‹ Précis historique du droit français;Chapitre 33 sur 62 · APERÇU DES PRINCIPAUX FAITS POLITIQUES · texte numérisé non relu

APERÇU DES PRINCIPAUX FAITS POLITIQUES

La nationalité française s'est constituée par les guerres étrangères; toutes les classes, confondues dans un désir commun de Gonquérir l'indépendance du territoire , ont compris la nécessité de se rallier k un pouvoir central; elles en ont contracté rbeu* relise habitude. L'aaion gouvernementale s'est organisée dès que l'état de la France a permis de s'occuper d'administration, et la fin du rèpe de Charles Yll a été signalée par la régularité et la stabilité dans les institutions , présage certain du triomphe de la royauté et de l'anéantissement du système féodal.

En même temps que l'esprit national se formait, le territoire gagnait en étendue. Après l'expulsion des Anglais, la Normandie, la Touraine, le Poitou, etc., redevinrent pays français; sous Louis XI, dix nouvelles provinces furent réunies k la France, et sous Charles VIII et Louis XII , les mariages successifs de la duchesse Anne avec ces deux rois incorporèrent la Bretagne au royaume. Ainsi la France morale et la France matérielle acquéraient ensemble de la force et de l'unité.

Jusqu'à Louis XI la force des armes et les moyens matériels ont été k peu près les seuls mobiles du gouvernement; la persuasion , le talent de manier les esprits et de les mener k ses vues, CQ un mot la politique proprement dite, politique d'habileté, de fourberie peut-être, mais aussi de ménagement et de prudence, était presque restée inconnue. C'est Louis XI qui a substitué dans le gouvernement les moyens intellectuels aux moyens matériels,

la rose ^ la forée , la politique iulieone kia poNtiqRe féodale.

Deux hommes sont la persoimîfieaiioD de ees deox systèmes opposes, Charles le Témëraire et Louis XI; les deux rivaux uue fois en présence, chacun veut triompher. La violence, Tappelk la guerre, telles sont les ressources du premier ; maîtriser les hommes par le maniement habile des intérêts et des esprits, voDk la constante préoccupation du second. — L'un emporté, bouillant, devançant les événements pour se jeter en aveugle dans une entreprise; Fautre concentré en lui-même, assez maître de ses passions pour dissimuler sa haine et sa etrière, attendant avec patience le moment favorable pour tenter un coup hardi. — Em ne surprend de la part de Chartes, même ses tentatives les plus téméraires; Louis XI étonne par des actes de vigueur dont on* l'aurait cru incapable.— L'un agit au grand jour, lautre prépare ses succès dans l'ombre. — La politique moderne a dépassé sans doute celle de Louis ; elle ne fuit pas la publicité et ne repousse pas la justice; mais ne perdons pas de vue que c'était un grand progrès que d'avoir foi daas la supériorité intellectuelle, et de gouverner par les esprits et non plus par le bouleversement des existences.

Le règne de Louis XI est rempli par les luttes de la royauté avec les seigneurs ; les ducs de Bourgogne , de Bretagne , le duc de Bourbon, lesc4>mtesde Dunois et de Charolais, sont k la tète des factieux, mais ils plient tous sous l'habileté du rot, dont les intrigues défient les armées coalisées, Ennemi de la noblesse, Louis s'entoure de gens de basse extraction par haine pour les grands, et suit son plan avec une vigueur qui dégénère parfois en cruauté (1). Bossuet a tracé un tableau saisissant de ce règne dans son Abrégé de Vhisioirede France: c Louis XI avait • élevé sa puissance au plus haut point; il voyait les Flar » mands dans sa dépendance, et la maison de Bourgogne,

(I ) On suit qu*il cherchait à expier ses fautes par des pratiques de dévotion minutleused, des prières achetées et des largesses envers les églises.

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qui Itiiftvdîâ donné taot d'inquiétudes, faible et impuissante; le duc de Bourgogne, qu'il haïssait, hors d'état de rien entreprendre, et tenu en bride par le grand nombre de gens de guerre qu'il avait sur sa frontière; l'Espagne en paix avec lui et en crainte de ses armes, tant du côté du Roussillon , qui lui avait été donné en gage , que du côté du Portugal et de la Navsu're, qui étaient dans ses intérêts; l'Angleterre affaiblie et troublée en elle-tnéme; l'Ecosse absolument k lui, et en Aliemagne beaucoup d'alliés; les Suisses aussi soumis que SCS propres sujets; enfin son autorité si bien établie dans le royaume et si respectée au dehors , qu'il n'avait qu'k vouloir pour être obéi.

> Cela est grand et ilhistre ; mais d'avoir tourné la religion en superstition, et de s'être si étrangement abandonné aux soupçons et h ja défiance , d'avoir été si rigoureux dans les châtiments , et d'avoir aimé le sang, sont les qualités d'une âme basse et indigne de la royauté. > Mais quel roi de France eût jamais une aussi grande puissance ! La monarchie absolue est solidement constituée, le gouvernement a réglementé ses relations général^ ; pour la première fois apparaissent les grandes combinaisons d'alliance, soit pour la paix, soit pour la guerre , qui produiront plus tard le système d'équilibre politique. C'est du xv"" siècle que date la diplomatie en Europe.

Au moment oh Charles VIII entreprend son expédition d'Italie, une ligue se forme contre lui entre l'Espagne, le pape et Venise. Avec ses 9,000 hommes il force les lighes des 40,000 soldats delà confédération et rentre glorieux en France, après avoir racheté toutes ses imprudences par une victoire. La France recueille les fruits de l'organisation militaire due k la sagesse de Charles VII, et en se mesurant avec les troupes italiennes, formées d'aventuriers et de paysans soudoyés par des chefs de bandes, elle comprend tout le parti qu'elle peut tirer de ces

troupes soldées par le roi, bien équipées, et non moins redoutables par leur discipline que par leur valeur.

De nombreuses négociations diplomatiques occupèrent le règne de Louis XII; plusieurs coalitions se formèrent entre les différentes puissances dans un but d'intérêt général. La ligue de Cambrai, en 1508, dirigée contre les Vénitiens, donna kJa furie française l'occasion de montrer aux nations ennemies la puissance de la discipline ti du courage sur des hommes qu'anime l'honneur national (1). En triomphant k Âgnadel, Louis XII était venu en aide aux monarchies jalouses des républiques industrielles, et il contraignait Venise k faire la paix ; mais bientôt il futobligé de se défendre k son tour contre la coalition du pape Jules II et de ses anciens alliés. ËfTrayé d'une guerre contre le saint- siège, il poursuivit les hostilités avec mollesse et voulut négocier avec le souverain pontife, qui resta sourd k toutes les propositions de paix ; la fortune fut infidèle aux armes françaises en Italie, en Picardie, k Dijon, et, sans les trompeuses promesses de la Tremoille aux Suisses, le royaume était perdu.

La France, un moment abattue, reprend une nouvelle vie et déploie des ressources inattendues sous la conduite d'un jeune prince, de François V^ ; alors commence une longue série de guerres et d'événements politiques qui wsembleraient, kne voir que ce côté de l'histoire du xvi*' siècle, faire de cette époque une époque de sang et de ruines.

Le règne de François I*' est une suite de guerres continuelles eu Italie et dans les Pays-Bas, où les légions qui remplacent les francs-archers de Charies VU se signalent par des prodiges de valeur, mais sans utilité pour la France. Ce roi des genlilshoomies, adoré delà noblesse elde l'armée, n'imita pas toujours

(I) A Agnadel , le 14 mai 1509, Tarmôe française commençait à plier; la Trempille s'écrie : Enfants ^ le roi vous voit î Ce mot fut le sigoal de la victoire.

la pradeDCe de son heureux adversaire, et le prisonoier qui violait le traité de Madrid pour sauver Thouneur national n'eut pas dans toutes les occasions cette énergie soutenue qu'exigeaient les circonstances et qui fit rarement défautkCharles-Qutnt. Dédaigneux pour cet art si familier k l'empereur d'Allemagne de conduire l'intrigue d'une négociation , de feindre , de promettre, d'éluder sa parole, de gagner du temps , il fut trop chevaleresque pour être bon politique. Cependant les guerres étrangères furent favorables k la royauté, dont le pouvoir s'affermissait de plus en plus.

Au milieu de ce grand travail de centralisation qui s'opère dans les peuples et les gouvernements, trois grands faits se dessinent dans l'ordre moral: réforme ecclésiastique tentée par l'Eglise ellemême; réforme religieuse populaire, et réforme intellectuelle qui ouvre une école de libres penseurs.

Au milieu du xv*> siède, Témigration des Grecs en Italie enrichit cette contrée de précieux manuscrits dérobés par les fugitifs de la Grèce k la ruine de leur pays, et les peuples se livrent avec orgueil aux plaisirs d'une civilisation molle, oisive et élégante. Les esprits élevés et actifs prennent en dégoût les mœurs grossières» les idées confuses, les formes barbares d'un temps auquel ilstouchent encore et qui pour eux n'est déjk plus , voués qu'ils sont avec ardeur k la contemplation de Tétude et presque au culte d'une société k la fois plus régulière et plus civilisée.

François 1*' contribue de toute sa puissance k ce développement intellectuel qui se manifeste en même temps dans TEurope entière. Les voyages, les découvertes , les entreprises, les inventions se produisent sous -mille formes dans ce siècle que la postérité a nommé la renaissance^ parce qu'illuminant les peuples d'un éclat soudain , il les a tirés des ténèbres dans lesquelles ils étaient ensevelis et les a conviés k une vie nouvelle. L'Europe ne suffira plus k ces hommes avides de beautés inconnues, l'air leur manque dans cet espace devenu trop étroit oh s'agite leur passion de l'iûconnu} il leur faudra traverser les mers,

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et cherdier, par des roale» jusqae^lk ignorées, des (mes vierges, des bommes qve lacivilisatkm n'a point flétris. -^Poor leur dévoraDieaBobilioD, ce n'est pas Irep d'wi nonvean monde! — Yascode Gaina se fraye un passage par le eap de BooM^fispé^ rance en i486; ChristofrfieGoloHib découvre l'Amérique en 14SIÈ, et le Brésil en iSOO. — Dans les arts même actîviié ; des inventions merveilleuses étalent aux yen de TEnrepe élenée ce^ prodiges de l'industrie humaine qui permeiiwt h un peuple de ae venger de ses ennemis» k un navigateur de se diriger au niNeu des mers, à l'écrivain et k l'artiste de reproduire sur le papier et sur la toile les secrets les |das intimes de leur pensée.

£t pourtant, en présence de tant de merveiUes fô serabbnent dé* fier les réformes orageuses et affermir la base des gouvernements, des révolutions profondes sont venues attrister les progrè» de la civilisation !

La réforme, véritable révolution'religîettse, éehrte vers iSâOau milieu d'un grand événement pdilique, la lutte de François I^ et de Charles-Quint , de la France et del'Espagne. — Le ivi"" siède est rempli en France par les grandes guerres de religion quiéda* tent entre les protestants et les catholiques , et deviennent reeea* sion d'une tentative des grands seigneurs pour ressaisir un pouvoir qui leur échappe et dominer encore une fois la royauté.

Les déclamations de Lutiier contre la cour de Rome n'avaient eu d'abord que peu de retentissement en France; François 1^'ne crut pas utile de sévir contre les réformateurs, dont les prmcipet cependant étaient essentiellement hostiles aux monarchies. Henri il établit en. 1558 le tribunal de l'inquisitiou , mais sans pouvoir arrêter l'essor de la propagande calviniste , et lors de riostroction du procès qu'avait motivé réchauffourée^duPré-otiâP-Cfercs, les protestants formaient déjk un Ëtat dans l'État. A la mort de Henri lU les chefs de celte secte ainJiHtieuse comptaient sur fépui» sèment des &iances et les désordres de l'administration pour asseoir leur indépendance politique sur Imr indépendance reUgieuse.

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