‹ Précis historique et administratif de la campagne d'AfriqueChapitre 4 sur 31 · DÉBARQUEMENT · texte numérisé non relu

DÉBARQUEMENT

Le i4? à quatre heures du matin, le général en chef et l’état-major s’embarquèrent

sur le canot-amiral et abordèrent au rocher de la pointe de Torre-Cliica , au moment meme où les chalans , chaloupes et canots des autres bâtimens , mettaient à terre les troupes de la r". division.

11 y avait un mois que nous étions séparés; et, bien que la vie de chacun n’eût été animée par aucun épisode piquant, on se recherchait, on s’interrogeait, on se revoyait avec joie sur cette plage aride et déserte, que l’armée ne devait plus quitter sans avoir accompli une entreprise dans laquelle , avant nous, toutes les expéditions avaient échoué.

Le débarquement de la division s’opéra sans obstacle; mais le général en chef, s’étant porté en avant à travers les broussailles , fut accueilli par le feu d’une batterie , dont on ne tarda pas à s’emparer.

Pendant notre séjour à Alger, nous avons su que le dey , plein de confiance dans la supériorité de ses forces , avait donné l’ordre de ne s’opposer en aucune manière à notre débarquement, assuré (selon son expression ) que pas un Français ne rapporterait en Europe la nouvelle de la destruction dé l’armée.

L’ennemi, dans la croyance que toutes

nos forces étaient à terre , engagea donc , après le débarquement de la division, un feu de batteries assez mal nourri; mais je laisse à une autre plume le soin de décrire les événemens militaires.

Du point de débarquement, le pays offre l’aspect d’un amphithéâtre qui s’élève lentement vers le sud-ouest , et dont la pente est tourmentée par un nombre infini de petits monticules ballonnés, couverts d’arbousiers , de lentisques et de plantes rampantes qui croissent sur un sol d’un sable noirâtre , mouvant et impalpable.

La partie la plus avancée de la presqu’île dans la mer présente seule quelques traces de culture vers le pied de la •colline , sur laquelle on aperçoit le tombeau du Marabout (i).

L’armée ayant pris position , le génie s’occupa sur-le-champ de tracer la ligne du camp retranché.

La division du terrain s’opéra , et l’administration reçut la portion que réclamaient les besoins de son service.

C’est là que des fanions de diverses couleurs devaient indiquer l’emplacement où

(]) Planche 3.

les barils, les caisses et les ballots ont été amoncelés par nature de denrées.

Le premier jour ne donna qu’un très-petit nombre de blessés, qui , après avoir été pansés dans la batterie de la plage , furent transportés sur les bàtimens de guerre.

Le premier bivouac fut rude, car ce qu’on a dit de l’humidité des nuits est, dans ces parages , encore au-dessous de la vérité (i).

Le i5 on commença à opérer le débarquement d’une portion des 20 jours de vivres, et d’une partie du matériel du premier convoi; et comme le personnel de l’administration était alors fort peu nombreux, le général Valazé me donna des ouvriers du génie pour hâter l’installation de douze fours en tôle, et pour commencer la construction d’une manutention de huit fours en briques de 5oo rations (2).

(1) Nous avions emporté avec nous des sondes artésiennes ; mais il suffisait d’ouvrir un fossé à un pied de profondeur sur la plage pour obtenir de l’eau potable. Î1 y avait de plus un puits abondant au Palmier.

(2) La Vittoria portait des briques , de la chaux et toutes les pièces en bois et en fer nécessaires pour l’etablissement des fours.

Au surplus, le bon esprit qui animait l’armée offrait cela de remarquable, que, concourant tous à un but commun , et y apportant un désir égal de succès , l’artillerie, le génie et l’administration s’entraidaient réciproquement. En effet, des le i6 je mis à la disposition du général Lahitte quelques toises de hangards des hôpitaux pour abriter les poudres.

Cet accord , cette harmonie , n’ont pas été un seul instant altérés, et plus d’une fois dans la campagne l’administration en a recueilli de précieux avantages.

Le i6 on commença à donner du pain frais , et dès le 17 les distributions régulières eurent lieu, bien que nous n’eussions pas encore à terre la totalité des 20 jours de vivres; quand le coup de vent du 16 faillit à nous enlever toutes nos ressources.

Dans ce funeste moment, l’existence de toute l’armée a été compromise.

Le vent poussait à la côte; des torrens de pluie inondaient le camp ; les plus gros bàtimens fdaient sur leurs ancres ; les navires du commerce étaient menacés d’une perte prochaine, et les embarcations de vivres, luttant contre la lame, disparaissaient bientôt sous les flots. C’est alors que.

lancés à la iner avec une incroyable eélë-

fj

rite, les caisses de biscuits, les tonneaux de vin, d’eau-de-vie, de farine, de légumes; les balles de foin , les sacs d’orge et d’avoine, vomis avec la vague, venaient échouer sur le rivage. ( C’est à cette fin que de doubles enveloppes imperméables avaient été données aux caisses et aux ballots. )

« L’aspect de la plage offrait le plus sinis- » tre spectacle; tout était désordre et con- » fusion, et cependant, avant la fin du troi- )) sième jour, les approvisionnemens, dont )) le rivage avait été jonché sur une éten- » due de plus de 2,000 toises, étaient cîas- » sés en ordre dans l’enceinte du camp » retranché (i).

(i) Rapport du 26 juin au ministre de la guerre : Des corvées rétribuées, tirées de nos divisions , et )) huit cents marins , mis à ma disposition par M. l’a- » mirai , ont été employés à classer les approvisionne- » mens par nature de denrées. Les magasins se sont » établis, mais l’ardeur d’un soleil, qui, en juin, î) donne habituellement de vingt-six à vingt-huit deî) grés à l’ombre, fait travailler les futailles, et altère

I) inévitablement les salaisons. ( Depuis la prise du » camp de Staoueli , j’ai paré autant que possible à

J) ces inconvéniens en utilisant, quelques-unes des » vastes tentes qui ont été prises. ) »

Planche 4- Vue de la plage, après les coups de vent du 16 et du 26 juin.

vt

IV #f-'

)) Le débarquement continua les jours » suivans, et, dés le 19, cette terre, na- » guère sauvage, offrait l’aspect d’une ville » bruyante, où des constructions de toute » espèce s’étaient élevées , où de toutes parts » on entendait retentir les forges , et où l’a- )) lignement prolongé des caisses , des barils » et des tonneaux, formait des rues dans » lesquelles on voyait circuler sans inter- » ruption les voitures qui transportaient » l’immense matériel de l’armée (1). »

C’est à Sidy-el-Ferruch , distant de six lieues d’Alger, que nous formâmes nos établissemens, afin d’alimenter l’armée jusjusqu’au moment où la ville serait en son pouvoir.

La et la 2®. division avaient pris position à une lieue environ du point de débarquement, et la 3% division occupait le camp retranché.

Quelques redoutes étaient armées sur notre ligne, et des ouvrages de campagne protégeaient le front des divisions.

Depuis quelques jours , le mouvement que l’on apercevait du côté de l’ennemi, et les forces considérables qu’il avait mon-

(i) Planche 5.

trëes, donnaient lieu de penser que l’attaque serait soudaine. En effet, le 19, à la pointe du jour, les postes avaneés furent assaillis avec impétuosité, et les Turcs vinrent se faire tuer jusque dans les redans qui couvraient le front des divisions.

L’engagement fut vif, et l’armée , s’étant emparée du camp de Staoueli , poursuivait encore, à six heures du soir, les succès de la journée. Plus d’un fait d’armes a signalé cette belle journée , et donné la mesure de ce qu’on doit attendre d’une jeunesse qui marche avec une telle confiance et une telle intrépidité contre un ennemi qui, il faut le dire, est assurément redoutable (i).

(i) Extrait du rapport du 26 juin au ministre de la guerre.

« Les Turcs, les Arabes, les Bédouins, les Cabiles » fuient de toutes parts, et abandonnent le camp où » nous trouvons deux cents et quelques tentes, pai'mi » lesquelles se faisaient remarquer, par leur élévation » et par l’élégance de leur forme orientale , celles de » l’aga , du bey de Titery et du bey de Constantine.

5> C’est à Staoueli qu’on entre véritablement en » Afrique ; là , d’immenses palmiers dont le fut s’é- » lance d’un faisceau' de palmes de quinze à vingt » pieds, des massifs d’orangers; des groupes de fi- » guiers , et çà et là des touffes de lauriers-roses , in« » terrompaient la monotonie d’un camp, dont toute-

L’armée occupa la position de Staoueli jusqu’au 24. {Planche^.)

Pendant ce temps on forma sur ce point une réserve de vivres (i).

Le génie traça avec une incroyable célérité les et quelques cents toises de

route qui conduisent de Sidy-el-Ferruch au plateau de Staoueli (2), et construisit

J) fois les tentes étaient placées sans aucun alignement » et dans lequel on voyait circuler les soixante et quel- M ques chameaux que l’ennemi avait abandonnés (ces » chameaux ont été donnés aux corps pour porter leurs î) bagages). Mais toujours cette poussière impalpable » qui dessine le profil des colonnes pendant la marche, » et qui fatigue non-seulement parce qu’elle blesse les » yeux par sa couleur rougeâtre , mais surtout parce w qu’elle prive absolument d’air.

» Nous avons trouvé quelques rations de biscuit et » quelques sacs d’orge et de riz dans le camp. Le 19, » indépendamment des distributions régulières , l’ar- » mée reçut, après le combat, une double ration de vin.»

(1) Kapport du 26 juin au ministre de la guerre : « J’ai profité de notre station à Staoueli, qui est à » petite distance de nos magasins , pour former un » entrepôt d’approvisionnement en vin , riz et four- » rages, de telle sorte que le service des subsistances » devienne moins difficile quand l’armée opérera son » mouvement. »

(2) La route a été tracée par le génie avec une incroyable célérité , parce qu’en effet les arbustes qui couvrent le sol s’arrachent ou se coupent très-facilement j mais déjà le peu de solidité du terrain rend

plusieurs redoutes ou bîockhauss, destinés à protéger la marche des convois (i).

Toutefois le petit nombre de voitures et de mulets dont nous pouvions disposer alors pour le transport des subsistances (nous n’avions à terre que 4^ à 5o caissons à deux roues, et 6o mulets de bât) ne permettait pas d’éloigner l’armée de ses magasins.

Les Jours suivans la marine ( Rapport du 26 juin) mit à terre, avec une adresse et une activité incroyables, une partie de notre matériel , et , le 24 ? l’armée se porta sur Sidy-Kalef , dans la direction du cliâteau de l’Empereur (2).

nos transports bien difficiies, car les roues de nos voitures légères plongent de huit à dix pouces dans le sable.

(1) Rapport du 26 juin.

« Quelques accidens, arrivés à des hommes qui se » livraient avec trop de confiance au hasard de la » route, pour rejoindre leurs corps ou l’état-major, » ont averti les uns et les autres , et fait sentir la » nécessité de ne marcher qu’en masse devant des » barbares , qui convoitent dans une tête coupée le î> salaire qui leur est acquis. Ces circonstances nous » rendent d’autant plus cireonspects dans la marche » de nos convois, dont il est si essentiel de garantir » la sûreté. »

(2) Extrait du rapport :

M Nos subsistances commencent à arriver. ( Une

Elle s’arrêta dans une position où elle n’était séparée que par un ravin de l’armée turque , qui , en se retirant , avait fait sauter un magasin à poudre eonsidérable.

L’explosion eut lieu , pour ainsi dire , au milieu des tirailleurs , ee qui fit supposer que le terrain était miné. Cette explosion se manifesta par une trombe immense de poussière s’élevant lentement vers le eiel, où elle se dissipa sous la forme d’un nuage épais et cuivré (i).

» partie du convoi était restée dans la baie de Pal- » ma^ où elle attendait des ordres. ) Nos équipages » grossissent un peu chaque jour, et chaque jour » aussi ils nous deviennent plus nécessaires.

« De Staoueli, à la position occupée le 2^ par la » première division , la distance est d’environ quatre » mille toises.

» Le terrain est très-accidenté; il est coupé par un » assez grand nombre de bosquets d’orangers, de « grenadiers et de cactus qui s’élèvent autour de » quelques maisons , et de tombeaux de marabouts.

)) La route était fort difricile , la nature du terrain » n’est plus la même; cependant nos caissons à deux » roues et à pompes y ont conduit les subsistances » sans trop de difficulté. Cette sorte d’équipage est » merveilleusement appliquée au pays , et chaque » jour j’ai lieu de m’applaudir d’avoir proposé et fait '> adopter ce modèle. »

(i) Rapport du 26 juin.

« Dans les affaires du 19 et du 24, rennemi a perdu

Les journées des 19 et donnèrent 658 blessés (i) qui tous, après avoir été pansés aux ambulances, furent transportés

» un bon nombre des siens ; mais il met un grand » soin à enlever ses morts et ses blessés. »

(1) Rapport du 26.

(cHier 25, nous avons eu un engagement assez sé- » rieux, qui a donné lieu aune nouvelle évacuation » de nos malades sur Malion . Depuis notre débarque- )) ment , voici le chiffre de nos hôpitaux ;

» Blessés . 658 1 ,

)) Fiévreux . i36 j

» Savoir :

» Evacués sur Mahon. . . 568

)> Traités à Sidi-el-Ferruch. . 2o3

» Rentrés au corps . i

)> Morts aux ambulances. . . 22

)) Non compris les hommes tués pendant le combat. )> Nous avons recueilli dans nos hôpitaux quelques « Turcs et quelques Bédouins blessés. Le père d’un » de ces derniers ayant été pris aux avants - postes , » et conduit à Sidy-el-Ferruch, reconnut son fils au- M quel on donnait des soins ; le vieillard parut fort » attendri de notre générosité. Le générai en chef w lui accorda sa liberté, de même qu’à deux autres )) Bédouins qui sont retournés dans leurs tribus. Nous » espérions, par cette démarche, entrer en relation » commode avec elles, mais la terreur qu’inspire aux » Arabes la présence des Turcs, les éloigne, quant » à présent, de toute communication avec nous. Du )) reste ils s’accordent à dire que , le jour où la place » sera investie, il en sera tout autrement. »

794 égal.

àSidy-el-Ferruch par le retour des caissons de vivres.

Pendant ce temps , nos ëtablissemens s’étaient complétés à Sidy-el-Ferruch. La manutention de 40,000 rations était terminée; les hangards des hôpitaux étaient disposés pour recevoir, dans des lits bien installés, 600 malades et plus , et nous nous mettions en mesure de parer à tous les besoins; quand le coup de vent du 26, bien plus désastreux que celui du 16, nous jeta dans une cruelle perplexité.

La totalité des bàtimens de transports était dans la baie. La nuit lut affreuse, et, le 27 au matin , trois bricks du commerce étaient désemparés et avaient échoué à la côte. Ce triste événement accrut pour un moment les difficultés de notre situation (i).

(i) Rapport du 26 juin :

« On ne saurait se dissimuler qu'avec un élément >» aussi décevant que celui auquel nous sommes soumis » pour nos communications avec le continent, on ne » peut et on ne doit compter sur rien. Hier soir, une » partie du convoi venant de Palma était entrée dans » la baie par un vent favorable, et cette nuit un ou- » ragan affreux a mis tout en perdition. Ici pour obte- » nir un , il faut demander deux , il faut demander trois.

» Au surplus , malgré toutes les difficultés qui nous « harcèlent , le plus grand ordre sera maintenu dans

Le 29 J l’armée opéra son mouvement sur le château de l’Empereur (i).

Le génie et Fartillerie avaient réuni tous leurs moyens, et, dès le 3o, on commença les travaux de la tranchée (2).

Nous avions alors une distance de prés de cinq lieues à franchir pour approvisionner l’armée, et plus nous nous étions approchés d’Alger et plus le chemin devenait difficile.

La chaleur augmentait dejour en jour, et pourtant il fallait pourvoir, sur le point où nous étions , à la consommation journalière de 3o,ooo rations de pain , de 3o,ooo de riz , de 1 5,000 litres de vin, de 1,000 litres d’eaude-vie , et enfin de 3, 000 rations de fourrages (3).

» les comptes, et ils n’auront aucune investigation à » redouter. »

(1) Les et 3®. divisions fui ent harcelées presque constamment par l’ennemi dans les positions quelles ont occupées du 24 au 29. Mais toutefois, ce laps de temps fut employé à assurer la marche de nos convois en élevant de nouvelles redoutes, à partir de Staoueli.

(2) Plusieurs caissons des équipages militaires furent mis par moi à la disposition du général Yalazé, pour le transport des sacs à terre et des gabions.

(3) Le poids total des subsistances à transporter de Sidy-el - Ferruch à la position devant le château de l’Empereur (cinq lieues et demie) , était de 72 mille

Les opérations du siège devant amener un grand nombre de blessés , je fis élever, à l’entrée du chemin des Romains, des hangards d’hdpitaux et dresser quelques lits en fer où ils pussent recevoir les premiers secours (i).

Les cinq journées qui précédèrent la prise du château de l’Empereur ont été meurtrières. Je m’abstiens d’entrer dans les détails relatifs aux événemens du siège, où le génie et l’artillerie ont pris une si glorieuse part (2).

Le 4 juillet, à quatre heures du matin, l’artillerie commença l’attaque ; à neuf heures, elle battit en brèche et avait fait ra-

kilogrammes par jour, c’est-à-dire le chargement de 82 voitures et de 3oo mulets de bât, indépendamment de l’approvisionnement des redoutes.

(1) Rapport du 26 juin :

« Cette campagne sera classicpie pour l’administra- )• tion. Elle justifiera des théories nouvelles, et prou- )) vera ce que produisent de sages prévisions lorsque )) leur exécution est confiée à des administrateurs ani- » més tous du sentiment de leurs devoirs.

» Aucune fatigue , aucun péril ne ralentissent le zèle » de mes collaborateurs ; et déjà MM. les lieutenans- » généraux ont tous cité de la manière la plus honorable )> MM. les sous-intendans et adjoints de leurs divisions.

(2) Yoir le mouvement des hôpitaux, 2®. partie.

lentir le feu de la place depuis quelques instans, lorsqu’à dix heures une forte détonation , suivie d’une violente commotion , annonça que le fort de FEmpei^ur venait de sauter.

On demeura quelque temps à se reconnaître, tant la fumée et la poussière obscurcissaient l’horizon; enfin, on apprit que la tour principale était détruite de fond en comble.

Cependant le canon de la ville et celui des forts n’avaient pas cessé d’étre dirigés sur le château de l’Empereur. Le général en chef s’y transporta pour observer la position de l’armée , et bientôt après on amena un parlementaire {Sidi Mustapha Kasbadji , premier secrétaire du dey (i).

L’extrême agitation à laquelle Pdohamed paraissait en proie peignait tout à la fois la terreur que notre soudaine apparition sous les murs d’Alger inspirait aux Turcs, et le désordre et la confusion qui devaient

( t ) A U ni oin e n t où S id i M u st apli aexposaitl ’obj e l de sa mission, le sifflement d’iin boulet le fit ti’f ssaülir, c’est alors que le i>énéral Lahitte lui dit piaisainuieut , en lui saisissant le bras: «Parbleu, monsieur, cela ne « vous regarde pas, ce n’est pas sur vous qu’on tire. »

régner dans le palais du dey. Le eolloque fut eourt (i), et lorsque le général en ehef congédia Mustapha, il lui répéta que, maître de toutes les positions, nos cent canons, et ceux restés sur les débris du château de l’Empereur, pouvaient en un instant et à sa volonté foudroyer la ville et la Gasauba; que toutefois il voulait bien accorder la vie sauve au dey et à ses Turcs ; mais qu’ils devaient se rendre à merci , et remettre sur-lechamp à nos troupes les portes de la ville et les forts extéiâeurs (2).

Mustapha s’éloignait à peine qu’un second parlementaire, Hamed Bodarba (3),

f 1) On peut se faire en effet l’idée de la stupeur de ees barbares lorsqu’ils virent leur viiie serrée à la fois et par mer et par terre, et surtout au moment où le feu de notre innombrable escadre fut dirigé sur leurs batteries.

Cette situation les mettait trop voisins des souvenirs du bombardement de loi d Exmouth, pour (|u’une subite terreur ne les dominât pas, terreur qui fut, s’il est possible, encore augmentée par l’énergique réponse de l’amiral à l’envoyé du dey ( Michitatchi di Babizira / mnnslvü de la marine ). (Supplément au Moniteur du 12 juillet.

(2) Mustapha fut reçu au milieu des officiers généraux et autres qui accompagnaient le généîal en che f.

(1) Hamed Bodarbâ est un des membi es du comité

accompagné d’iin Maure ou d’un Turc , dont je n’ai jamais su le nom , se présentait.

Le Maure Bodarba expliqua avec adresse les prétentions du dey, ce à quoi le général en chef répondit en confirmant de nouveau ce qu’il avait dit à Mustapha. Il ajouta que le Dey pouvait sans crainte s’en remettre au roi de France du soin d’assurer honorablement son avenir.

Pendant que ces choses se passaient, on apercevait du château de l’Empereur ( d’où l’on découvre toute la plage ) une quantité considérable d’embarcations sortant du port, et se dirigeant vers le cap Matifou; de meme aussi, un grand nombre de Turcs, de Cabyles et de Bédouins, qui parcouraient à cheval le rivage , suivis de mulets et de chevaux chargés de fardeaux.

Le temps s’écoulait, la journée s’avançait, l’armée ne quittait pas ses positions, et rien n’arrivait à fin; quand, vers les 2 heures, Sidi Mustapha, Hamed Bodarba et un troisième parlementaire reparurent.

municipal maure; il a rendu, eomme on le verra, les plus grands services à l’armée depuis l’occupation d’Alger. Hamed Bodarba a pareouru toute l’Europe et en possède les langues remarquablement.

Cette fois ils furent reçus , à fombre de quelques arbustes, dans un repli de terrain à la gauche du château de l’Empereur , en présence de plusieurs officiers généraux , MM. Desprez, Berthezène, dEscars, Yalazé, Lahitte, Tholozé, etc. (i).

Cette conférence eut pour issue les préliminaires d’une convention moins dure que ne l’auraient fait augurer les conditions si fermes et si sages que le général en chef avait d’abord imposées.

Voici, autant que ma mémoire me le rappelle, les bases de cette convention (2) :

«L’armée prendra possession de la ville » et de la Casauba, et généralement de tou- » tes les propriétés de la régence, le 5, à 9 » heures du matin.

» La religion et les coutumes seront res- )) pectées.

(1) Pendant les travaux de la tranchée , le général en chef avait reçu la visite de MM. les consuls des puissances étrangères, qui s’étaient retirés dans une maison sur le sommet d’une des montagnes du Boudjareat. Après l’explosion du château de l’Empereur, nous avons vu le consul d’Angleterre , qui se trouva au lieu de cette seconde conférence.

(2) Cette convention ayant été dictée par le général en chef, et écrite en présence de tous par le général Desprez,, le général en chef me pria de la copier le

» L’entrée des mosquées sera interdite à » tous ceux de l’armée.

)) Le dey et les Turcs quitteront Alger » dans le plus bref délai.

)) On leur garantit la conservation de » leurs richesses personnelles.

» Ils seront libres de choisir le lieu de )) leur retraite. »

On jugea à propos d’attendre l’adhésion du dey à ces conditions, et l’on se sépara des parlementaires , qui donnèrent, en se retirant , l’assurance que l’échange de la convention aurait lieu le soir avant quatre heures. M’étant éloigné pour vaquer aux soins de mon service , je ne revins au quartier-général que le lendemain matin, et je sus, en effet, dans le temps, que les parlementaires s’étaient présentés dans l’aprèsmidi chez le général en chef, qui occupait une maison en arrière du château de l’Empereur (i). (Suppl, au Moniteur du 1 2 juillet.)

plus lisiblement possible pour être remise aux envoyés du Dey : ce que je fis.

(i) Etranger par la nature de mes fonctions, et par la participation que j’y ai prise, au traité qui a eu lieu, je pourrais sans doute m’abstenir de soulever cette question délicate; mais je commettrais à mes propres yeux une action pusiiianime en ne l’éclairant pas par l’exposé des faits qui sont parvenus à ma connaissance

Pendant les jours qui préeédérent la prise du château de l’Empereur je préparai, sans négliger les soins du service

comme à celle de toute Tarniée , quand nous avons été maîtres d’Alger.

La capitulation a-t-elle été trop facile?

Pouvait-on , devait-on pénétrer sur-le-champ dans la Casauba ?

Est-ce une faute de ne pas s’être opposé à la fuite des Tu rcs, des Cabyles et des Bédouins, qui, le /j., abandonnaient la ville?

Il est difficile de se faire une idée de rabsoluîisme du dey et de la terreur qu’il inspirait ; un geste seul faisait sur-le-champ tomber à ses pieds la tête de l’homme le plus puissant de ses états.

Son ignorance et sa vanité étaient poussés à ce point, que les Maures qui avaient voyagé en Europe et qu’il interrogeait, n’auraient jamais eu l’audace de lui dire que Londres ou Paris étaient plus beaux que sa capitale.

Plein d’orgueil et de confiance dans ses murailles et dans les deux mille canons qui les protégeaient, il regardait le château de l’Empereur comme imprenable (et pourtant, après cinq heures d’attaque, la plupart des pièces avaient été démontées et les embrasures démolies).

A la nouvelle de ce désastre, le dey ne connaissant plus de ménagemens, ordonna la destruction complète du fort, et se précipita lui-même vers le magasin à poudre de la Casauba ( il renfermait deux cent trente milliers de poudre) pour le faire sauter, sauter avec lui, et indub tablement la Casauba et la vide tout entière.

Il fut arrêté ])ar ceux de sa maison , qui lui firent

jouraaîier ( I ), les mesures générales qui, sous l’approbation du général en chef, devaient assurer le maintien de l’ordre au moment ou les portes de la ville nous seraient ouvertes.

Imbu des préceptes que pendant quinze ans j’ai puisés à l’école de \ Empereur j ayant cent fois transcrit et souvent exécuté les instructions qu’il dictait pour régulariser la prise de possession de tant de villes, je comprenais qu’il fallait faire, si l’on peut

comprendre qu’il pouvait y avoir une capitulation possible.

Ici un doute s’élève :

Si l’on eût demandé au dey 200 millions (en admettant qu’ils existassent dans Alger), les aurait-on obtenus?

Ou bien, les Turcs, poussés au désespoir, ne se seraient-ils pas défendus à outrance ? Ne se seraient-ils pas fait enterrer sous leurs trésors? On sait que chaque maison a son trésor , et que , dans ce pays , les richesses s’enfouissent , mais ne circulent pas.

Dans cette hypothèse, je laisse à ceux qui connaissent la construction de la ville (surnommée par les Maures et les Turcs Al-Jezirs Algiizie ^ Alger la Guerrière), à juger ce qu’aurait pu devenir cette nouvelle Sarragosse, et ce que le fatalisme oriental [Dieu Va voulu) aurait enfanté ; en un mot, si des conditions trop rudes n’exposaient pas à perdre entièrement le fruit de la conquête ?

(i) Pas une distribution n’a manqué, ce qui est attesté par les bons de totalisation des corps.

parler ainsi, le roman deroccupation, déterminer le but que l’on voulait atteindre, et tracer les devoirs de chacun.

Cette méthode, comme me l’a confirmé une dernière et rude expérience, loin de faire naitre la confusion, est la seule, est l’unique bonne.

C’est dans ce dessein que je provoquai et que j’obtins la formation de commissions spéciales pour la reconnaissance de tous les objets que renfermaient la ville et la Casauba ( commissions composées d’administrateurs, d’officiers généraux et autres de l’armée ) (i) ;

Que je soumis au général en chef un projet de formation d’une commission de gouvernement.

Cette commission, comme j’en ai compris la mission , avait à remplir une tâche immense , mais pleine d’intérêt : (Extrait du rapport du 3 juillet ) ( 2®. partie ) :

(f Etudier l’état et les besoins du pays ;

(i) La composition de ces commissions fut l’objet d’un travail du général, chef de l’état-major général, avec le général en chef.

Commission de finances ;

Commission pour la reconnaissance des denrées. Commission pour la reconnaissance des laines, etc

» Entrer dans un examen apjorofondi des formes de Taneienne administration; en connaître la marche et les détails;

» Séparer les institutions qu’il serait urgent de modifier ou de remplacer, de celles qui peuvent trouver leur place dans le nouvel ordre de choses, ou que la prudence doit défendre pour quelque temps encore contre toute espèce d’innovation ;

)) Faire concourir, s’il y a lieu , les Français et les citoyens notables des différentes castes indigènes, à l’exercice des fonctions qui constituent l’ordre civil.

» Examiner les moyens et les conditions de cet amalgame, et en prévenir les résultats ;

)> S’attacher surtout à connaître les ressources du pays ;

Observer le mouvement intérieur du commerce ;

» Étudier la direction et l’extension qu’il serait possible de lui donner;

n Rechercher sous quels rapports il a besoin d’encouragement et de franchises ; sous quel rapport aussi il peut contribuer passivement dans les charges du pays et de l’occupation, soit par l’établissement de droits nouveaux, soit par le maintien de ceux qui existent ;

» Substituer, eu un mot, Tordre à la confusion, la confiance à la terreur, le régime des lois à celui des spoliations et des vengeances, et répandre sur tout le pays une sécurité et un bien-être qui puissent l’attacher à ses libérateurs (i). »

Enfin, dans le dessein de prévenir des désordres presque inévitables , j’insistai fortement pour que le régiment, qui devait faire tête de colonne, occupât la porte de la Casauba de très-grand matin , et que les commissions spéciales en eussent seules l’accès.

OCCLPATION d’ ALGER.

Le moment d’entrer dans la ville, aux termes des conditions imposées la veille par le général en chef, était arrivé ; il était 9 heures.

(i) Par arreté du 5, la commission fut compONee ainsi qifil suit :

Baron Denniée, intendant en chef, pre'sident ;

DeTholozé , maréchal-de-camp, gouverneur d’Alger;

Firino , payeur-général ;

Deval, consul de France,

D’A ubignosc, lieutenant-général de police de la ville d’Alger ;

Edmond de Bussière, ancien secrétaire d’ambassade, secrétaire-général.

L’artillerie était engagée dans le ravin qui conduit à la Porte Neuve; cependant on ne put opérer le mouvement qu’à 1 1 heures (i). ( Planche 7. )

Le dey, qui d’après l’opinion générale devait attendre le général en chef dans l’enceinte de la Casauba, s’était retiré le matin dans une des maisons de la ville qui lui appartiennent en propre.

A peine avait-il quitté son palais, que des Juifs et quelques Arabes s’étaient livrés au pillage.

On a beaucoup parlé du pillage de la Casauba.

Une voix haineuse a, la première, tenté de ternir la gloire de nos armes ; la crédulité l’a accueillie, et je ne saurais dire quelle fatale disposition d’esprit lui a, pour un moment, donné une révoltante autorité.

Je me bornerai encore ici à la description fidèle des lieux et des faits :

Quelle est la Casauba?

Je n’écris pas pour ceux qui ont vu ce soi-disant palais; s’ils lisent ces lignes, ils y

(i) Ce ravin est la seule et unique voie qui conduit à la plage , et où jamais trace de voiture ne s’était fait apercevoir.

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trouveront sans doute l’analyse exacte de leurs souvenirs.

La Casauba n’est point un palais; ce n’est pas même , dans nos habitudes européennes, une habitation tolérable.

C’est une enceinte informe, fermée par des murailles blanchies à la chaux, d’une hauteur prodigieuse, sans issues, sans jours, crénelées à la moresque, et desquelles s’échappent, par de profondes embrasures sans ordre ni alignement, de longs canons, dont l’embouchure est peinte en rouge.

On ne pénètre dans ce lieu , en venant du château de l’Empereur, que par la Porte Neuve de la ville, et après avoir suivi une longue et tortueuse ruelle , dont la largeur suffît à peine, dans quelques parties, pour le passage d’une bête de somme.

« Cette ruelle (Rapport du i8 Juillet au )> ministre de la guerre ) conduit , après » quelques minutes de marche, sous un por- )) che sombre , au centre duquel s’élève une » coupe en marbre blanc, d’où coule une )) eau limpide.

» Ce porche , grossièrement décoré de )) larges lignes rouges et bleues , et de quel- » ques petits miroirs , est le lieu où se te-

)) liaient les nègres qui formaient, dans les » deiaiiers temps, la garde fidèle du dey.

» Ce porche franchi, une seconde ruelle » conduit d’un côté au magasin à poudre, )) et de l’autre à l’entrée de la cour inté- » lâeure , où le dey faisait sa demeure (i).

» Cette cour, dallée en marbre, est car- » rée; elle offre, sur trois de ses côtés des ga- » leries soutenues par des colonnes torses.

» Sous l’une de ces galeries est une espèce » de retraite , indiquée par une longue ban- » quette couverte en drap écarlate, où le » dey se tenait quelquefois. C’est dans cette » cour que les négocians étaient tenus de » venir déposer la cargaison de leurs navires, » pour que le dey choisît, lui-même, le 5, » le 6 ou le lo p. o/o qui lui convenait (2). » Cette manière sauvage d’imposer le corn- » merce avait donné naissance à des amon- » cellemens de denrées et de parcelles d’obj) jets fabriqués de toute espèce , entassés » pêle-mêle. »

(1) Ce qu’on nomme patio dans les maisons espagnoles.

(2) Le transport du port à la Casanba s’opérait par des portefaix [piskeris) , easte indigène vouée aux .ravaux de peine. Cette partie de la population trouvait ainsi un moyen d’existence.

C’est encore sous cette galei'ie, et de plain-pied, que se trouvaient les salles renfermant le trésor.

Le premier étage se compose de quatre galeries , dans l’une de ces galeries était placée une espèce de palanquin, sous lequel le dey venait entendre la musique. Ce meuble bizarre était adossé à de petites chambres où se trouvaient encore , après le départ du dey, quelques harnachemeus de chevaux, etc.

L’une des galeries du premier étage communiquent à une longue batterie qui commandait la ville; et, aussi, par un véritable escalier de moulin , à une galerie supérieure où venaient aboutir les quatre longues chambres, sans glaces ni tentures, mais blanchies à la chaux , qui formaient l’appartement du dey. Cette galerie supérieure conduisait , par une porte incroyablement basse, au quartier des femmes, composé de six petites pièces , clos par de hautes murailles. Ces appartemens n’obtenaient de jour que par une cour intérieure dont le sol était à la hauteur du premier étage.

D’un côté, cette triste demeure était appuyée par les canons qui commandaient la

montagne dans la direction du château de l’Empereur, et de l’autre, c’est-à-dire du côté de la cour principale , par une épaisse muraille, d’où, pour satisfaire la timide curiosité des femmes , on remarquait dans quelques-unes des chambres des espèces de meurtrières longues et étroites , projetées diagonalement , et desquelles l’œil sollicitait la vue de quelques pieds de la galerie supérieure où le dey venait parfois se délasser.

C’est encore dans le voisinage de l’appartement des femmes que se trouve un espace décoré du nom de jardin, et dans lequel on ne parvient, après cent détours bizarres, qu’en descendant soixante ou quatre-vingts degrés. Ce jardin, encaissé dans de hautes murailles d’une blancheur éblouissante , ayant pour tout ombrage un long berceau de jasmin , était le seul lieu dont l’accès fût permis aux femmes.

Telle est cette Gasauba , dans laquelle , peu d’instans après le départ du dey, la confiance aventureuse de nos soldats avait conduit quelques, militaires isolés , qui ne tardèrent pas à être rejoints par un détachement d’artillerie qui formait la tète de colonne.

Nonobstant les enlèvemens que le dey avait fait effectuer pendant vingt-quatre heures , ses appartemens et ceux des femmes recelaient encore quelques effets : des coussins brochés d’or , des cassettes élégantes , des armes, de petits tapis, des pendules, des vétemens de femmes , etc. (i)

La plupart de ces objets excitèrent bien moins la cupidité qu’une curiosité facile à comprendre.

Tout paraissait nouveau dans cette habitation abandonnée , dont chacun se croyait en droit de disposer en maître.

’ Il y eut en effet un désordre plus apparent que réel (2), et^, je le dirai, parce que ma voix a l’autorité d’une longue expérience , jamais dans aucune de nos campagnes une ville n’a été occupée avec tant de ménagement. Pas un seul officier, pas un soldat n’a franchi le seuil de la demeure d’un Maure,

(1) Au moment où les esclaves du dey aperçurent les premiers Français, ils jetèrent à terre les fardeaux dont ils étaient chargés et prirent la fuite de toutes parts.

(2) Des factionnaires furent placés pour la garde de rapY)artement des femmes, dont la porte n’avait pas été ouverte, et devant la salle d’audience du dey. Elle renfermait des armes.

d’un Turc ou d’un Juif, et la ville d’Alger n’a pas même subi la charge d’un logement militaire.

Enfin, un ordre de M. le général de l’état-major général, ayant invité chacun à remettre au trésor les objets d’or ou d’argent qui auraient pu se trouver dans les quartiers occupés , quelques versemens eurent lieu , et plusieurs personnes apportèrent des vases et des ustensiles précieux qui ont été envoyés en France , et dont la nomenclature se trouve dans l’inventaire du trésor de la régence (i).

( Rapport du 1 8 juillet) : a Au milieu de » cette confusion et de ce mouvement, le » kasnedji ( ministre des finances ) était » resté impassible dans la cour principale )) de la Casauba, assis sous la galerie, te-

(i) Le dey ayant réclamé auprès du général en chef une caisse renfermant de for, restée dans les appartemens , cette caisse , qui avait été déposée dans Tune des salles basses du trésor, fut remise, le 9 juillet, par ordre du général en chef, et portée dans la nouvelle demeure du dey, ainsi que le constate la séance dudit jour , dans le journal des opérations de la commission de finances. Le dey demanda aussi l’agrément d’emporter des hardes et des effets mobiliers restés dans ses appartemens. Ce déménagement eut lieu , et le dey y présida lui-même.

» nant en main les clefs du trésor, et im- )) posant par sa présence à ceux des Juifs et » des Arabes qui se livraient au pillage. » La commission des finances fut bientôt )) mise en rapport avec le kasnedji par l’un « des interprètes de l’armée ; elle lui adressa » quelques questions qui donnèrent lieu )) aux réponses consignées dans le procès- » verbal d’inventaire du trésor :

)) 1°. Le kasnedji déclare que le trésor de » la régence est demeuré intact ;

2®. Qu’il n’a jamais existé de registres )) constatant ni les recettes ni les dépenses )) faites par le trésor;

)) 3®. Que les versemens de fonds s’opé- » raient sans qu’aucun acte en constatât )) l’objet ou l’importance ;

» 4^ Que les monnaies d’or étaient entas- » sées péle-mèle, sans aception de valeur, » de titre ni d’origine ;

» 5°. Que les sorties de fonds ne s’opé- )) raient jamais que sur une décision du di- » van, et que le dey lui-mème ne pouvait » pénétrer dans le trésor qu’accompagné )) du kasnedji. »

Ces renseignemens obtenus , le kasnedji conduisit la commission à l’extrémité de la galerie, où il ouvrit la porte d’une salle

basse , située diagonalemerit à l’entrée principale.

(^Extrait de ï inventaire du trésor) :

(( Cette salle était coupée vers le milieu par une cloison de trois pieds de haut, divisée en deux compartimens , contenant des houdjoux ( monnaie algérienne de 3fr. 6o c. )

)) Cette porte ayant été refermée , et les scellés y ayant été apposés, le kasnedji ouvrit une seconde porte , formant équerre avec la première , et située également sous la galerie.

» Après avoir traversé trois salles de plain-pied, il ouvrit une troisième porte donnant entrée dans une salle transversale éclairée par une fenêtre à barreaux en fer ouverte sur la galerie.

Cette salle transversale, de la longueur de 20 à 24 pieds sur 8 de largeur , renfermait trois coffres formant banquettes. Ces coffres contenaient des boudjoux , de la monnaie de billon , et l’un d’eux des lingots d’argent.

» Trois portes également espaeées, s’ouvrant au moyen d’une même clef, fermaient trois pièces obscures , coupées comme la première salle par des compartimens en bois.

» La pièce du milieu renfermait les monnaies d’or jetées pêle-mêle , depuis le roboa soltani ( 3 fr. 8o c. ) , jusqu’à la double quadruple du Mexique ( i68 fr.) (11 y avait 24 millions en or. )

)) Les deux caveaux latéraux renfermaient , l’un des mokos ou piastres de Portugal, le second des piastres fortes. (Il y avait en argent 24 millions et plus. )

)) La commission , après s’être assurée qu’il n’y avait d’autre issue que la porte principale , referma toutes les portes soigneusement , y apposa de triples scellés , et fit placer dans la galerie un poste permanent de gendarmerie commandé par un officier.

)) Elle continua les jours suivans la reconnaissance des valeurs existantes dans le trésor avec toute la publicité que comportait une opération si délicate. » ( Rapport du 18 ) (1).

En effet, ce trésor, s’élevant à la somme de 4^,684,527 fr. g4 c., a été pesé^et non

(i) Il n’est pas hors de sujet de rappeler ici que le poids d’un million en or est de. . . . 666 liv.

et le poids d’un million en argent , de. . 10,000 liv. c’est-à-dire qu’il faut 7 à 8 hommes pour porter un

compté, comme on le peut croire. (Cette opération a eu lieu par les soins d’officiers d’état-major et de latrésorerie, sous la surveillance de la commission de finances, qui a employé d’une manière permanente six à huit sous-officiers d’artillerie pour fermer et clouer les caisses. )

Ces caisses, ficelées et cachetées, recevaient une série de numéros d’ordre , et étaient placées méthodiquement dans l’un des caveaux, d’où elles ne sortaient que pour être transportées au port par des militaires de corvées commandés par des offi-

miliion en or, et loo ou 120 pour porter un million en argent.

On chargea en or ;

Sur le vaisseau le Marengo. 13,218,598 f.

Sur le Duquesne . ii,55o,ooo

En argent :

le Scipion . 5, 100,600

Sur le Nestor . 10,240,000

Sur la J^ènus. . . 3,289,600

Total. . . 45,398,798 f.

Et on garda pour les besoins de farmée la somme de . 5.286,729 f. 94c

D’où il résulte que le montant de l’inventaire des fonds trouvés dans le trésor de la régence a été de. . 45,684,527 f. 94e,

ciers et sous la conduite du payeur-général et des agens de la trésorerie (i).

Ce qu’on avait dit des trésors d’Alger était si fort au-dessus de ce que nous trouvions en réalité, que , dans le dessein de ne négliger aucun moyen de nous éelairer, je crus devoir adresser le 29 juillet, au général en ehef, une note dans laquelle je proposais d infliger au kasnedji ( ministre des finances ) , qui était encore en ville , une prison sévère, afin d’obtenir de lui les révélations propres à fixer l’opinion (2).

(1) J’aurais sans doute pu m’afïVanchir de tous ces détails, mais ils expliquent et ils motivent la justice éclatante rendue à la commission de finances par l’honorable général Clauzel.

(2) Extrait de la note du 39 juillet , adressée au général en chef :

« Il est hors de doute que pour subvenir à une foule » de dépenses municipales il y a nécessité d’imposer les M habitans d’Alger. Cette nécessité et ce principe de » justice reconnus , il est encore hors de doute que les « Turcs qui sont restés jusqu’à présent en ville ne » sauraient être exempts de cet impôt.

» Cependant vingt-cinq Turcs des plus notables vont » être déportés : ils sont embarqués aujourd’hui ; de- » main leurs familles et tout ce qu’ils possèdent.

» A ce nombre de vingt-cinq , il est indispensable » d’ajouter dix des plus turbulens , qui sont encore «n

Le chef de lefcat-major général me répondit, le 3o, que toutes les tentatives qui avaient

» ville , et dont le comité municipal vient de me faire « remettre les noms ( ils sont ci-joints).

» Il serait juste que toutes ces familles fussent impo- » sées dans la proportion de leurs richesses connues : » or, à cet égard , le comité municipal mettra à meme » de déterminer la quotité de f impôt, que d’ailleurs M le comité pourrait être chargé de frapper sans l’au- » torisation du général en chef.

» Ce n’est point assez que d’imposer les Turcs in- » flueos et séditieux , il s’agit encore de savoir s’ils )) n’emportent pas une partie des propriétés de la rén gence ; or, ici un soupçon fondé s’élève :

^ Ceux du comité municipal pensent , ils disent^ ou )) plutôt ils savent et confirment ce qu’on a dit à M. le » maréchal de la distribution des fonds tirés du trésor O de la régence , et non pas du trésor personnel du » dey, et distribués aux Turcs dans les journées des

» Leur opinion est que les trente-cinq Turcs que » l’on va déporter sont particulièrement ceux qui » ont reçu les largesses du dey, à titre gratuit ou à » titre de dépôt. On peut sans doute interroger ces » Turcs; mais le kasnedji existe, il est en ville ; on a )» sagement évité de le comprendre dans la première » déportation, parce qu’il aura non-seulement des » révélations utiles à faire sous ce rapport , mais en- » core sur la situation du trésor caché ; car ici l’on croit » que 5o millions de francs ne sont qu’une partie des » trésors qui ont existé.

» Dans cette situation, on pense qu’il faut ordonner )) au kasnedji de se rendre à la Casauba , le requérir » de dire la vérité, et , dans le cas d’un silence opi~

été faites donnaient l’assurance que ce que nous avions vu était le trésor tout entier (i).

» niâtre, l’intimider, non par des menaces de peines » corporelles, mais en lui infligeant une prison sévère : » il parlera.

» Il faut de plus appeler les nommés Mustapha » Saiji (c’est un Maure ) , qui était trésorier placé au- » près du kasnedji, et qui a eu connaissance de tous » les faits.

» Et enfin Moahmcd Opel Harji , chargé d’ac- » compagner aussi le kasnedji quand il ouvrait les w portes du trésor. »

(i) Lettre du général Desprez :

<c J’ai vu , mon cher intendant , le kasnedji et Mus- » tapha Saiji. Leurs réponses s’accordent parfaitement. Il me paraît fort douteux que le dey ait fait » remettre une partie de l’argent du trésor à plusieurs » des individus qui viennent d’étre embarqués; mais » ce dont je suis convaincu , c’est que ce que vous avez » vu est le trésor tout entier. Le kasnedji et Saiji le » déclarent formellement , et , au besoin , ils lejure- » ront sur l’Alcoran. Ils consentent à perdre la tête » si on parvient à découvrir des pièces murées. Quant » à l’opinion du public sur la valeur du trésor, ils di- )) sent avec raison que cette opinion était hasardée ;

» qu’eux-mêmes n’ont jamais su ce qu’il y avait de » millions; qu’ils recevaient et payaient sans jamais » faire d’inventaires; que depuis quinze ou vingt ans » les dépenses excédaient chaque année les recettes de » quelques millions ; qu’ainsi le trésor avait du dé- » croître fort rapidement. Tout cela me paraît fort » vraisemblable. Je pense toutefois qu’on fera bien de » faire des recherches.

» Recevez , mon cher intendant , etc.

Signé : général Desprez.

Pour apprécier les difficultés de toute espèce que Fadministration a rencontrées dans l’occupation d’Alger, il est indispensable de crayonner l’esquisse de cette singulière cité.

Alger est une carrière de pierre, de forme triangulaire , d’une blancheur éblouissante; assise sur un plan fortement incliné ( 3o à 32 degrés) , dont la base est le port , et le sommet la Gasauba ( i).

Cette ville n’a d’autres communications que des ruelles étroites et tourmentées, dont la pente est adoucie par des marches de pierre espacées de cinq à six pieds.

La plupart de ces ruelles sont voûtées et tellement resserrées que, de distance en distance , on a ménagé des retraites pour que deux bêtes de somme puissent y avoir passage.

Aucune maison n’a de jour extérieur; elles sont toutes closes par de hautes murailles , et n’ont d’issue qu’une poterne basse et enfoncée , à laquelle on ne parvient souvent qu’en descendant deux ou trois degrés.

Toutes ces ruelles aboutissent vers la

(i) Les voyageurs ont fort exactement exprimé l’aspect d’Alger en comparant sa forme à une voile latine.

partie inférieure de la ville à une ruelle parallèle au port (Marina), un peu plus large que les autres, et communiquant sur un plan uni de la porte Babazoun à la porte Babaloued (i).

Cette ruelle transversale, que l’on pourrait nommer la rue Marchande d’Alger, encombrée par des échoppes ouvertes devant chaque maison, est elle-même si étroite, que les piskeris (porteurs de fardeaux) y circulaient difficilement; et pourtant cette rue est la seule communication de l’extérieur de la ville à la marine (2).

Alger ne possède d’établissemens ni de monumens d’aucun genre (la marine exceptée); car on ne saurait décorer de ce nom les mesquines mosquées de cette ville, ni les casernes des Turcs et de Castratine ,

(1) Il n’y a que trois portes dans Alger. La ville est entourée d’un large fossé , au-dessus duquel s’élèvent de hautes murailles crénelées et garnies de canons établis sur des plates-formes de distance en distance.

(2) Nos magasins et notre manutention des vivres étant installés dans l’enceinte du port , je parvins, le 3o juillet, après des demandes réitérées , à faire ouvrir une communication qui permît à nos caissons d’aller jusqu’à la marine chercher les vivres que l’armée devait consommer extérieurement, car jusque-là nos moyens de transport étaient frappés d’inertie.

où , avec le secours du génie, nous n’avons pu qu’avec peine établir quatre cent cinquante lits pour nos malades ; enfin , cette ville était même dépourvue de moulins et de fours (i), et les recherches faites par les diverses commissions dont il a été parlé plus haut, nous apprenaient qu’il n’existait, dans les magasins de la régence , en denrées utiles aux besoins de l’armée , que quelque peu de gruau , du sel et du blé. (2“®. partie).

Ainsi la conquête ne nous procurait immédiatement rien , et l’armée se trouva réduite à vivre de ses propres ressources , c’est-à-dire de ce qu’elle avait débarqué avec elle ; or , ces ressources étaient à six mortelles lieues de la ville, et il nous fallut (pendant plus de vingt jours) tirer de Sidy-

(i) I! existe dans le bas de la ville un local où se trouvent quelques moulins à bras qui ne sont susceptibles de produire qu’une farine grossière, dont le dey faisait fabriquer le pain qu’il distribuait à la milice , qu’il vendait au peuple ou qu’il donnait aux plus indi' gens. Ce pain se manutentionnait dans quelques fours de dimensions inégales; nous en avons cependant tiré tout le parti possible jusqu’au moment où la grande manutention, que nous avons construite à la marine, a été terminée.

el-Ferruch , farine , pain , vin , foin , avoine , pour la eonsommation Journalière de trente mille hommes et de trois mille quatre eents ehevaux , c’est-à-dire Jusqu’au moment où la marine, par de nouveaux efforts, eût effectué la translation de tous les approvisionnemens qu’elle avait mis plus de quinze Jours à jeter sur la plage de Sidy-el- Ferruch (i).

Pendant que toutes ces choses se pas-

(i) Planche.

Le service des transports (rapport du i8 juillet) a été d’autant plus difficile , qu’à partir du château de l’Empereur jusau’à la plage (où se tiouvent la 3^. division, l’artillerie et le génie), il n’existe pas trace de route ; que nos fragiles voitures descendent un escarpement de rochers ravinés par les pluies d’automne. Nonobstant toutes ces difficultés, l’armée a constamment reçu ses vivres, et je dois dire que l’obligeance du général Lahitte, en prêtant à l’administration ses prolonges pendant deux jours, a singulièrement facilité nos moyens d’exécution : toutefois, pendant deux jours, la troupe a été réellement privée de son vin, parce qu’un assez grand nombre des barriques, débai’quées les i8 et 26 juin et jetées à la mer, avaient accepté quelques parties d’eau saumâtre, ou que peut-être, frappées par les rayons d’un soleil brûlant pendant près d’un mois sur la plage , le vin s’était aigri. On prévint sur-le-champ !e retour de pareil accident, en faisant déguster les pièces de vin avant leur expédition sur les divisions.

saient, Farmée prit position, et dut s’établir au bivouac , sans tentes , car il aurait été impossible de songer à faire arriver par terre nos effets de campement et leurs agrès, dont on connaît la pesanteur ; non-seulement parce que nos équipages n’étaient pas assez nombreux, mais encore parce que les chevaux et les mulets , fatigués par un mois d’embarquement et par un service hors de toute proportion, pendant les vingt- un jours de la campagne active, devaient encore , par de nouveaux efforts, suffire au transport des vivres et des fourrages à une distance énorme. Toutefois, les équipages militaires ont été si sagement commandés et si soigneusement surveillés, que, pendant toute la campagne , nous n’avons pas perdu vingt chevaux ou mulets.

Après les fatigues que l’armée venait de supporter, le repos aurait été nécessaire; mais peut-on donner ce nom au bivouac meurtrier auquel elle était exposée sur cette côte brûlante et décharnée , où le thermomètre s’élève pendant le jour à 82 degrés à l’ombre , et où, lorsque le vent du désert n’apporte pas son souffle desséchant, il ne descend pas au-dessous de 20 degrés pendant les nuits , et où enfin une rosée gla-

ciale et pénétrante précède de quelques heures le lever du soleil.

La position de l’armée a été horrible ; on ne l’a point assez su.

D’un côté, Sidy-el-Ferruch, nonobstant les nombreuses évacuations de blessés que la marine avait faites, comptait, sous les hangars ou sous la tente , plus de huit cents malades ou blessés , dont le nombre s’accroissait dans une proportion effrayante chaque jour, soit du camp meme de Sidy-el- Ferruch ( 4^^- régiment et huit cents hommes de la marine), soit de celui deStaoueli, soit enfin des nombreuses redoutes qui liaient nos communications (i).

(i) Il est difiicile de se faire une idée exacte de ce qu’était, après un mois de conquête, la position des troupes à Sidy-el-Ferruch. Cette plage était dépourvue de toute espèce d’ombrage, et pourtant les travaux y étaient de tous les instans. Chaque jour notre manutention des vivres fabriquait 25,ooo rations ; c’est là que tous les objets destinés à la consommation de l’armée était chargés soit sur nos caissons, soit sur nos mulets , et qu’en même temps il fallait pourvoir aux soins que réclamaient les malades et les blessés dans les ambulances et à l’embarquement de ceux que la marine pouvait conduire à Mahon ou en France. C’est encore là que s’opérait, sur la flotille des bateaux-bœufs , le réembarquement des vivres , des effets d’hôpitaux, des hangars, des tentes, des ustensiles

De l’autre , sous Alger, les maladies prenaient un caractère alarmant (i); les infirmeries de quelques règimens ( installées dans les maisons environnantes) étaient encombrées de deux et trois cents malades; les objets les plus nécessaires manquaient; les hommes périssaient sous les yeux de leurs camarades , et il était à craindre que le moral de l’armée n’en fût bientôt ébranlé.

Tous les soins de l’administration s’étaient, depuis l’occupation d’Alger, portés sur le service des hôpitaux; elle n’avait sans doute pas besoin d’y être provoquée ; mais cet objet excitait tellement la sollicitude du commandant ( qui en reconnaissait la difficulté) , queM. le général de Tholozé, gouverneur de la ville, activait chaque jour, par sa présence réitérée , les travaux que l’on a du effectuer pour être d’abord en état de recevoir cinq cents malades , tant à la caserne des Turcs qu’à la caserne Castratine et dans la

de manutention , de nos énormes pétrins , d’auges pour les chevaux, de planches, etc. Deux sous-intendans, M. le comte de Fontenay et M. de Saligny, ont dû suffire à la direction et à la surveillance de si pénibles travaux.

(i) A cette époque de l’année, les haies de cactus offraient leurs fruits dangereux.

maison attenante au jardin de Mustapha Pacha (jardin dans lequel je parvins plus tard à opérer la construction d’un vaste établissement propre à recevoir mille malades , en utilisant nos hangars que je fis fermer par des planches tirées de Palma ).

( partie. )

Mais de quelle faible ressource étaient pour farmée ces premiers établissemens , si l’on considère que, du 25 juin au lo du mois d’août , nous avons eu un mouvement de neuf mille hommes entrés aux hôpitaux, sans compter ceux qui ont été traités dans les infirmeries régimentaires (i). L’encombrement de ces infirmeries était tel que des régimens, sans avis préalable, sans billets d’hôpitaux , sans feuilles d’évacuation , ont jeté brusquement et de nuit , dans les locaux plus qu’insuffîsans dont nous pouvions disposer, quatre à cinq cents malades (2).

(1) Toutefois la mortaiité n’a pas, à beaucoup près, été dans la proportion du nombre des malades. (Voir

*2®. partie.)

(2) J’adressai à ce sujet des observations à M. le général en chef, qui les apprécia , et qui en fit l’objet d’un ordre du jourj mais l’encombrement que les infirmeries régimentaires éprouvaient les ont parfois

Pëiiëtré, dès le dëbut, des dangers immineos dont nous ëtions environnës, je m’exprimai en ces termes. (Rapport du Il juillet au gënëral en chef (i) : « Si les » choses ne changent pas , nous sommes » exposës à voir se renouveler la scène af- » fligeante qui vient d’avoir lieu, lorsque des » évacuations de nuit ont ëtë faites sur nos » hôpitaux.

» Toutefois, informé à la pointe du jour » de cet événement, je me suis transporté » de suite à hord de M. l’amiral, pour le » supplier de nous tirer encore une fois » d’emharras; il a mis en effet un bâtiment » à notre disposition pour transférer les » malades à Mahon ; mais à peine ces mou- )) rans étaient-ils sur le port, que la mer est » devenue houleuse, et que pendant douze » heures (ce qui est si fréquent sur cette plage » difficile) toute communication a été in- )) terrompue. »

forcés de s’écarter des règles prescrites; et Ton peut juger quels ont été , dans ces circonstances , les embarras de l’administration ! ! ! Jamais campagne n’a été plus pénible pour les employés de tous les services.

(i) Yoir la 2^. partie.

Je m’exprimais encore ainsi dans le rapport précité :

« Pour que le service s’opère régulière- » ment et dune manière satisfaisante, il est )) à désirer que l’on fasse sur-le-champ ces- » ser les bivouacs; ils sont tuans sur cette » côte dévorante: le général en chef jugera » quel est le nombre des troupes qui doi- » vent occuper les postes extérieurs , etc.

» Dans l’hypothèse où cette mesure serait » adoptée , il y aurait à examiner si l’on doit » faire occuper la Gasauba par un ou deux » régimens , ce qui ne serait sans doute pas » impossible, nonobstant l’encombrement » de quelques magasins et l’enlèvement des )) poudres que le général Lahitte fait opé- » rer en ce moment.

)) Dans tous les cas, pour réaliser ce pro- » Jet, il serait indispensable de faire évacuer » la ligne de maisons qui forme la lisière » de la ville, de la porte Neuve à la porte » Babazoun , et celle qui forme la lisière du » côté nord de la Gasauba à la porte Bab- » al -Oued, en assignant aux habitaiis dé- » logés une partie des maisons appartenant » à la régence, et qui, d’après les renseigne- » mens que la commission de gouvernement

» a recueillis, forment près d’un quart delà » ville. »

Ce n’était pas assez des privations de toute espèce que l’armée éprouvait, il semblait encore qu’après un succès si complet, le sort de cette armée fut de voir sa gloire constamment rabaissée.

Après les affaires des i4> 19, 24 et 29, le général en chef avait demandé des récompenses et particuliérement la promotion de plusieurs sous-officiers ; le ministère resta muet.

La conquête terminée, le général en chef adressa au gouvernement un travail complet des récompenses méritées pendant la campagne; il fit plus, il proposa les bases de la répartition de trois millions à distribuer à l’armée à titre de gratification (i).

Quelle fut la conduite du gouvernement?

A l’égard de la gratification si légitimement acquise, il ne répondit pas;

Et , quant au travail des récompenses , il le renvoya avec ordre de limiter les faveurs.

(i) Je provoquai ce travail , dont moi-même je posai les bases ; et le général en chef sait bien que j’insistai fortement sur le droitfqne l’armée avait ; je dis ceci , parce qu’on a cherché|à persuader le contraire à quelques officiers de l’armée.

Limiter les faveurs ! coili me si les faits d’armes avaient été limités (i).

Que l’on juge de l’effet que ce refus produisit sur l’armée , dont la gloire semblait importuner le pouvoir.

Point de grades, point de gratification I

Et pourtant l’armée avait conquis ce trésor, dont elle entendit pendant plus d’un mois remuer l’or et l’argent qu’elle vit sous ses yeux transporter au port par plus de six mille soldats , et charger sur les vaisseaux de l’état.

Tout dans la possession d’Alger devenait déception , et pourtant (et avec raison) les exigences croissaient en sens inverse de la possibilité d’y satisfaire (2).

(1) M. le général Clauzel , juste appréciateur de la gloire de cette armée et de la régularité des travauxde l’administration , a accordé au corps de l’intendance militaire, avant l’arrivée de mon successeur, toutes les récompenses que j’avais demandées pour mes collaborateurs. Cette honorable réparation confond plus d’une calomnie.

(2) L’armée , en présence de l’ennemi , aurait consenti à toutes les privations ; alors l’exactitude ponctuelle des distributions de vivres, l’enlèvement immédiat des blessés sur le champ de bataille , les soins qu’ils recevaient dans nos hôpitaux, dont toute l’armée avait admiré la construction magique , paraissaient le nec plus ultra d’une administration active et prévoyante j

En effet la tâche de l’administration , si active et si pénible pendant la campagne , devenait plus fatigante chaque jour; car, non-seulement il fallait pourvoir au service journalier dans toutes ses parties , et faire transporter, sur les positions les moins éloignées, les vivres pour être distribués partiellement à chaque régiment (i); mais il fallait en même temps procéder à la reconnaissance de toutes les denrées ou marchandises agglomérées dans les maisons de la régence (2) ;

Déblayer les magasins de la marine, et préparer les locaux qui devaient servir à Femmagasinement des approvisionnemens tirés de France;

Effectuer par terre l’enlèvement des approvisionnemens dont 00 avait formé un entrepôt sous les tentes de Staoueli ;

mais , le but de ia conquête une fois atteint , le mieuxêtre était une conséquence toute naturelle , et pourtant c’est alors que les soulFrances les plus rudes et les privations les plus réelles ont assailli l’armée.

(1) Je fus obligé, pour céder à des instances réitérées , d’attacher des comptables à des brigades fort rapprochées de la ville , pour que les corps n’envoyassent pas des hommes de corvée aux distributions.

(2) Surtout une grande quantité de laine , comme on le verra plus bas.

Diriger le débarquement, si incertain , du matériel transféré de Sidy-el-Ferruch sur Alger (i);

Opérer le classement et l’emmagasinement du matériel ;

Préparer et embarquer un mois d’approvisionnement pour les expéditions de Bonne et d’Oran ;

Enfin activer et surveiller, de jour et de nuit, la construction de Fhôpital dans les jardins de Mustapha Pacha , et celle de la manutention des vivres, qui seule, après l’évacuation de Sidy-el -Ferruch , devait pourvoir à la subsistance de l’armée.

Cependant le personnel de l’administration décroissait de jour en jour, et précisément au moment où les besoins du service exigeaient qu’il se décuplât.

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