d'HénÎQKl Rien ne pressait donc ce dernier. Quoi qu'il en soU^î! voici ce qui advint au détachement de Simbschen. Sesc soldats et lui furent reçus à bras ouverts dans le Sim-i pion ; les habitants leur firent fête, et allèrent bientôt jusqu'à organiser un bataillon de chasseurs, fort den mille à douze cents hommes, qu'ils mirent à sa disposini ' tion. Le colonel autrichien profita de cette bonne vo»,;;^ lonté pour établir des postes au Saint-Rernard et au » Simplon, puis il se dirigea sur Thonon pour y exciter:

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les Savoisiens à se soulever en masse contre la France.

Les autorités du département de TAin, dans lasixièmc division militaire, montrèrent plus de fermeté, ainsi que nous le prouverons par le récit de leur belle défense. Pour ne pus anticiper sur les autres événements, nous ne décrirons pas de suite les combats qu'ils soutinrent, mais nous désirons qu'un fait soit ici constaté : c'est que si nous sommes parfois un peu révères dans nos appréciations sur la conduite de quelques officiers, nous saisissons toujours avec empressement et bonheur roccasion de faire ressortir la bravoure et l'énergie de beaucoup d'autres.

Le 31 décembre, en apprenant l'évacuation de Genève, le général baron de la Roche parut comprendre enfin qu'il ne pouvait rester plus longtemps inactif à Grenoble, et qu'il lui fallait faire au moins une démonstration pour s'opposer à la marche probable de l'ennemi vers le cœur de sa division. Peu rassuré pour les âens et pour les caisses de dépôts des régiments sous ses ordres, en voyant la rapidité des mouvements de Bub^ia, il fit partir pour Lyon sa famille et celle du général de brigade Daumas et envoya des instructions à Chambéry pour diriger de cette ville sur le département du Rhône, les caisses et pièces de comptabilité des 79* et 81* de ligne. Le départ des familles de ces généraux produisit à Grenoble un mauvais efiet. Nous n'aurions pas parlé de ce fait particulier, si les rapports adressés à cette époque au ministre ne lui avaient attribué les craintes de la population. Un fonctioimaire a sans doute le droit d'être aussi père* et mari, mais il

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est des circonstances oii les gens haut placés sur lesquel sont tournés tous les regards, doivent savoir saïQpîfier au bien général leurs intérêts privés. De la Roche et Daumas auraient dû comprendre qu'en éloignant Im leurs de Grenoble, il effrayaient naturellement ceti que leur premier devoir était de rassurer.

Le commandant de la 7® division décidé à sortir de son inconcevable apalhie, et à ne pas attendre pour agk les ordres du ministre, retint auprès de lui la brigade italienne du général Saint-Paul et partit avec elle fom Chambéry afin d'y établir son quarlier-générah Son but était ie rallier la garnison de Genève en retmtd sur l'Isère, ainsi que les divers petits détachements envoyés inutilement au secours de cette ville, et de s'ûfr* poser, à la tète de toutes ses troupes réunies, au prc|^ de Bubna de couper nos communications avec Tllalk;

Le 1®' janvier 1814, il visita le fort Barreaux. Le trxHiH vant dépourvu de tout, il y jeta de suite les soixanteidix canonniers de Valence qui n'avaient pu atteindre fie*» nève, et donna des ordres pour que ces hommes, eoflA-* crits de la dernière levée, fussent exercés six heures pif jour. Après avoir fait compléter l'armement et l'apprcfiif sionnement de la place, il continua sa route pour Chadh béry, où il entra le lendemain. Il trouva dans cette nâlte le général de brigade Jouan envoyé de Paris par FJiiii^ pereur pour remplacer Jordy dans le commandemMl du Léman, et comme ce département était au ^wfMdes alliés, il lui confia celui du Mont-^Blanc, alors soi» les ordres intérimaires du commandant d'armes Massali Le ministre de la guerre auquel il rendit compte dt

1>ES OPÉRATIONS mi l'armée DE LVON. 31

ces dispositions les approuva en ajoutant : Vous êtes sur les lieuXy vous seul pouvez savoir ce qu'il convient de faire. C'était la réponse à sa demande d'instructions spéciales.

Le 3 janvier, de la Roche poussa une reconnaissance en avant de Charabéry pour chercher à pénétrer les projets de l'ennemi et sa force. Il apprit alors que Bubna paraissait avoir renoncé à envahir sa division, et se dirigeait sur le déparlement de F Ain, laissant à Genève la brigade du général Zechmeister forte de trois bataillons et six escadrons. En conséquence de cette nouvelle il ne crut pas devoir retenir plus longtemps la brigade da général Saint-Paul, et la laissa poursuivre sa route pour l'Italie, en engageanf son chef à ne séjourner nulle part. Les soldats de cette brigade dont les officiers étaient fort dévoués avaient paru mécontents qu'un général de division français se permit de suspendre leur marche, et ils accueillirent avec joie Fannonce de leur départ.

Le même jour, le baron de la Roche écrivit à Paris pour demander son remplacement rendu urgent, disaitil, par ses blessures et l'état de sa santé. Nous devons sans doute attribuer à ces deux causes le peu d'activité que nous avons reproché à cet officier-général au commencement de notre relation. 11 ne fut remplacé qu'au bout de dix-sept jours , et resta jusqu'au 1 8 à Ghambéry à la tète d'un petit corps composé de la manière suivante :

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5" de ligne 500 hommes.

H« Id 500

18* léger 492

8® et 9® compagnies d'ouvriers

d'artillerie 160

Gendarmerie 128

Total 1,780 hommes.

Le 5, il fit placer des postes avancés dans le département du Mont-Blanc, sur les routes qui conduisent à Genève , et garder ainsi les défilés qui se trouvent en avant d'Aix, entre Rumilly et Annecy.

Bubna, cependant, entré le 30 à Genève, n'avait pas perdu de temps dans cette ville. Le 31, il avait jeté 5,000 hommes du côté de l'Écluse et de Saint-Claude. Ce détachement, arrivé à [.ogrono (une lieue et demie du fort) à quatre heures du soir, s'était cantonné dans les villages environnants, frappant des réquisitions pour l'acquittement desquelles il forçait les habitants à prendre des bons signés par les généraux autrichiens. Il n'exerça du reste aucun mauvais traitement sur les populations. Il investit bientôt le fort dont il coupa les communications avec Chambéry.

Le fort l'Écluse , situé sur la rive droite du Rhône , près du coude formé par ce fleuve , et à la limite des départements du Léman et de l'Ain, avait acquis, par les événements qui s'étaient récemment accomplis, une importance militaire très grande. Interceptant la route de Genève à Nantua, Montluel et Lyon; il pouvait, par

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une bonne défense, arrêter plusieurs jours l'ennemi , occuper une partie assez considérable de ses troupes, empêcher surtout le transport de son artillerie et retarder l'envahissement de la 6® division militaire. Il semblait un moment destiné, sur une échelle moins grande, à jouer le rôle du fort de Bard lors de la descente des Alpes par l'armée française, en 1800. Tout devait donc faire présumer qu'il serait défendu avec vigueur pour peu qu'il eût des moyens suffisants. A la fin de décembre, le baron Capelle n'avait rien négligé pour le ravitailler. On se rappelle que, lors de sa première sortie de Genève, il avait fait entrer dans ce fort soixante hommes d'infanterie, quelques canonniers, dix mille rations de viande et des munitions de guerre en assez grande quantité. Mais son commandant, le capitaine Le Camus, dontl'àge (soixante-cinq ans) avait probablement affaibli l'énergie , paraissait peu disposé à soutenir un siège. Par une lettre écrite le 27, directement au général Poucet, à Lyon , exposant qu'il était coupé de Grenoble, il se déclarait hors d'état de se maintenir deux jours s'il était attaqué. Ceci avait donné l'éveil , en sorte qu'on lui aurait ôté son commandement si la chose eût été possible encore. Le 31, le général Jouan, nouveau commandant de (ienève, lui avait fait passer l'ordre formel de tenir jusqu'à la dernière extrémité , lui mettant sous les yeux l'importance de sa position.

Il ne comprit pas ou ne voulut pas comprendre tout cela. Le 4, dès le point du jour, l'ennemi le fit sommer, et lui envoya quelques obus, il répondit par un seul coup de canon, et sans soutenir de siège, avant d'avoir à

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repousser la plus légère attaque de vive force, il se rendit prisonnier de guerre lui et sa garnison. On Tenvoya avec les siens à Genève pour être de là dirigé sur la Bohême. Deux hommes seulement parvinrent, pendant le trajet, à s'échapper, et ne tardèrent pas à confirmer au général de la Roche cette triste nouvelle. La prise du fort l'Écluse laissa sans défense la route de Nantua , c'est-à-dire un des principaux débouchés du département de l'Ain , et fut pour nous un événement fâcheux moralement et matériellement.

Le 4 janvier, Bubna, qui avait organisé à Genève un gouyernement provisoire , pensa qu'il devait , avant de inarcher sur Lyon ou Chambéry, assurer ses communications avec l'extrême gauche de la grande armée alliée formée par le corps de Collorédo, et la 2* division légère commandée par le prince Aloys de Lichtenstein. En conséquence, il occupa Sainte-Claude, et le 5 il se porta sur Poligny et Salins, d'où il envoya des partis de cavalerie du côté d'Omans, afin de se lier avec les corps opérant sur Pontarlier.

Des auteurs militaires ont beaucoup blâmé Bubna de ne s'être pas porté rapidement sur Lyon, alors sans défense, et d'avoir perdu trois jours à Genève. D'autres ont trouvé qu'il avait eu raison de ne pas tenter une pointe aussi hardie.

De deux choses l'une , ou Bubna était informé de la situation critique de Lyon, ou il l'ignorait.

Raisonnant dans la première hypothèse nous sommes prêt à convenir que le général autrichien se montra inhabile et sans énergie en retardant d'un seul jour sa

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marche sur la seconde ville de l'empire. Car, que poU'vait-il craindre? Les habitants du département du Rhône? Non, puisqu'ils étaient démoralisés, sans armes et dépourvus de troupes régulières Une diversion opérée sur son flanc gauche par le baron de la Roche? Pas davantage, puisque le commandant de la 7® division n'avait pas sous ses ordres, à Chambéry, plus de dixhuit cents jeunes soldats. Or, que pouvait tenter de se* rieux avec cette poignée d'hommes le général français? Rien. S'il abandonnait ses positions pour marcher sur Lyon, il découvrait et laissait sans défense l'ancien Dauphiné et Grenoble. S'il se portait sur la route de Nantua et Montluel , il se trouvait pris entre le fort de l'Écluse alors au pouvoir de l'ennemi , et la brigade renfermée dans Genève , ayant de plus à redouter le corps principal de l'ennemi opérant dans le département du Rhône. En outre il était facile à Bubna de dé^ tacher, pour contenir de la Roche, quelques escadrons de cavalerie légère, et de prévenir le prince de Schwartzemberg de son mouvement sur Lyon pour que le gé-^ néralissime autrichien le fît soutenir par une de ses nombreuses réserves.

Les troupes de la dix-neuvième division, celles de la septième, n'offraient donc aucun obstacle réel aux alliés.

Nais estait permis d'admettre que le général autri^ chien connaissait la fâcheuse situation dans laquelle se trouvait cette partie de notre territoire ? Estait permis de croire qu'il pût être bien informé du dénûment extraordinaire dans lequel on avait laissé le Dauphiné,

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la Bresse, le Lyonnais? Ne devait-il pas, au contraire, se défier même des rapports qui pouvaient lui parvenir à ce sujet?

Ces considérations nous amènent donc à raisonner maintenant d'après la seconde hypothèse qui, selon nous, est la seule admissible, et alors, au contraire, nous approuverons le comte de Bubna d'avoir été prudent. Il devait naturellement craindre de s'aventurer avec dix mille hommes loin de sa base d'opérations, de se détacher aussi complètement de l'armée autrichienne, s'il n'était pas sûr de réussir devant Lyon, puisqu'en supposant qu'il vînt à éprouver un échec à quatre journées de marche de Genève, il risquait de trouver sa ligne de retraite coupée par les troupes du Dauphiné, et peutêtre Genève reprise par ces mêmes troupes.

La conduite du général Bubna fut celle d'un général qui veut se donner toutes les garanties de succès. En courant étourdiment sur Lyon, il eût agi en partisan qui cherche une affaire brillante, sans s'inquiéter si le lendemain il ne sera pas ramené vigoureusement par un ennemi revenu de sa stupeur première, ou écrasé par des populations soulevées. En assurant avant tout ses communications avec CoUorédo, il se conduisit en capitaine qui prend pour base de ses mouvements, les règles de la stratégie. Nous pensons donc que si Lyon fut, à cette époque, sauvée du danger imminent qui la menaçait, elle le dut uniquement à la défiance des alliés, et à l'ignoranjce oii ils se trouvaient de son peu de moyens de résistance. Car, nous le répétons, comment Bubna aurait-il pu se figurer qu'une ville de cette

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knportance, située à trois jours de notre frontière, loin d'être le centre d'une forte réserve, manquait même d'une garnison capable de la mettre à l'abri d'un coup demain?

A celte époque, d'ailleurs, les armées ennemies plus habituées à éprouver, en luttant contre nous, de grandes défaites que des succès éphémères, ne posaient pas sans crainte le pied sur.un sol défendu par un peuple qui les avait vaincus depuis quinze années, et à la tête duquel se trouvait l'homme de guerre le plus prodigieux qui eût encore existé. C'étaient deschasseurs peu rassurés parles blessures du lion, s'approchant avec prudence de sa retraite.

Dès le 1®"^ janvier 1814, les cavahers d'avant-gardè du parti lancé par le comtedeBubnasur le fort l'Écluse^ Seyssel et Saint-Claude, se montrèrent à la limite du département de l'Ain. Mais ils ne prirent pas à Timproviste le chef militaire de ce département. En effet, Pillioud, commandant-supérieur des troupes, .ne connut pas plus tôt, à Bourg, l'invasion du Léman, qu'il se prépara à se défendre autant que lui permettaient ses faibles moyens de résistance.

Son premier soin fut de se servir de ses gendarmes comme d'éclaireurs^ et de renforcer les brigades de Chàtillon, de Michaille et Seyssel, et de donner l'ordre de barricader ou couper au besoin le pont de cette dernière ville (1). D'après un avis prématuré de la mar-

(4) Les habitants s'opposèrent à cette mesure, disnnt avec raison qiie le Rhône était guéahie k quelques pas de distance.

che de l'ennemi sur Nantua par Saint-Claude, la gendarmerie se replia sur la première de ces deux villes, afin de ne pas se laisser couper de sa ligne de retraite. Le commandant Pillioud, informé de ce mouvement rétrograde, prescrivit à toutes les brigades de se porter en avant, après avoir établi sur les principaJes communications des postes pour la correspondance. Mais pendant ce temps, les Autrichiens avaient envahi Seyssel laissé sans défense, et un escadron d'une centaine dp^ leurs hussards, avait même paru à Châtillon-de-Michaille en deçà du fort l'Ecluse.

Deux détachements, l'un du 32* léger, l'autre du 24* de ligne, envoyés de Lyon sur Genève, ainsi que nous l'avons vu déjà, n'ayant pu atteindre le Léman, battaient en retraite sur Cerdon (Ain). Le commandant Pillioud, informé de la présence de ce renfort, résolut de mettre à profit, pour la défense de son département, cette circonstance heureuse et ine^rée. Il se rendit immédiatement en poste à Cer^ don, pour organiser l'occupation des routes de Nantua et Saint-Claude. A son arrivée, il trouva le sous-jM*éfet de la première de ces deux villes et apprit par lui qu'un parti de hussards autrichiens s'y était établi. Il s'avança aussitôt de ce côté, et prit position au village de Saint-Martin-Dufresne d'où il observait les deux routes dont il vient d'être question, Les habitants s'empressèrent d'offrir à ses troupes les vivres dont elles pourvaient avoir besoin.

A l'entrée de la nuit, le commandant, prenant avec lui une compagnie de voltigeurs du 24® de ligne etsç

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faisant éclairer par quelques gendarmes, poussa une reconnaissance sur Nantua. A deux portées de fusil de la ville, les gendarmes crurent surprendre l'ennemi et se portèrent au galop sur son poste avancé. Mais les hussards étaient sur leurs gardes, ils échangèrent quelques coups de sabre avec eux jusqu'à l'arrivée des voltigeurs du 24* qui forcèrent les Autrichiens à prendre la fuite.

On était au 3 janvier. Le lendemain 4, le préfet de l'Ain, M. Rivet, ayant envoyé aux sept cents hommes du commandant PiUioud deux mille cartouches dont ils manquaient presque totalement, ce dernier se porta sur la ville dans l'espoir d'envelopper le parti ennemi. Les Autrichiens ne l'attendirent pas; ils se retirèrent précipitamment sur Ghâtillon-de-Michaille, et le détachemeojt français rentra dans Nantua au milieu des marquer d'allégresse de tous les habitants.

La nuit venue, la petite troupe fut augmentée par quelques gendarmes de Trévoux amenés par leur chef Je lieutenant Monnier. Cet officier, brave et entreprenant, supplia le commandant PiUioud de lui permettre de tendre une embuscade aux ennemis pour les déloger de Châtillon. En ayant obtenu l'autorisation, il fit tourner le poste autrichien par une compagnie que guidaient des habitants du pays. Lui-même, se mettant alors à la tète de ses braves gendarmes, tomba sur les hussards beaucoup plus nombreux que les siens, en tua, prit et blessa plusieurs, et il s'apprêtait à les poursuivre vigoureusement lorsque, par une méprise fatale causée par l'obscurité, nos hommes en embuscade tirèrent sur les gendarmes au heu de faire feu sur les alliés.

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Deux furent blessés et trois chevaux tués. Cette fâcheuse circonstance arrêta la poursuite et les hussards se dirigèrent en désordre sur le Jura.

Ce petit combat fit le plus grand honneur au lieute-* nant Monnier et à ses gendarmes, il remonta le moral de la troupe et des habitants.

Le commandant Pillioud, voyant l'ennemi en retraite , en profita pour revenir à Bourg , laissant à Nantua le détachement du 24* de ligne, sous les ordres de son brave chef de bataillon, M. Ivaldi.

Avant de poursuivre le récit de la belle défense du département de F Ain, nous croyons utile de jeter un coup-d'œil sur les mesures qui venaient d'être ordonnées tout récemment par l'Empereur, et sur la situation morale des villes de Lyon et Grenoble.

Le gouvernement ne s'attendait pas à une invasion aussi brusque dans le sud-est de l'Empire. Effrayé pour Lyon et Grenoble en apprenant les fâcheuses nouvelles du Léman et du Simplon, il chercha immédiatement tous les moyens de rassurer les esprits, et de remonter le moral des populations, afin de sauver les provinces laissées à découvert. L'Empereur attachait à la conservation de Lyon et de Grenoble, un intérêt d'autant plus grand, que le passage du Rhin à Bâle et la violation du territoire suisse lui avaient à l'instant même révélé le parti qu'il pouvait retirer d'un corps opérant de ce côté.

Il prit donc immédiatement la résolution de rassembler une armée assez considérable et bien commandée dans le triangle formé par Bourg, Lyon et Grenoble^ de

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la lancer sur le Léman et la Suisse pour prendre à revers la base d'opération des allîés, inquiéter le prince de Schwartzenberg et le contraindre à manœuvrer ^vec cii*conspection. Il était incontestable, en effet, qu'une diversion opérée habilement dans l'ancienne Savoie, pouvait peser d'un poids immense dans la balance des affaires. Â.la vérité, Genève était perdue, mais si on parvenait à se maintenir sur le Rhône et à conserver Grenoble et Lyon assez longtemps pour permettre aux troupes destinées au corps d'opération d'entrer en ligne, on pouvait espérer reprendre le Léman et menacer le flanc de l'armée ennemie. Cette considération militaire engagea Napoléon à faire tous ses efforts pour gagner du temps, ramener la confiance et hâter le moment où une armée véritable serait prête à agir dans le sud-est. En conséquence, le Moniteur^ journal officiel, commença à faire grand bruit des moyens de guerre rassemblés dans les départements du Rhône et de l'Isère ; il vanta les bonnes dispositions des habitants des villes et des campagnes ; il affirma que l'ennemi n'osait s'aventurer au-delà du Rhône , et déclara formellement qu'an moment oit il mettait sous presse, de nombreux corps de troupes de ligne, étaient réunis de ce côté (1).

(1) Extrait du Moniteur,

Grenoble, 29 décembre 1813.

La levée de 120,000 hommes, par le sénatus-consulte du 9 octobre, e»t terminée depuis longtemps.

La nouvelle s'effectue sans interruption et dans le plus grand ordre. Les conscrits partent avec galté et enthousiasme.

{Monteur du l»» janvier 1844.)

On se figure aisément quel devait être rétonnement de ceux qui se trouvaient surles lieux; mais, sousl'Empire, on usait largement du droit d'en imposer aux masses. Le gouvernement, par l'organe de ce même journal^ n'oubliait rien pour jeter de l'odieux sur la conduite des alliés, dans les départements envahis. D'après lui, leurs troupes frappaient les pays sur lesquels ils pouvaient mettre le pied, de réquisitions nombreuses, iniques, forcées ; ne reculaient devant aucun crime poHr obtenir ce qu'elles voulaient, insultaient, assassinaient même ceux qui voulaient résister à leurs ordres , enfin se conduisaient non en soldats, mais en brigands.

Les rapports officiels des autorités françaises, font connaître au contraire que les généraux ennemis maintenaient, parmi les leurs, une discipline ferm^^ et sévère.

Lyon, le 1" janvier 18U.

La population de cette ville a manifesté le plus grand enthousiasme lors* qu'on y a appris l'invasion du territoire français. Déjk plus de 20,000 citoyens ont demandé des armes et se disposent k seconder les efforts du gouvernement pour repousser l'ennemi.

( Mon teur du 4 janvier.) Lyon, le 6 janvier.

Les corps-francs s'organisent avec beaucoup d'activité.

Les mouvements de l'armée coalisée sur Genève avaient répandu des in* quiétudes dans notre ville. Quelques partis ennemis s'étant formés du côté de Seyssel , avaient augmenté les craintes. Aujourd'hui qu'on connaît les mesures adoptées pour s'opposer à ses progrès, aujourd'hui que des levées en masse sont prêtes a agir ; aujourd'hui enfin qu'on sait que les troupes aillées inquiétées k leur tour sur les suites d'une invasion téméraire, hési*. tent, nos habitants reprennent leurs habitudes et leurs travaux ordinaires.

On sait que le général baron de la Roche réunit eu ce moment beaucouf de forces, et qu'il pourra bientôt les employer avec succès.

(Moniteur du 19 janvier.)

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Ajoutons bien vite que des mesures plus sérieuses, étaient prises aussi par le gouvernement. Le 27 décembre, àlasuited'un décret impérial, les sénateursGhaptal, comte de Chanteloup, et comte de Saint-Vallier recevaient Tordre de se rendrele premier à Lyon, le second à Grenoble en qualité de commissaires extraordinaires pour les 19* et 7® divisions militaires. Leur mission était de donner à Tesprit public une forte impulsion,depiendresurles lieux toutesles mesures d'urgence que nécessiterait la situation, de hâter la levée des troupes et des gardes nationales, d'organiser ces dernières, et enfin de concentrer les efforts des diverses autorités.

L'empereur nomma en même temps les généraux Marchand et Dessaix, l'un commandant de Finsurrection de l'Isère, l'autre commandant de celle du Mont- Uanc. Ces deux officiers généraux, alors à Grenoble et à Chambéry, où ils jouissaient de l'estime de tous et où ils possédaient la plus grande influence, paraissaient encore très souffrants de blessures récentes. Ils n'en acceptèrent pas moins avec joie la mission difficile dont on les chargeait, et ils déployèrent pour la remplir un zèle, une énei^ie, une activité admirables.

Le 3 janvier, le ministre de la guerre envoya une dépêche au général de division Musnier de la Gonver- ' «erie que nous avons vu chargé d'organiser la défense des^iUes de l'est, pour lui enjoindre de partir, toute af-* fiûre cessante, pour Lyon, afin d'y prendre le comman-* dément d'une division dite réserve de Genève qui s'y organisait. Cette division devait être formée :

Des troupes de la 7* division militaire.

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De celles rassemblées à Lyon et dans le départeinen' du Rhône.

De seize cents hommes en marche, venant de Tou* Ion.

Des gardes nationales du Rhône.

« Au reçu de cette lettre, écrivait le duc de Feltre ai « général Musnier, vous vous rendrez à Lyon, sam « perte de temps, pour y remplir le deuxième objet de « votre mission. Vous reporterez entre cette ville et c( Genève, dans la position qui vous paraîtra la plus face vorable, et le plus en avant possible de Lyon, les trouce pes de la division de réserve destinées pour Genève» c( et qui n'auraient pas pu entrer dans cette place (1), « afin de vous porter sur cette place s'il en est temps « encore et couvrir au moins Lyon d'une manière efBk « cace. L'Empereur vous autorise à employer toutes les c( ressources locales, à appeler à vous les gardes natiô«

« nales de l'Ain, etc, etc

c( Si vous pouvez vous jeter à temps dans Genève, voiig « rendrez à l'État et à l'Empereur un important ser- « vice.

« Vous avez à examiner s'il ne convient pas d'occu- « per les environs de Ballon et le défilé entre le coude « du Rhône et la chaîne du Jura. Vous armerez le « fort l'Écluse en avant de vous, que l'ennemi pource rait investir. Vous borderez le Rhône de paysans ar* ce mes de fusils de chasse, de piques. Il faudrait que

(1> On voit que le 3 janvier, au matin, la prise de Genève n'était pas en* corc connue k Paris.

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« Seyssel fût occupé par quelques forces ainsi que les « principaux passages du fleuve et Cordon. »

Par une seconde dépêche adressée au général Poncet à Lyon, le ministre lui ordonnait de prendre le commandement de la division de réserve de Genève, jusqu'à l'arrivée du général Musnier, d'exécuter ce qui était enjoint à cet officier, et, en posl-scriplum, de la main même du duc de Feltre, on lisait :

« Surtout gardez Seyssel en force et Cordon, ravi- « taillez l'Écluse, faites occuper une position au coude

< du Rhône à Ballon ; quoiqu'il faille sortir de votre « division pour cela, je vous y autorise. Il ne faut pas « faire sauter le fort l'Écluse, mais le défendre à toute

< extrémité. »

Eq parcourant ces instructions détaillées, précises, la première pensée qui dut venir au général Poncet, fut sans doute celle-ci : mais comment veut-on que j'exécute de semblables ordres? Quels moyens, quelles troupes met-on, pour cela, à ma disposition ? Et d'ailleurs, l'ennemi n'occupe-t-il pas déjà Genève, l'Écluse, Seyssel ?. . Nous allons donc chercher à expHquer la conduite du gouvernement. Sourd et aveugle, avec intention et préméditation, il se trouvait dans la position d'uD homme qui demande plus pour obtenir moins, et qui craint de laisser voir qu'il sait qu'on ne peut exécuter ses ordres. Ainsi, malgré tout ce qu'avaient écrit les préfets de l'Ain, du Rhône, de l'Isère, du Mont- Blanc, il refusait avec obstination de comprendre, de se faire à l'idée :

i® Que la levée et l'organisation des troupes de ligne

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