COMMISSION DE GOUVERNEMENT
Dans ces circonstances difficiles , et Ton pourrait dire à travers cet encombrement d’obstacles, je ne négligeai pas l’auxiliaire puissant que je devais trouver dans la commission du gouvernement.
(i) On a vu plus haut combien la mer est capricieuse dans ces parages.
Jé la réunis le 7 juillet.
La première mesure d’ordre qu’elle provoqua lut la création d'un comité municipal maure , composé des syndics ou chefs des principales corporations de la ville ^ auprès duquel un commissaire du roi fut placé.
La commission, en proposant cette mesure, avait considéré qu’elle aurait constamment de graves difficultés à surmonter, soit qu’il s’agît de mesures d’urgence , soit qu’il fût question de mesures d’organisation générale , tant qu’il n’existerait pas un mode de communications régulières entre l’armée et les habitans.
Bientôt la commission, sentant le danger de prolonger plus long-temps l’interruption de plusieurs services publics , soumit à l’approbation du général en chef la nomination,
De codjia du marché au blé ,
De pétri melgi ,
De codjia du marché au charbon.
Elle proposa également, comme une des mesures les plus importantes et les plus propres à hâter l’organisation du pays , la nomination d’un aga ou syndic des Arabes (fonctions précédemment attribuées à l’aga
ou ministre de la guerre, dont l’objet était d’entretenir les relations du gouvernement avec les tribus par l’intermédiaire des kaids). Elle proposa , de plus , de pourvoir sur-lechamp au choix des nouveaux kaids (i), par l’entremise desquels le re venu des provinces pût arriver à lacapitale.Enfin, pour pré venir toute suspension dans l’administration de la justice , elle proposa le maintien dans leurs fonctions des anciens cadis maures, de même aussi le maintien des tribunaux de rabbins pour les Juifs, et la suppression des tribunaux spéciaux et indépendans pour les Turcs, comme le moyen le plus prompt pour parvenir à leur expulsion totale et définitive , sous la condition expresse que tous lesjugemens seraient soumis à Yexequatiir de l’autorité française. De plus, dans le dessein de prendre immédiatement une connaissance exacte des détails de l’ancienne administration et des diverses ressources dont elle pouvait disposer, la commission convoqua successivement devant elle les principaux membres de l’ancien gouverne-
(i) Les kaids sont les représentans du gouvernement près les tribus arabes , et sont en rapport avec les scheicks ou chefs de tribus.
ment pour les enf^endre sur leur gestion passée et sur la situation de l’administration qui leur était confiée. C’est ainsi quelle procéda à l’audition de l’aga ( ministre de la guerre), du babidzira ( ministre de la marine), du codjia cavallo ( ministre de l’intérieur) , du pétri melgi (chargé des inhumations ) , de Femin seca ( directeur de la monnaie ) , et du betil mal ( curateur des successions des orphelins et des successions vacantes.
Par suite des renseignemens qu’elle obtint, elle organisa une administration mixte des douanes et de l’octroi de la ville d’Alger ; elle forma aussi , sous l’approbation du général en chef, une commission des domaines, et mit auprès des unes et des autres un commissaire du roi chargé d’entretenir des rapports permariens avec elle (i).
indépendamment de ces dispositions , la commission adjoignit aux deux interprètes de première classe attachés à ses travaux, un troisième interprète pour être chargé conjointement de compulser les livres de compte et les registres réunis par l’aga et ceux recueillis dans la chancellerie du dey
(i) Foir le Rapport ( partie).
( si Ton peut donner ce nom au local ouvert qui se trouve sous la galerie de la cour principale ).
De son coté le comité municipal , plein de zèle et d’intelligence , se livrait sans relâche aux nombreuses améliorations que réclamait la police intérieure de la ville ; aussi bientôt vit-on , pour la première fois , quelques ruelles éclairées et la ville divisée en quartiers.
Mais il fallait pourvoir aux frais de ces divers travaux : A cet effet, le comité demanda , par l’entremise de M. le commissaire du roi , un crédit de dix mille francs. Cette circonstance est caractéristique , car dans ce pays où régnait naguère le yatagan (i) , on voyait sans suprise tomber la tète de celui qu’on voulait dépouiller; mais on ne comprenait pas la charge proportionnelle de l’impôt.
L’utile intervention du comité municipale donnait lieu d’espérer que la confiance s’établirait entre l’armée et les tribus de la plaine et de la montagne.
Attentif à observer tout ce qui aurait pu altérer la bonne intelligence ou nuire
(0 Epèce de sabre qui sert à trancher les têtes.
à la pacification générale qui se préparait, ce comité ne négligea, dans aucune circonstance, de prouver sa loyauté et son dévouement à l’armée. Au nombre des té-^ moignages que nous en avons reçus, je citerai la lettre pleine d’intérêt qu’il adressa à la commisson du gouvernement à l’occasion de la course que le général en chef se proposait de faire à Belida.
* Alger, le 22 juillet i83o.
» Messieurs,
» Le bruit s’étant répandu parmi les hordes d’A- » rabes placées entre la ville d’Alger et les premiers V chaînons de l’Atlas, que son excellence monseigneur w le maréchal commandant en chef avait intention de » faire une promenade dans l’intérieur, les Arabes qui » sont en défiance sur le but de cette promenade , sont » fort agités depuis que la nouvelle leur en est par- » venue , et nous venons d’apprendre que les tribus « de Béni Sala, Béni Mzra et Béni Messaoud se sont » éloignées en emmenant avec elles les 5 ou 600 bœufs » qui restaient à notre disposition sur les 1,100 que le » bey de Titery avait réunis,
» Nous avons été informés aussi que les Cabaïles et » les Arabes des diverses tribus se proposent d’assister » par députations à une grande conférence qui doit )) avoir lieu dimanche 25 de ce mois , à Rossouta , » domaine de l’état, situé à trois lieues de la côte au » sud-est. Ces tribus ont invité l’aga à s’y trouver, et » l’ont prié d’amener avec lui deux ulémas de la ville î> d’Alger et un membre du comité municipal. On sait
« que leur intention est de signer un pacte par lequel 1) elles s’engageraient à vivre paisiblement entre elles >* et en paix avec l’armée française , en déclarant » qu’elles attaqueraient la tribu qui se livrerait au » désordre ou commettrait un acte d’hostilité envers » les troupes françaises. Cette réunion nous vaudra » indubitablement la restitution des bœufs enlevés par »> les trois tribus , et elle doit avoir d’ailleurs un ré- M sultat si important et si heureux qu’il serait fâcheux » qu’un accident quelconque vînt y mettre obstacle. »
Cette excursion eut de funestes conséquences , et cependant, annoncée depuis long-temps , peut-être y aurait-il eu faiblesse à ne la pas entreprendre.
A partir de cette époque , nos relations avec les Arabes non-seulement furent interrompues , mais les Cabaïles reprirent leur audace , et les Turcs, que l’on avait tolérés dans la ville , conçurent de nouvelles espérances; ils entrèrent en relations avec les tribus de l’extérieur et leur firent passer des armes et de la poudre. C’est alors que renonçant à la tolérance, je dirai mieux, à la loyale confiance que l’on avait accordée aux Turcs restés en ville , le général en chef livra aux tribunaux militaires ceux qui avaient été pris en flagrant délit et ordonna la déportation de tous les autres.
Enfin la commission de gouvernement, éclairée sur les besoins du pays, arrêta les
bases d’une organisation territoriale à laquelle le général en chef n’attendait , pour donner son adhésion , que de connaître les intentions du gouvernement, relativement à l’occupation.