PRÉPARATIFS
L’expédition est résolue ; on pose le ehiffre des différentes armes (i).
Les ordres sont donnés sur tous les points de la France, et, le 20 avril, 87,000 hommes, infanterie, cavalerie, artillerie, génie, etc., et 4jOoo chevaux seront réunis au point d’embarquement.
La marine, de son côté, armait les vaisseaux, frégates et corvettes qui devaient rallier l’escadre dans la rade de Toulon, et s’assurait des 4^0 navires du commerce destinés au transport des hommes, des chevaux et des bagages [a].
Vers le i5 février je reçus l’ordre de
(i) Effectif de l’armée :
États-majors .
246 ch.
Infanterie . .
3o,4io
Cavalerie .
Artillerie .
Génie .
Train des équipages militaires.
Ouvriers d’administration.
Gendarmerie .
ii3
Officiers d’administration et employés .
Total. .
diriger les préparatifs de l’expédition sous le rapport des besoins de l’armée ; cependant ma nomination aux fonctions d’intendant en chef de l’armée expéditionnaire fut retardée, parce que je mettais à mon acceptation des restrictions que mes amis ont connues (i).
Toutefois je ne m’en livrai pas moins, sans perte de temps, aux soins qu’exigeait cette mission ; et, je dois le dire, toutes mes prévisions ont été conçues en présence d’un souvenir qui expliquera suffisamment à quel point ces prévisions ont dû être attentives.
« Si vous faites jamais cette expédition, )) m’avait souvent répété l’amiral de Rigny, » souvenez-vous que cette côte stérile n’of- » frira pas même de litière à vos chevaux, )) et que la mer, si capricieuse dans ces » parages, submergera plus d’une fois vos )) embarcations. »
La tâche était d’autant plus difficile que le temps pressait davantage. Je me dégageai donc des lenteurs inséparables des formes bureaucratiques en soumettant directement au ministre mes propositions, dont
(i) Noîïirnément le maréchal comte Gérard.
l’exécution était ensuite livrée aux bureaux spéciaux.
On arrêta, dans l’une des conférences, que l’armée emporterait avec elle deux mois de vivres, et qu’elle serait immédiatement suivie d’un pareil approvisionnement.
Cependant nous étions au milieu de février, et deux mois restaient à peine pour réaliser nos préparatifs. Dans cette occurrence, après avoir mûrement discuté la question du mode de fourniture des vivres, le ministre de la guerre prit en dehors de ses bureaux une décision qui se terminait par ces mots [b] :
« Ayant adopté ce dernier mode ( celui )) d’achat à commission), il ne s’agit plus » que de faire choix d’une maison qui pré- » sente toutes les garanties désirables sous » les rapports des moyens d’exécution, de » la moralité , du crédit et de la considéra- )) tion publique. »
Je consultai confidentiellement l’un des membres de la maison DelesSert; certain, à défaut du concours de sa maison , de puiser près de lui d’utiles avis.
La maison Seillière fut désignée ; ce choix resta toutefois secret pendant douze à
quinze jours dans l’intérêt de l’économie et du succès de l’opération (i).
Ce point réglé, le service des hôpitaux et celui des transports ne réclamaient pas des soins moins pressans. Je proposai , et le ministre adopta, l’établissement de constructions mobiles couvertes en toile imperméable propres à former des hôpitaux (2).
L’abri créé, je présentai au ministre un modèle de lit en fer, à fond sanglé, du poids
(1) On présentera plus tard le chiffre de liquidation totale des achats faits par la maison Seillière.
N. B. M. le sous-intendant militaire Bruguières, reçut l’ordre de parcourir fEspagne et les îles Baléares , non-seulement afin de reconnaître les ressources que pourraient offrir ces contrées, mais encore dans Je dessein d’obtenir 11 n point de comparaison pour le contrôle des achats que la maison Seillière aurait pu faire sur ces différens points. (Décision ministérielle du 28 mars). De plus, sentant l’importance d’avoir entre la côte d’Afrique et la France un établifseraent intermédiaire sur lequel on évacuerait facilement les malades et les blessés, M. Bruguières fut spécialement chargé de lever les difficultés que l’Espagne pourrait opposer à l’établissement de nos hôpitaux à Mahon.
(2) Ces constructions mobiles étaient établies dans la proportion de quinze cents malades.
Elles offraient f aspect de hangards delà largeur de seize pieds, et d’une longueur indéfinie; elles ont été scindées de manière à former des salles de cinquante lits.
de dix-huit kilogrammes ; nous emportâmes avec nous trois mille de ces lits avec leurs matelas , leurs couvertures et leurs draps (i).
A 1 egard des moyens de transports, il ne fallait pas perdre de vue que rintérieur du pays , que l’armée allait aborder , n’était connu que par la relation du capitaine Boutin (2), et nullement par les descriptions de Schaw , de Schleyer, ou les autres ouvrages que l’on pouvait consulter.
Cette incertitude sur la nature du terrain ( incertitude qui s’explique, parce que jamais en effet il n’avait du prendre fantaisie à un voyageur d’aller courir d’Alger à la plage
(1) planche iV^. i. ITangards, lits en fer, etc.
N. B. Le gouvernement espagnol ayant consenti à la formation de nos hôpitaux dans l’île de Minorque , M. de Limoges, sous-intendant militaire , eut la mission de se rendre à Mahon , et d’y prendre les mesures nécessaires pour l’installation d’un hôpital de deux mille malades; mission qu’il a remplie de la manière la plus satisfaisante. On envoya de Marseille à Mahon, sur trois navires de commerce, un personnel nombreux et un matériel considérable , notamment mille lits en fer et quinze cents fournitures complètes.
(2) La relation du capitaine Boutin est pleine d’intérêt; non-seulement il avait parfaitement jugé le point de débarquement, mais encore il avait tracé la marche de l’armée et le côté vulnérable de cette offensante cité.
stérile de Sidy-el-Ferruch ) , me fit songer à employer aux transports de l’armée une espèce de caisson dont Fattelage à deux fins donnerait tour à tour des voitures dans les parties praticables , et des bêtes de somme dans les passages les plus difficiles.
On adopta le modèle d’un caisson à deux roues , à timon et à pompe ( i), et cent vingthuit de ces caissons furent construits en moins de vingt jours.
Le harnachement des chevaux ou mulets affectés à leur attelage était combiné de telle sorte , que la sellette pouvait recevoir deux crochets destinés à supporter les fardeaux pour les transporter à dos (2). Toutefois nous ne renonçâmes pas aux caissons à quatre roues.
Les équipages militaires furent composés de 128 caissons à quatre roues.
128 caissons à deux roues.
654 chevaux de trait ( tous de 6 à8 ans). Et de 626 mulets de bât (3).
(1) Planche 2.
(2) Idem.
(3) MM. les sous-intendaris Fontenay et Behagel furent envoyés à Commercy et à Valence pour la réception des chevaux et des mulets.
Pendant que toutes ces choses se préparaient , la maison Seillière devait pourvoir à de nombreux achats pour les deux mois de la première commande (i); mais elle rencontrait de graves difficultés pour le service des fourrages , non-seulement en raison de la pénurie de la récolte , mais encore par le manque absolu de machines hydrauliques propres au pressage du foin , et pourtant il fallait trois mois d'approvisionnement (2).
q'^. m®. de farine blutée à 22 pour cent, pour pain d’officier et d’hôpital.
de biscuit.
de farine blutée à 10 pour cent.
de riz.
de légumes secs.
4oo
de sel.
i,5oo
de bœuf salé.
de lard salé.
bœufs , 5oo kil. bruts chaque , à réunir dans le port de Cette.
hect. de vin.
188 d’eau-de-vie.
14,4^0, qx. m®. d’avoine ou d’oree.
i4,4oo
de foin pressé.
de paille.
de bois.
de charbon-de- terre.
(2) Un pour la consommation présumée de la traversée , et deux après le débarquement. On fitéta-
On organisa le campement;
On pourvut l’armée d’outils;
On fît confectionner des tonnelets et des bidons (i) ;
On distribua aux troupes trente - cinq mille ceintures de laine , dont l’usage est si salutaire sous le ciel où l’armée était destinée à bivouaquer ;
On fabriqua vingt-un fours en fer battu , qui devaient servir, et qui ont servi aux premiers besoins;
On emporta quatre mille cinq cents caléfacteurs destinés à la cuisson des alimens, et installés de manière à recevoir la marmite de huit hommes (2) ;
On essaya de quelques milliers de rations de biscuit gélatiné , fabriqué d’après le
blir des presses à Paris ; on en acheta en Angleterre ( c’était un mobilier indispensable au département delà guerre) et l’on utilisa toutes celles dont le commerce du Midi fait usage pour la fabrication des huiles.
(1) On a substitué très-heureusement au bidon eu fer-blanc le tonnelet en bois ; mais ce tonnelet, dont la forme est ronde, serait préférable si elle était un peu aplatie à l’instar de ceux dont les Anglais font usage.
(2) Les caléfacteurs de M. Démarré devenaient fort utiles au moment où rarmée allait manquer de bois à brûler.
procédé et sous la direction de M. Darcet;
On comprit, dans les approvisionnemens du service des hôpitaux, trois mille kilogrammes de tablettes de bouillon ;
Enfin , on organisa le personnel de tous les services, et l’on forma un bataillon des ouvriers d’administration.
Mais si les ordres de Paris avaient mis tout en mouvement , c’est à Marseille qu’il fallait se transporter pour avoir une idée de l’activité avec laquelle ils étaient exécu tés( i ).
(i) En me rendant à Marseille, je visitai nos établissemens de Valence et d’Arles, et je m'assurai de la marche de nos convois.
N. B. Le port de Marseille avait été spécialement affecté à l’administration , et c’est là que les bâtimens du commerce, nolisés par la marine pour le transport de notre matériel, étaient réunis. Ces bâtimens, au nombre de quatre cents , y compris les bâtimensécuries, ont formé fescadrille du convoi , sous le commandement supérieur de M. le baron Hugon. Il avait détaché à Marseille M. le lieutenant de vaisseau Dubreuil et M. de Saint-Laurent, pour surveiller et diriger tous les ti’avaux; il est impossible d’imaginer plus d’ordre, plus de précision, plus d’activité, plus d’empressement et plus d’harmonie. Chacun à l’envi rivalisait de zèle; IMM. les sous-intendans en donnaient les premiers l’exemple, et c’est justice que de répéter ici que les employés de tous les services administratifs, sans exception, servaient avec une activité peu commune.
Le du mois de mai, 78,645 sacs , tonneaux, barils ou colis à double enveloppe imperméable, renfermant les deux mois d’approvisionnement, étaient reçus et embarqués à Marseille (i) , et les caissons démontés placés sur les navires du commerce.
On profita du séjour à Marseille pour arrêter les mesures administratives qui devaient avoir leur application au moment du débarquement.
C’est ainsi qu’une commission fut char
(1) 1 1, 194 farine.
7,3oo biscuit.
1,200 biscuit géiatiné.
2,467 riz, légumes et sel.
2,870 viande salée.
4,772 vin et eau-de-vie.
io,5oo charbon.
25,117 fourrages.
95 fours en tôle.
180,000 briques pour 12 fours.
112 outils et ustensiles d’administration. 2,578 3,000 lits en fer.
4,000 bouteilles de chlorure , 7 kil. de kinine.
Baraquement pour !,5oolits.
io,4oo 4>64o tentes, couvertures, ustensiles, outils de campement pour 4o, 000 hommes.
4o 3o,ooo ceintures en flanelle.
gëe d’établir un tarif des monnaies algériennes;
Qu’une commission sanitaire fut formée;
Qu’une instruction sur le service des ambulances et des hôpitaux pendant la campagne , reçut la sanction du général en chef (i);
Et enfin, qu’une instruction sur le service auquel l’intendance était appelée , fut adressée par moi à MM. les sous-in tendans militaires (2). (2®. partie. )
Bientôt les navires chargés des divers approvisionnemens sont ralliés aux îles d’Hières; et la rade de Toulon voit flotter les 100 vaisseaux de la marine royale et les 200 navires qui portaient une partie de la 3^ division et la totalité des chevaux (3).
Le 12 rembarquement des troupes commence, et, le 18 mai, 64,000 hommes et les 4^000 chevaux composant les deux armées (4) attendaient les vents favorables.
L’ordre du jour de la marine, du 26 mai,
(1) Cette instruction a reçu la sanction du ministère.
(2) Instruction du 3 mai lithographiée.
(3) Les 4oo navires, affrétés par la marine, se divisaient en trois séries portant des numéros et des guidons de couleurs distinctives.
(4) L’armée navale et l’armée d’expédition.
indiquait les dispositions arrêtées par M. l’amiral.
« M. le eommandant baron Hugon est » chargé de la direction supérieure du dé- )) barquement ; il montera soit le bateau à » vapeur le rapide, soit son canot; les » signaux partiront de l’un ou de l’autre; )) ils seront l’objet de l’attention des officiers » qui s’y conformeront exactement (i). »
De mon côté, j’avais pris les mesures qui pouvaient garantir autant que possible l’ordre si nécessaire dans le mouvement au milieu duquel l’armée devait se trouver. A cet effet , j’avais adressé à MM. les sous-intendans et chefs de service un ordre qui assignait la place de chacun au moment du débarquement [c] ; et à MM. les employés d’administration un ordre pour prescrire aux uns et aux autres leurs devoirs pendant la traversée [d].
Enfin, il fut décidé que chaque officier, sous-officier et soldat recevrait en débarquant , et par les soins de la marine , une certaine quantité de vivres dont les propor-
(i) L’escadre n’ayant mis à la voile que le ^5, je fis ravitailler de dix jours de fourrages les bâtimensécuries, au moyen d’un approvisionnement de précaution que j’avais en réserve à Toulon.
tions furent réglées avant le départ [e]*
Nonobstant cette disposition il fut arrêté que , concurremment avec le débarquement de la 1’^®. division, on mettrait à terre 4oo,ooo rations de toute espèce; et, concurremment avec la 2®., 400,000 autres rations qui avaientété chargées à Marseille sur huit bateaux-bœufs ou tartanes , et sur huit navires du commerce; et que nous serions rejoints par dix navires partant de Cette , chargés de deux cents bœufs , indépendamment de deux navires , la Diligente et la f^ittoria , chargés d’une section d’ambulance composée de deux cents lits en fer avec leur bangard , de dix -neuf fours en tôle , et d’une masse considérable d’effets d’hôpitaux et de campement , sans compter les bâtimens de l’état , la Couronne , F Iphigénie et le Rhône , qui portaient les ambulances de premiers secours destinés à être débarqués avec les troupes des i’’®. 2®. et 3®. divisions (i).
Il fut également arrêté qu’immédiatement après le débarquement des troupes , on mettrait à terre , en même temps qu’une partie de l’artillerie , quatre cent cinquan-
(i) La Diligente portait les ambulances du quartier-général , et celles des parcs de l’artillerie et du génie.
te-six chevaux ou mulets, et une partie des caissons à deux roues du train de$ équipages militaires (i).